Reconstruire les sols en Catalogne Charles-André DESCOMBES

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Depuis la Catalogne, Charles-André Descombes présente plusieurs initiatives pionnières pour reconstruire la fertilité des sols méditerranéens, dans un contexte marqué par la sécheresse, des sols calcaires pauvres en matière organique, l’érosion, l’irrigation intensive et la pollution aux nitrates liée notamment à l’élevage porcin. À travers des exemples de viticulteurs, céréaliers, éleveurs, oléiculteurs et maraîchers, il montre des pratiques convergentes : couverture permanente des sols, réduction ou arrêt du labour, semis direct, rotations diversifiées, pâturage tournant, composts, BRF, biofertilisants et meilleure articulation entre agriculture et forêt. Ces agriculteurs, précurseurs ou issus d’une nouvelle génération, expérimentent aussi l’agriculture régénérative, l’irrigation localisée, les auxiliaires de culture et des systèmes plus autonomes. Malgré des contextes parfois très arides, leurs résultats montrent qu’il est possible d’augmenter la matière organique, d’améliorer l’infiltration de l’eau, la productivité et la résilience des fermes catalanes.

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Résumé
Depuis la Catalogne, Charles-André Descombes présente plusieurs initiatives pionnières pour reconstruire la fertilité des sols méditerranéens, dans un contexte marqué par la sécheresse, des sols calcaires pauvres en matière organique, l’érosion, l’irrigation intensive et la pollution aux nitrates liée notamment à l’élevage porcin. À travers des exemples de viticulteurs, céréaliers, éleveurs, oléiculteurs et maraîchers, il montre des pratiques convergentes : couverture permanente des sols, réduction ou arrêt du labour, semis direct, rotations diversifiées, pâturage tournant, composts, BRF, biofertilisants et meilleure articulation entre agriculture et forêt. Ces agriculteurs, précurseurs ou issus d’une nouvelle génération, expérimentent aussi l’agriculture régénérative, l’irrigation localisée, les auxiliaires de culture et des systèmes plus autonomes. Malgré des contextes parfois très arides, leurs résultats montrent qu’il est possible d’augmenter la matière organique, d’améliorer l’infiltration de l’eau, la productivité et la résilience des fermes catalanes.

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Vous retrouverez dans cette vidéo une explication des racines et des microbes dans la gestion de l'eau, par Marc-André Selosse, intervenant lors du festival !




Introduction

Lors de cette dernière session des Assises de l’agroécologie du bassin méditerranéen, Charles-André Descombes présente plusieurs initiatives menées en Catalogne pour développer et améliorer la fertilité des sols. L’intervention s’appuie sur des expériences concrètes, portées à la fois par des pionniers et par une nouvelle génération d’agriculteurs.

Cette présentation est le fruit d’un travail mené par Charles-André Descombes et sa compagne Neus Vinyals, dans le cadre de l’ERA, l’Espace de ressources agroécologiques. Ils travaillent depuis plus de vingt ans sur les questions d’agriculture biologique et d’agroécologie.

Le contexte catalan

Charles-André Descombes précise qu’il intervient depuis la Catalogne sud, depuis Manresa, une ville située à environ soixante kilomètres de Barcelone, dans une zone assez centrale de la Catalogne.

L’objectif de la présentation est de donner quelques repères sur les conditions climatiques, pédologiques et sociales de la Catalogne, puis de montrer des exemples d’initiatives jugées pionnières pour récupérer la fertilité agricole.

Un climat méditerranéen marqué

La Catalogne est pleinement soumise aux conditions méditerranéennes. Les précipitations sont faibles dans une grande partie du territoire, avec de nombreuses zones recevant moins de 400 à 500 mm de pluie par an. Ce n’est que dans la zone pyrénéenne que la pluviométrie devient plus importante.

Les températures sont également élevées, y compris dans certaines zones de montagne. Cette combinaison de chaleur et de faibles précipitations pèse fortement sur les systèmes agricoles.

Les sols sont majoritairement calcaires, avec des pH souvent très élevés. Cela constitue l’une des réalités agronomiques de base du territoire.

Des phénomènes climatiques extrêmes

Au-delà du cadre méditerranéen habituel, la Catalogne subit aussi des phénomènes climatiques extrêmes. Charles-André Descombes cite l’exemple du delta de l’Èbre après la tempête Gloria, survenue environ un an et demi auparavant.

Il souligne que les difficultés du delta ont des origines multiples : elles ne sont pas uniquement liées au changement climatique, mais aussi aux actions humaines.

Le rôle majeur de l’irrigation

L’irrigation occupe une place très importante dans l’agriculture catalane. Elle s’est particulièrement développée dans les zones les plus arides, notamment à l’ouest et au sud-ouest.

L’eau tombée dans les Pyrénées est ainsi transférée vers des régions plus sèches. Les zones irriguées sont devenues une composante importante de la réalité agronomique catalane.

Cependant, l’irrigation ne résout pas à elle seule les problèmes de fertilité.

Le manque de matière organique dans les sols

L’un des constats majeurs est la faiblesse des taux de matière organique dans les sols. Une grande partie du territoire présente des teneurs très basses.

Même dans certaines zones irriguées, où l’on pourrait s’attendre à une amélioration, les teneurs restent faibles. Charles-André Descombes explique ce paradoxe par l’excès de labour, qui rend les terres particulièrement sensibles à l’érosion et à la dégradation.

Les zones présentant plus de 3 % de matière organique restent limitées.

La pression des nitrates et l’élevage porcin

Une autre caractéristique importante de la Catalogne est l’existence de nombreuses zones vulnérables aux nitrates.

Dans la grande majorité des cas, cette pollution est liée au cheptel porcin. La Catalogne produit énormément de porcs, en exporte une grande partie, et les animaux sont nourris avec du soja et du maïs transgénique importés par bateau depuis l’outre-Atlantique.

La gestion des effluents, notamment des lisiers, est un problème de première importance. Les pratiques de nettoyage des élevages au jet d’eau accentuent encore ces difficultés.

Une exception est signalée dans une zone côtière au nord de Barcelone, consacrée à la production de fleurs coupées : là, la présence de nitrates n’est pas due au porc.

Une forte tension entre campagne et ville

La Catalogne se caractérise aussi par une forte tension entre espaces ruraux et urbains.

D’un côté, les zones urbaines, en particulier autour de Barcelone, concentrent plus de la moitié de la population du pays. Cela représente un atout pour l’agriculture, car cela facilite la vente directe et les formes de soutien des consommateurs aux agriculteurs.

D’un autre côté, cette pression urbaine rend l’accès au foncier plus difficile pour les paysans, que ce soit pour s’installer, cultiver ou se loger.

Le territoire est également marqué par une présence importante de zones forestières, qui pourraient être davantage mises à profit dans une logique de fertilisation et de bouclage des ressources.

Des précurseurs de la reconquête de la fertilité

Charles-André Descombes distingue d’abord un groupe de précurseurs, c’est-à-dire des personnes engagées depuis longtemps dans des pratiques favorables à la fertilité des sols.

Mas Jop

Le premier exemple cité est celui de Mas Jop, situé dans une région à dominante viticole, recevant environ 550 mm de pluie par an.

L’exploitation comprend 25 hectares de cultures ligneuses. Depuis longtemps, aussi bien dans les vignes que dans les oliviers et les amandiers non irrigués, l’agriculteur pratique la couverture du sol.

Il est aussi présenté comme un maître de la taille naturelle.

Josep Pàmies

Le deuxième exemple est celui de Josep Pàmies, dans une région proche de celle de Mas Jop, avec une pluviométrie comparable.

Il cultive principalement son propre potager d’autoconsommation. Sa particularité est d’être un excellent botaniste. À partir de cette connaissance, il considère que tout ce qui pousse dans son potager est a priori bienvenu.

Il développe ainsi de nombreuses techniques et astuces pour tirer profit des plantes spontanées et favoriser leur cohabitation.

Pep Bové à Cal Pauet

Le troisième précurseur présenté est Pep Bové, à Cal Pauet, dans le piémont pyrénéen. La pluviométrie y est plus élevée, autour de 800 mm par an.

Il gère 100 hectares de cultures non irriguées et 300 hectares de forêt, partiellement pâturables, notamment par son troupeau de brebis Ripollesa.

Pep Bové a été pionnier en agriculture biologique. Comme beaucoup d’autres, il a commencé avec le labour traditionnel, puis a travaillé diverses associations culturales. Depuis plus de huit ans, il s’est engagé dans le semis direct.

Après de nombreux essais et plusieurs difficultés, il estime avoir atteint un point satisfaisant grâce à son semoir. Ce qui caractérise son approche est la curiosité, l’effort de compréhension et la recherche de bonnes combinaisons culturales.

Il se consacre principalement à la production de grains pour l’alimentation humaine et à la production de semences pour d’autres agriculteurs.

Une nouvelle génération d’agriculteurs

La deuxième partie de la présentation est consacrée à des agriculteurs plus jeunes, engagés dans des formes d’agriculture régénérative, de non-labour, de couverture permanente du sol ou d’intégration de l’élevage.

Francesc Font

Francesc Font est installé au nord du pays sur une ferme de 60 hectares en grandes cultures et cultures ligneuses, dans une zone en partie de plaine alluviale recevant environ 500 mm de pluie par an. Il est aussi technicien agricole et conseiller.

Il ne pratique pas le labour et s’est beaucoup nourri d’inspirations issues de la permaculture. Des séjours en Australie avec sa famille lui ont permis de ramener plusieurs idées qu’il essaye d’appliquer en Catalogne.

Parmi ses pratiques :

  • absence de labour ;
  • absence d’herbicides ;
  • sols toujours couverts ;
  • implantation en lignes-clés afin de réduire la vitesse de l’eau et favoriser son infiltration ;
  • recours à des références issues de l’agriculture régénérative ;
  • travail sur les préparations phytosanitaires du Korean Natural Farming ;
  • mise en place d’irrigation enterrée et localisée ;
  • conduite holistique d’un troupeau de brebis.

Il a aussi recyclé d’anciens bunkers de la guerre civile pour en faire des refuges à chauves-souris, précieuses auxiliaires dans les vignes et les oliviers.

Il observe notamment qu’une vigne couverte permet de réduire la température à la surface du sol d’environ 10 degrés, passant d’environ 40 °C à 31 °C, ce qui favorise la vie du sol.

Son bilan est que ces procédés permettent une meilleure productivité sociale, environnementale et économique.

Toni Bordas et Marc Bartra à la Finca Planeses

Toni Bordas et Marc Bartra travaillent à la Finca Planeses, une ferme située en montagne prélittorale, avec une pluviométrie d’environ 930 mm par an.

Ils gèrent 14 hectares en polyculture-élevage et développent une agriculture régénérative. Leur système comprend :

  • des vaches à viande ;
  • 12 000 poulets ;
  • des poules pondeuses ;
  • des lapins ;
  • des essais avec des canards.

Tous ces animaux sont alimentés au pâturage. Leur première idée forte est que l’animal est le meilleur outil d’amélioration du sol.

Ils ont également développé un potager non labouré, dans lequel les poules viennent pâturer. La fertilité est travaillée avec des biofertilisants, du BRF et des préparations selon la méthode JADAM.

Ils ont obtenu de bons résultats dès la première année.

Une autre idée centrale de leur approche est que la fertilité de la forêt doit être mise au service de la ferme.

Balthazar Michel

Balthazar Michel travaille dans une zone beaucoup plus à l’ouest, au climat semi-désertique, avec environ 350 mm de pluie par an, et certaines années moins encore.

Sur 2,6 hectares, il conduit un verger d’oliviers de variété Arbequina, très appréciée localement. Les arbres ont été plantés en 2018 avec un espacement de 6 mètres sur 6.

Depuis 2019, il ne laboure plus. Il laisse se développer un couvert spontané qu’il gère ensuite. Pendant les quatre premières années, il a apporté du compost au pied des arbres ; désormais, il travaille uniquement avec des biofertilisants.

L’un des résultats les plus marquants est l’augmentation rapide de la matière organique dans le sol. Une adventice dominante, le mouron blanc, s’est révélée être une excellente compagne pour les oliviers.

Il pratique aussi l’irrigation, ce qui lui permet d’obtenir des olives de très gros calibre et une production intéressante.

Par ailleurs, bien qu’il ne soit pas en agriculture biologique mais en conventionnel, il produit aussi du maïs grain pour le bétail en semis direct sur une couverture de vesce. Après cinq ans d’essais, il juge les résultats satisfaisants.

Des expériences en maraîchage

Charles-André Descombes présente également plusieurs exemples en maraîchage.

Gil Aboitiz à la ferme Aurora del Camp

Gil Aboitiz travaille à la ferme Aurora del Camp, dans une zone côtière périurbaine un peu au nord de Barcelone, recevant environ 550 mm de pluie par an. Il cultive 5,5 hectares en maraîchage.

Issu du monde rural, il a commencé en agriculture biologique dès l’âge de douze ans, d’abord avec un travail du sol conventionnel, ce qui lui a posé de nombreux problèmes.

À partir de 2016, sous l’influence de Jean-Martin Fortier et de Gérard Ducerf, il change progressivement sa manière de faire. Il procède par tâtonnements :

  • essais d’engrais verts de moutarde ;
  • utilisation de mulch papier, avec des résultats mitigés ;
  • essais de contrôle du souchet au moyen de films plastiques.

Le véritable changement vient avec l’introduction du BRF, qu’il place entre les lignes, puis plus largement sur les planches de culture afin de limiter la faim d’azote.

Il observe une excellente amélioration de la matière organique dans ses planches. Sa principale difficulté est l’accès à des quantités suffisantes de BRF dans sa zone.

Il s’est aussi beaucoup spécialisé dans le choix de machines permettant un travail très fin et superficiel du sol, compatible avec l’objectif d’amélioration de la fertilité.

Olivier Schantri et Núria Hernández à Can Notari

Olivier Schantri, Français, et sa compagne Núria Hernández travaillent à la ferme de Can Notari, au sud de Barcelone, près de l’aéroport.

Cette zone constitue historiquement le potager de Barcelone. Depuis des siècles, elle est consacrée au maraîchage et à l’horticulture.

Ils cultivent 4,5 hectares en maraîchage. Charles-André Descombes n’a pas le temps de développer longuement leur cas, mais indique qu’ils ont mené différents essais, notamment autour de rotations avec la patate douce en tête d’assolement.

Ernest Mass

Le dernier exemple est celui d’Ernest Mass, qui gère 300 hectares en maraîchage.

Il travaille systématiquement avec des sols couverts, soit par des engrais verts, soit par ce qu’il appelle des cultures « à 360 degrés » : une fois la culture terminée, il laisse les plantes continuer à se développer, afin de prolonger les bénéfices de leur activité biologique.

Il accorde aussi une grande importance à la biodiversité, à travers :

Son objectif est d’être entièrement en agriculture biologique en 2025.

Autres exemples mentionnés

Charles-André Descombes signale qu’il existe d’autres expériences intéressantes en Catalogne. Il mentionne notamment Jordi Forn, qui obtient d’excellentes améliorations de la matière organique grâce à un compost très riche en lignine, permettant d’accroître fortement l’activité biologique des sols.

Enseignements généraux

À travers tous ces exemples, plusieurs idées reviennent de manière récurrente :

  • la réduction ou la suppression du labour ;
  • la couverture permanente des sols ;
  • l’usage d’engrais verts, de couverts spontanés ou de paillages ;
  • l’apport de matière organique via compost, BRF ou biofertilisants ;
  • le rôle central de l’animal dans l’amélioration du sol ;
  • l’intérêt d’articuler forêt, élevage et cultures ;
  • l’importance de la biodiversité fonctionnelle ;
  • une démarche expérimentale fondée sur l’observation, les essais et les ajustements progressifs.

Conclusion

La présentation de Charles-André Descombes montre que, dans un contexte méditerranéen marqué par la sécheresse, les sols calcaires, le faible taux de matière organique et de fortes pressions agricoles et foncières, de nombreuses initiatives existent pour reconstruire la fertilité des sols en Catalogne.

Ces expériences sont diverses, mais elles convergent vers une même idée : la fertilité ne se réduit pas à un apport d’intrants, elle se reconstruit par des systèmes vivants, couverts, observés, combinés avec soin, et appuyés sur une meilleure valorisation des ressources locales.