Nicolas HALLEGOUET - Pommes de Terre et couverts végétaux - 2/2
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2/2 - Nicolas HALLEGOUET - Des Pommes de Terre en Rotation Courte... A 12 Espèces !
Aujourd'hui, une visite de ferme de Nicolas HALLEGOUET, producteur de pommes de terre à Guipavas (29). Il nous explique ici comment il a réussi à faire de l'agriculture de conservation et de la rotation courte sur pomme de terre.
Gestion des cailloux, profondeur de travail et qualité de terre
Nicolas Hallegouet explique que, lors du passage de la tamiseuse, les cailloux sont mis de côté. Ils restent ensuite juste en dessous, ce qui permet de les retrouver plus bas dans le profil les années suivantes. Son constat principal est qu’il cherche avant tout à avoir davantage de terre fine.
Selon lui, plus il y a de terre fine, plus la terre est facile à travailler. Cela permet de faire de petits billons, de diminuer la consommation de carburant et de travailler plus vite. Il souligne aussi que, par rapport à certains voisins, il lui faut beaucoup moins de puissance de traction pour réaliser le même travail.
Il insiste sur le fait que, moins le sol est travaillé en profondeur, moins on déstructure le sol. La structure est donc mieux préservée.
Préservation de la vie du sol
Nicolas Hallegouet observe qu’il y a beaucoup de vers de terre qui descendent sous la zone travaillée. Cela permet de les préserver. On les retrouve ensuite soit à l’automne, soit en été si la pluie revient dans les buttes.
Il précise que, dans les bas de parcelles, certaines zones plus riches en limons peuvent être sujettes à la battance. C’est un point qu’il mentionne comme visible sur le terrain.
Le semoir de semis direct
Face au groupe, il présente le semoir de semis direct qu’il utilise pour implanter les couverts végétaux, le blé d’hiver et le blé de printemps.
Il insiste sur un point essentiel : ce n’est pas la marque du matériel qui fait la réussite du semis direct. Pour lui, la réussite dépend surtout de l’état du sol, de sa réceptivité, et de la manière dont la surface est gérée. Les agriculteurs se focalisent souvent sur la marque du semoir pour savoir lequel serait le plus performant, mais il estime que chaque matériel a ses avantages et ses inconvénients. Ce qui compte réellement, c’est la façon de gérer le sol, notamment sa surface, pour obtenir une bonne qualité d’implantation.
Le semoir présenté est un modèle de 3 mètres de large, mécanique. Il est utilisé environ trois fois par an, avec un tracteur d’environ 100 chevaux. Nicolas Hallegouet indique qu’il roule en général entre 5 et 6 km/h. Il ajoute que, plus la végétation est grande, mieux cela se passe pour le passage du semoir.
Il explique que, dans son département, ils ont pu comparer de nombreuses marques de matériel. Très vite, ils se sont aperçus que la qualité du travail dépendait avant tout de la gestion des couverts végétaux, bien plus que de la machine elle-même.
La tamiseuse pour la pomme de terre
À côté du semoir, Nicolas Hallegouet présente une tamiseuse. Il précise que ce n’est pas un outil de travail du sol, mais uniquement une machine qui permet de séparer les mottes et les cailloux de la terre fine.
Son rôle est de préparer le lit de semence de la pomme de terre, afin de faciliter la récolte et de limiter l’endommagement des tubercules. Il explique qu’il n’a déjà plus énormément de cailloux, car au fil des années il y en a de moins en moins dans le profil, mais qu’il en reste toujours un peu. Or, même de petits cailloux peuvent poser problème à la récolte. L’intérêt est donc de les mettre de côté, puis de les retrouver plus tard plus bas dans le profil, notamment pour la culture suivante de blé.
Là encore, il souligne que les besoins en traction restent modestes : environ 100 chevaux, à une vitesse de 5 à 6 km/h. Cela lui paraît tout à fait correct, car la terre est devenue très facile à travailler.
Réduction du temps de tracteur et économies
Nicolas Hallegouet indique qu’au début il faisait environ 800 heures de tracteur par an. Aujourd’hui, il n’en fait plus que 400. Il a donc divisé par deux le nombre d’heures de travail. Il rappelle néanmoins que 400 heures représentent encore plus de deux mois de travail à 35 heures par semaine.
Il estime les économies réalisées à environ 6 000 euros par an en entretien et carburant. En ajoutant la présence éventuelle d’un chauffeur, il arrive à environ 15 000 euros pour seulement 30 hectares. Il extrapole ensuite :
- pour 100 hectares, cela représenterait environ 45 000 euros d’économies ;
- pour 200 hectares, environ 90 000 euros.
Il précise qu’il ne parle ici que de la force de traction. À cela s’ajouteraient encore toutes les autres économies de matériel que demanderait un système conventionnel.
Il expose aussi sa manière de voir la rentabilité du tracteur : plus un tracteur dure longtemps, plus il est rentable. Donc moins il fait d’heures, moins il s’use, et plus il est rentable. Il oppose cette logique à celle, fréquente selon lui en agriculture conventionnelle, où l’on considère souvent qu’un tracteur est rentable s’il fait beaucoup d’heures. Pour lui, cela signifie surtout qu’il coûte plus cher et qu’il faudra le renouveler plus souvent.
Son choix est donc d’investir davantage dans les semences de couverts végétaux, dans le végétal, plutôt que dans le carburant ou dans les machines.
Rôle des racines et portance du sol
Il montre l’intérêt des racines qui descendent verticalement et qui sont peu arrêtées dans leur progression. Il fait remarquer qu’en ce mois de janvier 2018, malgré les quantités d’eau reçues pendant l’hiver, la terre est presque sèche. Il parle d’une terre « de billard ».
Pour lui, seul le recours aux couverts végétaux et à une conduite en agriculture de conservation permet d’obtenir cela. Il souligne qu’une terre comme celle-ci, passée dans la tamiseuse, va s’effriter très rapidement. Il a donc besoin de peu de passages d’outils pour obtenir un lit de semence parfait pour la pomme de terre.
Il insiste aussi sur un point : la terre doit tenir autour des racines. Si elle ne tient pas autour des racines, c’est qu’elle ne fonctionne pas correctement.
Importance du couvert après le blé
Dans l’exemple observé, le précédent était un blé de printemps. On retrouve encore un peu de paille, mais il n’en reste déjà plus grand-chose. L’automne ayant été humide, les pailles se sont dégradées beaucoup plus rapidement que l’année précédente.
Derrière, le couvert végétal joue un rôle essentiel de protection, notamment contre l’érosion hivernale. L’objectif est toujours d’en faire le maximum. Pour cela, Nicolas Hallegouet cherche à semer le plus tôt possible après la récolte du blé.
Il résume l’enjeu par une formule sur la durée du jour et la vitesse de mise en place :
- une journée gagnée en août vaut deux journées en septembre ;
- et quatre journées en octobre.
Il faut donc aller très vite après la récolte pour implanter le couvert et lancer la dynamique.
Il précise qu’il n’y a pas de déchaumage. Les pailles restent en surface et le couvert est implanté directement. Le semis est réalisé avec soin, à environ 6 km/h. Puisque 50 à 60 euros sont investis dans la semence, il estime qu’il faut aller au bout de la démarche et bien faire les choses. Quatre à quatre mois et demi plus tard, il récolte les bénéfices avec une terre extrêmement facile à travailler, demandant peu de carburant et peu de mécanisation.
Le broyage avant pomme de terre, une exception
Nicolas Hallegouet explique que la pomme de terre est la seule culture pour laquelle il réalise un broyage mécanique du couvert. Pour le blé de printemps, au contraire, il sème directement dans ce type de couvert sans broyage.
Pour la pomme de terre, comme il y a ensuite un travail mécanique, il est obligé de broyer afin de faciliter le passage des outils. Mais, globalement, il dit ne pas voir beaucoup d’intérêt au broyage. Pour lui, broyer revient souvent à gaspiller du carburant, alors que la nature est capable de tout dégrader elle-même.
Il met en avant les avantages d’un couvert vivant, bien vert :
- la terre tient beaucoup mieux aux racines ;
- le disque ouvreur et les éléments semeurs travaillent mieux ;
- la dynamique biologique reste active.
Il préfère donc toujours travailler dans des couverts vivants, bien enracinés, plutôt que dans des végétations mortes ou broyées.
Couvert vivant et dynamique biologique
Au-delà du simple effet physique des racines, Nicolas Hallegouet insiste sur la microbiologie. Avec un couvert vivant, il y a une dynamique biologique continue. Il n’y a pas de rupture. À l’inverse, avec un mulch broyé depuis un mois, cette dynamique est déjà perdue.
Il considère qu’un sol, dès qu’il n’y a plus de plantes vivantes, commence automatiquement à se refermer. Lorsque l’on broie et que l’on arrête la végétation, un mois après, la porosité et la structure diminuent rapidement. Si de l’eau arrive ensuite, le sol se tasse automatiquement.
À l’inverse, ce sont les racines, en association avec la microbiologie, qui soulèvent et structurent le sol en permanence.
Il reconnaît toutefois une exception : le moment où il faut planter la pomme de terre. C’est le seul moment où il accepte d’implanter une culture dans une terre qu’il qualifie, entre guillemets, de « morte ». Il indique qu’aujourd’hui, ils n’ont pas trouvé de méthode réellement satisfaisante pour planter les pommes de terre directement dans un couvert très développé. La mécanisation n’est pas adaptée à une végétation trop forte. Il rappelle donc qu’il faut aussi rester pragmatique.
Il ajoute que, lorsqu’on parvient malgré cela à récolter 80 quintaux de blé après pomme de terre, cela montre bien que le blé se comporte tout de même correctement ensuite.
Travail superficiel et réparation rapide du sol
Nicolas Hallegouet souligne qu’aujourd’hui il ne touche plus vraiment que la surface du sol. Dans ces conditions, la réparation se fait aussi plus rapidement. Si le travail portait sur 30 à 35 cm de profondeur, la réparation serait forcément beaucoup plus longue. En travaillant seulement sur 15 cm, cela va plus vite.
Il estime d’ailleurs qu’avec déjà 15 cm de sol meuble et friable, on est dans une situation très satisfaisante. Comme la terre est devenue très friable, il n’y a pas besoin de davantage.
Composition des mélanges de couverts
Il décrit un couvert composé de plusieurs espèces :
- avoine blanche ;
- moutarde brune ;
- moutarde blanche ;
- radis ;
- phacélie ;
- féverole ;
- pois, à un moment donné.
La phacélie a eu un peu de mal à s’implanter, notamment à cause du gel.
Il évoque aussi les discussions que l’on peut entendre sur certaines espèces, par exemple la phacélie, parfois mise en garde dans certaines rotations. Mais il estime que, si elles sont utilisées à petites doses dans des mélanges diversifiés, cela ne pose pas les mêmes problèmes.
Diversité végétale et gestion des nématodes
Nicolas Hallegouet aborde la question des nématodes. Selon lui, l’une des meilleures façons de les gérer est justement de recourir à la diversité des plantes dans les couverts. Il considère que les problèmes apparaissent souvent lorsque l’on tombe dans l’excès de monoculture ou de mono-espèce.
Il rappelle que la pomme de terre, comme beaucoup de plantes et notamment les légumes, est sensible aux nématodes. Le fait d’introduire une diversité d’espèces permet donc, selon lui, de les gérer indirectement.
Il reconnaît que tout n’est pas scientifiquement prouvé dans ce qu’il avance. Mais il explique qu’il revient aux fondamentaux, qu’il s’appuie sur ce qu’il observe et sur ce qui lui semble avoir de la valeur, puis qu’il laisse la nature faire le reste.
Exemple sur un sol plus limoneux
Il présente ensuite une autre situation, sur des sols un peu plus lourds que ceux vus précédemment, avec davantage de limons, plus proches selon lui des terres de Seine-Maritime.
Il s’agit ici d’un blé semé vers le 20 octobre dans un couvert de moutarde blanche et de sarrasin, après une pomme de terre primeur. Le couvert avait été semé vers la fin juillet. En deux mois et demi, il avait produit une végétation de 1,50 m à 1,60 m de hauteur. On voit encore les tiges présentes.
Les couverts nourrissent aussi la faune
Nicolas Hallegouet souligne que ces couverts ne servent pas seulement à protéger le sol. La moutarde a eu le temps de faire un peu de grain, ce qui permet aussi de nourrir la faune environnante.
Il rappelle qu’ils n’ont pas beaucoup parlé de cette faune, mais que de nombreux oiseaux viennent manger en hiver les graines présentes sur les couverts végétaux. Cela constitue selon lui une autre fonction importante des couverts.
Il pense que cette faune joue aussi un rôle dans le fonctionnement global de la production agricole :
- elle consomme des insectes ;
- les oiseaux restituent des éléments par leurs déjections ;
- cela participe à une certaine réorganisation du phosphore.
À l’échelle d’un territoire, cela peut compter. Il faut donc considérer ces animaux comme des alliés. Si on peut leur offrir un peu de nourriture en hiver, il estime qu’il faut le faire.
Couverts développés et limitation des dégâts d’oiseaux
Il observe qu’au départ, les tiges étaient tellement denses et verticales que les étourneaux avaient du mal à venir en nombre. Ils trouvaient difficilement des zones d’atterrissage. Cela constitue, selon lui, une manière indirecte de se prémunir contre ce type de prédateur.
Ces oiseaux sont habitués à voir des sols nus. Ils ont plus de mal à s’adapter à des semis de blé réalisés dans des couverts. Visuellement, ces parcelles les attirent moins. Ils préfèrent aller vers des parcelles très propres, bien alignées, travaillées de façon conventionnelle.
Dans les parcelles couvertes, avec beaucoup de débris végétaux, l’attrait est moins fort. En revanche, la faune plus utile pour l’équilibre du système vient ensuite.
Il ajoute que le fait d’avoir avancé les dates de semis de 15 jours à 3 semaines a aussi permis de résoudre les problèmes d’étourneaux. Ceux-ci arrivent souvent à une période où le froid est déjà installé. Les semis sont alors déjà bien implantés et ne risquent plus vraiment de dommages.
Reconstruction de la structure après intervention mécanique
Sur cette autre parcelle, Nicolas Hallegouet montre bien qu’on a affaire à une terre qui a été travaillée mécaniquement assez récemment, contrairement à celle observée auparavant. Il y a donc encore un travail à faire pour redonner des agrégats au sol.
Mais il estime que cela va revenir assez vite :
- les racines du blé vont progressivement coloniser le sol ;
- les vers de terre vont refaire leur travail en surface ;
- même si l’on voit un peu de battance, la situation reste limitée ;
- les racines du couvert ont déjà amorcé un certain travail.
Le blé va continuer à restructurer, et les vers de terre vont reconstruire des galeries. Il décrit cela comme un éternel recommencement.
La pomme de terre impose des contraintes, mais le système se répare
Pour Nicolas Hallegouet, au fur et à mesure qu’on comprend mieux les rouages, les tenants et les aboutissants du système, on va de plus en plus vite. Dans son cas, cette conduite est devenue la condition pour pouvoir faire de la pomme de terre : il n’a pas vraiment le choix.
Malgré les contraintes de cette culture, il montre que le sol se tient encore bien. Pour un agriculteur conventionnel, voir une telle surface avec autant de résidus peut être choquant. Lui dit que c’est exactement l’inverse : aujourd’hui, ce qui le choque, c’est de voir un sol nu.
Il explique que tant que les pommes de terre ne couvrent pas complètement le sol, il a l’impression que celui-ci est comme stérilisé au soleil. À l’inverse, la présence de résidus le rassure. Là où un agriculteur conventionnel verrait un travail « sale » ou mal fait, lui y voit au contraire la protection indispensable du sol.