Couverture végétale en viticulture, par François Dargelos
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Filmé durant une journée technique viticulture, François Dargelos nous présente son domaine tout en listant les avantages liés à la couverture végétale en viticulture !
Constat de départ : des pratiques encore très agressives
François Dargelos commence par montrer une photo prise au mois d’avril 2019, à une trentaine de kilomètres de chez lui. On y voit des vignes totalement désherbées en plein, puis travaillées au rotavator un rang sur deux. Cette situation le choque encore en 2019, au point qu’il s’est arrêté pour prendre la photo.
Selon lui, le problème est d’autant plus marquant qu’il s’agit de vignes en appellation. Il souligne donc qu’il existait encore, dans certaines appellations, la possibilité de maintenir ce type de pratiques.
Il cite ensuite l’exemple de Bordeaux, qui a fait évoluer son appellation d’origine contrôlée avec trois nouvelles directives :
- le désherbage intégral est interdit ;
- les souches mortes doivent être ramassées ;
- il faut être capable de calculer l’IFT.
Il montre ensuite une autre image, « un petit peu mieux », avec un peu de végétation, mais qui reste selon lui dans la même logique générale. À l’inverse, tout près de chez lui, il observe aussi des situations très différentes, avec de jeunes vignes de gros manseng conduites avec des couverts de féverole, choisis notamment pour leur intérêt en fertilisation.
Une pratique installée depuis plus de 15 ans
François Dargelos explique qu’il travaille en IGP Côtes de Gascogne et qu’il met en place des couverts végétaux depuis plus de quinze ans. En règle générale, il implante un rang sur deux en alternance sur l’ensemble de sa surface.
Pour lui, faire des couverts est aussi indispensable que tailler la vigne. Il y consacre donc du temps, de la réflexion et des essais. Il insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas d’une pratique secondaire, mais d’un élément central de son système de production.
Il raconte avoir parfois poussé très loin certaines expérimentations, en recherchant une couverture végétale très importante. Il montre par exemple des couverts de colza associés à une céréale dans l’autre rang, en vigne bio, toujours en avril. Ces situations peuvent impressionner, mais elles illustrent surtout l’écart avec les sols nus montrés au début de son intervention.
Pourquoi il en est venu aux couverts
Il explique être arrivé aux couverts parce qu’il avait « l’impression d’aller dans le mur ». Son père est mort en 2001, et à cette époque il a dû faire face à des sols très difficiles.
Il décrit ses sols comme des boulbènes sableuses :
- des sols très battants ;
- une mauvaise structure ;
- des problèmes d’hydromorphie ;
- trop d’eau en hiver, avec des sols asphyxiés qui sentent la vase ;
- pas d’eau du tout en été.
Dans ce contexte, la résilience du système était, selon ses mots, « zéro ». Il avait l’impression que tout allait de plus en plus mal, ce qui l’a conduit très vite à se mettre à semer des couverts.
Une implantation simple, mais pensée pour réussir
Au départ, il a choisi des méthodes simples, sans chercher à compliquer le système :
- semis à la volée avec un épandeur pendulaire ;
- roulage derrière ;
- utilisation de féverole ;
- puis recours à des semoirs un peu plus élaborés, capables de déposer aussi de petites graines.
Son objectif principal était d’abord de semer, et surtout de réussir ses couverts. Il insiste aussi sur l’importance de semer le plus large possible, dans la limite du techniquement acceptable.
Il montre des vignes au débourrement où la situation devient vite tendue pour intervenir : il faut descendre les fils, passer avec un pulvérisateur confiné, organiser les travaux. Malgré cela, il cherche à être le plus efficient possible et à occuper le maximum de surface avec du végétal, afin de « réparer les bêtises faites avant ».
Des essais de couverture totale, y compris sous le rang
François Dargelos est allé plus loin avec des couverts totaux à base de trèfles. Il évoque aussi des années de semis sous le rang, avec des outils adaptés permettant de projeter des graines de trèfle sous le rang.
Il précise qu’il existe des outils simples à fabriquer pour y parvenir, avant même d’investir dans des semoirs spécialisés.
Cependant, il tient à préciser un point important : il ne fait pas de semis direct au sens strict. Il sème toujours sur des sols travaillés, car il obtient de meilleurs résultats de cette manière. Il assume ce choix :
- il préfère réussir ses couverts, quitte à travailler un peu le sol ;
- plutôt que de ne pas travailler du tout et de ne pas obtenir de couverture satisfaisante.
Dans sa région, il constate que ceux qui ont essayé le semis direct n’ont réellement réussi que la féverole. Le reste a généralement échoué. Il préfère donc rester sur des schémas plus classiques, mais adaptés, avec toujours un travail superficiel et jamais profond.
Des couverts très développés selon les espèces
Il présente plusieurs exemples de couverts très développés.
Avec des mélanges de trèfles et de céréales, notamment sur ugni blanc, il obtient des situations où :
- aucun désherbage chimique n’a été fait ;
- aucun passage mécanique n’a été réalisé ;
- les adventices sous le rang ne sont pas sorties, faute de lumière sur les 40 premiers centimètres.
Dans ce cas précis, cela a fonctionné une année, mais il n’a pas réussi à faire durer suffisamment le système, ce qui pose la question de la reprise du couvert sur plusieurs années.
Sur des modalités plus classiques, il montre aussi du seigle, avec des volumes importants. D’après les calculs de la méthode MERCI, il arrive quasiment à plusieurs tonnes de matière sèche par hectare. L’objectif est alors d’aller le plus loin possible avec les céréales.
Il reconnaît que cela peut gêner les façons culturales. L’enjeu est donc ensuite de trouver les bons outils de destruction pour que les interventions suivantes restent possibles.
Il montre également des seigles fournis par Konrad, avec un développement printanier exponentiel, atteignant environ 2,50 mètres de haut. Il précise qu’il a « triché un peu pour la photo » en laissant volontairement un rang, car dans ces conditions il devient impossible de passer avec un panneau récupérateur ou avec certains outils interceps. Mais cela montre, selon lui, qu’en poussant loin les choses, on peut obtenir des résultats très positifs pour le sol.
La destruction des couverts : faucher pour faire du paillage
Pour détruire ses couverts, François Dargelos a choisi une faucheuse frontale à disques de type montagne. Il donne deux raisons principales à ce choix :
- c’est le seul outil qu’il a trouvé capable de gérer les volumes qu’il produit ;
- il permet d’intervenir très vite quand il faut tout arrêter.
Il cite par exemple le printemps 2017, lorsque des périodes de gel ont été annoncées. Sur ses 35 hectares, il pouvait tout faucher dans la journée. Ces outils avancent à 8 à 10 km/h, ce qui lui permet de stopper rapidement tous les couverts.
L’objectif de cette destruction est de produire un paillage :
- pour restituer un maximum de matière au sol ;
- pour protéger le sol ;
- pour limiter l’ensoleillement direct ;
- pour gérer l’évaporation ;
- et pour stopper l’évapotranspiration au moment où commence la période printemps-été.
Une fois le couvert fauché, il obtient un paillage qui sèche progressivement. Un mois après une fauche d’avril, il peut ainsi se retrouver avec un paillage sec. Il repasse alors avec un gyrobroyeur double lame, double rotor, qui répartit la matière sur l’ensemble du rang. Cela permet de relever le paillage, de reformer un écran et de mieux gérer le salissement, car sur les boulbènes la végétation repart vite.
Il considère que seule une céréale poussée suffisamment loin permet d’obtenir ce type de paillage durable, avec un caractère plus ligneux et une meilleure tenue au sol.
Les limites du roll-over et des outils
François Dargelos possède aussi un roll-over. Il essaie de l’utiliser quand la céréale a été poussée assez loin, jusqu’au stade pollen, car c’est selon lui la condition pour réussir à coucher et arrêter réellement le couvert.
En dehors de cette situation, il dit avoir connu des échecs avec cet outil, faute de parvenir à stopper correctement la végétation.
Il note aussi une limite pratique : son enjambeur est planté à 2,80 m, tandis que son rouleau fait 2 m. Il est alors obligé de passer deux fois, de part et d’autre. À l’inverse, sa faucheuse travaille à 2,40 m. Comme il sème à 2,35 m, cela lui convient mieux. Il estime qu’il faut laisser environ 20 cm de chaque côté pour tenir compte des outils et des conditions de passage.
Les couverts sur parcelles en repos avant plantation
Il profite également des parcelles au repos avant plantation. Dans ces situations, il implante par exemple du sorgho papetier semé en juin, avec des développements atteignant facilement 2 à 3 mètres.
Ensuite, en octobre-novembre, il sème en direct de la féverole dans ce sorgho. L’idée est d’équilibrer :
- le côté ligneux du sorgho ;
- et le côté azoté de la féverole.
Il plante ensuite la vigne après cette phase, ce qui représente environ deux années de couverts sur la parcelle. Son objectif est alors de :
- régénérer le sol ;
- restituer de la matière ;
- augmenter la ration du sol ;
- profiter de la période où le sol est nu pour le réparer.
Il précise qu’en Gascogne, les vignes sont souvent arrachées vers trente ans, avec beaucoup de manquants et une baisse de production. Dans ce contexte, ces périodes de repos sont une opportunité pour reconstruire le sol grâce à des plantes à fort développement et à systèmes racinaires puissants.
Le suivi par la bio-indication
François Dargelos explique avoir aussi beaucoup travaillé avec la bio-indication pour suivre l’évolution de ses parcelles. Pour lui, les plantes présentes donnent des indications très utiles sur l’état du sol.
Après toutes ces années de couverts, il observe plusieurs améliorations nettes :
- une baisse du lessivage ;
- une baisse de l’érosion.
Il évoque des indices proches de zéro, ce qui traduit selon lui des niveaux très faibles de lessivage et d’érosion.
En revanche, d’autres points restent à améliorer. Sur la matière organique azotée, correspondant à des éléments facilement dégradables comme la féverole ou l’azote minéral, il observe une dynamique assez forte. En revanche, sur la matière organique carbonée, c’est-à-dire les éléments plus stables comme la paille, il se juge encore insuffisant.
Le point le plus marquant est selon lui l’asphyxie du sol. Chaque année, les relevés de flore lui indiquent un manque d’air dans les premiers centimètres du sol et un excès d’eau. C’est, dit-il, la caractéristique même de la boulbène.
Il précise que dans cette logique d’interprétation :
- zéro n’est pas bon ;
- et plus on s’éloigne de zéro, plus l’indication est forte, en positif ou en négatif.
Chez lui, l’indication « asphyxie à l’air » ressort fortement, autour de -0,65. Cela signifie :
- manque d’air ;
- excès d’eau ;
- tendance à la fossilisation ;
- et fonctionnement biologique davantage orienté vers l’anaérobie que vers l’aérobie.
Ses axes d’amélioration sont donc clairs :
- ramener de l’air dans les 5 à 20 premiers centimètres du sol ;
- relancer l’activité biologique aérobie ;
- mieux gérer les excès d’eau ;
- travailler davantage sur l’apport de carbone stable.
C’est dans cette logique qu’il a choisi le seigle, justement pour son apport de biomasse carbonée et ligneuse.
Effets sur l’azote
François Dargelos mentionne des essais réalisés sur colombard pendant trois ans, notamment avec des féveroles pures. Dans ce cas, il estime que les couverts restituaient environ 30 unités d’azote par hectare et par an.
Il précise qu’une partie de cet azote est rendue assez rapidement, probablement dans les premiers 90 jours, même s’il ne développe pas davantage les courbes de restitution.
Dans son système, cela lui a permis de réduire ses apports azotés :
- il était auparavant à 60 unités ;
- il est descendu à 30 unités.
Gestion de l’interrang et du sous-rang
Sur vigne en place, il explique qu’il n’a pas encore travaillé ses sols au moment où il intervient. Il laisse donc les sols couverts le plus tard possible, puis il les broie et essaie de travailler avec des disques pour que les 5 premiers centimètres soient capables de recevoir une graine après vendanges.
Il continue donc à passer par un peu de travail du sol, mais en essayant de le repousser le plus tard possible.
Sous le rang, il dit poursuivre trois modalités :
- la chimie ;
- le travail mécanique, notamment en bio ;
- les essais de couverture sous le rang avec des trèfles.
L’objectif général reste de se passer du glyphosate.
Conclusion
En conclusion, François Dargelos résume sa démarche en trois règles principales :
- être couvert l’hiver ;
- être couvert au printemps, avec une gestion adaptée à la climatologie, au stade de la vigne et au stade du couvert ;
- chercher à obtenir un couvert mort pour créer du paillage.
Il affirme que les résultats sont positifs. Quand il a commencé, son taux de matière organique était de 0,82 ‰ ou % selon le mode d’expression employé oralement ; il dit être aujourd’hui plutôt proche de 2. Il souligne que gagner un point de matière organique a demandé environ quinze ans, ce qui montre que ces évolutions sont longues.
Enfin, il insiste sur l’importance de penser ensemble le trio « sol, plante, raisin ». Selon lui, il ne faut ni chercher à produire du raisin sans s’occuper du sol, ni s’occuper du sol sans garder en tête l’objectif final de production.
Il estime qu’il commence aujourd’hui à retrouver de la résilience, et que cette évolution doit lui permettre d’aller vers :
- moins d’intrants ;
- peut-être moins de pression maladie ;
- un meilleur rééquilibrage général du système ;
- et une conduite plus facile à piloter.