Santé des troupeaux & bio-électronique de Vincent, par Pierre-Emmanuel Radigue
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Aujourd'hui, c'est une formation donnée lors de nos Rencontres Internationales de l'Agriculture du Vivant en 2019 ! Au programme, pilotage des troupeaux, leur santé et comment la contrôler.
SOMMAIRE :
- Introduction : la méthode 5M : 0:00:20
- Les 5 piliers de la santé : 0:10:00
- Les outils à avoir avec soi : 0:43:00
- Bien être animal : pollutions électriques, telluriques... : 0:56:05
- L’hydratation : 1:16:55
- Les analyses : fourrages, lait, urines, bouses, minéraux, sang... : 1:43:55
- Conclusion : 2:52:15
Introduction
Pierre-Emmanuel Radigue présente une méthode de travail centrée sur les « cinq piliers de la santé », applicable à l’échelle de l’exploitation agricole. L’idée directrice est que les troubles de santé ne sont pas des phénomènes isolés, mais l’expression d’un déséquilibre qui s’est installé, parfois favorisé par les pratiques humaines.
Cette approche ne concerne pas seulement les animaux : elle peut aussi s’appliquer aux sols, aux végétaux, et même à l’humain. L’objectif de la formation est de proposer un chemin de travail balisé par des mesures simples, afin de comprendre ce qui se passe dans une ferme et d’anticiper les dérives sanitaires.
Selon Pierre-Emmanuel Radigue, cette vision est transversale : elle reprend des éléments liés au sol, aux fourrages, à l’eau, au milieu de vie, à l’état des animaux et au rôle de l’éleveur lui-même.
Parcours et point de vue de Pierre-Emmanuel Radigue
Pierre-Emmanuel Radigue explique être né à Besançon, d’une mère franco-suisse, avec une enfance partagée entre plusieurs systèmes agricoles.
D’un côté, il décrit un modèle alsacien devenu très intensif : passage d’un système herbagé avec vaches laitières, betteraves et très peu d’amidon, à un système très basé sur le maïs, avec animaux enfermés en logettes et robotisation. Il qualifie cette évolution de dramatique au regard de l’état de santé des animaux.
De l’autre côté, il évoque un modèle jurassien montbéliard, fondé sur le pâturage, le foin, le regain, la betterave, avec très peu d’orge et peu d’aliments. Dans ce système, il observe une longévité et un état de santé très différents.
Cette comparaison a motivé son choix de devenir vétérinaire : comprendre pourquoi, dans certains élevages, les animaux « crèvent autant », alors que dans d’autres, l’état sanitaire est nettement meilleur. Il explique que son objectif n’a jamais été de « soigner des animaux malades », mais de chercher comment éviter qu’ils ne le deviennent.
Aujourd’hui, il travaille dans plusieurs pays et s’intéresse à tous les systèmes d’élevage : plaine, altitude, bord de mer, milieux chauds ou humides. Son intention est de comprendre les mécanismes communs derrière les différences apparentes.
Une approche globale de la ferme
Pierre-Emmanuel Radigue distingue deux grands domaines dans les fermes :
- le « jardin des vaches », c’est-à-dire les sols et les végétaux destinés à produire l’alimentation ;
- la partie élevage, avec les animaux, leur milieu de vie, leurs rejets et leur santé.
Il insiste sur la continuité entre ces domaines :
- ce qui se passe dans le sol conditionne ce qui pousse au-dessus ;
- ce qui pousse conditionne l’équilibre des animaux ;
- ce que rejettent les animaux retourne ensuite au sol.
L’eau est présentée comme l’interface majeure entre tous ces milieux. Les messages transmis par l’eau doivent être cohérents et positifs, faute de quoi les désordres circulent dans tout le système.
À cela s’ajoute la question du bâtiment, très importante en élevage. À ses yeux, un bâtiment problématique perturbe fortement les animaux. Dans une prairie, les animaux peuvent choisir les zones qui leur conviennent ; dans un bâtiment, ils subissent les contraintes du lieu. Il faut donc que ce milieu soit conçu et réglé correctement.
Les limites de l’approche vétérinaire classique
Pierre-Emmanuel Radigue résume de façon critique ce qu’il retient de sa formation vétérinaire initiale :
- soigner les malades ;
- euthanasier les cas perdus ;
- orienter les animaux récupérables vers l’abattoir ;
- faire de la prévention par vaccination, hygiène, propreté, désinfection ;
- maîtriser un peu le parasitisme.
Il explique qu’en sortant de l’école, il a rapidement compris que cela ne suffisait pas pour maîtriser durablement la santé des troupeaux.
Selon lui, la santé ne peut pas être réduite à l’intervention sur la maladie déclarée. Il faut réfléchir en amont, sur les équilibres de base. Il estime également qu’il est difficile de maîtriser la santé d’un troupeau sans médecin, mais que la question reste de savoir quel médecin, avec quelle grille de lecture, et avec quelles disciplines.
La bioélectronique comme fil conducteur
Le fil conducteur proposé est la bioélectronique, utilisée comme outil de lecture de l’état d’équilibre des milieux. Elle permet d’observer ce qui se passe :
- dans le sol ;
- dans la plante ;
- dans l’eau ;
- dans le tube digestif des animaux ;
- dans les restitutions au sol.
L’ambition affichée est de mesurer pour comprendre, et non de prétendre « maîtriser le vivant ». Il s’agit plutôt d’orienter les systèmes dans un sens favorable.
Les cinq piliers de la santé
Pierre-Emmanuel Radigue organise sa démarche autour de cinq piliers :
- l’hydratation ;
- la nutrition ;
- l’intégrité physique ;
- l’environnement ;
- le bien-être.
Ces piliers sont présentés comme des bases universelles de la santé, bien avant la maladie déclarée.
L’hydratation
Le premier pilier est l’hydratation. Pierre-Emmanuel Radigue insiste fortement sur le fait qu’on ne peut rien construire si l’hydratation n’est pas correcte.
Lorsqu’il intervient dans une ferme, c’est la première chose qu’il regarde. Si l’organisation du système ne permet pas aux animaux de boire correctement, il considère qu’il ne sert à rien d’aller plus loin tant que ce point n’est pas réglé.
Il souligne que cette question est très peu présente dans les références courantes de formation, alors qu’elle est fondamentale.
La nutrition
Le deuxième pilier est la nutrition, à la fois dans le sol, dans la plante et dans l’animal.
L’enjeu est de savoir comment évaluer si cette nutrition est en équilibre. Pour lui, les déséquilibres alimentaires entraînent en cascade la plupart des troubles observés.
L’intégrité physique
Le troisième pilier concerne le maintien de l’intégrité physique au cours du temps.
Il relie cela à la capacité de conserver une structure corporelle solide, ce qui dépend des réserves minérales et de leurs équilibres : calcium, phosphore, magnésium, silicium, sodium, potassium.
Il compare cette notion au vieillissement humain : perte de tenue, déformation, usure progressive. Chez les animaux, il observe des différences majeures entre systèmes selon la capacité à préserver la structure musculo-squelettique.
L’environnement
Le quatrième pilier est environnemental. Il concerne la qualité de l’air respiré, tant dans les sols que dans les bâtiments.
Pour le sol, il s’agit de non-compaction, d’aération, de valorisation de l’azote de l’air du sol.
Pour les animaux, surtout en bâtiment, il s’agit de la qualité de l’air ambiant, très liée selon lui au réglage de la « chaudière » digestive. Si la digestion se passe mal, le bâtiment en subit les conséquences, avec dégagements gazeux et dégradation sanitaire.
Le bien-être
Le cinquième pilier est le bien-être, que Pierre-Emmanuel Radigue relie avant tout à l’équilibre hormonal.
Il oppose deux grands états :
- un état dominé par adrénaline et cortisol, correspondant au stress chronique, très favorable selon lui à la maladie et à l’effondrement du système ;
- un état dominé par ocytocine et thyroxine, correspondant à un fonctionnement paisible, propice à la reproduction, à la lactation, à la croissance et à l’immunité.
Il insiste sur le fait que l’éleveur fait partie de ce pilier. Une vache heureuse suppose un humain qui va bien. Les animaux perçoivent l’état de l’éleveur ; entrer dans le bâtiment avec la peur ou la tête « en vrac » se répercute sur le troupeau.
Comprendre le vivant par l’équilibre carbone, azote et énergie
Pierre-Emmanuel Radigue propose une lecture simplifiée du fonctionnement du vivant.
Selon lui, les systèmes naturels ne sont pas compliqués ; c’est l’homme qui les rend compliqués. Un sol a besoin :
- de carbone ;
- d’azote ;
- d’une source d’énergie.
Le carbone et l’azote doivent être présents dans un certain rapport. Mais cela ne suffit pas : sans énergie, le système ne fonctionne pas. Cette énergie provient du soleil, capté par les végétaux.
La plante transforme cette énergie lumineuse en énergie électrique, et l’utilise notamment pour casser la molécule d’eau. Cela libère des protons, de l’oxygène et alimente les processus de construction biologique.
À partir de là, la plante :
- refabrique de l’eau ;
- stocke du carbone sous forme de fibres ;
- fabrique des sucres ;
- à maturité, peut fabriquer de l’amidon dans les graines ;
- pour les oléagineux, stocke de l’énergie sous forme d’huile ;
- stocke de l’azote sous forme d’acides aminés et de protéines.
Le point de vue sur l’alimentation des ruminants
Pierre-Emmanuel Radigue affirme que les ruminants ne sont pas biologiquement construits pour manger de l’huile et de l’amidon en grandes quantités. Il reconnaît que cela se fait tous les jours, mais insiste sur le fait que cela n’est pas conforme à leur physiologie de base.
Selon lui, les ruminants sauvages consomment surtout tiges et feuilles jeunes, riches en énergie, azote, minéraux et eau. Ils ne sont pas faits pour valoriser massivement la graine.
Il évoque même des observations où des graines épandues avec le lisier ont levé, ce qui, à ses yeux, montre que les vaches ne digèrent pas naturellement les graines entières.
Le rôle du rumen et le devenir des éléments
Dans le tube digestif, l’animal récupère avant tout des protons et des électrons. Le carbone sert surtout de transporteur de cette énergie, puis ressort en grande partie sous forme de CO2 ou de CH4.
L’azote, lui aussi, joue un rôle de transport, mais une grande partie est rejetée, notamment sous forme d’urée. Pierre-Emmanuel Radigue souligne que la part d’azote effectivement fixée dans l’animal est faible.
Cela signifie qu’une grande partie de ce qui entre dans le système ressort sous forme d’échappements. Si les animaux restituent directement en prairie, cela peut être vertueux. Si les effluents sont mal gérés, il y a des pertes répétées, qui conduisent à devoir racheter des engrais.
La santé comme gestion du carburant dans la chaudière
Pour Pierre-Emmanuel Radigue, tout se résume à une logique de carburant mis dans une chaudière.
Les trois grandes sources d’apport sont :
- les glucides ;
- les protides ;
- les lipides.
Chez les ruminants, les lipides doivent rester limités. Le plus important est l’équilibre entre énergie et azote.
Il prend l’exemple du rapport PDI/UFL pour montrer qu’il faut raisonner en équilibre. Une ration très concentrée peut fonctionner si elle est équilibrée. À l’inverse, les problèmes apparaissent lorsque la ration est déséquilibrée, avec trop de carbone sans azote, ou trop d’azote sans carbone.
L’objectif n’est pas de juger moralement les systèmes, mais de maintenir un équilibre, que l’on roule « vite » ou « doucement ».
Le couple pH / redox
La bioélectronique repose ici sur deux grandes mesures :
- le pH, qui renseigne sur le potentiel hydrogène ;
- le redox, qui renseigne sur les échanges d’électrons, donc l’oxydation-réduction.
Selon Pierre-Emmanuel Radigue, un système équilibré a une signature pH/redox cohérente. Si l’on crée un déséquilibre dans la ration ou le milieu, le pH et le redox dérivent.
Le danger est alors double :
- déséquilibre acido-basique ;
- oxydation excessive.
Le corps doit compenser les déséquilibres en mobilisant des minéraux tampons. Cette régulation coûte de la structure et de l’énergie.
Les conséquences du déséquilibre
Lorsqu’on dérègle le système, l’animal utilise ses organes non plus pour produire, mais pour réguler :
- les poumons ;
- les reins ;
- le foie ;
- la matrice osseuse ;
- les muscles.
Les conséquences possibles sont :
- déstructuration osseuse ;
- boiteries ;
- baisse de croissance ;
- baisse de production ;
- troubles de reproduction ;
- inflammation chronique ;
- à terme, dépolarisation cellulaire et maladies graves.
Il insiste aussi sur le fait que ce qui tue finalement, c’est souvent la phase d’oxydation. Celle-ci consomme les antioxydants de l’organisme. Si cette défense ne suffit plus, l’animal ou l’humain tombe malade.
Les outils de base proposés aux éleveurs
Pierre-Emmanuel Radigue insiste sur le fait qu’il faut commencer avec des outils simples, peu coûteux, utilisables au quotidien.
Le réfractomètre
Le réfractomètre, autour de 35 à 38 euros, permet selon lui de mesurer :
- les sucres des végétaux ;
- la qualité du colostrum ;
- certains paramètres du lait ;
- certains paramètres de l’urine ;
- éventuellement des mesures sur l’humain.
Il le considère comme un outil de base.
Le densimètre
Un réfractomètre de densité ou un appareil permettant de mesurer la densité urinaire et la densité du lait donne une information directe sur l’état d’hydratation.
Il propose comme repères pour les urines :
- 1015 à 1025 : normal ;
- au-dessus : déshydratation.
Appliqué au lait de tank, cela permet aussi de repérer très vite un manque d’hydratation.
Le pH-mètre de type « soil tester »
Il recommande un pH-mètre robuste, initialement conçu pour les sols, mais utilisable aussi pour :
- le sol ;
- le lait ;
- les fèces ;
- d’autres liquides ou matières humides.
Selon lui, c’est un appareil solide, simple et peu coûteux, autour de 150 euros.
Le redox-mètre portable
Un petit appareil, autour d’une centaine d’euros, permet de mesurer le redox et d’approcher l’état d’oxydation du système.
Les testeurs rapides
Il évoque aussi de petits testeurs récents permettant de mesurer rapidement :
- pH ;
- conductivité ;
- nitrates ;
- potassium ;
- sodium ;
- calcium ;
- salinité totale.
Ces outils servent surtout sur les liquides : jus de plantes, lait, urines, eau, sang.
La méthode de travail proposée
La démarche proposée dans une ferme suit plusieurs étapes :
- poser la question de ce qui est fait, sans jugement ;
- observer les sols, les plantes, les animaux et leurs interactions ;
- utiliser des outils simples pour objectiver les équilibres ou déséquilibres ;
- recourir si besoin aux analyses de laboratoire : sols, fourrages, effluents, animaux.
Pierre-Emmanuel Radigue estime que l’analyse de laboratoire est trop peu utilisée, alors qu’elle permet de conforter les observations.
Le bien-être et les perturbations du lieu
Bien qu’il présente les cinq piliers dans un certain ordre, il précise qu’avec le temps il en vient à penser que le premier travail, en réalité, est souvent le bien-être du lieu, de l’éleveur et des animaux.
Cela inclut :
- les pollutions électriques ;
- les pollutions électromagnétiques ;
- les perturbations telluriques ;
- l’histoire et la qualité du lieu.
Il reconnaît que ces notions peuvent choquer dans la bouche d’un vétérinaire, mais affirme que si elles ne sont pas réglées, beaucoup de problèmes restent insolubles.
Selon lui, les ruminants sont très électrosensibles, davantage que les volailles, les porcs ou les humains. En prairie, ils peuvent éviter les zones qui ne leur conviennent pas. En bâtiment, ils ne le peuvent pas toujours.
Les premières conséquences seraient :
- des troubles digestifs ;
- une désorganisation de la flore ;
- l’installation de flores pathogènes ;
- des perturbations glandulaires et hormonales ;
- des troubles de reproduction et de production.
Vérifier les tensions électriques dans les bâtiments
Le premier outil proposé est un simple voltmètre.
Pierre-Emmanuel Radigue recommande de mesurer les tensions entre l’eau de l’abreuvoir et le sol, pour estimer la différence de potentiel que subit l’animal lorsqu’il boit.
Repères annoncés :
- environ 80 à 150 millivolts : tolérable ;
- valeurs très supérieures : pollution électrique probable ;
- valeurs négatives importantes : suspicion de pollution tellurique.
Il recommande aussi :
- d’éloigner les générateurs de clôture électrique des bâtiments ;
- de ne pas raccorder leur terre au pied des charpentes ;
- de vérifier la qualité des mises à la terre ;
- de contrôler les zones de traite.
Il indique qu’une bonne terre pour les bâtiments d’élevage devrait être très basse en résistance, bien en dessous des standards ordinaires du bâtiment d’habitation.
L’hydratation : principes généraux
Une fois les perturbations électriques traitées, on revient au premier pilier.
Il faut regarder :
- la hauteur des abreuvoirs ;
- leur accessibilité ;
- le comportement des animaux à l’abreuvement ;
- la propreté de l’eau ;
- la quantité d’eau bue ;
- la qualité chimique de l’eau.
Il recommande l’installation de compteurs pour connaître les consommations réelles.
Le chlore
Il conseille de mesurer aussi le chlore libre avec un petit testeur. Selon lui, les bovins supportent mal le chlore, et des excès peuvent réduire la consommation d’eau et nuire à la reproduction et à la production.
Le pH de l’eau
Il estime que les vaches préfèrent les eaux douces, légèrement acides, autour de pH 6 à 6,5. Une eau trop basique serait moins favorable.
La conductivité
La conductivité de l’eau permet d’apprécier sa charge minérale. L’objectif est une eau ni trop dure ni trop pauvre, avec un équilibre satisfaisant pour l’hydratation.
Les abreuvoirs : matériaux, position et débit
Pierre-Emmanuel Radigue affirme que les animaux préfèrent les abreuvoirs en matériaux minéraux. À défaut, ils préfèrent le polyéthylène. L’inox est selon lui moins apprécié, en raison de sa conductivité.
Il insiste aussi sur l’environnement des abreuvoirs :
- pas de couloir étroit ;
- dégagement derrière ;
- accès latéral suffisant ;
- absence de domination excessive.
Les animaux dominés boivent mal si les abreuvoirs sont mal placés.
Il recommande également :
- un débit d’eau suffisant, autour de 30 litres/minute ;
- une mise à la terre correcte des installations.
Vérifier l’hydratation des animaux
L’évaluation de l’hydratation se fait notamment sur les urines.
Repères donnés :
- pH urinaire normal : environ 7,8 à 8,3 ;
- Brix urinaire : autour de 3 à 5 ;
- densité urinaire : 1015 à 1025.
Des dérives de ces mesures orientent vers :
- manque de sel ;
- manque de potassium ;
- déséquilibre de ration ;
- défaut d’accès à l’eau ;
- problème d’abreuvoir ;
- déshydratation chronique.
Il évoque aussi le pli de peau comme signe possible, mais considère les urines comme un meilleur critère.
Le rôle du sel
Le sel est présenté comme indispensable au mouvement de l’eau dans l’organisme. Sans sodium, l’eau ne circule pas correctement.
Il recommande des apports importants :
- pour vaches laitières : au moins 80 g par jour dans la ration, plus une pierre à sel pour 10 animaux ;
- pour allaitantes : autour de 60 g, plus accès au sel.
Dans certains contextes chauds ou productifs, il évoque même des apports plus élevés.
L’eau, les protéines, le potassium et la vie cellulaire
Pierre-Emmanuel Radigue cite les travaux de chercheurs comme Gilbert Ling et Gerald Pollack pour souligner que la vie cellulaire dépend fortement :
- de la qualité de l’eau ;
- de l’hydratation ;
- de l’intensité protéique de la ration ;
- de la densité de potassium intracellulaire ;
- d’un sodium pas trop excessif.
Cela l’amène à comparer différents fourrages. Il estime que des fourrages comme l’herbe ou les méteils, plus riches en potassium et en protéines, peuvent donner de meilleurs résultats réels que le maïs seul, même si les valeurs énergétiques classiques semblent moins flatteuses.
Le sol, la plante et l’intégrité physique
Le troisième pilier renvoie directement à la qualité minérale du sol et de la plante.
Il faut, selon lui, disposer dans les analyses de fourrages des données suivantes :
- calcium ;
- phosphore ;
- magnésium ;
- sodium ;
- potassium ;
- chlore ;
- soufre.
Mais aussi, très important :
- fer ;
- aluminium.
L’aluminium et le fer sont présentés comme des polluants majeurs lorsqu’ils s’accumulent dans la chaîne alimentaire. Ils perturbent l’absorption des minéraux et l’organisation de l’eau dans les cellules. Cela mène à la déstructuration des animaux.
Si un fourrage propre, sans terre, présente malgré tout des taux élevés de fer et d’aluminium, Pierre-Emmanuel Radigue y voit le signe d’un sol en dysfonctionnement.
Le rôle du pH du sol et de la plante
Le pH du sol est l’un des premiers indicateurs à regarder. Si le pH dérive trop bas ou trop haut, les métaux deviennent plus toxiques et la plante fonctionne mal.
Il estime qu’un bon sol se situe autour de pH 6,5 à 6,8. Le jus de la plante poussant dessus devrait être cohérent avec cela, autour de 6,5 également.
Si le pH de la plante s’effondre :
- il y a déséquilibre minéral ;
- risque de champignons et de mycotoxines ;
- risques de problèmes pour les animaux.
Si le pH de la plante monte trop :
- il y a risque de troubles liés au phosphore et au soufre ;
- et de problèmes bactériologiques.
Les nitrates, les sucres et l’équilibre de la plante
Avec les testeurs rapides, il recommande de mesurer :
- le Brix, reflet des sucres ;
- les nitrates.
Pour une plante qui fonctionne bien, il attend en végétation :
- environ 500 à 1000 ppm de nitrates ;
- environ 7 à 15 % de Brix.
L’idée est de vérifier l’équilibre sucre/azote. Une plante trop riche en azote et pauvre en sucre pose problème pour l’animal ; une plante pauvre en azote et riche en sucre appelle d’autres corrections.
Cela permet à l’éleveur, au pâturage, de vérifier ce que les animaux sont en train de manger et d’anticiper les compensations à faire à la maison si besoin.
Les plantes bio-indicatrices et les désordres du sol
Pierre-Emmanuel Radigue mentionne plusieurs plantes comme indicatrices de dysfonctionnements :
- rumex ;
- agrostis ;
- renoncules ;
- autres espèces colonisatrices de milieux dégradés.
Selon lui, certaines de ces plantes ont la capacité d’extraire fortement les métaux du sol. Dans une prairie envahie, les risques de teneurs élevées en aluminium, fer, nickel ou arsenic dans les fourrages deviennent importants.
Le silicium comme levier
Dans les sols ou systèmes déséquilibrés, il évoque le recours au silicium.
Le silicium est présenté comme un élément très important, pourtant peu discuté. Il le relie à :
- la restructuration des sols ;
- l’amélioration de la flore microbienne ;
- la réduction des flores pathogènes ;
- la reconstruction de la matrice musculo-squelettique.
Il distingue plusieurs sources :
- les plantes accumulatrices comme l’ortie et la prêle ;
- les terres de diatomées ;
- les quartz très purs, utilisés dans certains produits.
Selon lui, le silicium peut être utile dans le sol, sur les végétaux et même dans le tube digestif des animaux, en agissant sur la flore et sur la chélation de certains métaux.
Observer les animaux : bouses, urines, lait
Sur les animaux, il recommande une observation très concrète.
Les fèces
Le pH fécal normal est annoncé autour de 6,5 à 6,8.
- trop bas : excès d’amidon, inflammation intestinale, risques de boiteries, mammites, cellules, lésions ;
- trop haut : excès d’azote by-pass, fourrages mal digérés, risques élevés de septicémie à E. coli, diarrhées et troubles mammaires.
Il recommande aussi le tamisage des bouses, pour vérifier ce qui est digéré ou non et juger de l’efficacité alimentaire.
Les urines
Les urines servent à évaluer :
- l’hydratation ;
- le fonctionnement minéral ;
- certains déséquilibres de ration.
Le lait
Le lait est également mesuré avec :
- pH ;
- densité ;
- Brix.
Un pH de lait anormal ou une densité trop élevée sont interprétés comme des signes de dysfonctionnement, de déshydratation ou de risque accru de mammites et de cellules.
Le colostrum
Le réfractomètre permet aussi de contrôler la qualité du colostrum, avec des valeurs élevées recherchées pour assurer un bon départ aux veaux.
La récolte des fourrages
Pierre-Emmanuel Radigue insiste sur le fait qu’il ne faut pas récolter à l’aveugle.
Avant de faucher, il recommande de mesurer sur la plante :
- le pH ;
- le Brix ;
- éventuellement le redox.
Cela permet de savoir :
- si la plante est en bon état ;
- si elle se conservera bien ;
- si le risque mycotoxines existe déjà avant récolte ;
- s’il faudra ou non un conservateur.
Un fourrage récolté avec :
- pH correct ;
- Brix élevé ;
se conserve plus facilement et sèche plus vite.
À l’inverse, un fourrage pauvre en sucres et déjà acidifié ou oxydé est plus difficile à sécher et plus risqué à conserver.
Lecture des analyses de fourrage
Lorsqu’une analyse de fourrage arrive, Pierre-Emmanuel Radigue propose un ordre de lecture clair.
D’abord :
- fer ;
- aluminium ;
- manganèse ;
- grands minéraux.
Ensuite seulement :
- énergie ;
- protéines ;
- digestibilité.
Si les polluants et les déséquilibres minéraux sont déjà présents, la priorité n’est pas de faire produire, mais de sécuriser les animaux :
- dépolluer ;
- rééquilibrer les minéraux ;
- remettre des antioxydants ;
- restaurer les fonctions de base.
Ce n’est qu’après qu’on peut chercher la performance.
Une vision de la vache
En conclusion, Pierre-Emmanuel Radigue propose une vision particulière de la vache.
Pour lui, la vache est :
- un être très hydraté ;
- très dépendant du potassium ;
- très dépendant des protéines ;
- alcalin et réduit ;
- peu adapté à l’amidon en excès.
Elle aime brouter et ruminer. Elle recycle beaucoup d’éléments vers le sol, notamment :
- du carbone liquide ;
- de l’azote ;
- du potassium.
Il oppose ainsi deux types de lait :
- un lait issu de vaches nourries avec herbe, méteils et dérivés herbagers, plus riche en protéines, potassium et calcium ;
- un lait issu de systèmes très maïsés, qu’il juge plus inflammatoires et déshydratants.
Remarque finale
La conférence se termine sur une forme d’hommage :
- à la vache ;
- aux vers de terre ;
- aux chercheurs et praticiens qui ont nourri cette réflexion ;
- et à l’idée que les ruminants, l’herbe et les méteils ont une place centrale dans des systèmes agricoles plus cohérents.
Pierre-Emmanuel Radigue exprime enfin son incompréhension face à l’idée selon laquelle certains territoires humides et océaniques, comme la Bretagne, ne pourraient pas faire d’herbe ou de méteils, alors qu’à ses yeux les conditions y sont largement favorables.