54 QTX de soja en semis-direct - Jordan Mounet

De Triple Performance
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Dans cette vidéo, Jordan Mounet, agriculteur dans le sud des Landes, présente son système en 100 % semis direct sur une centaine d’hectares, en rotation maïs, soja, triticale, au service d’un atelier principal d’élevage et gavage de canards. Son objectif : réduire le travail du sol, limiter les intermédiaires et mieux valoriser toute la production sur la ferme. Il détaille son approche des couverts végétaux, de la fertilisation via digestat, et ses stratégies pour sécuriser les cultures malgré des contextes de sols très variés. Les résultats sont au rendez-vous, notamment en soja, avec jusqu’à 54 q/ha en culture principale. Jordan partage aussi ses choix techniques en maïs et triticale, ses essais variétaux, son intérêt pour la biologie des sols et les enseignements tirés de plusieurs années de transition. Un témoignage concret, technique et lucide sur la performance du semis direct en polyculture-élevage.

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Résumé
Dans cette vidéo, Jordan Mounet, agriculteur dans le sud des Landes, présente son système en 100 % semis direct sur une centaine d’hectares, en rotation maïs, soja, triticale, au service d’un atelier principal d’élevage et gavage de canards. Son objectif : réduire le travail du sol, limiter les intermédiaires et mieux valoriser toute la production sur la ferme. Il détaille son approche des couverts végétaux, de la fertilisation via digestat, et ses stratégies pour sécuriser les cultures malgré des contextes de sols très variés. Les résultats sont au rendez-vous, notamment en soja, avec jusqu’à 54 q/ha en culture principale. Jordan partage aussi ses choix techniques en maïs et triticale, ses essais variétaux, son intérêt pour la biologie des sols et les enseignements tirés de plusieurs années de transition. Un témoignage concret, technique et lucide sur la performance du semis direct en polyculture-élevage.

Voir aussi le retour d'expérience complet : Séquestration carbone, autonomie protéique et énergétique autour d’un élevage de canards


Présentation de l’exploitation

Jordan Mounet est installé dans le sud des Landes, à la limite des Pyrénées-Atlantiques et du Gers. Il travaille avec son père sur une exploitation dont l’activité principale est l’élevage et le gavage de canards pour le foie gras du Sud-Ouest.

L’exploitation a été organisée pour réduire au maximum les intermédiaires. Cette logique les a conduits à fabriquer l’aliment à la ferme, avec autoconsommation de l’intégralité ou presque de leur production végétale.

Aujourd’hui, la ferme compte environ une centaine d’hectares de cultures, avec trois cultures dominantes :

La rotation repose principalement sur ces trois cultures. Les premières parcelles sont passées en semis direct il y a cinq ans, et les dernières ont basculé cette année. L’exploitation est désormais à 100 % en semis direct.

Jordan Mounet s’occupe de la partie :

  • gavage
  • séchage
  • stockage
  • cultures

Son père est entièrement dédié à l’élevage.

Pourquoi le passage au semis direct

Le passage au semis direct répond d’abord à une contrainte de main-d’œuvre. Mais Jordan Mounet explique aussi qu’il s’est progressivement passionné pour la biologie du sol. En cherchant à mieux comprendre les effets du travail du sol, il est arrivé à la conclusion que ce n’était pas la voie qu’il souhaitait poursuivre à l’avenir.

Il souligne avoir eu la chance d’être soutenu par son père, qui ne l’a pas empêché d’essayer autre chose. Cela a permis de faire évoluer progressivement tout le système, jusqu’à arriver aujourd’hui à une exploitation entièrement conduite en semis direct.

Contexte pédoclimatique

L’exploitation est morcelée :

  • 60 hectares autour du siège d’exploitation, à Miramont
  • 30 hectares à environ 30 km, côté Gers

Cela leur donne une grande diversité de contextes de sols :

  • terres noires assez légères, avec faible rétention en eau
  • boulbènes battantes sur le secteur de Miramont
  • limons purs dans le Gers, avec peu de matière organique

Certaines parcelles du Gers sont d’anciennes terres de maïs semence, très sollicitées dans le passé, avec des potentiels plutôt moyens.

La pluviométrie annuelle est d’environ 1 200 mm, avec une répartition variable selon les années, mais souvent assez favorable en été. Cela permet de bons rendements sur les cultures de printemps.

Performances globales de l’exploitation

Sur le secteur de Miramont, les repères donnés sont les suivants :

  • maïs : autour de 10 t/ha presque tous les ans
  • soja : entre 3,5 et 4 t/ha en moyenne
  • cette année : jusqu’à 4,4 t/ha en soja principal
  • soja dérobé : environ 3,5 t/ha derrière une orge à plus de 70 q/ha

Jordan Mounet insiste sur le fait que ces résultats sont obtenus dans un système tout en semis direct, avec couverts végétaux.

Rotation et couverts végétaux

La rotation type est :

Entre les cultures, il cherche à maintenir au moins un couvert végétal, sauf entre triticale et maïs où il met en place un double couvert.

Couvert d’été

Le couvert d’été est composé principalement de :

L’objectif est d’aller chercher du carbone et de produire un gros paillage au sol, capable de durer tout l’hiver et jusqu’au printemps suivant.

Couvert avant maïs

Derrière ce couvert d’été, il implante ensuite un couvert plus léger, plutôt à base de légumineuses, semées à plus faible densité. Le but est :

  • de stocker de l’azote
  • d’obtenir une dégradation rapide au printemps
  • de laisser entrer la chaleur dans le sol

Le couvert noircit en se dégradant, ce qui favorise selon lui la captation du rayonnement. Cela est important pour le maïs, afin d’avoir rapidement de la chaleur et de l’azote au pied, tout en conservant une partie du paillage du couvert précédent.

Gestion des pailles

Même s’il est éleveur et qu’il peut être tenté de sortir de la paille, il cherche à en laisser un maximum au sol. Quand il exporte de la paille, il prévoit un retour sous forme de fumier afin de restituer de la matière organique au sol.

Gestion des effluents et digestat

La principale problématique rencontrée concernait les lisiers de gavage :

  • très odorants
  • mal équilibrés en P-K
  • très acides

Jordan Mounet indique avoir observé des pH de l’ordre de 3 à 3,5 sur ces lisiers, avec des conséquences sur le pH des sols.

Le choix a donc été fait d’envoyer ces lisiers en méthanisation, puis de récupérer un digestat liquide. Cela permet aussi de s’affranchir du stockage des lisiers, ce qui présente un intérêt sanitaire dans le contexte de grippe aviaire.

Pour limiter les effets négatifs potentiels du digestat, il l’épand autant que possible sur des couverts déjà bien développés, d’été ou d’hiver, lorsqu’ils sont à environ 50 à 60 % de leur développement. L’application se fait au pendillard. Le couvert est ainsi fertilisé, et cela se passe selon lui très bien.

Conduite du maïs

Le maïs représente environ un tiers de la sole.

Implantation

Le maïs est semé en semis direct, le plus possible dans le couvert vivant, qui est ensuite roulé.

Jordan Mounet localise 100 litres de 14-48 dans la ligne de semis.

Le semis se fait :

  • à 40 cm d’écartement
  • autour de 83 000 pieds/ha

Il travaille avec des variétés à forte vigueur de départ, en particulier chez Pioneer. Cette vigueur est jugée très importante car le maïs est implanté dans des couverts parfois développés, et les printemps du Sud-Ouest sont souvent humides et frais, notamment en mai.

Pourquoi semer le maïs à 40 cm

Le choix du 40 cm vient d’échanges avec Christian Abadie. L’idée est qu’on obtient presque des maïs « au carré », avec environ 27 à 30 cm sur la ligne entre pieds.

Cela permet selon lui :

  • une meilleure prospection racinaire
  • moins de concurrence sur le rang
  • une couverture plus rapide de l’interrang
  • une meilleure gestion de l’enherbement

Avant les six feuilles, l’interrang est déjà bien couvert.

Désherbage du maïs

Jordan Mounet cherche à raisonner un désherbage en post-levée unique, autour de 3 feuilles, sur des parcelles maintenues propres jusque-là.

Il évoque une stratégie type à base de :

  • mésotrione
  • nicosulfuron
  • Banvel

Le tout est appliqué en bas volume, entre 60 et 70 l/ha, avec adjuvant.

Pour limiter l’usage du glyphosate, il a fait le choix d’arrêter les graminées dans les couverts avant maïs et de partir sur des légumineuses pures, plus faciles à détruire mécaniquement.

Fertilisation du maïs

La stratégie repose d’abord sur le digestat :

  • environ 10 m³/ha
  • soit environ 60 à 70 unités d’azote

L’idée est d’avoir une source d’azote dans les premiers centimètres du sol avant le semis, car la minéralisation est lente en semis direct et des faims d’azote peuvent apparaître rapidement.

Ensuite, il apporte à 3 feuilles :

  • ammonitrate soufré

ou

  • solution soufrée

Le soufre est jugé très important, car il donne selon lui un « coup de boost » au maïs à ce stade, particulièrement en semis direct où les départs sont plus lents.

L’azote est ensuite soldé très tôt, en général dès 3 feuilles. Cela peut paraître précoce, mais il explique avoir constaté qu’un maïs en semis direct a une forte faim d’azote à un moment précis. Une année où il avait voulu fractionner davantage pour éviter les lessivages, il a perdu du rendement.

Son constat est qu’en semis direct, il y a finalement très peu de pertes d’azote, même avec de fortes pluies, et qu’il ne faut pas avoir peur d’anticiper les apports.

Au total, il estime apporter entre 200 et 220 unités d’azote, tous apports confondus.

Rendements en maïs

En rythme de croisière, il se situe entre 120 et 130 q/ha. Certaines variétés ont permis de monter jusqu’à 153 q/ha il y a trois ans.

Il insiste sur le fait que ces niveaux sont atteints sur des boulbènes irriguées ou des limons noirs assez profonds, avec bonne rétention en eau.

Récolte du maïs et gestion des résidus

La récolte se fait avec un cueilleur à 80 cm. Les cannes sont laissées très hautes. Sur maïs semé à 40 cm, cela laisse de grands ensembles de tiges debout, ce qui facilite ensuite le semis du couvert du soja.

Il sème toujours son couvert en biais par rapport au semis du maïs, puis réalise un broyage pour ramener la matière au sol, bloquer l’herbe et limiter la propagation des ravageurs comme la pyrale.

Taupins et ravageurs du sol

La ferme a connu des problèmes de taupins, y compris à l’époque du travail du sol. Aujourd’hui, Jordan Mounet n’utilise même plus de protection spécifique. Il estime que le fait de laisser de la biomasse et de nourrir la vie du sol toute l’année limite la pression au moment de l’arrivée du maïs.

Il ne dit pas que toutes les années se passeront forcément bien, mais il n’a pas observé davantage de dégâts depuis le passage au semis direct.

Son regard sur le maïs en semis direct

Il explique que beaucoup craignent une baisse d’enracinement quand le sol n’est plus travaillé. Lui a commencé sur quelques hectares pour observer.

En regardant les profils de sol et le travail des couverts, il a constaté :

  • une forte porosité des premiers centimètres
  • un retour marqué de la vie du sol
  • une disparition progressive des semelles liées aux anciens travaux

Le maïs lui paraît souvent poussif au départ, car :

  • le sol est plus froid
  • il n’y a pas de minéralisation rapide comme après travail du sol

Mais à partir de 5 à 6 feuilles, une fois le système racinaire en place, il démarre très fort et compense largement.

La principale vigilance concerne, selon lui, la densité des couverts avant maïs. Il a déjà fait des couverts trop gros, qui ont pénalisé le réchauffement du sol et favorisé les limaces. Aujourd’hui, il préfère :

  • gros couverts d’été pour fissurer et produire du carbone
  • couverts plus légers avant culture de printemps

Conduite du soja

Jordan Mounet considère le soja comme une plante au système racinaire plus « feignant » que le maïs, mais qui s’adapte bien même dans des sols pas parfaitement préparés en profondeur.

Couvert avant soja

Avant soja, il réintroduit un peu de graminées, en plus de légumineuses, afin d’appauvrir un peu le sol en azote et de pousser le soja à noduler et à fonctionner en autonomie.

Il a toutefois rencontré un problème avec l’avoine, qui avait tendance à repartir dans la culture. Il dit clairement qu’il a décidé de ne plus en remettre.

Implantation du soja

Le soja est semé au monograine :

  • à 40 cm d’écartement
  • à environ 450 000 grains/ha
  • à faible profondeur, autour de 1 cm

Il préfère que certaines graines soient très peu recouvertes plutôt que semées trop profond, car un soja trop profond se fatigue vite à la levée.

Le semis se fait plutôt début mai, sur sols bien réchauffés, toujours dans le couvert vivant, ensuite roulé.

Inoculation et enrobage

Sur les premières parcelles ou les parcelles en première année de soja, il inocule les semences à la bétonnière, 2 à 3 heures avant semis.

Il a également essayé un produit d’enrobage à base d’acides humiques et fulviques, nommé Labinor. Il y a observé :

  • une meilleure vigueur de départ
  • moins de pertes à la levée
  • un feuillage plus dense

C’est un essai qu’il souhaite poursuivre.

Désherbage du soja

La stratégie évoquée repose sur :

  • Pulsar 40
  • Centurion contre les graminées

Pour limiter les effets phytotoxiques du Pulsar, il utilise un apport à base de bore et molybdène :

  • bore pour réduire l’effet phyto
  • molybdène pour son intérêt sur la fécondation

Il se dit très satisfait des résultats obtenus.

Rendements en soja

Il indique avoir obtenu cette année jusqu’à 55 q/ha sur une variété italienne, malgré des pertes à la levée dues à un couvert beaucoup trop gros, monté jusqu’à 19 t de matière sèche. Les sojas étaient restés longtemps sous le paillage avant de réussir à sortir.

Avec 450 000 graines semées, il estime être sorti à seulement 280 000 à 300 000 pieds levés, mais le soja a compensé.

Soja dérobé derrière orge

Il a aussi réalisé des essais en double culture orge-soja, avec des sojas très précoces, inoculés également.

Dans ce cas, il sème plus fort, autour de 500 000 graines/ha, car la compensation est moindre qu’en soja principal.

Les résultats atteignent cette année environ 35 q/ha derrière orge, ce qu’il juge très positif.

Il a également testé :

L’idée de la mélasse est d’apporter du sucre pour soutenir la plante et atténuer l’effet phyto du désherbage. Il évoque un essai autour de 10 l/ha. Le produit coûte peu cher, et l’effet lui a semblé intéressant, mais il souhaite poursuivre avec des essais mieux suivis et pesés.

Place du soja dans l’autonomie alimentaire

Le soja est aujourd’hui une culture clé de l’exploitation, notamment parce qu’il sert de source de protéines pour l’atelier canards. Après toastage, il devient un aliment très performant. Jordan Mounet explique qu’il obtient de meilleurs résultats zootechniques qu’avec les tourteaux achetés auparavant, tout en maîtrisant la qualité de la matière première.

Il utilise beaucoup de semences de ferme sur soja, culture qu’il juge peu chargée en intrants et économiquement facile à faire tenir.

Conduite du triticale

Le choix du triticale repose sur deux raisons principales :

  • sa rusticité
  • son intérêt pour l’alimentation animale

Jordan Mounet rappelle que le triticale est plus riche en lysine et méthionine que le blé, deux éléments importants pour le remplissage du magret.

Variétés et mélanges

Pendant plusieurs années, il a travaillé avec du KWS Fido en semences de ferme, qu’il jugeait très performant.

Il évoque aussi les essais menés autour des mélanges variétaux, notamment avec Christophe Cassoulong. Le mélange de quatre variétés, aux hauteurs d’épis assez proches, permettrait :

  • moins de verse
  • de très bons rendements
  • une meilleure complémentarité entre variétés

Il voit là une piste intéressante à approfondir.

Rendements en triticale

Cette année, le potentiel dépassait 90 q/ha, mais une grosse pluie et une tempête, deux semaines avant récolte, ont entraîné de la verse. Le rendement final s’établit à 80 q/ha, avec des bandes restées droites qui montraient plus de 90 q/ha à la machine.

Sur les années normales, il indique être entre 75 et 85 q/ha. Une très mauvaise année est tombée à 40 q/ha à cause du climat.

Fertilisation du triticale

La fertilisation repose essentiellement sur le digestat, en deux passages, pas trop précoces pour limiter le risque de verse en fin de cycle.

Le total d’azote se situe entre 160 et 178 unités maximum. Il juge que cela suffit largement dans son système.

Il explique que le digestat est assez bien équilibré en N-P-K. D’après les analyses qu’il cite, pour 35 m³ apportés, on serait autour de :

  • 150 unités d’azote total
  • 90 unités de phosphore
  • 80 unités de potasse

Il mentionne aussi la présence de calcium et un peu de soufre.

Protection et conduite

Le désherbage est très simple :

  • parfois un petit glyphosate au semis
  • éventuellement un passage d’Axial si nécessaire

Le triticale étant très rustique, cela suffit généralement.

Il réalise malgré tout un fongicide sur épi, de type Prosaro, dans un objectif de sécurisation sanitaire du grain, puisque la récolte est autoconsommée.

Concernant les insecticides, il utilise plutôt un enrobage insecticide à demi-dose sur semences, mais sans traitement foliaire. Il a observé qu’une semence non traitée avait une vigueur de départ nettement supérieure. Il envisage donc des essais comparatifs, car il n’a pas noté davantage de dégâts ensuite.

Verse et régulation

La verse reste un sujet important, notamment dans les années à fort potentiel. Il s’interroge sur l’intérêt de durcisseurs ou raccourcisseurs, mais dit ne pas avoir encore suffisamment creusé la question.

La méthanisation et le partenariat avec le méthaniseur

Jordan Mounet travaille avec Méthalandes, à Hagetmau, structure reprise par Xavier Labat. Celui-ci est agriculteur de formation et disposait déjà d’une activité dans l’assainissement, ainsi que d’un important méthaniseur privé sur la commune d’Aire-sur-l’Adour.

Le méthaniseur valorise :

  • graisses
  • déchets d’abattoirs
  • déchets d’usines agroalimentaires
  • fumiers
  • lisiers
  • déchets verts

Il insiste sur le fait que les lisiers doivent être stockés en fosses fermées afin d’éviter leur dilution par l’eau.

Jordan Mounet voit dans cette organisation un vrai échange entre agriculture et méthanisation :

  • il envoie ses lisiers
  • il récupère du digestat
  • il réutilise ce digestat sur ses couverts et cultures

Suivi des sols

Pour l’instant, les analyses de sol montrent surtout une stabilisation de la matière organique, ce qui était déjà un objectif important, car elle chutait rapidement auparavant.

Il n’observe pas encore de grands changements chiffrés sur cinq ans. En revanche, ce qu’il juge le plus parlant, c’est :

  • les profils de sol
  • la porosité
  • le retour de la vie biologique

C’est cela qui lui paraît le plus impressionnant.

La transition vers le semis direct

Le passage au semis direct n’a pas été immédiat. L’exploitation était équipée en matériel de travail du sol relativement récent. Il était donc difficile d’annoncer qu’il faudrait vendre du matériel neuf pour investir dans une technique qui n’était pas encore éprouvée à la ferme.

Jordan Mounet a donc commencé à moindre coût, avec un vieux semoir acheté à une CUMA du Gers, afin de faire ses premiers pas en semis direct.

Il a d’abord commencé par les cultures les plus simples, en particulier les céréales d’hiver, qu’il considère comme les plus faciles à réussir en semis direct.

Puis il a progressivement avancé :

  • couverts
  • céréales d’hiver
  • maïs en prestation chez un entrepreneur déjà équipé en semis direct à 40 cm
  • essais variétaux

Une année où un essai maïs a atteint 150 q/ha a servi de déclencheur pour investir plus franchement.

La stratégie a été progressive :

  • garder une partie du matériel classique
  • basculer petit à petit les parcelles
  • revendre ensuite le matériel devenu inutile

Aujourd’hui, le parc matériel est très épuré.

Matériel utilisé

Pour le monograine, il utilise un Solà réglé à 40 cm, avec localisation d’engrais liquide dans le rang.

Pour les céréales, il a importé un semoir Gil, constructeur espagnol. Il explique que cet appareil repose sur une conception proche de l’ancien élément semeur John Deere fabriqué par Inagro, mais sans pression constante.

Il se dit très satisfait du rapport qualité-prix et de la qualité de mise en terre. Le semoir comporte trois caisses, ce qui permet de faire des associations.

Il rappelle aussi que Christian Abadie avait déjà testé ce semoir dans la région et constaté de très bons taux de levée.

Aujourd’hui, son matériel se limite essentiellement à :

  • deux semoirs
  • un épandeur centrifuge
  • un pulvérisateur
  • un broyeur à axe horizontal avec rouleau
  • prochainement un rouleau faca

Le rouleau faca doit permettre de changer de stratégie :

  • semer
  • rouler en même temps ou très rapidement derrière
  • éventuellement écarter un peu la végétation sur la ligne de semis afin d’accélérer le réchauffement

Consommation de carburant et temps de travail

Avec le semis direct, il travaille avec deux tracteurs de puissance moyenne, assez légers, qui servent aussi à l’élevage.

La consommation en semis est de l’ordre de 3,5 à 4,5 l/ha, avec des régimes moteur autour de 1 300 à 1 600 tr/min.

Sur le temps de travail, il estime avoir gagné environ une demi-heure à trois quarts d’heure par hectare. Mais il nuance : on gagne du temps sur le travail du sol et le semis, mais on en retrouve davantage à la récolte, car il faut aussi gérer les semis de couverts et les broyages.

La rotation maïs-soja-triticale aide à lisser les périodes de pointe sur l’année.

Sa stratégie sur les couverts

Jordan Mounet insiste beaucoup sur l’importance du double couvert d’été. Il reconnaît que cela a un coût en semences et en temps, mais estime que les bénéfices sont trop importants pour s’en passer.

Pour le couvert d’été, il cite des doses de l’ordre de :

Le couvert est très dense, mais cette densité permet d’obtenir des tiges fines, qui une fois couchées au sol forment un paillage plus homogène qu’avec des tiges grosses et espacées.

Pour les couverts avant maïs, il a au contraire réduit les densités et simplifié les mélanges. Il mentionne par exemple :

L’idée est de laisser davantage passer la lumière, tout en gardant un peu de couverture.

La partie élevage et l’autonomie alimentaire

Même si la vidéo est centrée sur les cultures, Jordan Mounet rappelle que l’élevage reste le cœur de l’exploitation.

L’atelier compte environ 37 000 canards élevés et gavés. Les animaux sont reçus à un jour puis conduits jusqu’au départ gavage et abattoir.

L’exploitation travaille pour la marque Labeyrie.

Fabrication de l’aliment

Depuis 2011, la ferme dispose d’un séchage basse température, en cellules sécheuses, avec séchage à 50 °C afin de préserver au mieux la qualité du grain.

Ils doivent acheter une partie de l’aliment de démarrage et de finition, car ils ne disposent pas des outils permettant de fabriquer des très petites granulométries.

Ensuite, ils prennent le relais avec leur propre aliment, en adaptant la granulométrie selon l’âge des canards grâce à un broyeur à disques à écartement variable.

Les matières premières utilisées sont :

  • maïs
  • soja
  • triticale
  • tourteau de tournesol High Pro
  • minéraux

L’aliment évolue progressivement :

  • plus protéique au départ
  • plus énergétique ensuite

L’objectif est aussi d’obtenir une granulométrie grossière, adaptée à la manière dont le canard consomme l’aliment.

Phase de gavage

Avant le gavage, les canards reçoivent un aliment spécifique qui gonfle au contact de l’eau afin de préparer le jabot. Ensuite, pendant une dizaine de jours, le gavage se fait avec le maïs de la ferme, séché à basse température puis broyé très finement.

Gestion de la litière

La paille utilisée est de la paille de triticale, broyée pour maximiser l’absorption de l’humidité.

Il arrive également d’apporter des produits de litière favorisant la dégradation des fumiers. Il observe que les fumiers ainsi obtenus se dégradent vite, avec déjà beaucoup de bactéries, champignons et vers lorsqu’ils sont mis en tas avant épandage.

Il y voit un levier important, à la fois pour la qualité sanitaire des bâtiments et pour la valorisation agronomique des fumiers.

Essais en cours et pistes de travail

Jordan Mounet met régulièrement en place des essais à la ferme.

En maïs

Les principaux axes de travail sont :

  • essais variétaux en semis à 40 cm
  • comparaison de densités
  • essais sur l’enrobage des semences
  • travail autour des acides humiques et fulviques
  • recherche de variétés bien adaptées au semis direct

Il insiste sur le fait que toutes les variétés ne supportent pas le semis direct, ni le semis à 40 cm. Certaines peuvent très bien performer, d’autres décrocher très vite.

Il travaille surtout avec Pioneer, dont il est satisfait, mais reste ouvert à d’autres génétiques.

En soja

Il veut poursuivre :

  • les essais d’inoculants
  • l’enrobage à base d’acides humiques et fulviques
  • la mélasse de canne à sucre
  • quelques essais variétaux

En triticale

Il souhaite approfondir :

  • les mélanges variétaux
  • la question des raccourcisseurs
  • la gestion de la verse
  • les comparaisons avec ou sans enrobage insecticide

Autres cultures et essais de diversification

Jordan Mounet évoque aussi quelques pistes complémentaires.

Orge-soja en dérobé

Dans sa région, l’enchaînement orge-soja est selon lui l’une des meilleures options en marge économique pure, dès lors que l’irrigation sécurise le système.

Il cite des voisins réalisant :

  • 80 à 82 q/ha d’orge
  • 30 à 35 q/ha de soja derrière

Colza associé

Il a aussi tenté un colza associé à du trèfle violet.

Le colza a été semé :

  • début septembre
  • à 27 grains/m²
  • toujours à 40 cm d’écartement
  • avec 50 l de 14-48 dans la ligne

Le trèfle violet a été intégré dans le rang avec l’anti-limaces.

L’idée serait, si l’essai va au bout, de :

  • récolter le colza
  • laisser le trèfle dessous
  • éventuellement faucher puis enrubanner les cannes de colza avec le trèfle
  • valoriser l’ensemble en alimentation bovine

Pour l’instant, il trouve que l’essai se comporte plutôt bien.

Réflexions sur la fertilisation et les apports

Jordan Mounet s’interroge sur la meilleure manière de positionner l’urée dans son système, notamment avec de gros couverts. Il reconnaît que la gestion n’est pas toujours simple : trop attendre peut pénaliser la culture, mais apporter sur couvert pose aussi des questions.

Il dit avoir fait le pari, certaines années, de ne pas détruire les couverts malgré une période sèche, puis d’avoir été surpris par l’énorme biomasse produite ensuite avec le retour des pluies, jusqu’à atteindre 21 t de matière sèche avant soja. Dans ce cas, le couvert devenait trop important.

Ces expériences l’amènent à ajuster en permanence ses stratégies, notamment sur :

  • la date de destruction
  • la densité des couverts
  • la place des légumineuses et graminées
  • la façon de positionner l’azote

Formation, réseau et accompagnement

Jordan Mounet explique qu’il a d’abord démarré seul, après avoir vu des vidéos, notamment celles de Christian Abadie. Cela lui a donné envie d’essayer sur ses propres terres.

Mais après deux ans, malgré des résultats encourageants, il a senti qu’il lui manquait de la formation et des connaissances techniques plus solides.

Il a alors rejoint un groupe local et s’est formé avec Agrodoc. Cette adhésion est décrite comme très positive.

Ce qu’il y trouve :

  • de vrais techniciens
  • des ingénieurs agronomes
  • des réponses cohérentes
  • des essais internes
  • un réseau d’agriculteurs qui échangent vraiment

Il insiste sur l’importance de ne pas rester seul. Selon lui, on n’avance pas assez vite sans accompagnement. Il souligne aussi la qualité humaine du groupe, très différente de l’ambiance de concurrence qu’il connaissait auparavant dans le milieu agricole.

Son conseil pour se lancer

Pour quelqu’un qui veut passer au semis direct, Jordan Mounet conseille de ne pas rester isolé.

Il estime qu’il faut :

  • soit posséder son propre matériel, bien maîtrisé
  • soit faire appel à un agriculteur compétent, proche, capable de bien régler les semoirs et de raisonner agronomiquement

Et surtout :

  • se former
  • intégrer un groupe
  • échanger avec d’autres

Pour lui, les premières années sont déterminantes, et sans réseau ni appui technique, on n’avance pas assez vite.