Rencontres 2015 - Atelier transition vers sol non travaillé - Fabrice Meyer

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Dans cet atelier des Rencontres 2015, Fabrice Meyer raconte sa transition vers le sol non travaillé en maraîchage. Il explique les freins initiaux, techniques autant que psychologiques, puis son évolution depuis 2006-2007 vers des pratiques sans labour ni fraisage. Son objectif : ne plus perturber la structure du sol et laisser agir vers de terre, racines et micro-organismes, en s’inspirant du fonctionnement de la forêt. Il détaille plusieurs leviers : apports de matière organique, BRF, foin, feuilles mortes, couverts végétaux, occultation par bâches tissées, roulage des céréales au bon stade, semis sous couvert et essais sur salades, oignons, carottes, pommes de terre ou ail. Il insiste sur l’importance des galeries biologiques, de la porosité et d’une couverture permanente du sol pour limiter dessèchement, adventices et travail mécanique. Son témoignage montre une démarche très expérimentale, fondée sur l’observation, les essais de terrain et l’adaptation progressive des techniques.

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Résumé
Dans cet atelier des Rencontres 2015, Fabrice Meyer raconte sa transition vers le sol non travaillé en maraîchage. Il explique les freins initiaux, techniques autant que psychologiques, puis son évolution depuis 2006-2007 vers des pratiques sans labour ni fraisage. Son objectif : ne plus perturber la structure du sol et laisser agir vers de terre, racines et micro-organismes, en s’inspirant du fonctionnement de la forêt.

Il détaille plusieurs leviers : apports de matière organique, BRF, foin, feuilles mortes, couverts végétaux, occultation par bâches tissées, roulage des céréales au bon stade, semis sous couvert et essais sur salades, oignons, carottes, pommes de terre ou ail. Il insiste sur l’importance des galeries biologiques, de la porosité et d’une couverture permanente du sol pour limiter dessèchement, adventices et travail mécanique.

Son témoignage montre une démarche très expérimentale, fondée sur l’observation, les essais de terrain et l’adaptation progressive des techniques.

Transition d'un sol travaillé à un sol non travaillé

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Les freins de départ face au non-travail du sol

Fabrice Meyer explique qu’au départ, l’idée de ne pas travailler le sol paraît difficile à accepter. Il rappelle qu’on a déjà du mal à croire que « ça peut pousser sans qu’on travaille le sol ». Dans les représentations habituelles, si on ne travaille pas la terre, « ça va être dur, ça n’ira pas ».

Il insiste aussi sur le fait qu’en 2006-2007, au moment où il a commencé à réfléchir à ces pratiques, il n’existait pas encore la dynamique actuelle autour du non-travail du sol. Il y avait beaucoup moins de ressources disponibles qu’aujourd’hui. Depuis quelques années, au contraire, les vidéos, les partages d’expériences et la diffusion de connaissances en agronomie via internet ont énormément accéléré les apprentissages et remis beaucoup de choses en question.

Le contexte de son installation

Au moment de s’installer, il avait aussi des contraintes économiques fortes. Il avait un terrain disponible à partir de décembre, mais il fallait rapidement encaisser du chiffre d’affaires. Il ne pouvait donc pas se permettre d’attendre longtemps pour mettre le terrain en production.

Dans l’idéal, il aurait aimé aller plus loin et mettre en place tranquillement un système sans travail du sol, mais il n’en avait pas le temps. Il a donc fait labourer la parcelle par un agriculteur, en demandant de ne pas descendre au-delà de 20 cm. Il rappelle qu’à l’époque, on parlait déjà de limiter la profondeur, même si avec une grosse charrue on ne peut de toute façon pas aller extrêmement profond.

Le principe général : travailler le sol seulement au départ si nécessaire

Selon Fabrice Meyer, il peut y avoir une phase de mise en route où l’on travaille le sol, uniquement si c’est vraiment nécessaire :

Mais cette intervention ne doit être qu’initiale. Ensuite, normalement, on ne travaille plus du tout le sol. L’objectif est bien le « zéro travail du sol » : aucun outil ne doit pénétrer, à part éventuellement le bec de la planteuse lorsqu’on plante.

L’idée d’enfouir au début une matière organique carbonée est d’aider à créer des vides dans le sol. En se dégradant, cette matière laisse des poches d’air qui favorisent le développement de la vie du sol, tant que la porosité biologique n’est pas encore suffisante.

Le rôle de la matière organique au début

Au début, avant que le sol soit structuré naturellement par les racines, les vers de terre et les autres organismes, il peut être utile d’enfouir légèrement des matières carbonées :

  • BRF ;
  • feuilles mortes ;
  • paille ;
  • autres matières organiques riches en carbone.

Il précise que cet enfouissement doit rester superficiel : 5 à 8 cm, 10 cm au maximum.

Cette matière organique va ensuite se dégrader et favoriser la mise en place d’une porosité biologique. Tant que les galeries de vers de terre, les anciennes racines et les autres canaux ne sont pas encore bien présents, cet apport peut servir de démarrage.

Le modèle recherché : se rapprocher du fonctionnement de la forêt

Fabrice Meyer explique qu’idéalement, le modèle à imiter est celui de la forêt. Dans ce système, on retrouve :

  • le sol vivant ;
  • une couche de litière composée de feuilles mortes, de branches et de débris végétaux ;
  • une couverture végétale en surface, avec ses racines actives.

Pour les cultures, il cherche donc à reproduire cette organisation :

  • un sol vivant ;
  • une litière, qui peut être constituée d’un couvert végétal roulé, de mulch, de paille ;
  • une plante en place avec ses racines.

Il rappelle qu’autour des racines existe toute une vie microbienne importante. Le but est donc de maintenir cette logique : un sol protégé, nourri en surface, et toujours lié à des racines vivantes ou à des résidus végétaux.

Le frein psychologique du « propre »

Il souligne qu’il existe aussi un frein psychologique important. En agriculture et en maraîchage, on est souvent conditionné à penser qu’un sol « propre » est un sol nu, bien travaillé, bien affiné.

Or ici, c’est l’inverse : on accepte de ne plus voir la terre nue, de laisser de la matière organique en surface, de faire confiance aux vers de terre plutôt qu’à la bêche ou à la grelinette.

Il insiste sur la difficulté de ce changement de regard. Même pour lui, cela a été progressif. Il parle presque de « problèmes psychologiques » liés à cette transition, tant l’habitude du sol travaillé est ancrée.

Les premières étapes : l’occultation

Dans son évolution vers le non-travail du sol, sa première grande technique a été l’occultation. Il cite un collègue, Jean Biger, rencontré dans le cadre de l’association BASE, qui avait commencé à utiliser cette méthode.

L’occultation consiste à couvrir le sol avec des bâches, ici des bâches tissées laissant passer un peu l’eau et l’air. Cette technique l’intéressait parce qu’elle demandait peu de travail mécanique.

Premier essai

Pour son premier essai, il a laissé se développer l’enherbement spontané, puis il a bâché. Mais il reconnaît qu’il a bâché trop tard : les plantes étaient déjà bien développées et certaines ont continué à pousser sous bâche assez longtemps. Résultat, elles ont eu le temps de grainer avant d’être vraiment détruites.

Quand il a débâché, l’aspect était pourtant intéressant : la végétation était couchée, plaquée au sol, comme une sorte de paillage. Il a ensuite essayé d’y semer des carottes, des betteraves et des navets. Mais beaucoup de graines d’adventices ont germé, et l’essai a été un échec.

Il en a tiré une leçon : il faut bâcher plus tôt, dès que les feuilles sont assez développées, avant la montaison et la production de graines.

Intérêt et limites de l’enherbement spontané

L’enherbement spontané peut produire de la biomasse, mais il n’est pas toujours suffisant ni toujours très intéressant du point de vue du carbone. Selon les parcelles, on peut avoir du plantain, du mouron ou d’autres espèces peu structurantes, qui se dégradent vite.

C’est pourquoi il juge souvent plus intéressant de semer des couverts ou des engrais verts.

Couverts végétaux et engrais verts

Fabrice Meyer distingue deux logiques :

  • l’engrais vert, que l’on fauche et que l’on rend au sol pour nourrir celui-ci ;
  • le couvert, que l’on laisse jusqu’au stade adéquat avant de le coucher pour former un mulch.

Dans le cas du couvert, il explique qu’on vise souvent le début de floraison, puis on le roule avec un rouleau faca.

Le principe du rouleau faca

Le rouleau faca est décrit comme un gros cylindre métallique, lesté, sur lequel sont soudées des barres de fer. Ces barres, souvent disposées en diagonale ou en V, permettent d’écraser les tiges des plantes.

L’objectif n’est pas de couper les plantes, mais de les écraser et de les blesser. S’il y a coupe nette, la plante repart comme une pelouse après tonte. En revanche, si la tige est écrasée au bon stade, la plante ne refait pas de feuilles.

Le bon moment est le stade floraison, lorsque les organes floraux sont sortis. À ce moment-là, biologiquement, la plante est engagée dans la reproduction. Si elle est couchée et abîmée sans être coupée, elle mobilise son énergie pour essayer d’aller jusqu’à la graine, mais elle y parvient mal et finit par mourir sur place.

Il indique qu’il faut en général 300 à 400 kg par mètre de largeur pour que le rouleau soit efficace. Certains passent le rouleau deux fois, et d’autres complètent éventuellement avec un bâchage de deux ou trois semaines pour terminer le travail.

Il rappelle aussi que ces techniques viennent en partie de l’agriculture conventionnelle, où elles étaient souvent associées à un passage de désherbant en faible dose. En bio, cet outil n’existe pas, donc tout l’enjeu est d’adapter la méthode sans herbicide.

L’importance de la porosité biologique

Une grande partie de son raisonnement repose sur la porosité biologique du sol. Il cite les galeries créées par :

  • les racines ;
  • les vers de terre ;
  • les mulots ;
  • les courtilières ;
  • d’autres organismes du sol.

Toutes ces galeries permettent à l’air, à l’eau et aux racines de circuler. Un travail du sol horizontal, qu’il soit réalisé avec une charrue, une fraise ou d’autres outils, a tendance à refermer ces canaux.

À l’inverse, la nature travaille surtout verticalement, par les racines et les vers de terre. Le travail mécanique horizontal détruit donc une structure qui se met en place lentement.

Il évoque aussi l’exemple du radis chinois, capable de percer le sol avec une racine importante et de laisser ensuite des canaux profonds. Les racines de carotte ou d’autres plantes cultivées participent également à cette structuration.

Les effets négatifs du labour et de la fraise

Fabrice Meyer insiste fortement sur la destruction causée par les outils de travail du sol, en particulier la fraise. Selon lui, ces outils :

  • rebouchent les galeries ;
  • détruisent une grande partie de la faune du sol ;
  • réduisent la stabilité structurale ;
  • favorisent ensuite la battance.

Il rappelle que la fraise donne un lit de semences très fin et très propre, apparemment séduisant, mais qu’après une grosse pluie, cela peut se refermer et se dégrader très vite.

À l’inverse, un sol non travaillé peut paraître dur en surface, mais être très bien aéré intérieurement grâce à toutes les galeries biologiques.

Une terre apparemment dure, mais vivante

Il insiste sur un point important : un sol non travaillé n’a pas forcément l’aspect meuble et fin qu’on attend habituellement. Il peut paraître dur. Pourtant, quand on observe une motte, on voit qu’elle est pleine de trous et de canaux.

Il cite à ce propos Masanobu Fukuoka, qui insiste lui aussi sur cette distinction entre dureté apparente et aération réelle.

Dans ses propres observations, après occultation, il constate que la terre devient très grumeleuse. Quand on prend une motte et qu’on la casse, elle se défait en petites particules ou en petits agrégats, bien plus facilement qu’un sol compacté classique. Il compare même parfois ce résultat à un sol fraisé, mais obtenu sans destruction mécanique.

Les résultats observés après occultation

Il raconte plusieurs essais de cultures implantées après occultation.

Oignons et salades

Après un bâchage, il a planté des oignons et des salades directement dans le sol, avec très peu de travail. Il y avait un peu de résidus végétaux, mais le sol n’était pas totalement couvert.

Pour les salades, les résultats ont été très satisfaisants : elles étaient belles, et l’enherbement n’est devenu problématique qu’au moment où les salades arrivaient presque à récolte. Pour les oignons aussi, cela a bien fonctionné.

Il note malgré tout que les performances variaient selon les zones : dans les endroits plus compacts, les plantes étaient plus petites.

Gestion de l’eau

Il précise qu’en sol travaillé, il devait en général commencer à irriguer au bout de deux à trois semaines sans pluie en été. Dans les systèmes couverts ou moins travaillés, le comportement du sol change, avec une meilleure tenue de l’humidité.

Le problème du liseron et des vivaces

À propos du liseron, il estime que son objectif est avant tout de couvrir le sol. Si le sol est déjà bien couvert, le liseron devrait normalement régresser ou au moins devenir moins gênant.

Il reconnaît cependant ne pas avoir encore assez de recul sur toutes les situations. Il a une parcelle avec beaucoup de liseron qu’il suit dans le temps.

Il évoque aussi l’idée d’utiliser du trèfle ou d’autres couverts pour concurrencer ces espèces, en profitant de l’enracinement permanent.

Le cas des petites graines : carottes et autres semis délicats

Il reconnaît que les petites graines comme la carotte demandent encore des techniques plus fines.

Essai de carottes après occultation

Il a testé une méthode inspirée de Laurent Welsh : semer les carottes puis bâcher juste après le semis pendant quelques jours. Les adventices lèvent alors sous la bâche, privées de lumière, puis meurent lorsqu’on débâche. Les carottes, elles, peuvent sortir ensuite dans un contexte plus propre.

Il dit que, techniquement, cela a bien marché, même si d’autres facteurs, comme les limaces cette année-là, ont compliqué les résultats.

Semis sous mulch

Il explique aussi que le semis sous couverture épaisse demande des outils ou des astuces adaptés. Avec un couvert couché régulier, un disque ouvreur ou une dent peuvent éventuellement fonctionner. En revanche, avec de la paille en vrac, c’est plus compliqué.

Il cite l’exemple de maraîchers qui ouvrent une bande étroite dans la paille, y sèment les carottes, puis remettent un peu de matière dessus.

Il souligne que ces techniques demandent plus de temps à l’implantation, mais qu’en contrepartie il y a beaucoup moins de désherbage et de travail du sol ensuite.

Les couverts testés : seigle, ray-grass et radis chinois

Sur ses parcelles, il a commencé à développer largement les couverts. Il mentionne surtout :

Le radis chinois est utilisé pour percer les semelles et ouvrir le sol en profondeur. Le seigle produit beaucoup de biomasse et fournit un couvert important au printemps, atteignant jusqu’à 1,80 m. Le radis, lui, peut geler et disparaître en partie, laissant ses galeries.

L’objectif est de rouler ensuite ce couvert pour former un mulch avant implantation des cultures.

Les apports extérieurs de matière organique

Fabrice Meyer explique qu’il a aussi fait évoluer son système en apportant de la matière organique extérieure :

  • feuilles mortes ;
  • foin ;
  • paille ;
  • herbe coupée.

Il raconte avoir récupéré de grosses quantités de feuilles mortes auprès de la commune. Ces feuilles lui ont servi à couvrir des plantations, notamment de l’ail.

Sous serre, ne souhaitant pas immobiliser la place trop longtemps avec des couverts végétaux, il préfère apporter du foin ou de la paille. Il a aussi observé l’effet très positif de tontes de pelouse ou d’herbe fraîche, qui apportent rapidement de l’azote et redonnent de la vigueur aux cultures.

Expériences sous serre

Dans les serres, il a mené plusieurs essais de couverture avec foin et paille, parfois combinés à des bâches. Il a notamment planté des tomates dans ce contexte.

Il souligne un intérêt sanitaire possible : avec une couverture sèche au sol, il y a moins d’humidité ambiante liée à l’enherbement spontané, donc potentiellement moins de mildiou ou de conditions favorables à certaines maladies.

Les bandes jamais travaillées

Dès le départ, tous les 20 mètres, il avait laissé des bandes non travaillées pour conserver la flore, la faune et les champignons du sol sans perturbation.

Par la suite, il a commencé à occulter certaines de ces bandes et à y implanter directement des cultures, par exemple des courgettes, sans aucun travail du sol, juste avec un trou au plantoir.

Même si un essai a été perturbé par de grosses attaques de limaces après une période très pluvieuse, il a quand même pu observer de très beaux plants sur les courgettes qui ont survécu.

Il a aussi planté de l’ail sur ces bandes, avec des fraises entre les rangs, puis a couvert le tout avec des feuilles mortes.

Les limaces

Les limaces sont un problème récurrent dans ces systèmes, même si cette année-là lui paraît exceptionnelle. Il raconte avoir vu des limaces tous les 10 à 15 cm, au point de passer une heure à en ramasser sur une planche sans en venir à bout.

Il insiste toutefois sur le fait qu’il ne faut pas réduire le non-travail du sol à ce seul problème. Pour lui, c’est « une goutte d’eau » par rapport à l’ensemble du système.

Il adopte une approche de régulation la plus douce possible et s’intéresse aussi aux préparations biodynamiques.

Préparation biodynamique contre les limaces

Il décrit une préparation réalisée à partir de cendres de limaces brûlées, ensuite diluées dans l’eau de manière homéopathique et dynamisées. L’idée est de transmettre une information de régulation plutôt que d’agir de manière toxique.

Il reconnaît le caractère surprenant de ces pratiques, mais dit avoir observé des résultats intéressants, notamment sur des semis de haricots, très habituellement attaqués chez lui par les limaces, et qui avaient cette fois très bien levé.

Les taupins

Il évoque également un problème important de taupins lors de sa première année : salades, poivrons et aubergines avaient subi de gros dégâts.

Là encore, il a essayé une préparation biodynamique, réalisée à partir de larves de taupins brûlées, puis dynamisées et pulvérisées. L’année suivante, il dit ne plus avoir eu de problème notable de taupins.

Sans en faire une preuve absolue, il considère que ces observations l’encouragent à continuer à explorer ces pistes.

Le rôle du bâchage sur terrain nu ou couvert

Pour lui, un bâchage sur terrain nu n’est pas idéal, car il n’y a pas grand-chose à nourrir ni à dégrader. En revanche, si l’on met sous bâche du foin, de la paille, des feuilles mortes ou d’autres matières organiques, cela devient bien plus intéressant.

La bâche accélère alors la dégradation, maintient l’humidité et favorise l’activité biologique. Il conseille d’observer régulièrement ce qui se passe dessous.

Une fois la matière suffisamment transformée, on peut débâcher et planter directement, voire rajouter une couche de couverture après plantation.

Les faux semis par bâchage

Il utilise aussi le bâchage comme technique de faux semis. Le principe est de laisser lever les adventices sous bâche, puis de rebâcher ou de détruire la levée, afin d’épuiser progressivement le stock de graines en surface.

Il explique qu’on peut répéter l’opération plusieurs fois, ce qui permet d’obtenir un sol beaucoup plus propre sans travail mécanique.

Les billes d’argile pour enrober les semences

Fabrice Meyer évoque enfin une piste expérimentale inspirée de Fukuoka : l’enrobage des semences dans des billes d’argile.

Le principe est de :

  • humidifier légèrement les graines ;
  • ajouter progressivement de la poudre d’argile très fine ;
  • former ainsi de petites billes autour des graines.

Ces billes protègent les graines :

  • des oiseaux et rongeurs ;
  • d’une germination trop précoce en cas de pluie insuffisante ;
  • d’un contact trop brutal avec un sol sec.

Quand l’humidité devient suffisante, la bille se délite, la graine germe et la racine peut descendre dans le sol. Il voit là un potentiel intéressant pour certaines cultures délicates, notamment les carottes, même s’il en est encore au stade des essais.

Une démarche fondée sur l’observation et l’expérimentation

Tout au long de son intervention, Fabrice Meyer insiste sur l’importance des essais. Il ne présente pas une recette unique, mais une démarche :

  • observer ;
  • tester ;
  • accepter les échecs ;
  • capitaliser sur ce qui fonctionne.

Il rappelle que beaucoup d’innovations viennent d’observations simples, comme le fait d’enlever une bâche ayant servi à couvrir un tas de bois et de constater que le sol dessous est propre, prêt à planter et très vivant.

Pour lui, il ne faut pas dire qu’on n’a pas le temps d’expérimenter, car sans cela on n’avance pas. Aller voir d’autres fermes, participer à des rencontres et confronter les expériences permet aussi d’accélérer énormément l’apprentissage.

Conclusion

L’intervention de Fabrice Meyer montre une transition progressive vers le sol non travaillé, fondée sur :

  • l’occultation ;
  • les couverts végétaux ;
  • le roulage ;
  • la couverture permanente ;
  • l’apport de matière organique ;
  • l’observation de la vie du sol.

Son témoignage met en avant à la fois les difficultés techniques, les résistances mentales liées au besoin de « propreté », les contraintes économiques du démarrage, mais aussi les résultats encourageants obtenus sur la structure du sol, la fertilité, le temps de travail et la qualité des cultures.

Il conclut en indiquant qu’il partage ses photos et ses essais sur son site internet, afin que chacun puisse suivre l’évolution de ses pratiques.