Construire son système en Agriculture de Conservation des Sols, Julien Senez

De Triple Performance
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Julien Senez, agriculteur dans l'Oise, partage son expérience de 14 ans en agriculture de conservation des sols (ACS). Sur son exploitation de 600 hectares, il démontre que la réduction du travail du sol, associée à des couverts végétaux denses et productifs, permet d'améliorer durablement la structure et la fertilité des sols tout en augmentant la marge nette. Sa stratégie repose sur un pilotage agronomique précis : rotation des cultures (enchaînements 2-2 ou 4-2), fertilisation localisée au semis (souvent via des enrobages liquides maison) et utilisation stratégique de couverts relais. Bien que le démarrage soit complexe et exigeant techniquement, la transition vers l'ACS favorise une meilleure résilience face aux aléas climatiques. Julien souligne l'importance d'une approche pragmatique, centrée sur le long terme, où le sol devient le cœur du réacteur. Son expertise, partagée également via son centre de formation Kiwi Agronomie, offre des solutions concrètes pour ceux qui souhaitent réussir cette transition vers une agriculture régénératrice performante.

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Résumé
Julien Senez, agriculteur dans l'Oise, partage son expérience de 14 ans en agriculture de conservation des sols (ACS). Sur son exploitation de 600 hectares, il démontre que la réduction du travail du sol, associée à des couverts végétaux denses et productifs, permet d'améliorer durablement la structure et la fertilité des sols tout en augmentant la marge nette. Sa stratégie repose sur un pilotage agronomique précis : rotation des cultures (enchaînements 2-2 ou 4-2), fertilisation localisée au semis (souvent via des enrobages liquides maison) et utilisation stratégique de couverts relais. Bien que le démarrage soit complexe et exigeant techniquement, la transition vers l'ACS favorise une meilleure résilience face aux aléas climatiques. Julien souligne l'importance d'une approche pragmatique, centrée sur le long terme, où le sol devient le cœur du réacteur. Son expertise, partagée également via son centre de formation Kiwi Agronomie, offre des solutions concrètes pour ceux qui souhaitent réussir cette transition vers une agriculture régénératrice performante.

Cette classe virtuelle a eu lieu à l'occasion de la formation VIVEA "Se lancer en agriculture de Conservation des Sols" : https://formation.verdeterreprod.fr/courses/se-lancer-en-agriculture-de-conservation-des-sols

Experts et agriculteurs vous donnent les clés pour une transition sereine !



Construire son système en agriculture de conservation des sols, par Julien Senez

Dans cette présentation, Julien Senez, agriculteur dans l’Oise et fondateur de Kiwi Agronomie, partage son expérience de 14 ans en agriculture de conservation des sols (ACS). Il détaille la transition vers le semis direct intégral sur sa ferme de 600 hectares, en insistant sur la réduction des charges, l’amélioration de la fertilité agronomique et la performance économique.

Une transition pragmatique vers le semi-direct

La transition vers le semis direct s’est étalée sur 3 à 4 années. L’objectif était de réduire les charges en limitant le travail du sol tout en stabilisant les rendements, puis en les augmentant sur le long terme. Julien souligne que dès la diminution du travail du sol, un gain de marge nette s’opère.

La stratégie de gestion des parcelles repose sur une rotation flexible :

  1. Nettoyage du stock semencier : Utilisation de cultures comme le colza, le pois ou la féverole pendant 2 à 3 ans pour réduire la pression des graminées (ray-grass, vulpin).
  2. Période de culture céréalière : Une fois la parcelle propre, réalisation de cultures de pailles sur pailles (blé/escourgeon) pendant 4 à 5 ans en semis direct sous couvert.
  3. Réactivité : Le système n’est jamais figé. En cas de salissement ou de conditions climatiques défavorables, la rotation est revue pour réintégrer des cultures de nettoyage ou des couverts végétaux.

Performance agronomique et indicateurs clés

Le point le plus marquant de cette transition est le gain de fertilité :

  • [[Matière organique]] : Le taux de matière organique a progressé de manière exponentielle, passant de 1,5 % à plus de 3 % aujourd’hui.
  • pH et fertilité : La réduction du travail du sol et l’apport de couverts végétaux ont permis de rééquilibrer le pH et de gommer les dysfonctionnements passés liés à un historique d’épandage de lisier intensif.
  • Vie biologique : Le suivi des populations de vers de terre a montré une multiplication par trois de leur nombre (passant de 5 à plus de 14 vers pour 4 kg de terre), favorisant une meilleure structure du sol jusqu’à 1,40 m de profondeur.
  • Résilience : La structure ouverte du sol permet une meilleure infiltration et un enracinement profond (blé jusqu’à 1,50 m, maïs jusqu’à 1,70 m), assurant une très bonne résilience face aux épisodes séchants.

Gestion des couverts végétaux et fertilisation

Pour Julien, le secret de la réussite réside dans la densité du couvert plutôt que dans sa hauteur. Il vise une production de 5 à 7 tonnes de matière sèche par hectare.

  • Conception des mélanges : Utilisation de mélanges de 10-12 espèces (50% légumineuses, 50% plantes carbonées) pour couvrir tous les étages du sol (niveaux inférieurs, intermédiaires et supérieurs).
  • Fertilisation au semis : La fertilisation au semis est cruciale pour compenser l’azote immobilisé par les résidus (pailles) et assurer une croissance rapide. Julien a basculé vers une fertilisation liquide organique produite sur la ferme, enrobant les semences ou injectant le liquide directement dans la ligne de semis. Cela permet de réduire la dépendance aux engrais minéraux et aux cours volatils, tout en améliorant l’enracinement.
  • Compostage à la ferme : Pour viser l’autonomie totale, l’exploitation a investi dans des bacs de compostage permettant de produire son propre compost à haute valeur biologique.

Choix du matériel

Julien insiste sur l’importance du choix du semoir en fonction du contexte pédoclimatique :

  • Semoir à disques : Très polyvalent, idéal pour débuter, mais parfois limitant en conditions de pailles mal dégradées (risque de “cheveux” dans le sillon).
  • Semoir à dents : Redoutable en semis direct pour les implantations estivales et la gestion des gros volumes de biomasse, à condition d’avoir des équipements de nettoyage du sillon (disques trancheurs) et un réglage précis pour ne pas déstructurer le sol.

Conclusion

L’agriculture de conservation est une refonte globale du système agronomique. Elle demande une forte montée en compétence et une organisation rigoureuse. La clé du succès repose sur une balance constante entre le court terme (rendement annuel) et le long terme (maintien de l’autofertilité et de la vie biologique), tout en restant extrêmement souple face aux imprévus climatiques.