Plan Marval - Indicateurs des sols vivants

De Triple Performance
Aller à :navigation, rechercher

Dans cette vidéo du Plan MARVAL – Indicateurs des sols vivants, Xavier Dubreucq, Gilles Domenech et Benjamin Pierru présentent une lecture globale de la fertilité des sols, articulée autour de trois dimensions indissociables : physique, chimique et biologique. Un sol fertile est d’abord un sol où les plantes poussent bien, grâce à une structure aérée, une bonne disponibilité des nutriments et une vie du sol active. Les intervenants détaillent des indicateurs accessibles pour observer cette fertilité : profils de sol, porosité, stabilité structurale, densité apparente, infiltration de l’eau, comptage de vers de terre, analyses de terre et de sève. Ils insistent sur l’intérêt d’outils simples, souvent low-tech, pour diagnostiquer les sols directement sur le terrain. Les échanges soulignent aussi le rôle du climat, de l’humidité, de la matière organique et du travail du sol, à envisager comme une intervention ponctuelle plutôt qu’une règle systématique.

auto_awesome
Résumé
Dans cette vidéo du Plan MARVAL – Indicateurs des sols vivants, Xavier Dubreucq, Gilles Domenech et Benjamin Pierru présentent une lecture globale de la fertilité des sols, articulée autour de trois dimensions indissociables : physique, chimique et biologique. Un sol fertile est d’abord un sol où les plantes poussent bien, grâce à une structure aérée, une bonne disponibilité des nutriments et une vie du sol active. Les intervenants détaillent des indicateurs accessibles pour observer cette fertilité : profils de sol, porosité, stabilité structurale, densité apparente, infiltration de l’eau, comptage de vers de terre, analyses de terre et de sève. Ils insistent sur l’intérêt d’outils simples, souvent low-tech, pour diagnostiquer les sols directement sur le terrain. Les échanges soulignent aussi le rôle du climat, de l’humidité, de la matière organique et du travail du sol, à envisager comme une intervention ponctuelle plutôt qu’une règle systématique.

Le plan Marval a réuni pendant deux jours des chercheurs, agronomes et passionnés en une rencontre interdisciplinaire visant à mettre en perspective les connaissances et les pratiques pour améliorer les compréhensions autour de la régénération des sols. Nous proposons en vidéo la journée de restitution de ces travaux en présence de certains d'entre eux pour présenter ces rencontres et échanger avec les agriculteurs praticiens et des accompagnants techniques

Table ronde sur les indicateurs des sols vivants, en bonne santé : mise en commun des indicateurs (physiques/chimiques/biologiques) des sols vivants : mise en commun par les experts et questions-réponses avec les professionnels.

  • Plan MARVAL : Collectif interdisciplinaire créé pour approfondir la compréhension des mécanismes de régénération des sols. Objectif : outils collectifs pour évaluer et améliorer la qualité des sols. Approche low-tech, sans biocides.
  • Fertilité des sols : Composée de trois types : physique, chimique et biologique. Structure idéale et porosité essentielle pour la fertilité physique ; disponibilité des minéraux pour la chimie ; interactions fondamentales entre les trois types soulignées.
  • Indicateurs de fertilité : Gilles Domenech a présenté des méthodes d'évaluation de la fertilité physique (tests de stabilité, porosité). Benjamin Pieru a introduit des tests chimiques (analyse de sol par Dr Rick Haney) utilisant extractants naturels, avec mesures (azote labile, carbone organique). Importance de l'analyse de sève pour évaluer la santé des plantes.

Notes

Introduction au Plan MARVAL

  • Présentation du contexte : malgré les avancées dans la compréhension du microbiome des plantes, certains mécanismes demeurent inexpliqués
  • Création du plan MARVAL : collectif interdisciplinaire visant à approfondir la compréhension des processus de régénération des sols
  • Objectif : créer des outils collectifs et accessibles pour diagnostiquer, suivre et améliorer la qualité des sols agricoles
  • Approche basée sur des techniques low-tech, accessibles à tous, visant à se passer des biocides

Les bases de la fertilité des sols

  • Définition de la fertilité d'un sol : capacité à faire pousser correctement des plantes
  • La fertilité physique (premier étage de la fusée) : bonne structure du sol avec porosité adéquate permettant l'implantation des plantes, la rétention d'eau et le développement de la vie du sol
  • La fertilité chimique : disponibilité des éléments minéraux et statut acido-basique permettant l'absorption des nutriments

Fertilité biologique et interactions

  • La fertilité biologique : rôle des organismes vivants dans le sol
  • Interactions entre les trois types de fertilité :
  • La biologie améliore la fertilité physique (ex: vers de terre créant des galeries)
  • La biologie contribue à la fertilité chimique (recyclage des éléments minéraux)
  • La physique du sol influence la biologie (espaces vitaux, oxygène, eau)
  • La chimie impacte la physique et inversement

Indicateurs de fertilité physique

  • Réalisation de profils de sols : différentes méthodes (profil pédologique, profil cultural, etc.)
  • Observation visuelle de la structure (VESS - Visual Estimation of Soil Structure)
  • Tests de stabilité des agrégats (slide tests) : mettre des agrégats dans l'eau
  • Mesure de la porosité par calcul de la densité apparente (idéal : environ 1)
  • Tests d'infiltration : mesure de la capacité du sol à absorber l'eau

Indicateurs de fertilité chimique

  • Présenté par Benjamin Piru, conseiller en nutrition des sols
  • Tests d'analyse de terre développés aux États-Unis (Dr Rick Haney) utilisant des extractants naturels (eau, acides organiques faibles)
  • Mesures : azote labile, carbone organique soluble, biodisponibilité des nutriments
  • Analyse de sève végétale : mesure directe des nutriments dans les plantes, complément aux analyses de sol

Compléments sur la fertilité biologique

  • Observation de la distribution des racines dans le profil
  • Analyses microscopiques pour identifier les organismes (macro et micro)
  • Ratio champignons/bactéries comme indicateur d'évolution du sol

Questions et réponses

  • Plantes bio-indicatrices : prudence dans l'interprétation, à utiliser en complément d'autres méthodes
  • Impact des animaux domestiques sur la structure du sol
  • Influence de l'hydrométrie sur les analyses et la vie du sol
  • Taux idéal de matière organique : variable selon la texture du sol (environ 17% de la teneur en argile selon Pascal Boivin)
  • Incidence du travail mécanique du sol : à utiliser 'le moins souvent possible, mais aussi souvent que nécessaire'

Questions finales et conclusion

  • Variations saisonnières des indicateurs de fertilité et moments optimaux d'intervention
  • Importance de la tensiométrie pour déterminer le moment opportun pour intervenir dans un sol (idéal à partir de 25 centibars)
  • Impressions des participants sur le plan MARVAL : espace d'échange riche avec des spécialistes de haut niveau dans un cadre agréable
  • Succès du projet qui a permis de faire se rencontrer et collaborer des experts de différentes disciplines



Introduction

Malgré les avancées considérables dans la compréhension des interactions entre les micro-organismes et dans la description du microbiome des plantes, certains mécanismes demeurent encore inexpliqués et nous conservons une vision imparfaite de l’activité microbiologique des sols. Dans le contexte de crise profonde que traverse l’agriculture, des retours de terrain font état de résultats significatifs concernant la régénération de la biologie des sols, de la fertilité et de la porosité. Ces résultats sont obtenus grâce à l’utilisation de produits simples, peu coûteux, en particulier sur les sols les plus dégradés.

Face à ce constat, et dans l’optique de relier les avancées de terrain à la science, le plan MARVAL a vu le jour. Ce collectif interdisciplinaire regroupe des personnes engagées et des experts passionnés qui travaillent ensemble pour approfondir la compréhension des processus de régénération des sols. L’objectif est de créer des outils collectifs et accessibles, fondés sur l’expérience de terrain, afin de diagnostiquer, suivre et améliorer la qualité des sols agricoles à destination des agriculteurs et des techniciens.

L’approche défendue repose sur des techniques low-tech et accessibles à tous, visant à se passer de l’usage des biocides dans la production alimentaire en réintégrant la biologie des sols. Cela contribue à renforcer l’autonomie des systèmes agricoles tout en respectant les écosystèmes.

Cadre général : qu’est-ce qu’un sol fertile ?

L’intervention débute par une mise en contexte proposée par Xavier Dubreucq, conseiller en maraîchage, qui adapte des techniques d’agriculture de régénération au secteur du maraîchage, principalement dans le sud de la France.

Le point de départ est simple : un sol est là pour faire pousser des plantes. Si l’on admet ce principe, alors un sol fertile est un sol dans lequel les plantes poussent bien. À partir de là, la fertilité des sols peut être décomposée, dans le monde de l’agronomie, en trois grandes dimensions :

  • la fertilité physique ;
  • la fertilité chimique ;
  • la fertilité biologique.

Ces trois fertilités sont interdépendantes et ne peuvent pas être réellement séparées dans le fonctionnement vivant d’un sol.

La fertilité physique

La fertilité physique constitue le « premier étage de la fusée ». Entre agronomes, il y a consensus sur le fait qu’un sol doit d’abord avoir une bonne physique pour permettre une bonne croissance des plantes.

Un sol est constitué d’éléments minéraux, du caillou jusqu’à l’argile, en passant par le sable et les limons, ainsi que de matière organique. La fertilité physique est bonne lorsque :

  • les plantes peuvent s’implanter dans le sol ;
  • le sol retient l’eau nécessaire à leur croissance ;
  • la vie du sol peut s’y développer.

Dans un sol, il y a de la terre, de l’eau et de l’air, et il faut une bonne proportion entre ces composantes. Sans bonne structure, les plantes ne poussent pas bien, ou pourraient pousser mieux si cette structure était meilleure.

La fertilité physique est donc considérée comme non négociable.

La fertilité chimique

Une fois la plante installée, elle doit pouvoir trouver les éléments minéraux nécessaires à sa croissance. C’est le domaine de la fertilité chimique.

Cette fertilité recouvre notamment :

  • les éléments minéraux disponibles ;
  • le statut acido-basique du sol ;
  • le pH ;
  • les équilibres chimiques qui conditionnent l’absorption des nutriments.

L’intervention rappelle, de manière volontairement provocatrice, que les fertilités physique et chimique suffisent à faire pousser des plantes. L’exemple donné est celui des cultures hors-sol, sur laine de roche, fibre de coco ou autres substrats. Dans ces systèmes, on assure :

  • une fertilité physique favorable au développement racinaire ;
  • un apport contrôlé d’eau ;
  • un apport d’engrais régulier.

Les plantes poussent alors correctement. Cela montre que ces deux dimensions sont essentielles. En revanche, un tel système n’est pas considéré comme durable, car les intrants viennent d’ailleurs et l’autonomie biologique du système n’est pas assurée.

La fertilité biologique

La fertilité biologique est présentée comme un élément parfois perçu comme accessoire, alors qu’elle a une fonction absolument essentielle dans un système vivant durable.

Elle correspond au moment où la vie du sol, les organismes vivant dans ou sur le sol, rendent des services aux autres dimensions de la fertilité.

Services rendus à la fertilité physique

Les organismes du sol participent à l’entretien et au développement de la structure. L’exemple le plus connu est celui du ver de terre, qui crée des galeries et améliore ainsi la porosité du sol. Mais cela concerne aussi d’autres organismes :

Par leurs fonctions métaboliques et leurs activités, ces organismes contribuent à créer des espaces, à structurer le sol et à rendre service aux plantes.

Services rendus à la fertilité chimique

La fertilité biologique alimente aussi la fertilité chimique. Les organismes vivants meurent, et leurs cadavres entrent dans la chaîne trophique. Les plantes peuvent alors récupérer :

  • des éléments minéraux ;
  • des acides aminés ;
  • des sucres aminés ;
  • d’autres composés issus de cette dynamique biologique.

La vie du sol nourrit donc indirectement les plantes.

Interdépendances entre physique, chimie et biologie

L’exposé insiste sur les interactions permanentes entre les trois dimensions :

  • une bonne physique du sol rend service à la biologie, car elle offre de l’eau, des espaces vitaux et des conditions favorables ;
  • la biologie a besoin d’éléments chimiques pour vivre ;
  • la chimie peut influencer la structure du sol, par exemple via de mauvais équilibres entre cations ;
  • un sol compacté, pauvre en oxygène, pose des problèmes chimiques ;
  • ces déséquilibres chimiques affectent ensuite la biologie.

La fertilité du sol doit donc être pensée comme un système d’interactions.

Les indicateurs de la fertilité physique

Cette partie est présentée par Gilles Domenech, pédologue, cofondateur du réseau maraîchage sur sol vivant, qui travaille en formation et en étude de sols, notamment auprès de maraîchers en installation.

La structure du sol est définie comme la manière dont les particules minérales sont agencées entre elles, avec des pleins et des vides. Cette structure interagit avec la chimie, avec la biologie, et avec le végétal lui-même, qui participe à la construire.

L’observation directe du sol

Le premier outil recommandé est l’observation directe par le biais d’un profil de sol.

Plusieurs formes de profils peuvent être réalisées :

  • profil pédologique, si possible jusqu’au matériau parental ou jusqu’à la nappe ;
  • profil cultural ;
  • petite fosse ;
  • prélèvement au télescopique ;
  • profil à la gouge.

Ces observations permettent d’analyser la structure à différentes profondeurs.

On peut notamment y observer :

  • la porosité ;
  • la compaction ;
  • la facilité de pénétration d’un couteau ;
  • la forme des agrégats ;
  • leur couleur ;
  • la répartition des racines ;
  • les galeries biologiques.

La méthode VESS

Gilles Domenech cite la méthode VESS (Visual Evaluation of Soil Structure), développée notamment en Suisse. Il s’agit d’un référentiel visuel d’évaluation de la structure du sol.

En observant la forme et l’état des agrégats, il est possible d’obtenir de nombreuses informations sur la qualité structurale du sol, de façon autonome, à condition d’acquérir les grilles de lecture appropriées.

La stabilité structurale

Une structure aérée ne suffit pas à elle seule. Un sol peut sembler bien structuré juste après un labour ou un affinage mécanique, mais se tasser très rapidement après :

  • une pluie ;
  • une irrigation ;
  • un passage de tracteur ;
  • un passage de troupeau.

Il faut donc évaluer la stabilité de la structure.

Parmi les tests évoqués :

  • mettre des agrégats dans un verre d’eau, en mode qualitatif ;
  • réaliser des slake tests avec un bocal, par exemple un pot de cornichons ;
  • observer la quantité de terre qui se désagrège et se dépose ;
  • utiliser des matériels plus précis pour quantifier ces phénomènes.

La densité apparente

La densité apparente est un indicateur mesuré de la porosité du sol. Elle peut être obtenue assez simplement avec un petit cylindre métallique prélevant un volume connu de sol non perturbé. Après séchage et pesée, on calcule la masse volumique apparente.

Cet indicateur informe sur la densité du sol et de ses pores, et non seulement sur la densité des particules minérales.

Ordres de grandeur cités :

  • autour de 1 : sol très poreux, typique de prairie ou forêt ;
  • 1,5 à 1,7 : sol tassé, avec dégradation marquée de la structure.

Les tests d’infiltration

Les tests d’infiltration permettent d’évaluer la capacité du sol à absorber l’eau.

Ils peuvent être réalisés de façon simple, par exemple :

  • en créant une flaque d’eau à la truelle ;
  • en observant si l’eau s’infiltre rapidement ou non.

Si l’eau est toujours présente au bout d’une heure, ce n’est pas bon signe.

Des protocoles plus rigoureux existent, avec deux anneaux métalliques :

  • un anneau externe qui sature le sol sur les côtés ;
  • un anneau central dans lequel on mesure la vitesse d’infiltration.

Cela permet d’obtenir des données chiffrées sur la capacité d’infiltration et, indirectement, sur la porosité sous-jacente.

Les plantes bioindicatrices

Les plantes bioindicatrices sont évoquées avec prudence. Gilles Domenech estime que cet outil est parfois surutilisé ou surinterprété.

Il rappelle qu’en milieu forestier, un important travail scientifique a été mené sur la bio-indication végétale, notamment dans la Flore forestière française. En revanche, en milieu agricole, ce travail reste beaucoup moins abouti, même si des pionniers comme Gérard Ducerf ont ouvert la voie.

Quelques précautions sont données :

  • une plante bioindicatrice doit renvoyer à une caractéristique précise ;
  • il ne faut pas généraliser abusivement ;
  • tous les rumex n’indiquent pas un sol acide ;
  • seule la petite oseille est citée comme indicatrice d’acidité ;
  • des plantes à large spectre, comme le liseron ou le chiendent, sont difficiles à interpréter ;
  • un envahissement de plantain peut suggérer un tassement, mais pas à lui seul.

Conclusion : les plantes bioindicatrices peuvent compléter un diagnostic, mais ne doivent pas être utilisées seules.

Les indicateurs de la fertilité chimique

Cette partie est présentée par Benjamin Pierru, conseiller et formateur en nutrition des sols et des plantes pour Symbiotic Agroécologie.

L’idée principale est que l’œil humain ne permet pas d’estimer les niveaux de nutriments dans le sol ou dans la plante. Il faut donc recourir à des outils d’analyse de laboratoire.

Une analyse de terre inspirée du test Haney

Benjamin Pierru présente une analyse de terre particulière, développée aux États-Unis par le Dr Rick Haney. Ce test a été conçu en réaction aux analyses conventionnelles jugées insatisfaisantes, car elles utilisent des extractants très forts, peu représentatifs de ce qui se passe réellement dans la nature.

Le raisonnement de Rick Haney est le suivant :

  • ce qui tombe sur une parcelle, c’est de l’eau ;
  • ce qui sort des racines, ce sont des exsudats contenant des acides organiques faibles.

Le test utilise donc :

  • une extraction à l’eau ;
  • un extrait H3A, mélange d’acides faibles présents dans les exsudats racinaires, notamment acides citrique, acétique et malique.

Ce que mesure ce type d’analyse

Parmi les indicateurs mentionnés :

  • l’azote labile soluble à l’eau ;
  • le carbone organique soluble à l’eau ;
  • la disponibilité de l’azote ;
  • la disponibilité du phosphore ;
  • la disponibilité du potassium ;
  • le soufre ;
  • le bore ;
  • le phosphore organique ;
  • le pH ;
  • le taux de matière organique ;
  • la respiration du sol.

L’azote labile est présenté comme une forme de « protéines » pour les micro-organismes. Le carbone organique soluble est rapproché des exsudats racinaires, donc du sucre disponible pour la biologie.

Ces indicateurs donnent un regard intéressant sur le potentiel biologique du sol et sur la disponibilité réelle des nutriments pour la culture suivante.

Importance du pH et de la matière organique

Le pH est un paramètre majeur car il conditionne fortement la disponibilité des nutriments. Celle-ci varie selon que le sol est acide ou basique.

Le taux de matière organique est présenté comme la « maison des micro-organismes » : plus cette maison est importante, plus elle peut héberger de vie.

Le test de respiration du sol

Le test de respiration du sol permet d’estimer le potentiel d’activité biologique. Un sol fertile est un sol qui respire.

Le protocole cité consiste à :

  • sécher l’échantillon ;
  • le réhumidifier par capillarité ;
  • l’incuber pendant 24 heures.

La reprise de respiration après réhumidification renseigne sur le potentiel biologique du sol.

L’analyse végétale et l’analyse de sève

L’analyse de terre a ses limites : les nutriments peuvent être disponibles dans le sol sans être effectivement absorbés par la plante. Les cultures n’ont pas toutes la même capacité à prélever les éléments présents.

Il est donc très utile de mesurer également dans le végétal. L’outil mis en avant ici est l’analyse de sève, qui tend à devenir une référence.

Elle permet d’observer :

  • des paramètres bioélectroniques ;
  • les niveaux de calcium, potassium, etc. ;
  • les différentes formes d’azote ;
  • les oligo-éléments ;
  • des indicateurs de santé du végétal.

Un excès d’azote minéral dans la plante est par exemple présenté comme un facteur de sensibilité accrue aux maladies.

L’analyse de terre et l’analyse de sève sont considérées comme complémentaires pour établir un diagnostic, comprendre les facteurs limitants et guider les interventions éventuelles.

Les indicateurs de la fertilité biologique

La fertilité biologique est ensuite brièvement complétée, notamment par Gilles Domenech, avec l’idée que beaucoup d’éléments ont déjà été abordés à travers la structure et la chimie.

Parmi les indicateurs mentionnés :

  • le comptage des vers de terre ;
  • l’observation des galeries ;
  • l’observation des turricules ;
  • la distribution des racines dans le profil de sol ;
  • l’observation au microscope de la faune du sol ;
  • l’observation des bactéries et champignons ;
  • le ratio champignons/bactéries.

Le ratio champignons/bactéries

Cet indicateur, mesuré en laboratoire, peut être intéressant pour situer le degré d’évolution biologique d’un sol.

Il est indiqué qu’un sol très peu évolué aura un ratio proche de zéro, avec très peu de champignons et surtout des bactéries. À l’inverse, un sol très évolué de type forêt primaire peut présenter un ratio très élevé.

Bien entendu, l’objectif agricole n’est pas d’imiter une forêt primaire, mais de situer le sol à un niveau cohérent avec les cultures recherchées, par exemple légumes ou céréales.

Questions et échanges avec la salle

Sur les plantes bioindicatrices

À la question de savoir pourquoi les plantes bioindicatrices seraient surutilisées, Gilles Domenech précise que la discipline reste émergente en milieu agricole. Il appelle à la prudence dans l’interprétation, en rappelant que certaines plantes ont un spectre écologique très large et ne permettent pas de conclure de manière fiable.

Les plantes bioindicatrices peuvent être utiles, mais seulement en complément d’autres observations.

Sur l’effet des animaux domestiques

Une question est posée sur le passage de moutons ou de poules et leurs effets sur la structure du sol. Xavier Dubreucq répond qu’en tant qu’agronome, mettre de l’animal dans un système agricole est globalement une bonne chose, mais que cette question relève davantage de la seconde partie de la matinée, consacrée à la manière d’entretenir et développer la fertilité.

Sur l’eau, l’humidité et l’état hydrique du sol

La question de l’humidité du sol conduit à plusieurs précisions :

  • un sol qui sèche n’est pas un sol mort ;
  • lorsque l’eau revient, l’activité biologique redémarre ;
  • les cycles de sécheresse et de réhumidification font partie du fonctionnement normal des sols ;
  • un sol maintenu humide, sans excès, favorise une activité biologique convenable ;
  • un sol engorgé en eau s’appauvrit en oxygène et voit ses équilibres chimiques évoluer.

Il est rappelé que les méthodes d’infiltration permettent de relier l’eau à la physique du sol, et que les propriétés chimiques sont elles aussi influencées par l’état hydrique, notamment à travers les phénomènes de rédox.

Complément microbiologique sur la résilience de la biologie

Marc Derelle, microbiologiste, intervient pour compléter la discussion sur la biologie. Il explique que l’on peut détruire la fertilité physique et chimique, mais qu’il reste extrêmement difficile de faire disparaître totalement la fertilité biologique : tant qu’il y a des bactéries, une dynamique peut redémarrer.

Il insiste cependant sur la notion de succession biologique :

  • les bactéries reviennent vite ;
  • les champignons demandent plus de temps ;
  • les organismes des niveaux trophiques supérieurs prennent encore davantage de temps à se reconstituer.

Exemple donné :

  • une bactérie peut se reproduire en 20 minutes ;
  • un champignon met de 3 semaines à 1 mois ;
  • certains organismes supérieurs peuvent nécessiter plusieurs mois.

La reconstitution biologique dépend donc du temps et du maintien de conditions physiques et chimiques favorables.

Sur la quantité de matière organique souhaitable

À la question « combien de matière organique faut-il dans la terre ? », il est répondu qu’il n’existe pas de chiffre universel.

Il faut distinguer :

  • les matières organiques libres, qui se décomposent relativement vite ;
  • les matières organiques liées, plus stables.

Un sol à 5 % de matière organique peut poser problème si cette matière est presque exclusivement sous forme liée : la structure sera bonne, mais la libération des éléments nutritifs sera lente.

Gilles Domenech avance qu’un minimum de 2 à 3 % paraît souvent nécessaire, tout en soulignant que cela dépend fortement des contextes.

Benjamin Pierru mentionne les travaux de Pascal Boivin, selon lesquels une teneur adéquate en matière organique mesurée en routine pourrait être de l’ordre de 17 % de la teneur en argile. Ainsi :

  • dans un sol très sableux, 1 à 2 % peut déjà être correct ;
  • dans un sol argileux, 8 % peut être nécessaire sans être excessif.

Xavier Dubreucq rappelle enfin que la réponse dépend aussi de l’objectif de fertilité, notamment si l’on cherche à se passer d’engrais. Dans ce cas, on raisonne en fonction des exportations, de la minéralisation de l’humus, des bilans humiques, de l’humidité et de la température, qui conditionnent la libération des éléments nutritifs.

Sur le travail mécanique du sol

Une question porte sur l’incidence du travail du sol, notamment en maraîchage intensif.

Xavier Dubreucq rappelle que le travail du sol a historiquement été mis en place pour :

  • détruire les adventices ;
  • incorporer des matières en surface ;
  • fournir de la fertilité en accélérant la minéralisation.

Travailler le sol, lorsqu’il contient de la matière organique, revient à accélérer la minéralisation et donc à libérer de l’engrais. Historiquement, cela pouvait améliorer les rendements.

Aujourd’hui, la position exprimée est la suivante :

  • si un sol possède déjà une bonne porosité stable, le travail du sol n’est pas une bonne idée du point de vue de la fertilité générale ;
  • si la fertilité physique est mauvaise, qu’il infiltre mal et que les racines peinent à pénétrer, un travail du sol peut être nécessaire ;
  • le travail du sol ne doit plus être considéré comme une règle systématique, mais comme une exception.

La profondeur de travail doit rester limitée : plus on travaille profondément, plus on dégrade le sol.

Gilles Domenech complète avec son propre exemple en Haute-Loire. Il se situe dans une logique de zéro travail du sol, sauf dans deux cas principaux :

  • présence de plantes à rhizomes, comme les orties ou le rumex de prairie ;
  • besoin de réchauffer le sol au printemps pour certains semis, comme les carottes.

La formule finale, attribuée à Frédéric Thomas, résume bien cette approche :

« Le travail du sol, c’est le moins souvent possible, mais aussi souvent que nécessaire. »

Sur la saisonnalité des indicateurs

Arnaud, agriculteur et conseiller agricole, souligne qu’en pratique les indicateurs de fertilité ne sont pas fixes dans l’année. Les états physiques, chimiques et biologiques évoluent selon les saisons, le climat et les conditions d’intervention.

Il appelle à mieux préciser l’observabilité saisonnière de ces indicateurs : ce que l’on lit en janvier, en juin, en août ou en septembre n’est pas identique.

En réponse, il est indiqué qu’un tableau de travail est en cours sur ces questions, intégrant justement la saisonnalité des indicateurs.

Xavier Dubreucq fait le lien avec la régénération des sols et insiste sur la question du moment d’intervention. Selon lui, c’est surtout le pourcentage d’humidité du sol qui détermine les risques de compaction lors des passages d’engins ou du travail du sol.

Il évoque la tensiométrie comme un outil encore insuffisamment exploité, mais très pertinent pour savoir quand entrer dans un sol sans le dégrader. En tensiométrie, mesurée en centibars :

  • autour de 10 centibars, le sol est très humide ;
  • à partir de 25 centibars, dans beaucoup de sols, le risque de dégradation structurale est déjà bien moindre.

Plus le sol est sec, plus sa structure est résistante aux agressions mécaniques.

Conclusion de l’atelier

L’atelier propose une vision structurée de la fertilité des sols vivants autour de trois dimensions complémentaires :

  • la fertilité physique ;
  • la fertilité chimique ;
  • la fertilité biologique.

L’enjeu n’est pas seulement de les décrire séparément, mais de comprendre leurs interactions permanentes. Les indicateurs présentés montrent qu’il existe de nombreux outils accessibles, parfois très simples, pour observer, diagnostiquer et suivre la qualité des sols :

  • profils de sol ;
  • observation de la structure ;
  • tests de stabilité ;
  • densité apparente ;
  • infiltration ;
  • analyses de terre ;
  • analyses de sève ;
  • respiration du sol ;
  • comptages biologiques ;
  • ratio champignons/bactéries.

L’ensemble de ces outils vise à rendre les agriculteurs et les techniciens plus autonomes dans leur compréhension des sols, afin de mieux accompagner les démarches de régénération.

Témoignages de clôture sur le plan MARVAL

La fin de la vidéo rassemble plusieurs retours d’expérience sur le plan MARVAL. Les intervenants soulignent :

  • la richesse des échanges ;
  • la qualité du panel d’experts réunis ;
  • l’importance de croiser des disciplines différentes ;
  • la convivialité du cadre ;
  • la réussite de l’organisation ;
  • la création de liens entre personnes qui ne s’étaient presque jamais retrouvées toutes ensemble jusque-là.

Le plan MARVAL est décrit comme :

  • un espace d’échange extrêmement riche ;
  • un événement marquant ;
  • une rencontre entre spécialistes très pointus ;
  • un lieu d’idées et de travail collectif ;
  • un pari réussi consistant à faire se rencontrer des « chapelles » différentes et à les faire travailler ensemble.

L’impression générale laissée par ces trois jours est celle d’un moment fort, porteur d’idées pour le futur et d’une dynamique collective appelée à se poursuivre.