Vincent Favreau, Ferme Terre de Goganes
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Dans cette épisode, Marie et Julien rendent visite à Vincent Favreau à la ferme "Terre de Goganes" entre Angers et Saumur à "La Rue". Vincent Favreau répond aux questions des stagiaires et une évaluation visuelle de son sol est faite en deuxième partie.
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Julien et Marie parcourent les fermes du réseaux Maraichage Sol Vivant pour faire des analyses de sols et documenter les pratiques de chaque agriculteur.
Présentation de la ferme et du parcours de Vincent Favreau
Nous venons d’arriver chez Vincent Favreau, à la ferme Terre de Goganes, située dans le village de La Rue, entre Angers et Saumur. L’objectif de la visite est d’étudier le sol et les itinéraires techniques mis en place sur la ferme.
Vincent est maraîcher depuis environ quinze ans. Il explique que son arrivée dans le maraîchage n’est pas complètement due au hasard, mais presque. Ses parents étaient agriculteurs, et il a progressivement été attiré par une production qui permet d’aller jusqu’au produit fini, avec une vente directe auprès des clients. C’est un aspect qu’il trouve particulièrement intéressant et valorisant.
Le contexte pédologique de la ferme
Vincent décrit ses terres comme des sols historiquement destinés aux cultures céréalières. Il s’agit de sols argilo-calcaires, qui ne sont pas forcément considérés comme les plus simples ou les plus idéaux pour le maraîchage. Il nuance toutefois cette idée en rappelant qu’il n’existe peut-être pas réellement de “terrain idéal”.
Selon lui, l’un des points forts majeurs de ces parcelles est leur homogénéité. Cette régularité des terrains est un avantage important par rapport à d’autres contextes de production, car elle permet de travailler dans des conditions relativement cohérentes sur l’ensemble des surfaces.
Concernant la profondeur et la roche mère, Vincent précise que l’on trouve le calcaire entre 40 cm et 1 m de profondeur. Cela donne des terrains plutôt drainants, sur lesquels on observe rarement des flaques d’eau ou des excès d’eau en surface. En revanche, c’est bien l’argile en surface qui conditionne la manière de travailler le sol, ainsi que les principales problématiques et les atouts de ces terres.
Il souligne aussi que ce sont malgré tout des 'sols assez profonds, ce qui constitue un avantage, notamment pour toute la vie du sol.
Historique de la parcelle observée
La parcelle visitée était en cultures d’été l’année précédente. Après ces cultures, au mois de septembre, Vincent y a semé un couvert multi-espèces composé d’une petite dizaine d’espèces.
Cette parcelle a ensuite été :
- broyée ;
- le broyat a été enfoui superficiellement avec un outil de type Rotavator ;
- un travail du sol limité à la surface a été réalisé.
Au moment de la visite, la parcelle est en attente pour l’implantation de cultures comme :
c’est-à-dire plutôt des cultures d’hiver.
La place centrale des engrais verts
Sur la ferme, les engrais verts occupent une place essentielle dans la rotation. Vincent explique qu’il fonctionne sur une rotation de trois ans, répartie sur trois parcelles, avec environ un an et demi d’engrais verts pour deux saisons de culture :
- une parcelle en légumes d’été ;
- une parcelle en légumes d’hiver.
Les mélanges d’engrais verts utilisés comprennent notamment :
- de la féverole ;
- du seigle ;
- du pois ;
- du trèfle ;
- du radis chinois.
Ces couverts sont principalement implantés en automne-hiver, puis conduits jusqu’au printemps. Ils peuvent être détruits au mois de mai, mais parfois plus tôt, dès mars ou même février, selon les situations.
Après certaines cultures d’hiver, comme les poireaux ou les choux, les interventions se font parfois dans des conditions difficiles, ce qui peut tasser le terrain. Dans ce cas, Vincent implante un sorgho en été. Il explique que cette culture permet :
- de décompacter le sol ;
- d’apporter du carbone ;
- de relancer une dynamique favorable dans ces terres.
Il résume ainsi ses deux grands types d’engrais verts :
- des couverts d’été, souvent à base de sorgho ;
- des couverts multi-espèces d’automne-hiver-printemps.
Il ajoute qu’il adapte aussi parfois ses mélanges avec de la phacélie ou de la moutarde, selon les opportunités et les parcelles.
Les essais de couverture permanente du sol
Depuis environ deux ans, Vincent cherche à couvrir au maximum les sols, en profitant de toute la lumière qui arrive jusqu’au niveau du sol, aussi bien sous serre qu’en extérieur.
Parmi les essais en cours, il utilise du sorgho dans les passe-pieds, notamment dans les cultures de tomates ou dans les zones de passage sous abri. L’intérêt du sorgho, selon lui, est multiple :
- il résiste bien au piétinement ;
- il supporte la sécheresse ;
- il s’adapte bien à des contextes où les cultures principales sont irriguées au goutte-à-goutte.
Le sorgho est broyé ou tondu deux à trois fois dans la saison. Cela permet de maintenir un couvert intéressant, tout en laissant en place un système racinaire très développé, qui reste dans le sol toute la saison. Vincent insiste sur l’intérêt de ce système racinaire, à la fois pour lutter contre le tassement et pour sa capacité à résister à la sécheresse.
Les essais de non-travail du sol
Sur la ferme, plusieurs zones servent aussi à tester des techniques de non-travail du sol. Dans ces essais, l’idée est d’apporter soit :
- de la matière organique ;
- des paillages ;
- des copeaux de bois ;
- ou d’intégrer des engrais verts afin de produire du paillage ou d’alimenter le sol.
Vincent constate que ces approches sont prometteuses, mais aussi plus délicates à mettre en œuvre. Il observe notamment qu’il est plus difficile de semer un engrais vert à travers un paillage que sur un sol travaillé en butte.
Ravageurs et maladies
Concernant la pression sanitaire, Vincent indique qu’il ne rencontre pas plus de problèmes que d’autres maraîchers. À certaines périodes, il mentionne tout de même :
- les pucerons sur les cucurbitacées, notamment les courgettes ;
- parfois aussi sur des concombres.
Pour le reste, il retrouve les problèmes classiques rencontrés ailleurs, comme :
Il ne considère donc pas que son contexte de sol ou de ferme crée une pression particulière plus forte qu’ailleurs.
Le choix de la commercialisation en AMAP
La ferme fonctionne à 100 % en AMAP. Vincent y voit de nombreux avantages.
Le principe est de partager l’ensemble de la production en la répartissant en 100 paniers par semaine. Ce mode de commercialisation simplifie plusieurs dimensions du travail :
- il n’y a pas à se poser en permanence la question du prix de chaque légume selon la saison ;
- il est plus facile de construire une rotation et un plan de culture ;
- la production reste calée sur un volume relativement stable, ici autour de 100 paniers.
Vincent explique qu’ils ont trouvé un équilibre entre :
- le temps de travail ;
- le revenu ;
- la surface cultivée.
Il souligne aussi un autre avantage important du système AMAP : le paiement à l’avance, qui sécurise le fonctionnement de la ferme.
L’organisation du travail sur la ferme
La ferme est conduite à deux personnes, Vincent et Denis.
Le travail est organisé par périodes de quinze jours. Le principe est qu’il y a toujours, sur une quinzaine donnée, une personne plus particulièrement en charge du fonctionnement courant. Certaines périodes nécessitent de travailler à deux, tandis que d’autres permettent de travailler seul.
Vincent précise que :
- de l’automne au début du printemps, une grande partie du travail peut être réalisée seul ;
- à partir d’avril et jusqu’à la fin de l’été, il faut davantage être à deux sur la ferme.
La personne responsable sur une quinzaine s’occupe notamment :
- des livraisons ;
- de l’organisation des paniers ;
- de la gestion du planning de travail ;
- de l’encadrement éventuel d’un stagiaire ;
- des récoltes ;
- des week-ends ;
- des arrosages.
Pendant ce temps, l’autre personne prend en charge d’autres travaux comme :
- le bricolage ;
- le désherbage ;
- d’autres tâches de fond.
Cette alternance par quinzaine structure donc fortement l’organisation de la ferme.
Une démarche d’amélioration continue
Quand on lui demande ce qu’il considère comme une réussite, Vincent répond qu’il ne parlerait pas forcément de réussite au sens strict, mais plutôt d’un grand intérêt de son métier : le fait de toujours pouvoir évoluer.
Il apprécie particulièrement :
- les échanges avec les collègues ;
- la possibilité de remettre en question les pratiques ;
- l’adaptation constante des techniques ;
- l’évolution des outils.
Il souligne que même dans un système qui paraît stable — produire pour 100 familles d’une année sur l’autre — il y a toujours des ajustements à faire, pour :
- gagner du temps ;
- réduire la pénibilité ;
- améliorer les rendements.
Il met aussi en avant la question du sol, qu’il estime commencer seulement à mieux connaître. Selon lui, les échanges avec d’autres maraîchers permettent d’avancer plus rapidement sur ces sujets.
La mécanisation et les outils utilisés
Vincent explique qu’il reste sur un schéma de mécanisation relativement classique. Après un couvert végétal, il procède généralement de la manière suivante :
- passage d’un broyeur ;
- passage d’un outil animé de type Rotavator pour déchaumer superficiellement ;
- éventuellement passage de dents si nécessaire.
Il précise cependant qu’il essaie d’en faire le moins possible et d’adapter ses outils à chaque situation. Pour lui, il n’y a pas de recette unique : une année n’est pas l’autre, une parcelle n’est pas l’autre, et les conditions climatiques changent beaucoup d’une période à l’autre.
En parallèle, lorsqu’il s’agit de développer des techniques plus poussées autour du non-travail du sol, les besoins en outils évoluent. Les questions principales deviennent alors :
- comment rouler un couvert ;
- comment le broyer ;
- comment implanter une culture dans un couvert.
C’est sur ces aspects qu’il voit encore beaucoup de progrès à faire, aussi bien dans les pratiques que dans l’invention ou l’adaptation d’outils.
Les conseils de Vincent pour une installation
À quelqu’un qui voudrait s’installer, Vincent donne un conseil principal : prendre le temps.
Il recommande de prendre le temps :
- d’imaginer son projet ;
- de préparer son sol ;
- de préparer ses outils ;
- de ne pas se lancer trop vite tête baissée, même sur de petites surfaces.
Selon lui, on peut très vite s’épuiser si le projet n’est pas suffisamment réfléchi. Il rappelle aussi que tout cela est lié à la commercialisation et à la manière de vendre la production.
Il insiste sur l’importance de bien connaître son sol, car comprendre ses réactions permet de gagner du temps ensuite. Perdre une culture est toujours décevant, et il faut éviter de foncer sans avoir un minimum d’équipement adapté.
Il résume cela avec une idée simple : on peut travailler 100 m² comme un jardin, mais on ne peut pas travailler 2 hectares de la même façon. Il faut donc chercher les bons outils et apprendre à bien travailler avec son sol.
Observation du sol sur la parcelle
Après l’entretien, une motte de terre est prélevée en surface sur l’une des parcelles cultivées afin d’observer :
- la structure ;
- la texture ;
- les indices visuels de qualité du sol.
La couleur du sol est décrite comme brune, un peu moins foncée que sur d’autres fermes observées précédemment. Le sol est cependant jugé meuble. Les engrais verts successifs semblent avoir permis au sol d’acquérir une belle structure.
Test de texture
Un test de texture est ensuite réalisé. La terre est mise en boule puis pressée pour observer son comportement. Le constat est le suivant :
- la boule se fissure, mais pas beaucoup ;
- la terre est assez collante ;
- elle est aussi un peu douce au toucher ;
- quelques grains de sable sont perceptibles, mais en faible quantité.
La texture est donc interprétée comme plutôt argilo-limoneuse, avec un peu de sable.
Test de lâcher
Lors du test de lâcher, la motte se désintègre dès le premier lâcher. Cela est interprété comme le signe d’une structure poreuse et non compactée.
De la porosité est observée, même si les galeries de vers de terre ne sont pas particulièrement nombreuses dans l’échantillon décrit.
Test de résistance à l’eau
Un test de résistance à l’eau est également réalisé en comparant deux mottes :
- une motte issue de la parcelle cultivée chez Vincent Favreau ;
- une motte provenant d’une parcelle voisine conduite par un céréalier conventionnel.
L’observation montre très clairement qu’au bout de cinq minutes, le sol de la parcelle voisine se désintègre presque complètement, tandis que celui de Vincent se tient encore bien. Cela est interprété comme un signe de présence de matière organique et d’activité biologique.
Au bout de trente minutes, la motte issue du sol de Vincent Favreau a très peu bougé.
Bilan de la visite
La visite se termine sur un bilan très positif de l’état du sol chez Vincent Favreau. Le sol est décrit comme :
- argilo-limoneux ;
- doté d’une bonne structure ;
- très grumeleux ;
- favorable aux cultures.
Sa couleur foncée est attribuée à des apports de matière organique. De nombreux insectes y ont également été observés, ce qui va dans le sens d’une bonne biodiversité.
L’équipe attribue cette qualité de sol au travail réalisé depuis environ dix ans avec des couverts végétaux et des engrais verts, notamment à base de mélanges très riches en biomasse, comprenant par exemple :
Ces mélanges produisent beaucoup de biomasse, restructurent le sol et permettent de ramener de la matière organique directement sur place. Après broyage du couvert, Vincent passe un coup de Rotavator pour préparer un lit de semences, ce qui contribue à maintenir une bonne structure.
Des essais sont aussi menés sur d’autres techniques, mais Vincent préfère les valider correctement et bien maîtriser ces itinéraires avant d’investir davantage en matériel et de les déployer à l’échelle de toute la ferme.
Suite de la série
La vidéo annonce enfin une prochaine visite chez Christophe Chrono, pour une nouvelle étape de la série consacrée au maraîchage sur sol vivant.