18 ans de Semis Direct au Finistère, Erwan Caradec
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Experts et agriculteurs vous donnent les clés pour une transition sereine !
Cette vidéo a été créée dans le cadre du projet CONSERWA, avec le financement de l’Union Européenne / Video created as part of the CONSERWA research project, funded by the EU: https://conserwa.eu/
Sommaire :
- Introduction 00:00
- Présentation de la géographie 01:33
- Transition vers l’ACS 02:44
- Rotation 05:47
- Haricot 08:37
- Blé de haricot 12:34
- Méteil féverole pois vesce 20:44
- Blé de méteil 27:12
- Colza 27:47
- Blé 36:05
- Maïs 42:08
- Gestion du pH et autonomie sur la commercialisation 44:17
- Mot de la fin 47:12
Présentation de la ferme et du contexte
Erwan Caradec est agriculteur dans le Finistère (29 ouest), sur la commune de Plonévez-Porzay, à environ 1 à 1,5 km de la mer.
Il travaille sur une ferme de 165 hectares, en cultures uniquement.
Le contexte pédoclimatique est le suivant :
- pluviométrie annuelle de 1 200 à 1 400 mm selon les années ;
- en 2023, environ 1 300 mm ;
- répartition des pluies jugée aléatoire ;
- sols de type sableux limoneux sur une partie de l’exploitation ;
- sols limono-argileux sur une très grosse partie ;
- pH variant d’environ 5,8 à 6,5 ;
- taux de matière organique allant de 3,5 à 9 %.
Erwan précise qu’un taux de matière organique très élevé n’est pas forcément un avantage dans tous les cas, mais que c’est la réalité de son contexte.
Évolution du système de culture
Erwan Caradec s’est installé entre la fin 1998 et le début 1999.
Au départ :
- une partie des surfaces était conduite en labour ;
- les céréales étaient en TCS ;
- les maïs étaient labourés.
En 2000, toute l’exploitation passe en TCS pour l’ensemble des cultures.
À cette époque, l’assolement comprend principalement :
- environ 50 hectares de maïs ;
- une trentaine d’hectares de céréales ;
- un peu de colza ;
- beaucoup de luzerne.
En 2001, il participe à la mise en place du groupe TCS du département, le groupe TCS 29, avec la chambre d’agriculture. Le groupe démarre avec une trentaine d’agriculteurs et rassemble aujourd’hui environ 320 à 350 agriculteurs sur le département. Le technicien qui les suit est Jean-Philippe Turlin, spécialisé en TCS et semis direct.
De 2000 à 2005, Erwan pratique un TCS intégral.
En 2005, un collègue équipé d’un semoir de semis direct Bertini lui permet de réaliser un essai de semis de maïs sur couvert. L’essai fonctionne très bien. À la suite de cela, Erwan achète lui aussi un semoir et passe toute la ferme en semis direct en 2006.
Il commence alors par implanter les céréales après légumes en semis direct.
Place des méteils et de la luzerne dans l’ancien système
À l’époque où l’exploitation comptait aussi un élevage laitier, en association avec ses parents et son frère, Erwan mettait en place beaucoup de méteils sur luzerne.
L’objectif était de conserver les luzernières le plus longtemps possible. Il indique avoir gardé certaines luzernières jusqu’à 11 ans, avec un fonctionnement encore très satisfaisant.
Le principe était le suivant :
- épandage de fumier sur la luzerne ;
- 1 litre de glyphosate ;
- semis du méteil ;
- récolte au mois de mai pour la première fauche ;
- puis trois fauches de luzerne ensuite.
Selon lui, ce système marchait très bien.
Mise en place du système colza-trèfle
À partir de 2006-2007, Erwan commence à mettre en place du colza associé à du trèfle, système qu’il considère aujourd’hui comme simple à conduire et qu’il maîtrise bien.
Le principe est le suivant :
- semis du colza et du trèfle en même temps, après une céréale ;
- après récolte du colza, broyage des cannes ;
- fauche du trèfle ;
- selon les années, entre la première semaine de septembre et la fin septembre ;
- puis application de 1 à 1,5 litre de glyphosate, avec 1 kg de sulfate d’ammoniaque et un peu de mouillant ;
- semis du blé directement dans le trèfle.
Pour Erwan, le système « colza-trèfle puis céréale » est un excellent levier dans son contexte. Il explique qu’au départ il n’y croyait pas vraiment, mais qu’une fois essayé, il devient difficile de faire marche arrière.
Rotation type actuelle
La rotation type qu’il décrit est la suivante :
- légume d’industrie, notamment haricot ;
- blé ;
- colza associé trèfle ;
- blé ;
- féverole-pois-vesce récoltée en graines ;
- orge ou blé ;
- retour au légume.
Il précise qu’il peut aussi, si le temps le permet, insérer un maïs avant de revenir au légume.
Son principe de rotation est de faire :
- une légumineuse ;
- une paille ;
- une légumineuse ;
- une paille.
L’objectif est :
- de stocker du carbone ;
- de garder un volant de fertilité ;
- d’avoir un apport d’azote via les légumineuses au moins tous les deux ans.
Il relie aussi cette stratégie au contexte réglementaire local, notamment sur l’azote.
Contexte réglementaire et gestion de l’azote
L’exploitation se situe en bassin versant concerné par les algues vertes. Une ZSCE a été mise en place en 2023, pour « zone soumise à contrainte environnementale ».
L’objectif affiché est de faire baisser les teneurs en nitrates dans les ruisseaux qui arrivent en baie, jusqu’à 15 mg/L.
Erwan estime cet objectif difficile :
- la moyenne de son secteur serait déjà autour de 25 mg/L ;
- la limite maximale pour l’eau potable est de 50 mg/L.
Selon lui, malgré une amélioration déjà importante, l’administration demande encore une baisse de la pression azotée.
Culture du haricot
Place dans la rotation
Le haricot constitue sa tête de rotation.
Le précédent peut être :
- soit un maïs grain ;
- soit un couvert après moisson.
Travail du sol
Le haricot est la seule culture pour laquelle Erwan se permet un travail du sol superficiel.
Il réalise un mulch avec un outil à disques sur 5 à 6 cm.
Il justifie cette exception par la spécificité du haricot : il faut que toute la culture lève en même temps pour obtenir une floraison régulière. Si la floraison est groupée sur 3 à 4 jours, le traitement fongicide est plus facile à positionner et la récolte est plus homogène.
Il résume cela comme « un TCS tous les 5 ou 6 ans ».
Désherbage
Le programme mentionné est :
- Mercantor en désherbage incorporé, encore homologué pour la campagne 2024 au moment de l’entretien ;
- semis ;
- éventuellement Centium s’il reste de l’humidité résiduelle, ou s’il pleut dans les 5 à 6 jours ;
- si besoin, rattrapage avec Basagran, Corum ou surtout Basagran.
Le principal spectre visé en rattrapage est le chénopode, qui gêne à la fois :
- la récolte ;
- et la disponibilité en eau.
Un adjuvant est toujours utilisé :
- Actirob à 0,5 l/ha, ou un autre mouillant selon disponibilité.
Semis
Le semis se fait entre le 14 et le 20 juillet, parfois jusqu’au 25 juillet.
La dose de semis est indiquée en doses semoir :
- environ 3 à 3,5 doses/ha.
Protection fongicide
En règle générale :
- un seul fongicide ;
- éventuellement deux si la pression maladie est forte.
Produits cités :
- Switch ;
- Luna Experience.
Rendement
Le rendement est très dépendant de la disponibilité en eau à floraison.
Références données :
- jusqu’à 17 à 18 tonnes/ha de haricots extra-fins dans les bonnes années ;
- en 2022, année très sèche, environ 12,4 t/ha net, ce qu’il considère comme très correct.
Blé après haricot
Implantation
Entre la récolte des haricots et le semis du blé, il s’écoule environ trois semaines.
Les haricots sont récoltés la dernière semaine de septembre.
Erwan déclenche ses semis de céréales à partir du 15 octobre, jusqu’au 20 octobre environ. Dans son secteur, il estime qu’il faut que tous les blés soient semés pour la Toussaint.
Avant semis :
- 1 l/ha de glyphosate ;
- 1 kg de sulfate d’ammoniaque ;
- mouillant de type Actirob.
Il insiste sur une meilleure efficacité obtenue avec 1 kg de sulfate d’ammoniaque qu’avec 1 litre de thiosulfate.
Le semis se fait au disque.
Densité et mélange variétal
Pour les semis précoces :
- 250 à 260 grains/m².
Le blé est toujours semé en mélange de variétés, avec un minimum de quatre variétés.
Variétés citées :
- Chevignon ;
- Absalon ;
- Extase ;
- possiblement Cellule pour la quatrième.
Les critères recherchés sont surtout :
- la tolérance aux maladies ;
- le PS.
Protection fongicide
Le mélange variétal permet selon lui de réduire la pression maladies.
En 2023, il n’a réalisé qu’un seul fongicide à dernière feuille :
- avec une base de triazole et de prothioconazole.
Il souligne aussi que dans les blés semés après trèfle, la pression de maladies est plus faible, car il n’y a pas d’effet « splash » des gouttes de pluie sur le sol vers les feuilles, ce qui limite la septoriose.
Fertilisation
Après haricot, il estime disposer d’un reliquat azoté important.
Sa fertilisation se fait en deux passages :
- premier passage en digestat ou lisier de porc, ou à défaut ammonitrate ;
- second passage en urée ou ammonitrate.
Quand il passe en minéral :
- 80 unités au premier passage, début février ;
- 80 unités environ 15 jours après.
Soit un total d’environ 160 unités.
Il ne complète pas en soufre sur blé. Selon lui :
- la matière organique ;
- et les apports exogènes (lisier, fumier de volaille)
apportent déjà du soufre en quantité suffisante.
Désherbage
Aucun désherbage d’automne.
Le désherbage est réalisé au printemps.
Sur blé après haricot, il cite un programme de type :
- Zar ;
- puis Zepar / Bizon selon les parcelles et flores présentes.
Les adventices principalement visées sont :
- gaillet ;
- véroniques ;
- sanves.
Sur les graminées, il précise ne pas être embêté actuellement par le ray-grass. Le pâturin, en revanche, posait problème en TCS, mais a quasiment disparu depuis le passage au semis direct.
Rendement et qualité
En 2023, année jugée moyenne à cause de trois semaines de pluie au moment de la récolte, il estime que le potentiel dépassait 100 q/ha avant dégradation.
Au final :
- 83 q/ha ;
- PS de 73-74 ;
- protéines de 11,5 à 13,2 selon les parcelles et les précédents.
L’objectif est de maximiser le rendement avec peu d’intrants. Avec 160 unités d’azote et les reliquats du haricot, il considère avoir largement de quoi exprimer le potentiel.
Couvert de phacélie avant féverole-pois-vesce
Après le blé, il implante un couvert court de phacélie.
Dose de semis :
- 6 à 8 kg/ha.
Il insiste sur le fait qu’un couvert est pour lui « une culture à part entière » et qu’il faut le réussir pour obtenir une bonne concurrence vis-à-vis des adventices estivales.
Il exporte une partie des pailles, mais pas toutes :
- les parcelles destinées à recevoir une légumineuse gardent généralement les pailles broyées ;
- les parcelles destinées à implanter un colza voient plutôt les pailles exportées dans le cadre d’un échange paille contre fumier de volaille avec un collègue.
La phacélie est semée en direct avec un John Deere 750A.
La destruction de la phacélie se fait généralement au moment du semis de la féverole-pois-vesce :
- le simple roulage au semoir suffit ;
- elle ne repart pas ;
- pas de glyphosate en général, sauf éventuellement en tour de parcelle.
Quand le couvert atteint environ 40 cm et est dense, il y a très peu d’adventices en dessous, à condition de ne pas avoir de vivaces comme rumex ou liseron.
Mélange féverole-pois-vesce
Semis
Le mélange est semé courant novembre, juste avant que la phacélie soit détruite par le semis.
Erwan ressème une partie de sa propre récolte d’une année sur l’autre, ce qui fait qu’il ne donne pas de proportion exacte entre espèces.
Dose de semis :
- 180 à 200 kg/ha ;
- environ 45 à 50 graines de féverole/m².
Dans son contexte côtier doux, il ne faut pas semer trop tôt, sinon la féverole risque d’attraper rapidement de l’anthracnose.
Protection et fertilisation
Il n’y a pas de désherbage.
Il fait un seul fongicide à floraison :
- Prosaro à 0,3 ou 0,4 l/ha.
Il ne fait pas de fertilisation.
Retour d’expérience sur le soufre
En 2023, il a réalisé involontairement un apport d’engrais soufré sur une parcelle de 3,5 ha de féverole-pois-vesce :
- un 25-27, initialement prévu pour des colzas ;
- appliqué sur le tour de la parcelle et une bande au milieu.
Il a observé très nettement l’apparition d’anthracnose dans les zones fertilisées et n’a pas réussi à rattraper la situation malgré deux fongicides.
La parcelle a finalement été détruite et remplacée par des légumes.
Il ne sait pas dire si l’effet est dû à l’azote ou au soufre, mais sa conclusion pratique est claire :
- zéro azote ;
- zéro soufre ;
sur ses légumineuses.
Il précise toutefois qu’il s’agit de son expérience locale et que chacun doit juger selon ses résultats.
Récolte et rendement
La culture est récoltée vers le 10 au 14 juillet.
En 2023 :
- un peu plus de 40 q/ha.
Il estime que c’est un bon rendement pour de la féverole d’hiver.
Il ajoute qu’en potentiel pur, la féverole de printemps peut faire un peu mieux, mais qu’il préfère la féverole d’hiver car la parcelle reste beaucoup plus propre après récolte.
Blé après féverole-pois-vesce
Après la récolte de la légumineuse, il remet une phacélie, puis sème un blé dans cette phacélie.
Avant levée du blé :
- 1 à 1,5 l/ha de glyphosate selon les parcelles.
Ensuite, on revient à un schéma classique :
- désherbage de printemps ;
- fertilisation avec digestat, lisier ou engrais minéraux ;
- urée en complément.
Colza associé trèfle
Implantation
Après ce blé, il implante un colza.
Les pailles sont exportées.
S’il a du digestat ou du lisier de porc disponible, il en apporte un peu, sans excès, car le trèfle supporte mal une trop forte fertilisation azotée au démarrage.
Repères donnés :
- environ 30 unités d’azote ;
- 10 m³/ha de lisier de porc ;
- ou 5 à 7 m³/ha de digestat selon concentration.
Variétés et densités
Il utilise toujours deux variétés de colza en mélange, plus une variété très précoce pour les méligèthes.
Variétés citées :
- Exception ;
- Aviron ;
- Alicia comme variété très précoce.
Densité visée :
- 30 à 35 graines/m² ;
- pour obtenir 10 à 12 pieds/m² en sortie d’hiver.
Selon lui, un colza ne doit pas être trop serré :
- plus il est serré, moins il branche ;
- et moins il fait de rendement.
La dose correspond à environ :
- 2 à 2,4 kg/ha selon le PMG.
Le trèfle blanc est ajouté à :
- 2,5 kg/ha.
Il précise qu’il s’agit d’un trèfle blanc ordinaire, choisi aussi pour son coût. Le surcoût d’implantation du trèfle est de l’ordre de 15 à 20 €/ha.
Le semis du colza et du trèfle se fait en même temps.
Profondeur de semis
La profondeur visée est d’environ 1 cm maximum.
Erwan insiste sur ce point :
- il ne faut pas semer trop profond ;
- sinon le trèfle aura du mal à sortir.
Dans son contexte, la levée du colza n’est généralement pas limitée par le manque d’eau, mais plutôt par l’excès d’eau.
Il rappelle aussi une règle simple :
- une graine doit être semée à 3 ou 4 fois sa taille maximum.
Il évoque la possibilité de semer le trèfle à la volée puis de rouler.
Désherbage et ravageurs
À 3 feuilles du colza :
- 1,4 l/ha de Katamaran.
Il évite de dépasser cette dose pour ne pas trop chauffer le trèfle.
S’il y a des bromes :
- un Kerb en novembre-décembre, plutôt en décembre selon la météo ;
- dose autour de 1 à 1,5 l/ha.
Pas d’anti-limaces sur colza.
Pour les insectes :
- altises : 0 à 2 passages selon les années ;
- surveillance des charançons à floraison ;
- la présence d’Alicia permet de limiter les dégâts de méligèthes.
Fertilisation
Premier passage :
- engrais 25-27 ;
- 25 unités d’azote et 27 unités de soufre.
La fertilisation totale est de :
- 110 unités d’azote environ.
Complément ensuite en urée.
L’intervalle entre les deux passages est d’environ trois semaines maximum.
Calendrier :
- premier passage début février ;
- complément fin février ou début mars.
Protection fongicide
Un seul fongicide :
- soit Yorick ;
- soit Prosaro ;
- à 0,6 ou 0,7 l/ha.
Récolte et rendement
Récolte autour du 20 juillet, souvent parmi les derniers colzas récoltés du secteur.
Rendements donnés :
- 41 q/ha environ en 2023 ;
- 52 à 53 q/ha en 2022, année exceptionnelle.
Erwan souligne que ces rendements s’expliquent aussi par une rotation longue, avec un retour du colza tous les 6 ans environ.
Conduite du trèfle après récolte du colza
Après la récolte :
- broyage rapide des cannes de colza, le plus ras possible, pour redonner de la lumière au trèfle ;
- le trèfle fait en général 5 à 10 cm de haut au moment de la récolte du colza ;
- dès qu’il reçoit la lumière, il explose.
Il insiste sur l’importance de broyer rapidement les cannes, même si elles sont encore vertes.
Le trèfle est ensuite laissé en croissance, puis fauché selon les années :
- première semaine de septembre ;
- ou dernière semaine de septembre.
Organisation de la récolte :
- fauche le lundi ;
- andainage le mardi après-midi ;
- pressage le mercredi après-midi.
Il n’y a pas de préfanage particulier.
Rendement du trèfle
En 2023 :
- 38 hectares de colza-trèfle ;
- 328 bottes d’enrubannage ;
- environ 30 à 35 % de matière sèche ;
- soit 3,5 à 4 t de matière sèche/ha.
Erwan souligne deux effets très importants :
- le trèfle redémarre beaucoup mieux après la fauche ;
- il n’y a pratiquement aucune repousse de colza dans le trèfle.
Selon lui, cette absence de repousses est impressionnante et très régulière chez les agriculteurs qui pratiquent ce système.
Blé semé dans le trèfle
Après la fauche et la sortie des bottes :
- le trèfle repart ;
- puis vers le 10 octobre, application de 1,5 l/ha de glyphosate ;
- 1 kg de sulfate d’ammoniaque ;
- un peu d’Actirob ;
- puis semis du blé dans la semaine qui suit.
Intérêts pratiques du semis dans trèfle
Erwan met en avant :
- la propreté des roues de tracteur et des éléments semeurs ;
- l’absence de terre collée ;
- la possibilité d’intervenir même en conditions humides.
Densité et limaces
La densité de semis du blé est un peu augmentée :
- 280 à 320 grains/m².
Il y a toujours un peu de perte par rapport à un semis plus classique.
La levée intervient en général en 8 à 10 jours.
Il surveille les limaces. En 2023, ses comptages indiquaient :
- 80 à 100 limaces/m².
Malgré cela, elles n’attaquent pas la céréale, préférant le trèfle, plus sucré. Il ne réalise donc pas d’anti-limaces sur ces parcelles.
Destruction du trèfle et désherbage
Il n’y a pas de régulation d’automne ni de sulfonylurée à l’automne.
Le glyphosate à 1,5 l/ha agit lentement sur le trèfle, car il est très vigoureux, avec des stolons pouvant atteindre 1,5 m en moins d’un mois. Il faut attendre un mois à un mois et demi pour voir réellement l’effet.
Au printemps, le désherbage permet aussi de finir de dégager le trèfle :
- Zepar ;
- Accurate ;
- Allié à 10 g/ha pour détruire le trèfle.
Fertilisation et fourniture d’azote
L’objectif est de récupérer l’azote du trèfle, qu’il estime selon les années entre :
- 50 unités minimum ;
- et 70 à 80 unités.
La fertilisation minérale ou organique apportée au blé est comparable à celle d’un blé après haricot :
- environ 160 unités.
Avec l’azote fourni par le trèfle, il estime avoir une alimentation très satisfaisante.
Il observe aussi des taux de protéines très intéressants sur ces blés :
- plus de 13 % de protéines ;
- Zeleny entre 35 et 38.
Après récolte de ce blé :
- retour sur une légumineuse ;
- souvent pois ou haricot.
Double récolte pois puis haricot
Erwan indique qu’il peut faire une double récolte :
- pois ;
- puis haricot.
Le pois est semé vers mi-mars, en TCS.
Il est récolté entre mi-juin et fin juin.
Le haricot est ensuite semé environ 15 jours plus tard.
Avant les pois, la fertilisation est souvent assurée par un épandage de fumier de volaille :
- l’équivalent d’un épandeur ;
- soit environ 100 à 120 unités.
Entre pois et haricot, il n’y a pas systématiquement de glyphosate. S’il peut s’en passer, il s’en passe.
Orge d’hiver et maïs
Orge d’hiver
Il a réintroduit de l’orge d’hiver récemment, pour la première fois depuis longtemps.
Le but est de gérer certaines parcelles destinées aux haricots, pour lesquelles la période entre l’automne et le semis de haricot est très longue à tenir avec un simple couvert.
Il a choisi une variété de type escourgeon, afin de la récolter début juillet puis de semer un haricot derrière.
Maïs
Le maïs représente 10 à 15 hectares sur les 165 hectares.
Il est localisé sur des parcelles de bord de côte non épandables.
Le maïs est implanté :
- en strip-till ;
- avec incorporation d’urée dans la ligne de semis.
Dose d’urée dans la ligne :
- environ 120 unités sur les parcelles à faible potentiel ;
- jusqu’à 170 unités sur les parcelles à potentiel.
Positionnement :
- légèrement sous la ligne ;
- à 10 à 15 cm de profondeur maximum selon le réglage.
Densité :
- environ 90 000 grains/ha.
Indices de précocité :
- 260 maximum, 280 au grand maximum.
Rendements 2023 :
- 116 q/ha sec sur la meilleure partie ;
- 45 q/ha sec seulement sur des terrains très sableux en bord de côte.
Erwan considère que, sans autoconsommation, le maïs n’est pas forcément très intéressant économiquement sur sa ferme. Il le vend à un éleveur de porcs pour la mouture. Il rappelle néanmoins que le maïs est une excellente plante pour l’apport de carbone.
Gestion du pH
Sur une parcelle reprise récemment, une analyse montrait un pH de 5,8. Il a donc rechaulé avec de la chaux classique :
- 800 kg/ha environ ;
- produit de type 92.
Sur le reste de la sole, il chaulait très peu depuis longtemps.
Il observe que les pH bougent peu, voire remontent légèrement. La moyenne de la ferme se situe entre 6 et 6,2 environ.
Selon lui, les apports de matière organique exogène, notamment les fumiers de volaille, apportent du calcium et assurent l’entretien du pH sur les parcelles en rotation légumes.
Autonomie et commercialisation
Une grosse partie des céréales est stockée à la ferme.
Il en vend aussi une partie à la récolte à son collègue éleveur de porcs, qui apprécie les taux de protéines élevés.
Une autre partie est stockée chez un prestataire.
Tous les colzas sont stockés chez un prestataire, faute de place suffisante à la ferme.
Il stocke environ :
- 200 à 230 tonnes de céréales.
Le stockage à la ferme se fait dans d’anciens silos à maïs :
- silos banchés couverts ;
- ventilation par gaines de drainage classiques.
Selon lui, une fois la température descendue et stabilisée, le stockage ne pose pas de difficulté particulière.
Effets agronomiques observés du semis direct et du colza-trèfle
Erwan insiste sur plusieurs effets observés depuis le passage au semis direct et au système colza-trèfle.
Adventices
Depuis le passage du TCS au semis direct :
- le pâturin a quasiment disparu.
Avec le trèfle sous colza puis blé :
- très bonne gestion des véroniques ;
- disparition des rumex dans les colzas ;
- forte réduction du liseron chez les collègues concernés ;
- gestion générale des dicotylédones et de nombreuses vivaces.
Il précise cependant qu’il faut un trèfle bien implanté, sans trous.
Pour lui :
- 2,5 kg/ha au semis est un minimum ;
- inutile de descendre en dessous pour économiser très peu ;
- certains collègues vont jusqu’à 4, 5, 6 ou 7 kg/ha, mais il ne voit pas forcément l’intérêt au vu du résultat déjà obtenu à 2,5 kg/ha.
Le point clé est de ne pas trop fertiliser le colza à l’implantation, sinon le trèfle ne trouve pas sa place et disparaît.
Portance des sols
Il met aussi très fortement en avant la portance des sols.
Même après 50 à 60 mm de pluie, il estime pouvoir aller en voiture dans les parcelles dès le lendemain. Il oppose cela aux parcelles voisines, où la terre colle aux bottes après quelques mètres.
Cette portance lui donne une forte sécurité pour les épandages précoces, notamment de lisier ou digestat en février.
Matériel de semis
Erwan dispose d’un John Deere 750A.
Il s’est également équipé récemment d’un semoir à dents pour gagner en polyvalence.
Le matériel choisi est :
- un semoir à dents de type Vibrosem ;
- avec dents de 16 mm en carbure ;
- largeur de 6 m ;
- quatre têtes de répartition ;
- couplé à une cuve traînée déjà utilisée avec le strip-till.
Il n’a pas encore eu le temps de le mettre en route pour les semis de couverts et de colza de la campagne 2023, mais prévoit de l’utiliser à partir de 2024.
Il évoque une modification qu’il souhaite apporter :
- une butée basse sur les dents ;
- pour éviter qu’en cas d’obstacle, la dent ne descende trop bas et ne positionne la graine trop profondément, au détriment de la régularité de levée.
Il souligne aussi le coût raisonnable de cet équipement :
- environ 13 000 €.
Prestation de semis
Au-delà de ses 70 hectares de semis environ sur l’exploitation, Erwan réalise aussi des prestations de semis.
Au total, il sème autour de 180 hectares.
Les demandes sont variées :
- féverole chez des éleveurs de porcs ;
- orge sur maïs grain ;
- blé sur trèfle ;
- blé ou orge après maïs ensilage ;
- autres cas de figure selon les besoins.
L’objectif de disposer de deux semoirs est donc :
- d’avoir de la polyvalence ;
- de s’adapter à différentes situations ;
- et de répondre à la demande en prestation.
Conclusion
Après 18 ans de semis direct, Erwan Caradec ne regrette pas du tout son choix. Il considère qu’il ne reviendrait pas en arrière.
Le principal point d’interrogation qu’il mentionne reste le glyphosate. Il rappelle qu’il a été reconduit, mais note que son intérêt est important dans la boîte à outils, sans pour autant en faire un usage systématique.
Selon lui, le glyphosate permet de :
- garder des coûts raisonnables ;
- gérer certaines situations simplement ;
- et réduire d’autres IFT.
Il précise toutefois que son système repose aussi sur le fait qu’il n’est pas très embêté par les vivaces les plus problématiques. Il comprend que, dans d’autres contextes avec rumex, liserons ou résistances, les limitations de dose puissent être plus pénalisantes.
Sa conclusion pratique est claire : dans son contexte, le système colza-trèfle puis blé, plus largement le semis direct avec rotation intégrant régulièrement des légumineuses, constitue aujourd’hui le cœur de la performance agronomique et technique de son exploitation.