Rencontres 2015 : Laurent Welsch
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Retour d'expérience
Présentation de Laurent Welsch
Laurent Welsch est présenté comme une figure marquante du maraîchage en France. Il explique qu’il est installé dans la région de Saint-Gaudens, à côté de Toulouse, dans un bas-fond froid exposé nord-ouest.
Son système de production comprend :
- de la vente en AMAP ;
- un marché ;
- environ 6 000 m² de plein champ en agroforesterie fruitière ;
- 1 500 m² de tunnels froids ;
- environ 6 000 m² de verger, essentiellement composé pour deux tiers de fruits à pépins et un tiers de fruits à noyau.
L’objectif de son intervention est de réfléchir à ce que pourrait être, selon lui, « l’idéal d’un sol », et à la manière de s’en rapprocher agronomiquement dans son jardin.
Sa vision de l’idéal du sol
Pour introduire son propos, Laurent Welsch s’appuie sur une image de milieu forestier. Cette photo n’est pas prise chez lui, mais elle lui sert à montrer ce que devient un milieu « quand on lui fout la paix » : on y observe des arbres, une litière en surface et de jeunes plantules.
À partir de cette image, il développe une définition élargie du sol. Pour lui, le sol ne se limite pas à une couche organo-minérale. Il comprend :
- la partie minérale ;
- la litière de surface ;
- les végétaux qui y poussent.
Il reprend une formule de Rudolf Steiner : « l’arbre est de la terre élevée ». À partir de là, il propose d’imaginer le sol comme quelque chose de beaucoup plus épais que ce qu’on considère habituellement. Dans un paysage naturel abouti, avec de grands arbres et un enracinement profond, le sol peut être vu comme un ensemble immense, alors que dans les systèmes agricoles on travaille souvent sur une épaisseur très réduite.
Il oppose ainsi :
- le sol « abouti » des milieux peu perturbés ;
- le sol agricole habituel, beaucoup plus restreint, où l’on cultive souvent sur quelques dizaines de centimètres.
Le sol comme organisme digestif
Laurent Welsch dit se représenter le sol comme un « bol alimentaire gastrique », c’est-à-dire comme un espace où l’acte de digestion est central.
Dans ce système, plusieurs compartiments participent à la digestion :
- la litière ;
- l’humus ;
- la plante active avec sa rhizosphère.
Il insiste particulièrement sur l’importance de la rhizosphère. Selon lui, une grande part de l’activité biologique du sol ne se situe pas seulement parmi les détritivores ou dans l’humus, mais aussi dans l’environnement immédiat des racines, où bactéries et champignons sont extrêmement présents.
L’idéal recherché devient alors un sol toujours constitué :
- d’une litière de quelques centimètres ;
- d’une plante active en permanence.
Mettre en culture un espace envahi de vivaces
Laurent Welsch montre ensuite un exemple pris chez lui : un endroit envahi par des vivaces, peu propice à la production de légumes. On y trouve notamment :
- du rumex ;
- du liseron ;
- de la potentille ;
- quelques graminées ;
- possiblement du mouron.
Il explique qu’il veut récupérer cette zone sans intervention mécanique du sol. Il ne souhaite pas travailler le sol au sens mécanique, tout en ayant besoin qu’il soit « travaillé » biologiquement, afin que la porosité soit suffisante pour permettre le développement correct des cultures.
Après avoir réalisé un test bêche sur l’endroit, il conclut que la structure du sol est déjà suffisante et qu’il n’est pas nécessaire de fragmenter artificiellement le sol à l’aide d’outils mécaniques.
Le vrai problème devient alors : comment se débarrasser des herbes concurrentes sans travail du sol ?
La méthode : foin, bâche et culture à grand espacement
La méthode employée consiste à :
- pailler massivement avec du foin ;
- bâcher ensuite ;
- installer une culture à large espacement.
Le paillage de foin a plusieurs fonctions :
- apporter une forte quantité de carbone ;
- encourager l’activité biologique ;
- nourrir le sol sur plusieurs générations culturales.
Sur cette surface, Laurent Welsch implante ensuite un mélange de :
- haricots ;
- maïs ;
- courges.
L’intérêt de ces cultures est leur espacement large. Comme la bâche est peu trouée, les vivaces qui auraient traversé le paillage sont contenues par le plastique et ont du mal à se développer.
Cette stratégie permet donc de :
- reprendre une terre encombrée de vivaces ;
- maintenir une production commercialisable ;
- limiter l’expression des adventices les plus problématiques.
Il attire cependant l’attention sur un point pratique : en période chaude, les plastiques noirs peuvent provoquer une surchauffe et brûler les plants. Il raconte avoir perdu entre 200 et 300 melons à cause de cet effet. Pour éviter cela, il conseille de mettre un peu de foin autour du plant au niveau du trou de plantation, afin de limiter la réverbération et protéger les jeunes plants le temps qu’ils s’enracinent.
Résultat de cette reprise de sol
Quelques mois plus tard, les cultures se développent bien. Les mauvaises herbes n’ont pas submergé la culture :
- la courge joue un rôle couvrant ;
- le maïs et le haricot prennent de la hauteur et captent la lumière.
Après récolte, il observe une nette différence entre :
- les parties simplement paillées ;
- les parties qui ont été paillées puis bâchées.
Dans la partie non bâchée, certaines espèces agressives sont toujours présentes. Dans la partie bâchée, en revanche, la végétation spontanée a disparu, y compris sous le mulch.
Il insiste alors sur le fait que le moment du bâchage est décisif :
- un bâchage hivernal ne ferait souvent que renforcer la dormance des vivaces ;
- un bâchage réalisé quand la plante est active et a besoin de lumière permet réellement de la tuer.
Enchaîner avec la culture suivante
Une fois la bâche retirée, le foin est encore présent. Laurent Welsch conserve tous les résidus de culture sur place afin de :
- garder le carbone ;
- nourrir le sol ;
- éviter un travail inutile d’évacuation.
Il sème ensuite à la volée un engrais vert, composé d’environ :
- 80 % de légumineuses ;
- 20 % de graminées.
Au moment du semis, il secoue le foin pour que la graine passe dessous et puisse lever. L’idée est que le sol ne reste jamais sans couverture ni sans plante active. Il cherche ainsi à maintenir en permanence :
- une litière ;
- une végétation en croissance.
Pour lui, cela permet de garder toutes les phases de digestion du sol actives, sans privilégier un compartiment au détriment d’un autre.
Le problème des adventices annuelles
Après les vivaces, Laurent Welsch aborde le problème des adventices annuelles, qu’il considère comme un souci majeur, parfois encore plus préoccupant.
Il explique avoir longtemps cherché pourquoi elles apparaissaient de manière si régulière et homogène. Il finit par retenir l’idée suivante : le déclenchement de la levée de dormance est lié notamment à l’impact de la lumière sur la graine.
Dès lors, l’un des moyens de lutte les plus importants consiste à empêcher la lumière d’atteindre les graines.
Cela renforce son idée de base : il faut maintenir en permanence une litière en surface.
L’importance d’une litière suffisante
Plusieurs exemples illustrent ce point :
- après destruction d’un trèfle incarnat sous bâche, certaines zones restent à nu ;
- là où la terre est exposée, les adventices lèvent fortement ;
- là où la litière est suffisante, la levée est fortement réduite.
Il cite notamment des cas de fortes levées de :
- pourpier ;
- mouron ;
- autres annuelles selon les contextes.
À l’inverse, quand la couverture est épaisse et durable, les levées diminuent nettement.
Il note toutefois que certaines vivaces, comme le liseron ou le rumex, demandent d’autres stratégies : une simple litière végétale ne suffit pas toujours à les détruire.
Cette réflexion l’amène à imaginer qu’avec un outil capable de semer sous une couverture déjà en place, il serait possible de réussir certaines cultures, y compris des petites graines, sans avoir de fortes levées d’adventices.
Exemple avec des semis dans la litière
Il donne l’exemple d’un semis de radis de garde effectué à la volée dans une litière propre. Plus tard, il constate que la zone anciennement cultivée en courges est restée très propre, à l’exception de quelques vivaces persistantes comme le rumex.
Cette observation renforce ses deux axes de travail :
- conserver toujours une litière active sur le sol ;
- éviter au maximum les levées de dormance des adventices annuelles.
Il estime que cette approche peut réduire fortement le poste désherbage, qui est très lourd en agriculture biologique.
Maintenir la fertilité à l’automne
Pour Laurent Welsch, la litière ne doit pas seulement servir à gérer les adventices : elle doit aussi être renouvelée continuellement pour maintenir la fertilité et éviter le lessivage des éléments nutritifs.
Après une culture de haricot-maïs, il procède ainsi :
- semis à la volée d’un engrais vert dans la culture encore en place ;
- déroulage de foin par-dessus.
Le foin joue alors un double rôle :
- couvrir les graines semées ;
- capturer les nutriments susceptibles d’être lessivés par les pluies automnales.
Comme l’engrais vert est encore peu développé à cette période, il n’est pas capable à lui seul d’absorber toute la minéralisation disponible. La litière permet donc aux organismes décomposeurs de récupérer ces éléments. Il évoque à ce sujet la « faim d’azote », qu’il considère comme un inconvénient au printemps mais comme un avantage à l’automne, puisqu’elle aide à éviter le lessivage.
Quelques semaines plus tard, l’engrais vert traverse la litière et reprend sa croissance.
Détruire l’engrais vert
Pour détruire l’engrais vert, Laurent Welsch utilise plusieurs solutions.
La planche
Sur petites surfaces, surtout si le sol est mouillé au printemps, il utilise une simple planche attachée à une ficelle pour coucher la végétation.
Les brebis
Il expérimente aussi l’utilisation des brebis du voisin. Il considère cela comme une piste très intéressante, car l’animal :
- couche et piétine l’engrais vert ;
- apporte des déjections ;
- renforce l’activité biologique du sol.
Il décrit une séquence de pâturage très dense : environ 130 brebis sur 2 000 m² pendant une journée. Selon lui, elles ont surtout agi comme outil de destruction plutôt que comme véritables pâtureuses d’un couvert trop développé. En fin de journée, presque tout était couché, piétiné, ensemencé par leurs déjections, à l’exception notamment des rumex et de la féverole.
Il voit dans le ruminant un auxiliaire majeur de fertilité, un organisme digestif supplémentaire dans le paysage, capable d’amplifier l’effet digestif du sol.
Il souligne aussi l’intérêt social de cette pratique : comme il n’est pas éleveur, cela l’oblige à créer un lien avec son voisin. Il y voit à la fois :
- un enrichissement agronomique ;
- un enrichissement humain.
Le passage d’outil sans lame
Autre méthode : utiliser un girobroyeur sans lame, simplement posé sur le couvert pour le coucher au stade floraison. L’engrais vert est alors suffisamment affaibli pour être facilement plaqué au sol, même s’il peut encore se redresser un peu. Ensuite, il remet une couche de foin pour occulter, plutôt que d’utiliser une bâche.
Plantation après destruction du couvert
Après couchage et paillage, il implante par exemple des courgettes. Il explique que ces courgettes, plantées en juillet après une carotte, ont produit jusqu’au moment de la rencontre sans qu’il ait eu besoin de désherber.
Pour lui, cette méthode permet :
- une mise en place relativement rapide ;
- très peu d’entretien ;
- un recentrage du travail sur la récolte.
Les engrais verts comme outil majeur
Laurent Welsch présente ensuite des mesures réalisées sur un trèfle incarnat à l’aide d’un logiciel de l’INRA de Charente appelé MERCI, qui permet d’évaluer :
- la matière sèche produite ;
- l’azote piégé ;
- l’azote disponible ;
- le phosphore disponible ;
- le potassium disponible.
Les prélèvements comparés vont du 3 avril au 2 mai. Il montre qu’en un mois :
- la biomasse du trèfle incarnat passe d’environ 1,6 t MS/ha à 9 t MS/ha ;
- la biomasse des adventices diminue fortement ;
- la production totale atteint environ 10 t MS/ha.
Il explique qu’il cherche à atteindre environ 20 t de matière sèche par hectare et par an sur son terrain :
- 10 t produites in situ par les engrais verts ;
- 10 t apportées sous forme de foin, en deux temps :
à l’automne pour « caler » les minéraux ; au printemps pour occulter l’engrais vert avant plantation.
Il fait aussi remarquer que la quantité de semences utilisée est très faible au regard de la biomasse produite, ce qui montre, selon lui, la puissance agronomique de l’engrais vert comme outil d’autofertilité.
Maintenir une plante active le plus longtemps possible
Revenant à son idée directrice, Laurent Welsch insiste sur la nécessité de garder une plante active en permanence.
Cela peut se faire :
- avec des cultures de vente ;
- avec des engrais verts ;
- avec des dérobées semées dans la culture en place.
Il donne plusieurs exemples :
- tomates avec salades, choux et épinards encore actifs après la culture principale ;
- trèfle incarnat semé en dérobée dans des poireaux d’automne.
Dans le cas des poireaux, le trèfle semé mi-octobre ne perturbe pas la culture principale, déjà bien développée. En revanche, il permet de :
- maintenir une activité racinaire ;
- produire de la biomasse ;
- préparer la fertilité pour la suite.
Il note que cela rend parfois la récolte moins confortable ou moins esthétique, notamment parce que c’est plus humide et visuellement plus dense, mais il juge le bilan agronomique très favorable.
Le jardin comme lieu à construire
Laurent Welsch dit se considérer davantage comme jardinier que comme maraîcher. Pour lui, produire des légumes suppose d’abord de créer un lieu.
Ce lieu ne doit pas être pensé seulement à travers l’itinéraire technique de chaque culture. Il doit être conçu comme un organisme vivant, doté de nombreux organes, que le jardinier doit apprendre à soigner.
Il insiste sur plusieurs idées :
- la nature est désordonnée en apparence, mais ce désordre est organisé ;
- plus on introduit de diversité, plus on augmente les chances d’aller vers des milieux stables ;
- plus les milieux sont stables, plus les intrants et l’appui technique peuvent diminuer.
Il rappelle aussi qu’un légume n’est pas une plante naturelle : c’est une plante créée par l’être humain. On ne peut donc pas la cultiver dans un espace simplement « naturel » ; il faut un espace construit par l’homme, mais construit en harmonie avec les principes du vivant.
L’importance du ressenti dans le diagnostic
Une partie importante de son propos porte sur le ressenti. Selon lui, un des instruments de mesure de la fertilité d’un lieu est le sentiment qu’on éprouve quand on y entre.
Il considère que si :
- on s’y sent bien ;
- le lieu apaise ;
- d’autres personnes extérieures s’y sentent également bien ;
alors cela constitue un indice fort que l’on avance vers un espace juste pour les plantes cultivées elles-mêmes.
Il relie cela au fait que les légumes sont des expressions des désirs humains : un chou pommé, un romanesco ou une carotte cultivée sont très éloignés de leurs formes sauvages. Dès lors, le rapport sensible, artistique et humain au lieu lui paraît essentiel.
Il regrette que cette dimension soit peu utilisée, faute de culture pour l’exploiter, alors qu’elle lui semble parfois plus pertinente que certains outils de mesure purement techniques.
Agroforesterie fruitière et luxuriance recherchée
Laurent Welsch présente ensuite son système d’agroforesterie fruitière. Il montre une planche cultivée avec des arbres fruitiers, en l’occurrence des pommiers, associés à des cultures comme :
- courges ;
- haricots ;
- maïs.
Il explique avoir tendance à planter de manière très dense, parce qu’il aime voir de la luxuriance et parce que cela correspond à sa manière de se sentir réalisé dans le paysage.
Pour lui, l’objectif est de créer un espace agraire profondément humanisé, mais qui reste dans la même harmonique que les espaces naturels qui l’inspirent. Il veut éviter une rupture complète entre le lieu cultivé et les paysages alentours.
Il voit dans cette luxuriance :
- de la vie ;
- de la fertilité ;
- une forte production de biomasse ;
- et malgré tout, de quoi nourrir les humains sur une petite surface.
Observation de la nature et acte social
Selon Laurent Welsch, deux actes sont nécessaires pour créer de tels lieux.
L’observation
Le premier est l’observation de la nature, avec une attention sincère et sensible, afin de laisser cette observation influencer la pensée et les choix techniques.
Le lien social
Le second est l’acte social. Il insiste sur le fait qu’il est très difficile de progresser seul. Il faut partager les expériences, confronter les pratiques, construire ensemble.
Il donne l’exemple d’une journée organisée dans sa région dans le cadre du Mouvement de l’agriculture sur sol vivant. Environ 90 personnes y ont participé. Pour lui, ce type de rencontre montre la force de ce mouvement :
- fédérer ;
- mutualiser les connaissances ;
- penser autrement l’activité et les liens humains.
Questions et réponses
Écartement des arbres en agroforesterie
À une question sur les distances de plantation, Laurent Welsch répond que dans la partie maraîchère il travaille uniquement avec des arbres de petit développement.
Les distances sont :
- 1,20 m entre les arbres ;
- 7 m entre les rangs.
Les rangées sont orientées nord-sud. Les arbres sont conduits sur axe, avec des techniques inspirées de l’arboriculture moderne visant à limiter la croissance et à favoriser la fructification.
Il explique que les premières récoltes ont déjà eu lieu sur les premiers vergers implantés en 2013 : pommes, poires, nashis, mûres. Pour l’instant, il estime que la lumière passe encore largement et qu’il peut cultiver très près des troncs.
Le cas des petites graines comme la carotte
Sur la question des petites graines, il dit que c’est une vraie difficulté, notamment faute d’outils adaptés et accessibles financièrement.
Son objectif est d’avoir une litière toujours présente et suffisamment épaisse pour éviter les levées d’annuelles. Quand cette condition n’est pas remplie, le résultat est moins bon.
Pour la carotte, il explique avoir semé en écartant la litière à la main. Grâce aux forts apports de matière organique, la structure de surface est devenue très fine, comme après un passage de cultivateur, ce qui lui permet de semer sans travail mécanique préalable.
Il envisage de fabriquer un outil à partir d’un vieux motoculteur, avec un soc inspiré des équipements de grande culture, afin de pouvoir ouvrir la litière, déposer la graine et rendre ce type de semis plus simple.
Pour des graines un peu plus grosses, comme le navet ou certains radis, il obtient déjà de bons résultats au semis à la volée, parfois avec un simple ratissage léger.
Hauteur de départ des branches des pommiers
À une question sur la conduite des pommiers, il répond qu’il apprend encore en pratiquant. Il s’inspire de professionnels de l’arboriculture et mentionne également une formation suivie avec Stéphane, un Québécois.
Son principe actuel est :
- conduite sur axe ;
- première charpentière vers 1,20 m ;
- entre 12 et 14 charpentières bien réparties.
Il explique qu’une branche dressée produit du bois, tandis qu’une branche abaissée produit du fruit, sauf cas particuliers comme certains fruitiers à noyau. Il utilise donc des ficelles pour abaisser les branches et orienter l’arbre vers la fructification.
Temps nécessaire pour obtenir cette structure de sol
Interrogé sur le temps nécessaire pour obtenir la structure de sol qu’il décrit, il répond qu’il est difficile de séparer le temps de recherche du temps réellement nécessaire.
Il dit avoir mis de nombreuses années à y arriver, mais estime que si l’on comprend bien ce qu’on fait et que l’on apporte beaucoup de matière organique dès le départ, on peut recréer une telle structure en trois à cinq ans environ.
Il oppose ici :
- la simple reproduction de gestes ;
- la compréhension des principes.
Pour lui, le vivant ne se laisse pas conduire par imitation mécanique : il faut comprendre les dynamiques à l’œuvre.
Usage des préparations biodynamiques
À une question sur la biodynamie, Laurent Welsch répond qu’il utilise des préparations biodynamiques et qu’il est de formation biodynamique, ayant étudié à l’école de Beaujeu.
Il dit que la biodynamie constitue le moteur de fond de son jardin. Néanmoins, il reconnaît ne pas encore comprendre assez finement l’intelligence de ces pratiques et ne pas les utiliser autant qu’il le souhaiterait.
Il évoque notamment :
- la 500 ;
- la Maria Thun ;
- le compost de bouse de corne.
Il parle avec humour des contraintes pratiques, en particulier la dynamisation matinale quand il fait froid, mais affirme malgré tout qu’il considère ces préparations comme des outils probablement très précieux, même s’il se sent encore plus à l’aise avec des leviers plus visibles comme les apports massifs de matière organique.
Conclusion
L’intervention de Laurent Welsch propose une vision très cohérente du maraîchage, articulée autour de quelques principes forts :
- toujours maintenir une litière sur le sol ;
- toujours garder une plante active ;
- nourrir la vie du sol par des apports massifs de carbone ;
- raisonner la destruction des couverts sans travail mécanique systématique ;
- utiliser l’engrais vert, les résidus de culture, le foin et éventuellement les animaux comme leviers de fertilité ;
- penser le jardin comme un organisme vivant, stable, diversifié et harmonieux.
Au-delà de la technique, il défend une approche sensible du jardin, où l’observation, le ressenti, la beauté du lieu et la qualité des liens humains participent pleinement de la fertilité recherchée.