L'urgence des indicateurs de résultat - Grand débat - Paysage in Marciac

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Lors de ce grand débat de Paysage in Marciac, plusieurs intervenants ont montré que l’“urgence” des indicateurs de résultat ne date pas d’hier, mais qu’elle devient aujourd’hui centrale pour piloter la transition agroécologique. Éric Schmidt a présenté l’outil Indices IAD, développé pour mesurer concrètement les résultats des fermes : sol, carbone, intrants, biodiversité, économie ou autonomie. Anthoine Loppion, avec La Vache Heureuse, a illustré l’intérêt de ces indicateurs en élevage laitier, en montrant comment ils permettent de suivre les progrès techniques, notamment sur l’autonomie protéique et la rentabilité. Frédéric Zahm a exposé la méthode IDEA, outil de diagnostic global de la durabilité des exploitations, fondé sur des dimensions économiques, sociales et agroécologiques. Enfin, Coline Guen a présenté le travail du Réseau Maraîchage Sol Vivant en Normandie, qui adapte ce suivi aux petites fermes maraîchères. Tous défendent des outils complémentaires, utiles autant aux agriculteurs qu’aux collectifs et à l’enseignement.

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Résumé
Lors de ce grand débat de Paysage in Marciac, plusieurs intervenants ont montré que l’“urgence” des indicateurs de résultat ne date pas d’hier, mais qu’elle devient aujourd’hui centrale pour piloter la transition agroécologique. Éric Schmidt a présenté l’outil Indices IAD, développé pour mesurer concrètement les résultats des fermes : sol, carbone, intrants, biodiversité, économie ou autonomie. Anthoine Loppion, avec La Vache Heureuse, a illustré l’intérêt de ces indicateurs en élevage laitier, en montrant comment ils permettent de suivre les progrès techniques, notamment sur l’autonomie protéique et la rentabilité. Frédéric Zahm a exposé la méthode IDEA, outil de diagnostic global de la durabilité des exploitations, fondé sur des dimensions économiques, sociales et agroécologiques. Enfin, Coline Guen a présenté le travail du Réseau Maraîchage Sol Vivant en Normandie, qui adapte ce suivi aux petites fermes maraîchères. Tous défendent des outils complémentaires, utiles autant aux agriculteurs qu’aux collectifs et à l’enseignement.

Paysage in Marciac 2020


Comme tous les dimanches, un sort une vidéo de Paysage in Marciac édition 2020

Aujourd’hui Coline GUEN de MSV Normandie, Anthoine LOPPION de la vache heureuse, Éric Schmidt de l'institut de l'agriculture durable et Frédéric Zahm de l'INRAE font un grand débat autour de l'urgence des indicateurs de résultat.


Bon visionnage !


Mise en perspective du débat

Ce grand débat s’ouvre sur quatre présentations, avec l’objectif de poser le cadre d’une discussion consacrée à la mesure des résultats en agriculture et en agroécologie.

L’idée est d’abord de laisser une place importante à des retours d’expérience et à des outils concrets, avant d’ouvrir un échange sur les conditions de mise en œuvre, sur les difficultés rencontrées, et sur les défis liés à la mesure du résultat des agricultures et des pratiques agricoles.

Les interventions annoncées sont les suivantes :

  • une présentation d’Indiciades par Éric Schmidt,
  • une présentation de La vache heureuse par Anthoine Loppion,
  • une présentation de la méthode IDEA par Frédéric Zahm,
  • une présentation d’une approche de mesure dans une filière, en l’occurrence le maraîchage, par le réseau maraîchage sur sol vivant, avec Coline Guen.

L’ensemble des présentations doit durer environ une heure, avec des interventions d’une vingtaine de minutes chacune, avant un débat sur la manière de mettre en place concrètement des indicateurs de résultat dans les fermes.

L’urgence des indicateurs de résultat selon Éric Schmidt

Éric Schmidt commence par revenir sur le titre même de la table ronde : L’urgence des indicateurs de résultat. Selon lui, ce titre peut laisser croire qu’il ne se serait rien passé jusqu’à aujourd’hui et que la mesure des résultats des fermes, de leur durabilité ou de leurs progrès serait une invention récente. Il insiste sur le fait que cette idée est fausse.

Il précise également qu’il faut corriger une confusion faite dans l’introduction : Frédéric Zahm n’intervient pas sur Indiciades, mais sur la méthode IDEA, dont les travaux remontent à de nombreuses années, y compris avant certains travaux portés par l’Institut de l’agriculture durable.

Une histoire déjà ancienne

Éric Schmidt rappelle que la réflexion sur les indicateurs de résultat a commencé bien avant le débat actuel.

En 2007, l’Institut de l’agriculture durable a défini un projet visant à identifier les indicateurs capables de rendre compte d’une « troisième voie » agricole, encore émergente à l’époque. Le mot agroécologie n’était alors pas encore d’usage courant, alors qu’aujourd’hui il s’est largement diffusé, même s’il recouvre des réalités très différentes.

Deux ans plus tard, l’IAD a mené un benchmark international portant sur environ 400 indicateurs utilisés dans le monde. Parmi eux, seuls des indicateurs de résultat ont été retenus, avec une sélection finale de 28 indicateurs puis, dans la suite de la présentation, il est surtout question de 26 indicateurs sélectionnés. Le principe de sélection était qu’ils devaient être :

  • parlants,
  • simples,
  • lisibles,
  • compréhensibles par tous.

Dès l’origine, le choix a été fait de travailler sur des indicateurs de résultat et non uniquement sur des indicateurs de moyens ou de pratiques. Pour Éric Schmidt, ce choix est fondamental : une méthode peut sembler vertueuse, mais seul le résultat permet de vérifier si les objectifs sont réellement atteints.

Des tests en ferme et un outil disponible depuis 2013

Un travail de bêta-test a ensuite été mené sur 140 fermes en France. Les résultats ont montré que le dispositif fonctionnait correctement et suscitait l’intérêt des agriculteurs.

À partir de là, une plateforme internet a été développée et mise en ligne en 2013. Depuis cette date, tout agriculteur, mais aussi toute association, école, lycée agricole ou structure d’accompagnement, peut s’inscrire sur indiciades.fr et utiliser gratuitement l’outil pour paramétrer les données de sa ferme et obtenir des indicateurs de résultat.

En 2015, l’outil a évolué en intégrant les retours des agriculteurs. Ceux-ci jugeaient l’ergonomie peu adaptée à leur manière de raisonner. L’outil a donc été reconfiguré selon leur « schéma mental », dans une logique de co-construction.

En 2019, une version 4 a été développée, avec passage en métabase de données. Cela permet de comparer les résultats d’une ferme avec :

  • des groupes de fermes,
  • des résultats régionaux,
  • différents ensembles de référence.

L’outil continue depuis à être enrichi. Éric Schmidt mentionne notamment l’ouverture prochaine à la viticulture et à l’agroforesterie.

L’urgence n’est pas nouvelle

Pour Éric Schmidt, s’il y a urgence, elle ne date pas d’aujourd’hui. L’urgence des indicateurs de résultat existait déjà en 2007, et la réponse a commencé à être construite à ce moment-là.

Il insiste sur quelques principes majeurs :

  • il faut des indicateurs simples, accessibles et compréhensibles ;
  • les indicateurs de résultat permettent de rester dans le réel ;
  • ils permettent de montrer ce que fait effectivement l’agriculture ;
  • ils donnent de la crédibilité au travail des agriculteurs engagés dans l’agroécologie.

Selon lui, l’essentiel n’est pas tant de disposer d’une mesure absolument exacte à la décimale près que de suivre une tendance. L’important est de savoir si, d’une année à l’autre, on améliore ou non ses résultats : par exemple, si le stock de matière organique augmente ou diminue.

Il résume cela par une formule : « évaluer pour évoluer », qu’il présente comme le leitmotiv d’Indiciades.

Des indicateurs interconnectés

Un autre point central de son propos est que les indicateurs ne doivent pas être lus isolément. Les résultats d’une ferme forment un système dans lequel les indicateurs sont interconnectés. Quand l’un évolue, les autres bougent aussi.

L’outil s’intéresse notamment à :

  • l’efficience économique,
  • la viabilité sociale,
  • l’efficience des intrants,
  • la qualité des sols,
  • les émissions de gaz à effet de serre,
  • le bilan carbone,
  • la biodiversité.

Éric Schmidt montre à ce propos l’exemple d’un agriculteur passé d’un système conventionnel à une transition agroécologique. En comparant les courbes avant et après deux ans de transition, on observe des évolutions concrètes.

Mesurer pour objectiver

Éric Schmidt insiste sur un point : les indicateurs permettent de remplacer les mots et les promesses par des chiffres.

Il donne l’exemple de deux affirmations qui paraissent évidentes :

  • la couverture des sols améliore le stockage de carbone ;
  • l’intensité du travail du sol discrimine le stockage de carbone, en favorisant la minéralisation.

Ces affirmations peuvent être dites de manière générale, mais les indicateurs permettent de les vérifier sur des cas réels, dans des fermes concrètes.

Il présente aussi des fiches de restitution produites par l’outil, par exemple sur le bilan humique. Une même ferme peut montrer, selon les itinéraires techniques utilisés, un bilan humique positif ou au contraire très dégradé. Cette évolution s’accompagne d’autres changements :

  • variation du taux de couverture des sols,
  • augmentation du risque environnemental lié à l’azote,
  • dégradation de certains indicateurs phytosanitaires.

Cela illustre le fait qu’un résultat est toujours lié à plusieurs autres.

Produire alimentation, environnement et énergie

Pour Éric Schmidt, les indicateurs servent aussi à répondre à la complexification du métier d’agriculteur. Celui-ci doit aujourd’hui produire trois choses à la fois :

  • de l’alimentation,
  • de l’environnement,
  • de l’énergie.

Selon lui, la société n’offre plus la possibilité de choisir entre ces trois missions : elle demande aux agriculteurs de les assumer simultanément. Cela rend nécessaire une mesure qui permette d’avoir des repères et de savoir où l’on va.

Il pose alors une grande question : comment passer d’une agriculture émettrice de gaz à effet de serre à une agriculture qui devienne un puits de carbone ?

Pour y répondre, il faut pouvoir mesurer :

  • les pratiques agronomiques,
  • l’efficience des intrants,
  • la qualité du sol,
  • les émissions de gaz à effet de serre,
  • le stockage du carbone.

Le label carbone vert

En conclusion de sa présentation, Éric Schmidt explique que l’IAD a aussi développé un dispositif de valorisation appelé label carbone vert. Il est attribué à des fermes qui participent fortement à l’atténuation du changement climatique.

Ce label ne repose pas uniquement sur un bilan humique positif, mais sur une compensation intégrale des émissions de gaz à effet de serre par le stockage de carbone dans les sols et dans les arbres.

Il termine en expliquant qu’Indiciades fonctionne comme un réseau de réseaux : lorsqu’un domaine n’est pas au cœur de sa compétence, comme l’élevage, l’IAD travaille avec d’autres partenaires spécialisés, comme La vache heureuse. De même, des partenariats existent pour enrichir l’outil en viticulture.

Enfin, il adresse un mot à Frédéric Zahm : des erreurs ont pu être faites au début, mais les premiers travaux existaient déjà. Douze ans plus tard, selon lui, les outils arrivent aujourd’hui à une forme de maturité.

Le point de vue de l’élevage avec Anthoine Loppion et La vache heureuse

Anthoine Loppion présente ensuite le travail de La vache heureuse, en lien avec l’accompagnement technique des fermes d’élevage laitier.

Il explique que le cœur du travail mené par cette structure concerne l’autonomie alimentaire des élevages, et en particulier l’autonomie en protéines. Pour accompagner cette évolution, il faut pouvoir quantifier les résultats et surtout suivre les progressions dans le temps grâce à une série d’indicateurs choisis avec l’Institut de l’agriculture durable.

L’exemple d’une ferme laitière du Sud-Ouest

Pour illustrer cela, Anthoine Loppion présente le cas concret d’une ferme laitière du Sud-Ouest, suivie pendant cinq à six ans.

Trois étapes sont distinguées :

  • un système initial très classique, très conventionnel, avec peu d’autonomie alimentaire et protéique ;
  • une phase de transition ;
  • une situation plus avancée en 2019-2020, même si elle n’est pas encore totalement stabilisée.

Les objectifs travaillés sur cette ferme sont notamment :

  • l’autonomie en protéines,
  • l’autonomie alimentaire,
  • la santé animale,
  • la couverture des sols,
  • la fertilité des sols,
  • la rentabilité de la ferme.

Des indicateurs reliés au projet de l’éleveur

Anthoine Loppion insiste sur le fait que l’évaluation commence par une présentation de la ferme :

  • situation,
  • localisation,
  • historique,
  • objectifs de l’éleveur.

Le travail technique n’est pas séparé du projet de l’agriculteur : il doit suivre les objectifs et les intentions de celui-ci.

Parmi les résultats mesurés, il évoque la ration du sol, qui suppose de mesurer les rendements de toutes les cultures aux différentes étapes de l’évolution du système. L’idée est de quantifier :

  • ce qui est restitué au sol,
  • ce qui est exporté,
  • la biomasse et la matière organique mises en jeu selon les cultures et selon le système.

L’autonomie en protéines comme indicateur clé

L’un des graphiques majeurs présentés porte sur l’autonomie du troupeau :

  • en bleu, l’autonomie en protéines ;
  • en orange, l’autonomie en énergie.

Dans le système initial à base de maïs ensilage, l’autonomie en énergie est jugée relativement correcte, autour de 70 %. En revanche, l’autonomie en protéines est très faible, autour de 30 %.

Pendant la phase de transition, cette autonomie en protéines ne s’améliore pas encore forcément. En revanche, dans le système plus abouti, elle atteint presque 60 %, soit un doublement par rapport à la situation de départ.

Effets économiques de la transition

Anthoine Loppion montre ensuite que cette amélioration technique a aussi des effets économiques. Selon les courbes présentées :

  • le chiffre d’affaires diminue fortement, jusqu’à environ 50 % de moins ;
  • mais le produit brut ou la marge brute d’exploitation évoquée dans la présentation augmente très fortement, jusqu’à être multiplié par environ trois.

Son message est que seul un travail de mesure permet de révéler ces évolutions. Les résultats techniques, agronomiques et économiques doivent être objectivés pour identifier le travail réellement accompli dans les fermes.

Le cycle du carbone à l’échelle de la ferme

Il termine en évoquant le cycle du carbone à l’échelle de la ferme :

  • stockage de carbone dans les sols,
  • consommation de carbone par les intrants et le fonctionnement,
  • carbone produit par la ferme.

Cette production de carbone est à relier aux trois objectifs rappelés par Éric Schmidt :

  • produire de l’alimentation,
  • produire de l’environnement,
  • produire de l’énergie.

Pour Anthoine Loppion, il est indispensable de mesurer les résultats de la progression technique si l’on veut reconnaître et valoriser le travail réalisé par les agriculteurs et les techniciens.

La méthode IDEA présentée par Frédéric Zahm

Frédéric Zahm ouvre son intervention en remerciant les organisateurs de la manifestation et en rappelant que les politiques publiques elles-mêmes demandent désormais d’évaluer non plus seulement des moyens mobilisés, mais des résultats.

Selon lui, les indicateurs de résultat sont demandés à la fois par :

  • les agriculteurs,
  • les conseillers,
  • la société,
  • les politiques publiques.

Il présente alors la méthode IDEA comme un travail collectif conduit depuis environ quinze ans par un comité scientifique, dans la continuité de versions plus anciennes, la première remontant à l’an 2000.

Une méthode pour analyser la durabilité des exploitations

La méthode IDEA est conçue comme un outil de diagnostic de la durabilité des exploitations agricoles.

Elle repose, dans sa version 4, sur 53 indicateurs et permet une double lecture :

  • une lecture selon les trois dimensions classiques du développement durable ;
  • une lecture selon les propriétés de la durabilité.

Frédéric Zahm rappelle ce qu’est un indicateur : un outil qui vise à traduire des concepts théoriques en variables observables, afin de faciliter le jugement, la prise de décision et l’identification de repères.

Il insiste également sur la nécessité d’une grille d’interprétation. Un indicateur n’a de sens que si l’on sait à partir de quel seuil ou de quel repère il devient significatif. Il prend l’exemple de la température : sans savoir qu’à 40 °C il y a de la fièvre, la mesure seule ne suffit pas.

Un cadre théorique explicite

La méthode IDEA repose sur une représentation explicite de ce qu’est une agriculture durable. Frédéric Zahm souligne que la durabilité n’est pas un concept simple : elle relève de choix sociaux, de valeurs et de principes qui peuvent varier selon les contextes.

Dans IDEA, plusieurs principes ont été retenus.

La durabilité forte

Le premier est celui de la durabilité forte. Cela signifie notamment :

  • qu’on n’agrège pas tous les indicateurs en un seul indicateur synthétique ;
  • qu’une bonne performance économique ne vient pas compenser une mauvaise performance environnementale.

Autrement dit, une exploitation ne peut pas être jugée durable si elle dégrade fortement l’environnement, même si elle est très performante économiquement.

La multifonctionnalité de l’agriculture

Deuxième principe : la reconnaissance des fonctions non marchandes de l’agriculture. La méthode intègre donc le courant de la multifonctionnalité.

L’échelle territoriale

Troisième principe : la durabilité ne se pense pas seulement à l’échelle de l’exploitation, mais aussi à celle du territoire et des impacts plus globaux.

Une agroécologie forte

Enfin, la durabilité ne se construit pas seul. Elle implique des transformations sociales, la participation des filières, des consommateurs et des acteurs du territoire. Frédéric Zahm rattache cela à un courant d’agroécologie forte.

Douze objectifs et cinq propriétés

Les 53 indicateurs d’IDEA ne sont pas choisis au hasard. Ils doivent permettre de caractériser :

  • 12 objectifs de la durabilité,
  • 5 propriétés émergentes de la durabilité.

Parmi les objectifs, certains sont centrés sur l’agriculteur :

  • la viabilité économique,
  • la qualité de vie,
  • la liberté d’action.

D’autres répondent à des attentes sociétales :

  • préserver les ressources naturelles,
  • développer les paysages,
  • répondre au défi climatique.

Les cinq propriétés retenues sont :

  • l’autonomie,
  • la capacité productive et reproductive dans le temps,
  • l’ancrage territorial,
  • la responsabilité globale,
  • la robustesse.

Frédéric Zahm précise que, plutôt que le terme résilience, le groupe a préféré utiliser le mot robustesse, qui lui paraît englober flexibilité, adaptabilité et résilience.

La lecture selon les trois dimensions du développement durable

IDEA permet une première lecture selon les trois dimensions classiques :

  • agroécologique,
  • socio-territoriale,
  • économique.

Dans cette approche, les 53 indicateurs sont structurés en composantes. Pour la performance agroécologique, par exemple, sont prises en compte :

  • la diversité fonctionnelle,
  • le bouclage des flux,
  • la sobriété,
  • et d’autres dimensions du même ordre.

Chaque indicateur est calculé puis converti dans un barème, de manière à aboutir à une évaluation sur une échelle de 0 à 100.

Frédéric Zahm explique qu’à l’intérieur d’une composante, des compensations sont possibles entre indicateurs, car il n’existe pas un seul modèle d’agriculture durable. En revanche, il y a un plafonnement par composante, ce qui empêche qu’une seule dimension emporte à elle seule toute l’évaluation.

Le même principe vaut pour la dimension socio-territoriale et pour la dimension économique.

La lecture selon les propriétés de la durabilité

La nouveauté majeure de la version 4 réside dans une seconde lecture, fondée non plus sur les trois dimensions classiques mais sur les cinq propriétés de la durabilité.

L’idée est alors de poser des questions du type :

  • mon exploitation est-elle autonome ?
  • est-elle ancrée dans son territoire ?
  • est-elle responsable globalement ?
  • est-elle robuste ?
  • a-t-elle une capacité de produire dans le temps ?

Cette lecture est présentée sous forme d’arbres ou de schémas colorés, permettant de repérer les points forts et les points faibles. Frédéric Zahm prend l’exemple de l’autonomie : si certains voyants sont au vert et d’autres à l’orange ou au rouge, cela permet d’identifier où se situent les marges de progression, par exemple dans les relations commerciales ou dans l’indépendance vis-à-vis de certains acteurs.

Un outil encore en cours de diffusion

Au moment de cette intervention, IDEA fonctionne encore à partir d’un calculateur Excel. Il faut compter environ :

  • deux heures pour des systèmes simplifiés,
  • jusqu’à trois heures pour des systèmes plus complexes, avec beaucoup de cultures et d’élevage.

Frédéric Zahm annonce qu’en 2021, un site web doit être mis en ligne pour permettre de déposer les calculs, d’obtenir automatiquement les figures de restitution et de faciliter les analyses individuelles comme les analyses de groupe. L’objectif est une mise à disposition gratuite.

Les restitutions prévues doivent permettre :

  • une analyse individuelle avec radars et résultats détaillés ;
  • une analyse de groupe avec traitements statistiques descriptifs automatiques, dès lors qu’un nombre suffisant d’exploitations est réuni.

Il précise toutefois qu’IDEA n’est pas un système expert : l’outil produit des résultats, mais ne dit pas à la place du conseiller ou de l’agriculteur ce qu’il faut faire.

Un compromis entre simplicité et complexité

En guise de conclusion, Frédéric Zahm cite Paul Valéry : « ce qui est simple est faux, ce qui ne l’est pas est inutilisable », pour expliquer que la méthode cherche un compromis entre une approche trop simple et une approche inutilisable.

Il rappelle enfin que la méthode IDEA reste fortement liée à l’enseignement agricole, à la recherche, et à différents partenaires de terrain.

Une approche spécifique au maraîchage avec Coline Guen

Coline Guen commence par présenter le réseau qu’elle représente, qui n’a pas développé un grand outil général de diagnostic de durabilité mais une approche adaptée au maraîchage sur sol vivant.

Il s’agit d’une association regroupant environ une soixantaine de maraîchers répartis sur l’ensemble de la Normandie, avec aussi une présence un peu en Île-de-France. En 2019, le réseau comptait une trentaine de maraîchers et un peu plus de vingt porteurs de projet. Le nombre de fermes suivies augmente avec les nouvelles installations. D’autres réseaux analogues émergent aussi dans d’autres régions.

L’association compte deux salariés à plein temps et une personne à temps partiel.

Les actions du réseau

Les principales actions menées sont :

  • l’organisation de formations spécifiques au maraîchage sur sol vivant ;
  • l’organisation de visites de fermes, ouvertes aux porteurs de projet, aux maraîchers et au grand public ;
  • le suivi de fermes ;
  • la collecte de données technico-économiques ;
  • la production de références sous forme de fascicules appelés portraits de fermes.

Une nouvelle édition de ces fascicules doit paraître, intégrant les diagnostics les plus récents.

Pourquoi créer un outil propre ?

Pour réaliser ses diagnostics de ferme, le réseau s’est inspiré d’Indiciades et d’IDEA, mais ne les a pas utilisés directement car certains paramétrages nécessaires au maraîchage n’étaient pas encore intégrés.

Le réseau voulait en outre quelque chose de très simple : un tableau ou une application que les maraîchers puissent remplir en une heure à une heure et demie maximum.

C’est pourquoi l’équipe a créé son propre outil, sous la forme d’un simple tableur Excel. Ce n’est pas une application complexe, mais cela permet d’obtenir les données souhaitées et de construire les indicateurs jugés les plus pertinents pour les objectifs poursuivis.

Le contenu du diagnostic

À partir des données recueillies, le réseau produit une double page de synthèse visuelle comprenant différents types d’informations.

On y trouve :

  • des éléments de contexte pédoclimatique ;
  • une présentation globale de la ferme : surface, nombre d’UTH, personnes impliquées ;
  • un texte sur la stratégie du maraîcher ;
  • les objectifs et la vision qu’il a de sa ferme.

Coline Guen souligne l’importance de cette partie stratégique. Sans elle, on risque de mal interpréter le diagnostic. Par exemple, certains maraîchers peuvent se satisfaire d’un faible revenu monétaire si cela correspond à leur projet de vie, alors que d’autres non. Le même chiffre ne veut donc pas dire la même chose selon les situations.

Le diagnostic comprend aussi :

  • des données sur le financement et l’endettement ;
  • des éléments sur la répartition des investissements ;
  • des données comptables ;
  • des informations sur la commercialisation ;
  • des informations sur la gestion des ravageurs ;
  • des informations sur la gestion de la matière organique.

Des indicateurs environnementaux, économiques et sociaux

Pour synthétiser les données, le réseau utilise des radars comportant trois grandes catégories d’indicateurs :

  • des indicateurs de performance environnementale ;
  • des indicateurs de performance économique ;
  • des indicateurs de performance sociale.

La performance sociale s’inspire en partie d’IDEA, avec des systèmes de points.

Parmi les indicateurs présentés figurent par exemple :

  • le travail du sol,
  • la couverture du sol,
  • l’usage d’intrants,
  • la diversité sur la ferme,
  • le taux de matière organique,
  • le revenu au mètre carré,
  • le revenu à l’heure.

Les résultats d’une ferme sont comparés à la moyenne des fermes du groupe ayant des pratiques similaires. Cela permet au maraîcher de se situer par rapport à ses pairs.

Les objectifs de ces diagnostics

Pour Coline Guen, ces diagnostics ont plusieurs fonctions.

D’abord, ils donnent à l’agriculteur une vision globale de sa ferme sur une année donnée, puis dans le temps si les diagnostics sont répétés.

Ensuite, ils permettent la comparaison avec d’autres exploitations proches, et donc l’échange entre pairs. Lorsqu’un indicateur est moins bon que la moyenne, cela peut conduire à aller voir les autres maraîchers pour comprendre ce qui explique les différences.

Enfin, ces diagnostics servent aussi à accompagner les porteurs de projet. Ils leur donnent des exemples concrets de fermes déjà installées, avec leurs réussites, leurs limites et leurs trajectoires. Cela peut aider à affiner un projet d’installation et à corriger certains paramètres avant de se lancer.

Les limites rencontrées

Coline Guen insiste aussi sur les limites de ce travail.

D’abord, les indicateurs dépendent des objectifs choisis. Ils peuvent être pertinents pour certains systèmes et moins pour d’autres. Il est difficile de représenter toute la diversité des fermes, notamment entre des maraîchers qui travaillent peu d’heures et d’autres qui travaillent 70 heures par semaine.

Ensuite, la collecte de données est parfois difficile, car tous les agriculteurs ne suivent pas précisément leurs parcelles, leurs volumes d’eau, ou d’autres données utiles.

Il peut aussi y avoir des incompréhensions sur les données demandées, ce qui nécessite soit de très bonnes consignes, soit un accompagnement sur place.

Enfin, le réseau manque de ressources humaines pour faire ce travail de suivi et de collecte à grande échelle. C’est pourquoi Coline Guen souligne l’intérêt des outils de diagnostic en ligne, plus automatisés.

Elle conclut en expliquant que le réseau a tout de même réussi à montrer que les fermes maraîchères sur sol vivant peuvent être performantes, à la fois économiquement, socialement et environnementalement. La prochaine étape est d’étudier la qualité nutritionnelle des légumes produits, afin de montrer aussi leur intérêt pour la santé.

Débat sur la diversité ou l’uniformisation des outils

Après les présentations, la discussion s’ouvre sur une question centrale : faut-il aller vers davantage de cohérence entre outils, voire vers une forme d’uniformisation des indicateurs et des méthodes, afin de mieux comparer les fermes ?

La crainte de l’uniformisation chez Éric Schmidt

Éric Schmidt répond très clairement qu’à chaque fois qu’on lui propose d’uniformiser les méthodes ou la pensée, il commence à avoir peur.

Pour lui, la richesse est dans la diversité et dans l’émulation entre approches. Il dit apprécier le travail de Coline Guen dans son domaine, comme le dialogue possible avec Frédéric Zahm. C’est cette diversité qui tire les outils vers le haut.

Il raconte à ce sujet une anecdote : en 2015, il a participé à un programme de recherche, le RMT Héritage. Lors des premières réunions, on y a proposé de repartir de zéro pour recenser tous les indicateurs existants, en ignorant des travaux déjà menés. Puis il a vu émerger l’idée de créer des indicateurs d’évaluation des indicateurs de résultat. À ce moment-là, il a considéré qu’on était entré dans une logique absurde.

Selon lui, les démarches d’uniformisation deviennent souvent des machines à perdre, qui lissent les choses au lieu de favoriser le progrès.

La complémentarité des méthodes selon Frédéric Zahm

Frédéric Zahm partage en grande partie cette analyse. Pour lui, le problème n’est pas tant qu’il existe plusieurs méthodes, mais qu’aucune méthode ne peut être pertinente pour tous les objectifs.

Il rappelle que le juge de paix doit rester l’agriculteur. Celui-ci ne va pas mobiliser quatre ou cinq méthodes à la fois. En revanche, les structures d’accompagnement et les conseillers doivent pouvoir choisir l’outil le plus adapté à la problématique traitée.

Il donne un exemple : IDEA fait une analyse globale de l’exploitation, mais ne permet pas à elle seule d’aller jusqu’au niveau de la parcelle ou d’identifier directement tous les leviers d’action. Pour cela, il faut des outils plus fins, complémentaires.

Selon lui, il faut donc une diversité d’échelles d’analyse, adaptées aux usages. En revanche, il y a un besoin de repères communs pour interpréter les indicateurs. La même valeur peut avoir un sens très différent selon la filière ou le contexte : un IFT de 10 n’a pas la même signification en viticulture et en grandes cultures. C’est cette interprétation qu’il faut rendre transparente.

Une différence revendiquée entre IDEA et Indiciades

Éric Schmidt souligne aussi une différence importante entre son approche et celle de Frédéric Zahm : là où IDEA passe par une définition préalable de la durabilité, Indiciades part davantage de résultats directement mesurés par des équations et des bases scientifiques.

Selon lui, l’outil dira par exemple :

  • vous stockez ou déstockez du carbone ;
  • vous couvrez le sol à tel pourcentage ;
  • vous avez tel bilan azote.

Il considère que cette approche, fondée sur des résultats objectivés, est essentielle pour ensuite discuter des services écosystémiques et de leur éventuelle rémunération.

Sur les déclencheurs de la transition

Une question est posée sur le moment où l’éleveur se décide à engager une transition : existe-t-il un seuil de rupture identifiable ?

La réponse d’Anthoine Loppion

Anthoine Loppion répond qu’en élevage laitier, dans de nombreux cas, la transition commence malheureusement quand la situation économique devient intenable. Il estime qu’une grande partie du travail mené à La vache heureuse intervient dans des situations où les exploitations n’ont tout simplement plus le choix.

La réponse d’Éric Schmidt

Éric Schmidt préfère parler non pas de seuil mais d’élément déclencheur. À partir de l’expérience d’Indiciades et des nombreux agriculteurs abonnés à la plateforme, il observe que l’élément déclencheur principal est souvent la crise des sols.

Il cite le cas d’agriculteurs passés récemment en semis direct : on pourrait croire que ce choix témoigne déjà d’un système performant, mais quand le changement est très récent, cela correspond souvent à des taux de matière organique très dégradés et à un système qui était « rentré dans le mur ». La crise des sols a alors eu raison des anciennes pratiques.

Le point de vue de Coline Guen

Coline Guen ajoute qu’il ne faut pas forcément raisonner uniquement en termes de seuil. Pour elle, tout progrès est bon à prendre. Même sans objectif absolu, le fait d’évoluer vers de meilleures pratiques constitue déjà quelque chose de positif.

Elle souligne aussi l’importance de donner à voir des exemples concrets, à travers les vidéos ou les fiches de fermes, pour permettre à d’autres de se projeter.

Les outils ne sont pas des systèmes experts

Au fil du débat, un point de convergence apparaît entre les intervenants : aucun des outils présentés n’est conçu comme un système expert.

Éric Schmidt insiste sur ce point : ce n’est pas parce qu’un outil produit une fiche avec des résultats qu’il dit automatiquement quoi faire. Il y a toujours besoin de deux expertises humaines :

  • celle de l’agriculteur,
  • celle du conseiller ou de l’accompagnateur.

Frédéric Zahm va dans le même sens : IDEA n’est pas fait pour se substituer à l’analyse humaine. L’outil éclaire, mais il ne décide pas.

Cela vaut aussi pour le réseau maraîchage sur sol vivant : les diagnostics sont des supports d’échange, de compréhension et de progression, pas des prescriptions automatiques.

Les références et les bases de données

Une autre question soulevée dans le débat concerne la production de références et la mutualisation des données.

Le cas d’IDEA

Frédéric Zahm explique que, sur la version 4 d’IDEA, il existe environ 250 à 300 exploitations connues dans la base de travail, alors que les versions précédentes avaient concerné environ un millier d’exploitations. Mais il souligne un problème : faute de moyens et de structure pérenne, il n’y a pas eu de stockage de données suffisamment durable.

Il insiste donc sur l’enjeu collectif que représente la constitution de bases de données pérennes, anonymisées, permettant de disposer de références environnementales et d’indicateurs comparatifs à l’échelle régionale ou nationale.

L’un des objectifs du futur site web est précisément de permettre cette accumulation de données partagées.

Le cas d’Indiciades

Éric Schmidt indique qu’Indiciades compte environ 1 450 abonnés, avec environ 450 fermes exploitables statistiquement dans la version 4.

Il souligne qu’il est très important que les agriculteurs entrent dans ce type d’outil maintenant, non seulement pour disposer de leurs propres résultats, mais aussi pour consolider des métadonnées utiles collectivement.

Enjeux climatiques, carbone et taxation

Le débat se déplace ensuite vers la question du carbone et d’une éventuelle taxation.

Éric Schmidt affirme qu’il est écrit quelque part, selon lui, qu’une taxe carbone finira par arriver, au niveau européen ou national. Il explique que l’un des enjeux, aujourd’hui, est que les agriculteurs puissent démontrer qu’ils stockent du carbone, afin de ne pas être pénalisés de la même manière que d’autres acteurs émetteurs.

Selon lui, si les agriculteurs peuvent montrer, grâce à des outils comme Indiciades, qu’ils stockent effectivement du carbone, ils pourront au minimum dire : une taxe punitive ne peut pas s’appliquer de la même façon à ceux qui participent à l’atténuation.

Il insiste donc sur l’importance d’établir dès maintenant des points zéro, de produire des mesures, et de rendre visible ce travail avant qu’il ne soit trop tard.

Il rappelle aussi que la plateforme comprend déjà une fiche bilan carbone, qui analyse :

  • les émissions de gaz à effet de serre,
  • le stockage de carbone dans les sols,
  • le stockage dans les arbres,
  • le solde global en tonnes équivalent CO2.

Frédéric Zahm précise de son côté que, dans IDEA, le calcul porte sur un bilan net : émissions moins stockage.

La place de l’enseignement agricole

Une question spécifique est posée sur la place des indicateurs de résultat et de la durabilité dans l’enseignement agricole.

IDEA et son ancrage historique dans l’enseignement

Frédéric Zahm rappelle que la méthode IDEA a été conçue à l’origine à la demande du ministère de l’Agriculture, par la direction générale de l’enseignement et de la recherche, dès 1996, avec une première sortie en 2000.

L’objectif était de fournir un outil pédagogique permettant d’enseigner ce qu’est la durabilité.

Aujourd’hui encore, l’enseignement agricole est très impliqué dans la version 4. Une vingtaine de lycées agricoles participent aux tests, à la fois sur les exploitations des établissements et dans le travail pédagogique mené par les équipes.

Une question forte est aujourd’hui posée : peut-on enseigner la durabilité autrement qu’à travers les trois dimensions classiques du développement durable ? Peut-on aussi le faire à travers les propriétés, comme l’autonomie ou la responsabilité globale ?

Frédéric Zahm indique que les résultats de ces expérimentations doivent permettre de renouveler l’enseignement sur ces sujets.

Il précise également que la méthode est déjà inscrite dans les référentiels de différentes formations agricoles.

La question de la collecte par les étudiants

Dans l’échange, Coline Guen fait remarquer que si l’on veut faire participer les étudiants à la collecte de données et aux diagnostics, il faut bien les former en amont, notamment sur des questions comme la lecture de la comptabilité.

Frédéric Zahm reconnaît cette difficulté. Il souligne que la complexité ne vient pas seulement des méthodes de diagnostic, mais aussi de la diversité des présentations comptables selon les centres de gestion, qui ne proposent pas toujours les mêmes retraitements ou les mêmes nomenclatures.

La dépendance aux aides comme indicateur d’alerte

Le sujet des aides publiques et de leur place dans les diagnostics est également abordé.

Frédéric Zahm rappelle que dans IDEA, la dépendance aux aides est suivie comme un indicateur important depuis longtemps. Cet indicateur sert à interroger la viabilité économique et la transmissibilité des exploitations.

Il explique qu’en 2000, beaucoup ne se posaient pas encore la question d’une baisse importante des aides. Mais avec les évolutions de la PAC, le Brexit et les réductions budgétaires à prévoir, cet indicateur prend encore plus de sens aujourd’hui.

Coline Guen ajoute, du point de vue du maraîchage, que certaines fermes du réseau fonctionnent correctement sans aides particulières. Le fait de diffuser leurs diagnostics et leurs résultats permet de montrer qu’il est possible, dans certains cas, de construire des systèmes moins dépendants de ces soutiens.

Les indicateurs comme outils collectifs

En fin de débat, Éric Schmidt revient sur une dimension qu’il juge essentielle : au-delà de l’usage individuel, les indicateurs deviennent des outils de management de groupe.

Lorsqu’un groupe d’agriculteurs travaille ensemble sur Indiciades, l’outil ne sert pas seulement à produire des résultats individuels. Il devient aussi un support de partage d’expérience. Les agriculteurs se comparent, mais surtout ils se questionnent :

  • combien d’espèces as-tu mises dans ton couvert ?
  • quel a été le rendement ?
  • le couvert a-t-il bien levé ?
  • qu’est-ce qui a marché chez toi ?

L’outil nourrit alors la circulation des savoirs et la dynamique collective, ce qu’Éric Schmidt considère comme fondamental en agroécologie.

Frédéric Zahm rejoint pleinement cette idée. Selon lui, les démarches de groupe donnent souvent plus de sens à ces outils que l’usage strictement individuel, parce qu’elles font naître de vraies discussions entre agriculteurs.

Conclusion générale

Dans les mots de conclusion des intervenants, plusieurs idées fortes ressortent.

Coline Guen insiste sur le fait que les diagnostics permettent de montrer qu’il existe des fermes maraîchères qui fonctionnent, parfois même sans aides, et que cela peut encourager d’autres personnes à s’installer.

Éric Schmidt insiste sur la dimension collective, managériale et conviviale des outils de mesure. Pour lui, les indicateurs ne sont pas seulement des instruments de calcul : ils servent aussi à faire circuler les connaissances entre agriculteurs.

Frédéric Zahm, enfin, remercie les organisateurs et souligne la proximité du groupe IDEA avec les réseaux et les agricultures qui cherchent à penser autrement le développement agricole. Il insiste sur l’idée que ces outils progressent grâce aux échanges avec des collectifs de terrain, comme ceux réunis à Marciac.

Dans l’ensemble, ce débat montre que l’enjeu n’est pas tant d’inventer ex nihilo les indicateurs de résultat que de reconnaître le travail déjà engagé, d’améliorer les outils existants, de clarifier leurs usages respectifs et de les mettre au service des transitions agricoles, à la fois individuellement et collectivement.