Adaptation du MSV aux grandes surfaces de production avec Xavier Dubreucq

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Dans cette conférence, Xavier Dubreucq présente l’adaptation du maraîchage sur sol vivant (MSV) aux exploitations légumières de grande surface. Il montre que certaines pratiques efficaces en petites fermes — apports massifs de matière organique, semis dans terreau, occultation intégrale — deviennent difficiles à grande échelle. En revanche, les grandes structures disposent d’atouts : spécialisation, mécanisation et capacité à concevoir des outils adaptés. L’exposé passe en revue plusieurs leviers : couverts végétaux, broyage, scalpage superficiel, roulage destructeur, strip-till léger, pâturage de moutons pour gérer la biomasse, et usage raisonné du paillage plastique. Xavier Dubreucq insiste sur l’intérêt de préserver la structure du sol tout en maintenant une production fiable et économiquement viable. Il souligne aussi que le principal défi n’est pas seulement technique : il consiste à convaincre davantage d’agriculteurs que ces systèmes sont possibles, progressifs et adaptés aux réalités du terrain.

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Résumé
Dans cette conférence, Xavier Dubreucq présente l’adaptation du maraîchage sur sol vivant (MSV) aux exploitations légumières de grande surface. Il montre que certaines pratiques efficaces en petites fermes — apports massifs de matière organique, semis dans terreau, occultation intégrale — deviennent difficiles à grande échelle. En revanche, les grandes structures disposent d’atouts : spécialisation, mécanisation et capacité à concevoir des outils adaptés. L’exposé passe en revue plusieurs leviers : couverts végétaux, broyage, scalpage superficiel, roulage destructeur, strip-till léger, pâturage de moutons pour gérer la biomasse, et usage raisonné du paillage plastique. Xavier Dubreucq insiste sur l’intérêt de préserver la structure du sol tout en maintenant une production fiable et économiquement viable. Il souligne aussi que le principal défi n’est pas seulement technique : il consiste à convaincre davantage d’agriculteurs que ces systèmes sont possibles, progressifs et adaptés aux réalités du terrain.

Cette semaine, nous vous proposons la rediffusion des Rencontres Maraîchage Sol Vivant de janvier dernier !


Adaptation du maraîchage sur sol vivant aux grandes surfaces de production

Dans cette intervention, Xavier Dubreucq présente une adaptation du maraîchage sur sol vivant (MSV) à des surfaces de production plus importantes, notamment pour les légumiers. L’enjeu est de comprendre à partir de quel moment les systèmes de MSV conçus pour de petites surfaces ne sont plus adaptés lorsqu’on change d’échelle.

Sur de petites fermes maraîchères, certaines pratiques sont envisageables assez facilement : disponibilité en matières organiques en quantité suffisante, semis dans le terreau, occultation intégrale, etc. En revanche, dès que les surfaces deviennent importantes, voire très importantes, ces solutions deviennent plus compliquées, voire impossibles à mettre en œuvre à grande échelle. Xavier Dubreucq explique travailler à la fois avec de petits maraîchers et avec de gros maraîchers, et propose ici un tour d’horizon des solutions adaptées aux grandes surfaces.

Les limites du MSV à grande échelle

L’une des premières limites concerne l’accès à la matière organique en quantité suffisante. Des pratiques qui fonctionnent bien sur quelques planches ou quelques milliers de mètres carrés deviennent difficiles à généraliser sur 10, 30, 100 hectares ou davantage.

Une autre limite importante est l’occultation intégrale. Cette technique, très efficace en jardin maraîcher, peut être envisagée sur de petites surfaces avec d’excellents résultats, mais elle devient irréaliste à grande échelle.

Pour Xavier Dubreucq, la question est donc moins de savoir si le MSV est pertinent que de déterminer quelles techniques permettent d’en conserver les principes sur des structures plus vastes.

Les atouts des gros maraîchers

Les grandes exploitations légumières ont aussi des avantages. Elles sont souvent plus spécialisées, avec moins d’espèces cultivées, parfois une seule culture dominante. Cette spécialisation facilite la conception ou l’autoconstruction de matériels très spécifiques, adaptés au système de production.

Selon Xavier Dubreucq, cela ouvre beaucoup de possibilités techniques. Il simplifie en disant qu’à cette échelle, il n’y a pas forcément de limites en termes de moyens, ce qui permet d’explorer davantage d’options.

Bio ou conventionnel : des techniques transposables dans les deux cas

Le maraîchage ou les cultures légumières en agriculture de conservation peuvent être envisagés aussi bien en agriculture biologique qu’en conventionnel.

Même si Xavier Dubreucq exprime une sensibilité personnelle plus favorable au bio, il souligne que, dans les faits, ces techniques peuvent intéresser les deux systèmes. En conventionnel, elles peuvent même offrir davantage de leviers, par exemple pour la fertilisation ou pour le désherbage de rattrapage.

Le rôle central des couverts végétaux

Comme en grandes cultures en agriculture de conservation, les couverts végétaux occupent une place centrale. Ils sont relativement faciles à produire pour des exploitations bien mécanisées. Mais la grande question devient rapidement : que faire de ces couverts et comment les détruire avant la culture suivante ?

C’est un sujet majeur de l’organisation des itinéraires culturaux.

Le scalpage et le mulchage

Parmi les solutions possibles sur grandes surfaces figure le mulchage avec travail très superficiel, parfois appelé scalpage-mulchage. L’outil travaille sur quelques centimètres seulement, affine le couvert broyé et le mélange dans les tout premiers centimètres du sol.

Cette technique est décrite comme un peu brutale, mais beaucoup moins qu’un travail du sol en profondeur. Elle présente plusieurs avantages :

  • elle permet ensuite de retrouver une situation proche d’un sol conventionnel en surface ;
  • on peut y semer ou planter ensuite ce que l’on veut ;
  • elle préserve la structure du sol sous l’horizon travaillé.

Mais elle a aussi un inconvénient majeur : c’est un très bon moyen de faire lever les adventices. Le fait de perturber même légèrement la surface du sol provoque des levées de dormance. En agriculture de conservation, cela a déjà été bien montré.

Derrière cette technique, il faut donc gérer un fort salissement. Si cette gestion se fait chimiquement, elle reste relativement simple. Sans chimie, la situation devient plus complexe : faux-semis, binage, etc. Or le binage mécanique n’est pas toujours compatible avec les principes du sol vivant, qui impliquent de garder le sol couvert.

Xavier Dubreucq insiste ici sur la nécessité de placer un curseur entre, d’un côté, le respect maximal de la vie du sol, et de l’autre, la nécessité de produire avec des coûts maîtrisés et des itinéraires fiables.

Le broyage des couverts végétaux

Le broyage des couverts végétaux est présenté comme un outil indispensable pour les légumiers. Il précède souvent le scalpage, qu’il rend beaucoup plus efficace.

La finesse du broyat est importante. Parmi les outils disponibles, le broyeur à marteaux est jugé particulièrement performant, car il déchiquette très finement et supporte aussi des sols imparfaitement nivelés. C’est donc un outil efficace, même s’il consomme de l’énergie fossile.

Xavier Dubreucq rappelle qu’en agriculture de conservation sur grandes surfaces, la consommation d’énergie fossile reste inférieure à celle d’un système avec travail profond du sol, mais elle n’est pas nulle.

Le roulage des couverts

Le roulage des couverts est une autre voie, déjà connue en grandes cultures et en maraîchage. Parmi les outils mentionnés :

  • le rouleau faca ;
  • des rouleaux plus récents et plus prometteurs, comme le roll’n sem.

Le roll’n sem lacère les plantes sur lesquelles il roule et empêche leur redémarrage. Xavier Dubreucq y voit des perspectives très importantes, car il permet de détruire un couvert sans chimie tout en laissant les plantes couchées sur le sol, blessées et mourantes.

L’un des grands avantages de cet outil est qu’il peut être conçu comme une bineuse : selon la disposition des éléments, il peut passer entre les rangs de légumes. Cela ouvre la possibilité d’un désherbage localisé en cours de culture, ce qui constitue pour lui une évolution majeure pour les cultures légumières en ligne.

L’intégration de l’élevage pour gérer les couverts

Xavier Dubreucq explique qu’il conseille depuis longtemps l’usage maximal des couverts végétaux, même dans des systèmes encore travaillés. Une observation marquante est que les couverts attirent rapidement les éleveurs ovins.

Il raconte qu’il ne soupçonnait pas qu’il y avait autant de moutons dans la région : dès qu’un producteur implante un engrais vert, un berger peut se manifester pour demander à y faire pâturer ses animaux.

Cette synergie peut être très intéressante :

  • chez un maraîcher d’environ 40 hectares, un couvert a été pâturé par des moutons, ce qui a évité d’avoir à le broyer ;
  • chez un autre légumier beaucoup plus grand, un accord avec un berger disposant de 3 000 bêtes lui permet de garantir de la verdure toute l’année en échange de ce service.

Le pâturage contrôlé, dans une logique proche du pâturage tournant dynamique, permet de gérer très efficacement la biomasse des couverts avant la culture suivante. Xavier Dubreucq souligne que cette solution est envisageable à différentes échelles, y compris plus petites.

Le paillage plastique sur couvert couché

Une autre piste développée, notamment par le CTIFL de Balandran, consiste à dérouler un paillage plastique opaque sur un couvert couché, puis à planter directement dedans, notamment des melons ou d’autres cucurbitacées.

Xavier Dubreucq mentionne aussi des essais réalisés avec Guillaume Gouet, avec des résultats très satisfaisants. Une machine à dérouler classique permet de poser le plastique sur le couvert, parfois après un ou deux broyages pour réduire la gêne due à la masse végétale.

L’intérêt principal de cette technique est qu’elle permet une occultation localisée, y compris sur de très grandes surfaces. On conserve un couvert couché dessous, puis on implante la culture à travers le paillage.

La possibilité d’une deuxième culture sur le même paillage

Xavier Dubreucq insiste sur un point important : ce paillage peut servir pour deux cultures successives. C’est déjà une pratique qui se développe en agriculture classique.

Dans la région, on peut par exemple :

  • implanter un melon ou une courgette ;
  • puis enchaîner avec une autre cucurbitacée sur le même paillage : courgette, petit marron, melon, etc.

Le fait de réutiliser le plastique pour deux cultures améliore son intérêt technique et économique, et réduit un peu la culpabilité liée à son usage. Il évoque aussi un producteur qui replante de la salade de part et d’autre du goutte-à-goutte ayant servi à une culture de melon, pour des récoltes d’octobre-novembre, avec de très bons résultats.

Après retrait du paillage : une fenêtre très favorable au semis

L’un des intérêts majeurs de cette technique est ce qui se passe après retrait du paillage. Le sol a été parfaitement occulté, le couvert dessous a disparu, et l’on peut alors semer des petites graines avec très peu d’adventices.

Pour Xavier Dubreucq, c’est une situation extrêmement favorable pour des cultures comme :

Il y voit aussi un levier de transition pour des agriculteurs encore en travail du sol : leur proposer des itinéraires qui résolvent certaines de leurs difficultés et leur montrent concrètement qu’il est possible de produire sans retravailler le sol.

Les cultures en ligne sur couvert roulé

Xavier Dubreucq présente aussi des situations de cultures en ligne, comme le poireau ou l’oignon, implantées dans un couvert de seigle et de vesce roulé puis détruit.

Dans ces systèmes, l’enherbement peut devenir très faible. Mais cela suppose un couvert irréprochable. S’il y a des trous dans le couvert, il y aura des adventices dans la culture suivante. Toute la réussite du système repose donc sur la qualité de l’implantation et de la destruction du couvert.

Le strip-till revisité : travailler encore moins le sol

Une autre piste évoquée consiste à remplacer le strip-till classique, qui travaille localement le sol avec une dent sous la future ligne de plantation, par des outils encore moins perturbants.

Le strip-till classique présente l’inconvénient de provoquer des levées de dormance sur la ligne, car il remue le sol et expose les graines d’adventices à la lumière.

Pour limiter ce phénomène, Xavier Dubreucq évoque l’usage :

  • d’un disque droit qui fend le sol et le couvert ;
  • éventuellement suivi d’un disque crénelé.

Cette approche permettrait de semer ou planter en bouleversant le minimum de sol et donc en limitant très fortement les levées d’adventices. Il y voit une technique déjà en place et très prometteuse pour les itinéraires futurs des légumiers.

Des solutions originales : l’exemple de la courge dans le blé

Parmi les expérimentations plus originales, Xavier Dubreucq cite un cas où un agriculteur implante des courges dans un blé avant la moisson. Le blé est broyé sur les futures lignes de plantation, les courges sont mises en place pendant que le blé est encore en végétation, puis la moissonneuse-batteuse récolte le blé. La courge dispose alors de l’espace nécessaire pour finir son cycle.

Il rapproche cette approche de la technique du relay cropping et y voit une façon simple d’exploiter le terrain en combinant deux productions.

Le maintien de la structure sous paillage

Xavier Dubreucq revient sur l’exemple d’une courgette implantée après melon sur le même paillage. Les résidus de melon broyés restent entre les rangs, et la courgette pousse correctement en seconde rotation.

L’observation du profil de sol montre une structure encore excellente, laissant envisager la possibilité d’une troisième culture. Même si cela n’a pas été fait dans ce cas précis, cela démontre selon lui que les paillages, qu’ils soient végétaux ou plastiques, maintiennent une bonne structure du sol.

Pour un technicien de terrain, c’est un argument fort pour faire évoluer les pratiques : démontrer concrètement qu’un sol peut produire une deuxième culture sans travail du sol, puis expliquer que, pour que cela dure, il faut nourrir la vie du sol avec du carbone.

Le principal défi : convaincre les agriculteurs

Au-delà des questions techniques, Xavier Dubreucq estime que le premier défi est aujourd’hui de faire admettre au plus grand nombre d’agriculteurs que ces systèmes sont possibles et souhaitables.

Il insiste sur le fait que, pour quelqu’un qui n’a jamais entendu parler d’agriculture de conservation ou de semis direct, la découverte de ces approches peut être un choc. Il parle d’expérience, en se souvenant du bouleversement intellectuel qu’il a lui-même ressenti lorsqu’il a découvert ces pratiques une dizaine d’années auparavant.

Il faut donc accompagner ce changement progressivement, sans brusquer les gens. Selon lui, les dimensions sociales et sociologiques du changement sont aussi importantes que les compétences techniques des ingénieurs ou conseillers qui construisent les itinéraires culturaux.

L’effet du paillage sur la dégradation de la biomasse

Dans un tunnel de démonstration chez Guillaume Gouet, Xavier Dubreucq décrit une comparaison entre une culture de salades avec et sans paillage plastique, après un gros sorgho ayant produit beaucoup de biomasse.

Le paillage plastique a eu pour effet d’accélérer la dégradation du sorgho. Cela montre que le paillage ne joue pas seulement un rôle de contrôle des adventices, mais peut aussi modifier la vitesse d’évolution de la matière organique en surface.

L’amélioration de la portance des sols

Autre argument de poids pour faire avancer ces techniques : la portance du sol. Xavier Dubreucq montre l’exemple d’un sol fortement dégradé par le passage d’un tracteur dans des conditions humides.

Pour lui, les pratiques issues de l’agriculture de conservation peuvent contribuer à résoudre ce type de problème, en améliorant la structure et donc la portance. Cela suppose aussi une réflexion sur la mécanisation et l’organisation de la récolte, pour éviter de reproduire ce genre de dégâts.

Questions-réponses

L’avenir du plastique dans le MSV

Une question porte sur l’avenir du plastique dans le maraîchage sur sol vivant, notamment au regard du recyclage et des micro-dégradations.

Xavier Dubreucq reconnaît qu’il s’agit d’une vraie question d’avenir. Selon lui, le plastique n’est probablement pas une solution durable sur le plan environnemental. Il estime qu’il faut envisager rapidement des itinéraires culturaux sans plastique, à la fois pour des raisons écologiques et probablement, à terme, réglementaires.

Il rappelle cependant que le maraîchage consomme beaucoup de plastique, notamment pour les paillages. Il évoque un ordre de grandeur de 10 000 à 12 000 tonnes de paillage par an en France. Supprimer ces plastiques provoquerait des changements profonds dans les systèmes de production.

Il prend l’exemple du melon, culture importante dans sa région : sans paillage plastique, il n’y aurait pas de melons français de plein champ avant août, alors qu’on en consomme aujourd’hui dès début juin. Cela pose aussi la question de la concurrence avec l’étranger : si la France interdit le plastique mais pas l’Espagne ou le Maroc, les consommateurs continueront à acheter des melons produits avec du plastique ailleurs.

Pour lui, cette réflexion conduit à interroger plus largement notre modèle alimentaire et son adéquation avec les conditions pédoclimatiques locales.

La nature du broyat et son rapport carbone/azote

Une autre question concerne la qualité du broyat utilisé en région méditerranéenne, notamment lorsque celui-ci provient de déchets verts, avec parfois beaucoup de résineux, et le risque de faim d’azote ou d’acidification.

La réponse rappelle que les broyats issus des particuliers et des collectivités peuvent être utilisés, par exemple via des filières comme le Sydetom 66. Ils sont certifiés bio et ne semblent pas poser de problème particulier pour l’activité biologique du sol.

Les essences sont variées, mais cela ne paraît pas engendrer d’incidents notables. L’important est surtout l’apport de carbone. Les intervenants expliquent qu’ils ne se préoccupent pas excessivement de l’essence d’origine, tant que la ressource est disponible localement, en quantité et à faible coût.

Concernant la faim d’azote, elle peut survenir en phase de relance d’un sol si le broyat est incorporé. En revanche, une fois le sol relancé et si le broyat est apporté en surface, cet effet ne se manifeste plus de manière problématique.

Il est aussi rappelé que ces broyats ne sont pas du BRF au sens strict, mais plutôt du « bois rêche criblé », avec un rapport C/N autour de 30 à 40, ce qui explique une dégradation relativement rapide tout en restant intéressant pour activer la biologie.

La fertilisation dans ces systèmes

Une question est ensuite posée sur les apports de fertilisants dans les systèmes présentés.

Dans le cas de Guillaume Gouet, sur environ un hectare, les apports sont de l’ordre de trois sacs d’orgamine par an, soit environ 75 kg. Ces apports sont localisés principalement à la plantation, notamment sur les choux, les solanacées et les cucurbitacées.

Il observe que certaines années, quelques cultures comme les blettes peuvent être un peu moins belles, mais dans l’ensemble les disponibilités nutritives restent satisfaisantes et ne mettent pas l’exploitation en péril.

Dans les systèmes plus développés en grandes cultures légumières, Xavier Dubreucq indique qu’il y a bien une fertilisation sur un mode classique, mais avec un suivi rigoureux tenant compte de la reconstruction biologique du sol.

Sur la partie maraîchage sur sol vivant de petite surface, il est aussi précisé que certains systèmes fonctionnent sans engrais achetés, en s’appuyant sur des apports comme l’herbe de tonte ou, pour les cultures à forte valeur ajoutée sous serre, sur de la fiente issue d’un atelier de poules.

Un point important est souligné : il ne faut pas oublier l’azote dans les modèles MSV. Le carbone est central pour la vie du sol, mais l’azote reste indispensable pour faire pousser les légumes à court terme.

La question des métaux lourds dans les intrants organiques

Une question porte ensuite sur les risques d’accumulation de métaux lourds liés aux apports massifs et répétés de matières organiques, notamment lorsque les intrants ont toujours la même signature.

Il est rappelé que toutes les matières organiques contiennent des métaux lourds en proportion variable, et que cela pose effectivement question. Une réponse apportée à partir d’un contrôle de la répression des fraudes indique qu’aucune trace problématique de métaux lourds n’a été détectée dans les légumes analysés, y compris dans des cucurbitacées.

Il est également expliqué que les apports massifs ne sont pas forcément destinés à durer indéfiniment : ils peuvent correspondre à une phase de lancement de la fertilité. À terme, l’objectif peut être d’aller vers des systèmes davantage fondés sur le pâturage et l’activité biologique, plutôt que sur des intrants organiques massifs.

Un autre élément avancé est le rôle du pH : les pH élevés ont tendance à bloquer davantage la disponibilité de certains éléments, alors que les pH plus acides favorisent davantage leur absorption.

Enfin, il est indiqué que des analyses de sol réalisées après des apports très importants de broyat de déchetterie n’avaient pas mis en évidence d’accumulations visibles, même après des équivalents de plusieurs milliers de tonnes par hectare.

Les paillages organiques

Enfin, une question revient sur les paillages organiques et leur potentiel de développement, en grandes comme en petites surfaces.

Xavier Dubreucq répond que les paillages organiques comprennent aussi bien les broyats, la paille que des matériaux comme le géotextile biodégradable. Ils remplissent bien leur rôle sur le contrôle de l’enherbement.

Le principal inconvénient est qu’ils sont isolants : ils ralentissent le réchauffement du sol. Ce sont donc de très bons produits, mais moins adaptés aux cultures primeurs, pour lesquelles le réchauffement rapide du sol est un enjeu majeur.

Conclusion

Cette intervention montre que l’adaptation du maraîchage sur sol vivant aux grandes surfaces ne repose pas sur une simple transposition des pratiques de petite échelle. Elle suppose des ajustements techniques importants :

  • gestion mécanisée des couverts ;
  • broyage et scalpage superficiel ;
  • roulage destructeur ;
  • pâturage ;
  • paillage plastique ou organique ;
  • outils de semis ou de plantation très localisés.

Mais au-delà de la technique, Xavier Dubreucq insiste surtout sur la nécessité d’un travail d’accompagnement du changement. Le défi n’est pas seulement de mettre au point des itinéraires efficaces ; il est aussi de permettre aux agriculteurs de croire que ces systèmes sont possibles, souhaitables, et progressivement accessibles.