Polyculture - Elevage Atelier, par Konrad Schreiber

De Triple Performance
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Dans cette conférence, Konrad Schreiber explique comment rendre les élevages de ruminants largement autonomes en protéines grâce à la polyculture-élevage. Son idée centrale : jusqu’à environ 8 500 à 9 000 litres de lait, il est possible de ne plus acheter de protéines, à condition de construire des rations à base de fourrages équilibrés autour de 14 à 15 % de protéines. Il insiste sur l’intérêt des mélanges graminées-légumineuses, des luzernes bien conduites, et des méteils riches et productifs. Il rappelle aussi l’importance d’une fibre longue et dure pour la rumination et la santé animale. Face à la sécheresse et aux sols fragiles, il propose des systèmes plus résilients, fondés sur la fertilité biologique, la valorisation des fumiers et l’introduction de plantes complémentaires comme le tournesol, l’amarante ou le chénopode dans les fourrages. L’objectif : des troupeaux plus sains, plus autonomes et des fermes moins dépendantes des achats extérieurs.

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Résumé
Dans cette conférence, Konrad Schreiber explique comment rendre les élevages de ruminants largement autonomes en protéines grâce à la polyculture-élevage. Son idée centrale : jusqu’à environ 8 500 à 9 000 litres de lait, il est possible de ne plus acheter de protéines, à condition de construire des rations à base de fourrages équilibrés autour de 14 à 15 % de protéines. Il insiste sur l’intérêt des mélanges graminées-légumineuses, des luzernes bien conduites, et des méteils riches et productifs. Il rappelle aussi l’importance d’une fibre longue et dure pour la rumination et la santé animale. Face à la sécheresse et aux sols fragiles, il propose des systèmes plus résilients, fondés sur la fertilité biologique, la valorisation des fumiers et l’introduction de plantes complémentaires comme le tournesol, l’amarante ou le chénopode dans les fourrages. L’objectif : des troupeaux plus sains, plus autonomes et des fermes moins dépendantes des achats extérieurs.

01 octobre 2020 : Atelier avec Konrad Schreiber sur l'autonomie fourragère : discussion autour de l’intérêt des méteils d’été pour garantir l’autonomie fourragère en revenant sur leur place dans la rotation, les techniques d’implantation, leur composition, la gestion du désherbage

Retrouvez l’intégralité de son intervention dans cette vidéo.


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Deux gros problèmes : sécheresse et sable

Konrad Schreiber commence par souligner ce qu’il voit comme les deux gros problèmes du contexte présenté : la sécheresse et le sable, autrement dit des sols très fragiles. Selon lui, on commence à comprendre que ce sont précisément ces systèmes-là, très liés au sol et à sa résilience, qui vont « gagner la bataille ».

L’autonomie en protéines pour les élevages de ruminants

Konrad Schreiber explique s’être spécialisé dans les projets d’autonomie en protéines, notamment dans le cadre de l’approche dite de « la vache heureuse ». L’idée générale est la suivante : jusqu’à environ 8 500 litres de lait, il n’y a plus besoin d’acheter le moindre kilo de protéines, à condition que tout soit produit à partir de l’approche fourragère de la ferme.

Il précise que cette méthode est au point et qu’elle fonctionne pour tous les élevages de ruminants sans exception :

Selon lui, en gros, tout ce qui rumine peut devenir autonome en protéines. Au-delà, si l’objectif est de produire des niveaux très élevés, par exemple 15 000 litres de lait ou des vaches à très haute production, un complément peut éventuellement être nécessaire.

Il ajoute cependant qu’il reste encore des choses à investiguer, notamment dans les travaux de Pierre-Emmanuel Radigue, qui amènent à réfléchir non seulement à l’équilibre MAT, TDP, PDIN, PDIE, etc., mais aussi à des notions d’électrons et d’hydrogène dans l’équilibre alimentaire.

Le principe de la ration : réussir le premier kilo de matière sèche

Konrad Schreiber insiste sur une idée simple : quand on construit une ration, on prend d’abord un kilo de matière sèche et on l’adapte aux besoins de l’animal. Ensuite, on multiplie ce kilo équilibré par la capacité d’ingestion de l’animal.

Autrement dit, ce qui compte vraiment, c’est de faire correctement ce premier kilo. Une fois ce kilo bien équilibré, on peut le multiplier par 3, 6, 10 ou davantage selon la consommation de l’animal.

Le niveau de protéines recherché dans les fourrages

Le travail sur l’autonomie en protéines avec les ruminants montre, selon lui, que 100 % de la protéine peut venir des fourrages. Pour cela, il faut construire des rations équilibrées avec des fourrages entre 14 et 15 % de MAT, c’est-à-dire de matière azotée totale :

  • à 14 %, cela fonctionne déjà très bien ;
  • pour des vaches à haute productivité, 15 % est largement suffisant.

À l’inverse, il estime que monter à 16, 17 ou 18 % de protéines dans la ration revient à « tuer les vaches » à la fin, en les épuisant.

Graminées, légumineuses et mélanges

Pour produire un fourrage riche en protéines, plusieurs voies sont possibles :

Konrad Schreiber dit préférer les mélanges, car ce sont des systèmes beaucoup plus autonomes et beaucoup moins demandeurs de fertilisation azotée.

Le cas des graminées

Si l’on travaille uniquement avec des graminées, il faut apporter de l’azote. Il donne une règle simple : pour une tonne de matière sèche, il faut environ 30 unités d’azote. Ainsi, pour viser 15 tonnes de matière sèche en graminées, il faut apporter environ 450 unités d’azote. Si on ne le fait pas, on n’obtient pas la production attendue.

Le cas des légumineuses

Avec les légumineuses, il n’y a pas besoin d’apporter cet azote, puisque le système s’équilibre différemment.

Pour obtenir beaucoup de production avec un mélange à base de légumineuses, il faut absolument que les légumineuses fleurissent. C’est, selon lui, à ce moment-là qu’elles perdent des feuilles, qu’elles les renouvellent, et que ces feuilles tombées au sol sont dégradées par la biologie du sol, ce qui alimente les graminées associées en azote.

D’après lui, faucher trop tôt des mélanges herbagers à base de trèfle blanc et de trèfle violet casse la productivité. Il faudrait donc viser une récolte en floraison, alors qu’on enseigne souvent l’inverse.

Le rôle du trèfle blanc et du trèfle violet

Konrad Schreiber invite à ne pas avoir peur des mélanges de trèfle blanc et de trèfle violet. Il rappelle que le trèfle blanc ne perd jamais sa valeur alimentaire, qu’il soit en fleur ou non. Dans un tel mélange, la graminée n’est pas l’élément qui commande ; c’est la légumineuse qui doit piloter la date d’intervention.

Il explique qu’il faut attendre de voir venir les fleurs, que le trèfle blanc soit en floraison, car c’est à ce moment-là qu’il a déjà laissé beaucoup de feuilles au sol et que la repousse sera très rapide. Si on fauche avant la fleur, la plante n’a pas encore atteint son optimum de croissance ni mis en place ce fonctionnement.

Pour le méteil, il précise que c’est différent, car ces plantes perdent peu de feuilles.

Les luzernes : une base majeure du système

Quand il est possible d’en faire, Konrad Schreiber recommande fortement de travailler avec des luzernes. Pour lui, ce sont d’excellents projets d’assolement.

Il explique qu’on peut aujourd’hui construire des assolements très fortement centrés sur la luzerne, avec une rotation céréalière intégrée. Chez les éleveurs, il évoque ainsi la possibilité de mettre un méteil fourrager, voire du blé ou de l’orge, dans la luzerne. Il ajoute qu’à un moment donné on peut faire tourner ce système, et surtout que ces luzernes peuvent être gardées « à vie », à condition de bien les implanter.

Le fonctionnement du pied de luzerne

Konrad Schreiber décrit ensuite un point très important sur la morphologie de la luzerne. La plante possède au collet un bourgeon qui commande sa croissance. Chaque année, ce bourgeon monte. Lorsque l’on fauche, on finit par couper ce bourgeon, ce qui tue la partie aérienne commandée par lui.

Ainsi, plus on fauche haut, plus on préserve longtemps la plante. Mais tôt ou tard, le bourgeon sera coupé et la luzerne mourra à ce niveau-là. À ce moment, si le pivot est bien positionné, avec son point de régénération vers 2 à 3 cm de profondeur, la plante peut repartir depuis le pivot pour un nouveau cycle complet avec un nouveau bourgeon.

Selon lui, si l’on « déchaume » régulièrement une luzerne dans ce fonctionnement, on peut la tenir à vie.

Les besoins de fertilisation de la luzerne

La luzerne est très exigeante, en particulier en éléments minéraux. Konrad Schreiber donne les ordres de grandeur suivants :

Cette fertilisation est, selon lui, obligatoire. Il indique que l’on peut apporter sans problème :

  • 30 tonnes de fumier tous les ans ;
  • 50 à 60 tonnes de lisier tous les ans.

Comme la luzerne demande énormément de phosphore, de potasse et de soufre, il faut lui fournir ces éléments. Si ce n’est pas fait avec des apports organiques, il faut alors compenser avec des apports minéraux, en agriculture biologique comme en conventionnel.

Le gypse, produit jugé très intéressant

Il cite un produit qu’il juge extraordinaire : le gypse. Pour lui, son intérêt est d’apporter du calcium assimilable avec du soufre, sans chauler. Cela le rend très favorable aux légumineuses en règle générale.

Sursemer du méteil dans la luzerne

Konrad Schreiber explique qu’on peut, tous les ans, sursemer dans les luzernes, par exemple avec un semis direct de méteil. L’idée est que le champ n’est jamais parfaitement carré, et qu’en changeant chaque année le sens du semis, puis le point de départ, on finit par toucher différents pieds de luzerne.

Ainsi, les pieds qui sont affectés se régénèrent régulièrement. Il conseille de ne jamais commencer au même endroit, afin de ne pas toujours reprendre les mêmes traces. Ce sont, dit-il, de « petites astuces de paysans ». En utilisant tous les angles du champ et en variant les passages, on régénère la luzerne peu à peu. Si cela est fait tous les ans, on peut la garder très longtemps, voire à vie.

Le méteil comme sécurisation de la production fourragère

Le troisième grand levier présenté est le méteil. Konrad Schreiber estime que c’est une ressource à très forte capacité de production, de l’ordre de 6 à 12 tonnes de matière sèche. Il y voit un moyen de sécuriser la totalité de l’approche fourragère.

L’objectif reste de produire un fourrage à 14 % de MAT, avec si possible 16 à 18 %, même si 14 % suffit déjà pour construire des rations très autonomes. Cela permet de bâtir une ration composée de :

  • 60 à 70 % de fourrage riche en protéines, autour de 14-15 % ;
  • 30 à 40 % d’une céréale entre 10 et 12 % de MAT, par exemple du blé.

D’après lui, ce type de ration peut mener à 8 500 à 9 000 litres « à tous les coups », avec des teneurs en amidon qui restent modérées, de l’ordre de 18 à 24 % maximum selon les cas.

La recherche de fourrages complets

Konrad Schreiber dit chercher d’autres fourrages permettant de faire une ration complète, notamment à travers des mélanges à base de maïs visant à produire un fourrage unique. Il précise que ce point n’est pas encore totalement au point.

Adapter la ration selon les espèces

Dans la construction de la ration, il indique qu’il faut viser 60 à 70 % d’un produit autour de 15 % de protéines. Il précise quelques adaptations :

  • pour les chèvres, il faut monter à environ 16 % ;
  • pour les brebis, autour de 16,7 %.

Il considère en outre que la luzerne est quasiment obligatoire au départ.

La nécessité d’une fibre dure pour la rumination

Au-delà des protéines, il insiste fortement sur l’importance d’apporter une fibre dure, de l’ordre de 300 à 500 grammes dans la ration. Cette fibre est, selon lui, nécessaire à la rumination.

Il oppose cette fibre à la paille. Ce qu’il recherche, c’est une fibre « pleine », lignifiée après séchage, presque du bois. Comme elle n’est pas creuse, elle flotte dans le rumen. À chaque mouvement de l’animal, cette fibre agit comme un petit bateau dans la bouillie ruminale et stimule les villosités du rumen. Tant qu’elle n’a pas été ruminée, elle reste efficace.

Pour lui, cette fibre constitue une base de la santé animale. Il relie ainsi de nombreux problèmes rencontrés au pâturage à un manque de fibre dure lorsque l’herbe est trop tendre. Il estime donc qu’avant la mise à l’herbe, les animaux devraient manger un fourrage contenant ce type de fibre, ou bien recevoir un ensilage structurant.

Le tournesol, le chénopode et l’amarante dans les ensilages

Dans les mélanges ensilés, il cite plusieurs plantes capables d’apporter cette fibre utile :

Le tournesol, une fois coupé à l’ensileuse, produit cette fibre longue et efficace. Il en dit autant du chénopode, qu’il juge extraordinairement efficace à l’ensileuse, avec une « super fibre ruminale ». Il affirme qu’avec un ensilage de chénopode, la santé de l’animal serait meilleure.

Il précise aussi que le chénopode, appelé selon lui « petit quinoa », contient environ 20 % de protéines comestibles. Si c’est comestible pour l’homme, dit-il, pourquoi pas pour une vache ? Il tient le même raisonnement pour l’amarante, qu’il juge en plus intéressante pour son profil en acides aminés, très favorable selon lui à la santé du troupeau.

Il note au passage que le seul à se plaindre, dans ce type de système, est parfois le chauffeur de la machine, parce que cela bourre un peu au pied de l’ensileuse. Mais il estime que les constructeurs finiront par adapter le matériel si les éleveurs continuent à demander ce type de récolte.

Composition d’un méteil fourrager

Konrad Schreiber décrit ensuite un mélange-type destiné à être récolté le plus tard possible, vers fin mai ou début juin, afin d’aller chercher un maximum de productivité.

La féverole comme tuteur

Il propose de semer de la féverole comme tuteur principal. Il la décrit comme une plante indéterminée : tant que le soleil ne l’a pas détruite, elle continue à faire des feuilles et des fleurs. Ce caractère lui permet de monter haut.

La vesce ou le pois fourrager comme liane

Dans ce tuteur de féverole, on place une liane, en l’occurrence une vesce ou un pois fourrager, qui s’enroule autour.

Le point important est de contrôler cette liane. Pour cela, il faut que le tuteur monte en même temps qu’elle. Si la liane dépasse et passe au-dessus des autres plantes, elle s’étale et couche tout. Avec une céréale classique, qui entre en épiaison vers début mai à mi-mai, la liane finit par dominer et il faut alors récolter rapidement. En revanche, avec une féverole qui continue à pousser jusqu’à mi-juin, la liane est obligée de continuer à monter elle aussi.

L’avoine comme meilleure plante fourragère

Dans le mélange, il ajoute une troisième plante : l’avoine. Selon lui, c’est la meilleure plante fourragère du monde. Dans l’ordre de la valeur fourragère, il cite :

Concernant le blé, son jugement est très sévère : pour lui, vouloir faire du fourrage avec du blé, c’est se tromper de métier. Le blé du Grand Est, dit-il, c’est de la paille, pas du fourrage. Il affirme n’avoir vu aucun troupeau performant avec de l’ensilage de blé immature, qu’il qualifie de « zéro performance » pour un troupeau.

Le trèfle de Micheli pour garnir le pied

Pour garnir le pied de ces plantes qui montent, il recommande deux trèfles, et en particulier le meilleur selon lui pour cet usage : le trèfle de Micheli.

Il le décrit comme un trèfle qui :

  • tient les pieds dans l’eau ;
  • supporte l’hydromorphie ;
  • va assez vite ;
  • s’installe bien à l’automne ;
  • fleurit très tôt au printemps ;
  • attire énormément de biodiversité ;
  • est très mellifère pour les abeilles.

Il peut commencer à fleurir dès début avril, fonctionner très bien jusqu’à mi-mai, puis commencer à faire de la graine. C’est donc, selon lui, un très bon trèfle pour les mélanges. Plus on le laisse pousser avant récolte, plus le rendement augmente.

Le plan de fumure pour les méteils

Derrière ce type de culture, Konrad Schreiber insiste sur la nécessité d’un vrai plan de fumure si l’on veut aller chercher 8, 9, 10, 11, 12 tonnes de matière sèche ou plus. L’idée est de constituer le stock avec cette récolte, puis de voir ensuite ce que l’été permettra ou non.

Il recommande des apports de fumier ou de lisier à l’automne, sans hésiter sur les doses, par exemple autour de 40 tonnes de fumier.

Le traitement biologique des fumiers et lisiers

Konrad Schreiber dit vouloir « imposer » le traitement des fumiers et lisiers par voie biologique, notamment avec des bactéries lactiques. Pour lui, c’est indispensable pour améliorer leur qualité.

Selon son analyse, les fumiers et lisiers non traités sont trop riches en ammoniac, stockés en anaérobie, et deviennent toxiques pour la biologie du sol. Ils entraînent des pertes d’azote par volatilisation, dégagent de mauvaises odeurs et peuvent brûler les plantes à l’épandage.

À l’inverse, un traitement biologique permettrait de fabriquer de l’ammonium et de la matière organique, beaucoup plus favorables au sol, sans pertes. Il y voit plusieurs bénéfices :

  • diminution des odeurs ;
  • amélioration de la bactériologie globale des bâtiments ;
  • meilleure ambiance dans les étables ;
  • moindre présence d’odeur d’ammoniac.

Il cite comme solutions possibles :

  • les bactéries lactiques ;
  • certaines méthodes biodynamiques ;
  • les purins de plantes ;
  • d’autres approches biologiques fonctionnelles.

Date de semis et risques sanitaires

Une fois la fumure organique apportée, il conseille de semer le plus tôt possible, avec comme limite le 15 octobre. Plus le semis est précoce, plus le rendement de printemps augmente. Mais plus il est précoce, plus il expose aussi à des risques sanitaires.

Les pucerons ne lui paraissent pas être le principal problème. Il se dit surtout préoccupé par les maladies fongiques :

Ces maladies apparaissent surtout lors d’automnes longs, doux, humides, avec rosée et brume, dans une plage de température d’environ 12 à 18 °C. Dans ces conditions, les protéagineux et les légumineuses tombent malades, ce qui fait perdre la culture.

Protéger les plantes avec soufre et oligo-éléments

Comme le semis coûte déjà cher, de l’ordre de 150 euros par hectare minimum, et qu’il y a également la fumure, il estime qu’il faut protéger les plantes.

La base de cette protection repose, selon lui, sur :

  • le soufre ;
  • les oligo-éléments.

Il parle d’une véritable « loterie royale » pour la protection des plantes. Il recommande aussi une fumure de démarrage à base d’azote et de soufre au printemps pour relancer l’ensemble, puis de nouvelles protections vers la fin mars avec oligo-éléments et solutions adaptées pour « booster » les plantes jusqu’à la récolte.

Les mélanges à base de maïs

Dans la dernière partie, Konrad Schreiber évoque des travaux menés sur des mélanges semés dans le maïs. Il montre un maïs semé en juin ou juillet, la partie la plus verte correspondant à un semis du début juillet qui avait été arrosé. Le semis avait été réalisé avec un semoir à céréales en plein.

L’objectif est de mettre au point des mélanges capables d’atteindre eux aussi 14 à 15 % de protéines. À ce stade, il manque encore selon lui une bonne légumineuse, probablement une vesce, mais le bon type génétique reste à trouver. Il insiste aussi sur le fait que la vesce peut devenir très envahissante si elle prend le dessus.

Remettre de la fibre « haute technologie » dans le maïs

Ces mélanges avec le maïs ont, selon lui, un grand avantage : ils permettent de réintroduire une fibre de très haute qualité pour la rumination. Le tournesol pourrait jouer ce rôle, tout comme le chénopode ou l’amarante.

Il pose alors la question : qu’est-ce qui empêcherait de semer du chénopode et de l’amarante dans un champ de maïs ? D’après lui, le chénopode vient facilement dès qu’il y a des nitrates. Il suggère donc d’en profiter plutôt que de le subir.

Il rappelle les teneurs évoquées :

  • chénopode : environ 20 % de MAT ;
  • amarante : environ 24 %.

Selon lui, si ces plantes représentaient la moitié du mélange, elles permettraient de mettre beaucoup de protéines dans un ensilage de maïs.

Le tournesol, en plus de la fibre, présente aussi un intérêt pour la biodiversité. Une fleur de tournesol dans un champ de maïs lui paraît « exceptionnelle » du point de vue écologique et de la communication.

D’autres plantes possibles : lablab et soja fourrager

Konrad Schreiber recherche également d’autres plantes à associer au maïs. Dans le sud de la France, il teste avec succès le lablab, un haricot venu d’Afrique de l’Ouest. Toutefois, il le juge globalement trop tardif pour des zones plus septentrionales. Il surveille donc l’éventuelle sélection de variétés plus précoces.

Il évoque aussi des sojas fourragers, notamment vus chez un adhérent de la « vache heureuse » au Maroc, qui les a importés des États-Unis. Selon lui, ce type de soja est introuvable en France, ce qui montre un certain retard de développement.

Ce soja fourrager, récolté entier en ensilage, apporte à nouveau la fameuse fibre utile à la rumination, avec une tige dure comparable à celle d’un haricot. Il affirme qu’un soja ensilé entier atteint environ 20 % de MAT. Avec ce type de stratégie, complétée par un plan de fumure adapté, du soufre et des oligo-éléments, il estime qu’on pourrait aller très loin.

Semer dense pour avoir une culture propre

Sur ces mélanges, il défend une logique très simple : plus on met de plantes, plus la culture sera propre. Pour lui, ce qui salit une parcelle, ce sont les rangs, parce qu’entre deux rangs la lumière touche le sol et relève la dormance des adventices.

Son mot d’ordre est donc de créer des « forêts vierges » : des peuplements très denses, beaucoup plus propres. Il reconnaît que cela coûte plus cher en semences, mais estime que l’économie réalisée ensuite compense largement :

  • moins de désherbage ;
  • moins de bineuse ;
  • moins de produits phytosanitaires ;
  • moins de passages ;
  • simplification générale du chantier cultural.

Le schéma devient alors : semer, fertiliser, récolter.

Les premiers résultats obtenus

Le but de ce travail est d’atteindre des systèmes de ration fondés sur ces mélanges, d’abord avec des vaches allaitantes, car leurs besoins sont plus faibles et permettent une analyse plus sereine.

Les premiers mélanges de ce type atteignent environ 12,2 % de MAT. Il considère cela déjà comme intéressant. Dans le sud-ouest, plusieurs paysans ont commencé à travailler sur l’axe maïs-lablab, avec des résultats entre 10 et 12 % de MAT.

Tous, selon lui, constatent un énorme gain sur la santé animale, principalement parce que la fibre du lablab, c’est précisément cette fibre structurante recherchée.

Limites géographiques du lablab

Konrad Schreiber précise qu’il a déjà semé du lablab dans toute la France et qu’il dispose de fiches techniques. Mais, selon lui, cela ne fonctionne vraiment que dans le sud de la Loire. Au nord de la Loire, cela devient très compliqué.

Il situe la limite à peu près sur une ligne Niort-Lyon : en dessous, cela peut marcher ; au-dessus, et surtout en zone plus haute ou à climat plus particulier, cela devient difficile.

Pistes pour les zones plus fraîches : amarante et chénopode

Pour les zones comme celle où il parle, il pense que les vesces sont probablement à privilégier, ainsi que l’amarante et le chénopode. Il dit chercher de la semence de ces produits, notant que les Suisses semblent disposer de semences d’amarante et paraissent un peu moins frileux que les Français dans le développement de ces plantes. Selon lui, ce sont des plantes qu’ils essaient assez facilement.