Bio-électronique de Vincent & santé animale, par Pierre-Emmanuel RADIGUE

De Triple Performance
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Dans cette conférence, le vétérinaire Pierre-Emmanuel Radigue retrace son parcours et explique comment la bio-électronique de Vincent peut devenir un outil de compréhension et de prévention en santé animale. À partir de son expérience de terrain, il montre que de nombreux troubles des troupeaux ne relèvent pas seulement des microbes, mais d’un déséquilibre global entre sols, plantes, eau, fourrages, digestion et métabolisme. Son approche vise moins à soigner qu’à éviter la maladie, en rétablissant des équilibres d’hydratation, d’acido-basicité et d’oxydo-réduction. À travers plusieurs exemples d’élevages bovins, il compare des systèmes intensifs riches en maïs à des systèmes herbagers, et met en évidence les conséquences sur la longévité, la fertilité, la production et l’état sanitaire des animaux. Il défend ainsi une vision dynamique de l’élevage, reliant agronomie, nutrition, observation du vivant et qualité des produits destinés au consommateur.

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Résumé
Dans cette conférence, le vétérinaire Pierre-Emmanuel Radigue retrace son parcours et explique comment la bio-électronique de Vincent peut devenir un outil de compréhension et de prévention en santé animale. À partir de son expérience de terrain, il montre que de nombreux troubles des troupeaux ne relèvent pas seulement des microbes, mais d’un déséquilibre global entre sols, plantes, eau, fourrages, digestion et métabolisme. Son approche vise moins à soigner qu’à éviter la maladie, en rétablissant des équilibres d’hydratation, d’acido-basicité et d’oxydo-réduction. À travers plusieurs exemples d’élevages bovins, il compare des systèmes intensifs riches en maïs à des systèmes herbagers, et met en évidence les conséquences sur la longévité, la fertilité, la production et l’état sanitaire des animaux. Il défend ainsi une vision dynamique de l’élevage, reliant agronomie, nutrition, observation du vivant et qualité des produits destinés au consommateur.

On retourne en 2018, lors du Forum de l'Eau au Puy en Velay, où nous rencontrions pour la première fois Pierre-Emmanuel Radigue. Une conférence saisissante, où la bio-électronique de Vincent rencontre l'élevage.


Introduction

Pierre-Emmanuel Radigue ouvre son intervention en remerciant les organisateurs de donner la parole au monde vétérinaire et au monde de l’élevage. En une heure, il propose d’exposer comment son parcours de vétérinaire de campagne l’a amené à s’intéresser à la bio-électronique de Vincent appliquée à la santé animale.

Son fil directeur est posé d’emblée : depuis l’enfance, il veut éviter que les animaux soient malades. Il explique qu’il n’a jamais été attiré par le soin curatif, la chirurgie ou la gestion de l’animal déjà malade. Toute sa vie professionnelle s’est donc construite autour d’une idée de prévention : faire en sorte que les animaux d’élevage ne tombent pas malades.

Un parcours marqué par l’observation des systèmes d’élevage

Pierre-Emmanuel Radigue raconte une enfance partagée entre deux mondes agricoles.

D’un côté, chez ses grands-parents à la frontière suisse, il observe une ferme où, du temps de son grand-père, les vaches mangent de l’herbe, des betteraves, un peu de céréales, dans un système de rotation culturale. Puis, avec la génération suivante, l’exploitation intensifie fortement la production : le cheptel triple, les vaches sont enfermées, et l’on passe de la culture de l’herbe à la culture du maïs. La production laitière augmente, mais l’état de santé des vaches se dégrade fortement. Enfant, il se demande comment on a pu passer en quelques années d’un système avec des animaux en excellente santé à un système où les vaches produisent beaucoup mais sont en mauvais état sanitaire.

De l’autre côté, dans le village de Fontenoy, en Franche-Comté, il découvre un système comtois-jurassien fondé sur l’herbe, le regain, un peu de céréales et de betteraves, avec des animaux en bonne santé. Le village est marqué par la présence de nombreuses fontaines, et il observe déjà que le comportement des animaux vis-à-vis de l’eau n’est pas le même selon les systèmes d’élevage. Ces interrogations sur la santé, l’alimentation et l’eau naissent donc très tôt.

Une formation vétérinaire jugée incomplète

Pierre-Emmanuel Radigue entre à l’école vétérinaire de Lyon en 1984. Il rappelle qu’historiquement, les vétérinaires recevaient des enseignements de pédologie, géologie, botanique, plantes médicinales, médecine et chirurgie. En revanche, il souligne l’absence de véritable enseignement sur l’eau, alors même qu’on enseigne la réhydratation.

Avec l’évolution des programmes et l’essor des animaux de compagnie, de sport et de loisir, les enseignements liés aux sols, aux plantes et à la lecture agronomique des systèmes disparaissent progressivement. Il poursuit ensuite une formation complémentaire en alimentation des animaux domestiques à Paris et à la Bergerie nationale, car il estime ne pas avoir appris à nourrir les animaux durant son cursus vétérinaire. Là encore, il constate l’absence d’enseignement sur l’eau et sur les sols.

Le « tour de France » vétérinaire

Comme les compagnons du Tour de France, il entreprend un parcours professionnel dans plusieurs régions pour observer différents systèmes d’élevage.

En Alsace, dans des systèmes très contrastés, il retrouve les questions de son enfance. Dans le nord de l’Alsace, il soigne des chevaux nourris avec de la paille et du blé, avec de nombreux troubles ostéo-articulaires et musculaires. En Normandie, il voit disparaître les vaches sous les pommiers au profit de systèmes plus centrés sur le maïs, avec une dégradation de l’état sanitaire. En Limousin et en Charolais, dans des systèmes plus herbagers, il constate une meilleure santé générale, même si les troubles de reproduction et d’accouchement restent présents. Dans les Alpes, il retrouve aussi des systèmes herbagers plus favorables.

Il finit par s’installer à la frontière belge et luxembourgeoise, où il exerce pendant 22 ans dans une clinique située en zone de polyculture-élevage intensive. Là encore, il observe que l’état de santé des animaux n’est pas satisfaisant dans beaucoup de systèmes.

La rencontre avec la bio-électronique de Vincent

Dans les années 1990, il rencontre un praticien qui lui fait entrevoir, sans le nommer d’abord, l’intérêt de la bio-électronique de Vincent. À partir de là, il commence à comprendre qu’un grand nombre de troubles sanitaires chez les ruminants sont liés à des déséquilibres acido-basiques.

Il travaille d’abord avec le seul regard du pH, puis avec la notion d’oxydoréduction, à travers les antioxydants, les oligo-éléments et les vitamines. Il constate que cette approche permet déjà de mieux maîtriser les désordres de santé, avec moins d’animaux malades et moins de médicaments.

Progressivement, il développe avec son équipe des outils de travail en biochimie, endocrinologie et médecine de troupeau. Pendant près de vingt ans, il enseigne ces approches à des vétérinaires et travaille aussi dans les pays de l’Est, où il accompagne la reconstruction des grandes exploitations issues de l’ancien système soviétique, parfois de plusieurs milliers de vaches. Dans ces structures, explique-t-il, le soin individuel n’a pas de sens économique ni organisationnel ; il faut construire des systèmes où les animaux ne tombent pas malades.

L’eau comme second grand axe de travail

Son second grand champ d’intérêt devient l’eau. Il affirme que la meilleure thérapeutique n’est souvent ni l’antibiotique ni l’anti-inflammatoire, mais une réhydratation bien conduite et efficace.

Cela l’amène à travailler les perfusions en grand volume, la physiothérapie par voie orale, puis les outils de mesure de l’état d’hydratation. Il utilise notamment des réfractomètres, qui permettent avec quelques gouttes d’urine d’évaluer rapidement l’état hydrique des animaux.

Pour lui, lorsqu’on parle d’eau, il faut parler avant tout d’hydratation : la vraie question n’est pas seulement de savoir quelle eau on distribue, mais si cette eau hydrate réellement l’animal.

De la méthode des « 5 M » à une vision globale de l’exploitation

En 2009, après vingt ans de clientèle, il décide de faire évoluer son activité. Il se met à accompagner les élevages avec une méthode structurée autour des « 5 M » : matières, matériels, milieux, main-d’œuvre et méthodes.

L’objectif est d’aider les agriculteurs à remettre de l’équilibre dans leur système, en partant du principe que si les animaux sont malades, cela résulte souvent de mauvais choix, de mauvaises pratiques ou de conseils inadaptés. Il s’agit alors de rééquilibrer le « jardin » des vaches, brebis ou chèvres, c’est-à-dire leur environnement végétal et alimentaire, ainsi que l’éleveur lui-même au centre de ce système.

Cette approche s’élargit avec les groupements de défense sanitaire (GDS), associations d’éleveurs chargées de la maîtrise des épidémies et de l’état sanitaire. Avec eux, Pierre-Emmanuel Radigue cherche à construire un concept global de prévention, dépassant la seule gestion des microbes et des épizooties.

Le chaînon manquant : les sols

Il insiste sur le fait que la grande faiblesse de la formation vétérinaire reste l’absence d’enseignement fondamental sur les sols. Pourtant, selon lui, les erreurs stratégiques sur le sol ont des conséquences en cascade sur les plantes, les fourrages, les ruminants et, au final, les humains.

Le projet devient alors de remettre à l’équilibre les sols, les plantes qui nourrissent les vaches, les ruminants eux-mêmes, et l’éleveur qui vit dans ce système. La finalité dépasse la santé animale stricte : les produits issus de ces animaux arrivent dans l’assiette du consommateur. Si le système est équilibré, il n’y a pas de raison que cela se passe mal. Il parle à ce sujet d’« agro-santé », c’est-à-dire d’une santé transmise via les produits végétaux et animaux.

Cela suppose une lecture dynamique des élevages : toute modification dans le sol peut avoir une répercussion sur la plante, l’animal, puis l’humain. Il devient donc impossible, selon lui, de conduire une démarche de mise en santé d’une exploitation sans une vision conjointe de ces différents milieux.

La découverte explicite de la bio-électronique de Vincent

En 2014, lors d’un diagnostic d’exploitation en Suisse, un éleveur lui montre des livres de bio-électronique de Vincent. Pierre-Emmanuel Radigue les commande et les lit, puis poursuit tout l’été une exploration bibliographique qui bouleverse sa manière de penser.

Il découvre notamment les travaux de chercheurs et praticiens ayant travaillé sur la bio-électronique des sols, de l’eau, du lait, et se forme auprès de Laurence Galles. Celle-ci lui enseigne les bases de la bio-électronique et lui fournit une bibliographie plus large, comprenant notamment des travaux d’Olivier Husson, de Yann Hautbois et de Marc-André Selosse ? (la transcription est ici incertaine sur certains noms, mais l’orateur évoque clairement plusieurs références scientifiques ou techniques). Il constate qu’il existe des travaux sur les sols et le lait, mais presque rien sur les animaux, ce qui laisse selon lui un vaste champ à explorer.

Il relit aussi des auteurs plus anciens : André Voisin, le professeur Delbet, et d’autres qui, dès les années 1940 à 1960, s’interrogeaient déjà sur les liens entre fertilisation, santé des animaux et santé des hommes. Il souligne que ces savoirs ont été oubliés.

Une méthode fondée sur l’observation, la mesure et la validation

À partir de 2015, son équipe fait évoluer sa méthode. Il ne s’agit plus seulement d’interroger l’éleveur sur ses pratiques, mais aussi :

  • d’observer les sols, les plantes et les animaux ;
  • de mesurer avec des outils de bio-électronique ;
  • de croiser ces résultats avec des analyses de laboratoire.

Il insiste sur le cloisonnement habituel entre spécialistes des sols, des plantes et des animaux, qui se parlent peu. Son objectif est de faire dialoguer ces mondes.

La démarche suit une logique simple :

  • interroger : qu’est-ce que vous faites et pourquoi ?
  • observer : qu’est-ce qu’on voit, sent, entend ?
  • mesurer : pour objectiver les constats ;
  • valider : avec les analyses de laboratoire ;
  • proposer : des recommandations et une conduite à tenir.

Pour lui, la bio-électronique de Vincent devient alors un outil de lecture linéaire et cohérente de tous ces milieux.

Les piliers de la santé en élevage

Dans sa version élargie de la méthode des 5 M, Pierre-Emmanuel Radigue présente plusieurs piliers.

Hydratation

Premier pilier : l’hydratation. Il distingue clairement le fait de distribuer de l’eau et le fait d’hydrater réellement les animaux. Le critère qui l’intéresse est le résultat.

Nutrition

Deuxième pilier : la nutrition, avec la recherche d’équilibres entre énergie, protéines et minéraux.

Intégrité physique

Il insiste sur l’intégrité physique dans la durée : des animaux avec le dos droit, des membres corrects, une bonne tenue corporelle, sans dégradation ostéo-musculaire. Pour lui, cela renvoie à la fois à l’équilibre acido-basique et à l’hydratation.

Qualité environnementale

Il intègre aussi l’environnement des animaux et des humains : limitation des émanations, qualité de l’air, ambiance générale.

Bien-être

Enfin, il parle de bien-être animal non pas seulement comme d’une déclaration ou d’un slogan, mais comme d’un équilibre hormonal et oxydatif impliquant les différents étages physiologiques.

Dans sa pratique, toute visite d’élevage commence donc par l’hydratation, puis la ration, puis le plan d’action.

La rencontre avec Nature & Éthique et le développement d’outils

Pierre-Emmanuel Radigue mentionne sa rencontre avec un spécialiste des sols et de l’eau, fondateur du groupe Nature & Éthique. Cette rencontre conduit à un partenariat.

À partir de 2016, l’équipe lance des systèmes de travail sur l’eau, avec toujours la même philosophie : mesurer, mesurer, mesurer. Que les troupeaux comptent 15 têtes ou 50 000, le principe reste le même.

L’activité s’organise autour de plusieurs fonctions :

  • formation ;
  • audit et suivi ;
  • école pour vétérinaires, techniciens et ingénieurs ;
  • développement de matériels de diagnostic ;
  • incubateur d’idées autour de Nature & Éthique.

L’ambition affichée est de recréer une « agriculture du vivant », dynamique, et non statique.

Une lecture globale du système sol-plante-animal

Pierre-Emmanuel Radigue rappelle que, pour les ruminants, l’eau doit être regardée aussi sous l’angle de trois ions essentiels : sans eux, dit-il, le voyage de l’eau dans l’animal est impossible.

Sa lecture du système est la suivante :

  • le sol, l’air, l’eau, l’oxygène, le CO2 et le soleil permettent de produire les végétaux ;
  • la plante construit des chaînes carbonées et azotées, mais ce qui l’intéresse fondamentalement est le transport de l’hydrogène et de l’électron ;
  • les vaches sont vues comme des « moteurs à hydrogène » ;
  • le végétal condense une eau de grande qualité dans ses tissus, eau qu’aucune machine ne pourra égaler selon lui.

Pour les ruminants, il affirme que les aliments adaptés sont avant tout les fibres, l’eau et le sel. Il rejette l’idée de nourrir les ruminants avec beaucoup d’amidon et d’huile, qu’il juge davantage adaptés aux porcs et aux volailles.

La vache récupère essentiellement hydrogène et électrons à partir de ces substrats, en rejetant au passage du carbone, du méthane, du CO2 et de l’azote. Pour lui, ce système est vertueux lorsque l’animal pâture : les rejets retournent au sol, la prairie est couverte, et l’ensemble fonctionne de manière cyclique. À l’inverse, lorsque les animaux sont enfermés, il y a davantage de pertes.

Ce que mesure la bio-électronique de Vincent dans son approche

L’orateur présente ensuite la manière dont il interprète les différents compartiments.

L’eau

Il donne comme repères une eau de boisson autour de pH 6 à 6,5, un rH2 entre 24 et 28, un rH mesuré en millivolts autour de 80 mV, et une conductivité modérée. Il souligne néanmoins que son critère principal reste l’effet hydratant réel.

L’herbe et les fourrages

Une herbe de bonne qualité est pour lui légèrement acide, réductrice, peu conductrice et très résistive. Lorsqu’elle est ensilée, ses caractéristiques changent : le pH baisse, le milieu devient très réducteur, puis remonte si la conservation est mauvaise.

Le rumen

Le rumen doit être un milieu très réducteur, riche en eau, contenant 150 à 200 litres d’eau. Il joue un rôle de filtre biologique majeur et permet de transformer des végétaux parfois dangereux pour l’humain en nutriments valorisables.

Les urines

Chez les vaches, les urines sont naturellement plus basiques que chez l’humain, avec un pH autour de 7,8 à 8,3. Ce point est important car il ne faut pas plaquer les références humaines sur les ruminants.

Les fèces

Les fèces doivent avoir des caractéristiques cohérentes avec un bon fonctionnement digestif. L’échappement, dit-il, lui apprend beaucoup sur le moteur digestif.

Le lait

Le lait idéalement recherché est lui aussi proche de certaines caractéristiques de l’herbe, notamment autour de pH 6,4 à 6,5. Le lait reflète en partie ce qui se passe dans l’animal.

Le sang

Le sang absorbe ce qui est digéré et le distribue aux différents organes. Il présente des caractéristiques plus voisines de celles observées chez les autres mammifères.

Une méthode de terrain très opératoire

Sur le terrain, l’équipe utilise un appareil de bio-électronique de Vincent mesurant pH, potentiel d’oxydoréduction, conductivité, et paramètres calculés associés.

La visite se déroule de façon méthodique :

  • prélèvements de fourrages ;
  • réhydratation des échantillons secs si besoin ;
  • prélèvement de jus de rumen ;
  • prélèvement de sang ;
  • prélèvement d’urines ;
  • prélèvement de fèces ;
  • prélèvement de l’eau à tous les abreuvoirs ;
  • prélèvement de lait au tank.

Ils complètent cela par des observations de terrain, des mesures de matière sèche, des tamisages de fèces et l’envoi d’échantillons au laboratoire.

Premier exemple : un système intensif dominé par le maïs

Le premier cas présenté est celui d’une ferme de Mayenne. Historiquement herbagère, elle ne fait plus pâturer les vaches ; l’herbe est fauchée pour être vendue aux chevaux. Le système est centré sur le maïs, avec traite robotisée.

Observations cliniques

Les vaches taries sont logées sur litière paillée, avec peu de points d’eau. Les vaches en lactation sont grasses au départ puis maigrissent fortement. Les rumens sont peu remplis ou durs, les bouses sont hétérogènes, il existe des lésions cutanées, une dégradation des aplombs et divers signes de mauvaise santé fonctionnelle.

L’ambiance du bâtiment est jugée correcte, le confort des logettes aussi. Les abreuvoirs semblent bien disposés et dégagés.

Lecture de l’échappement

Les fèces montrent une mauvaise digestion. Les tamis révèlent que la digestion ne se fait pas correctement dans le rumen, mais plutôt dans l’intestin, ce qui n’est pas normal chez une vache.

État d’hydratation

L’évaluation par réfractométrie urinaire montre une déshydratation. Des mesures complémentaires montrent aussi une hypoglycémie relative, malgré une ration très énergétique. Cela signifie, selon lui, qu’on apporte beaucoup d’énergie mais qu’elle n’est pas correctement utilisée au niveau cellulaire.

Résultats en bio-électronique

L’eau distribuée n’est pas le principal problème. En revanche, les fourrages sont mal conservés, notamment les ensilages, avec suspicion de levures, moisissures et champignons.

Au niveau animal :

  • le rumen fonctionne mal ;
  • la digestion se déporte dans l’intestin ;
  • les urines traduisent une déshydratation chronique ;
  • le sang montre une alcalose et une oxydation marquées ;
  • le lait reflète ce même déséquilibre.

Interprétation nutritionnelle

Les analyses de ration montrent un excès d’énergie et d’amidon, un déficit de protéines et un mauvais ajustement minéral, notamment en calcium. Les analyses de laboratoire confirment ce que suggérait la bio-électronique.

Conclusion physiopathologique

Pierre-Emmanuel Radigue explique que l’excès d’amidon crée une acidose digestive. La vache tente alors de compenser en mettant en place une alcalose sanguine, urinaire et lactée réactionnelle. Elle hyperventile, s’oxyde, épuise ses antioxydants, se déshydrate, et son corps puise dans la matrice osseuse et musculaire pour compenser les déséquilibres minéraux.

La conséquence est une dégénérescence musculo-squelettique, des lésions cutanées, une baisse de longévité et, au final, un système économiquement et sanitairement inefficace.

Correction proposée

La correction consiste à :

  • diminuer fortement l’ensilage de maïs ;
  • remonter le niveau de protéines ;
  • ajuster les sucres ;
  • remettre les minéraux à niveau ;
  • arrêter de provoquer cette digestion « à l’échappement ».

Selon lui, dès que l’on rééquilibre énergie et protéines et que l’on baisse l’amidon, on corrige le problème de fond.

Deuxième exemple : un système herbager de type comté

Le second exemple est pris volontairement à l’opposé du premier. Il s’agit d’un troupeau en système comté, en agriculture biologique sur les sols, nourri au foin et au regain séchés en grange, avec un complément concentré relativement riche en protéines.

L’élevage souffre de sous-production, de boiteries, de troubles de croissance et d’infirmités.

Fourrages et eau

Le foin mesuré est plus acide et plus oxydé qu’attendu pour un séchage en grange. Le concentré est lui aussi acide. L’eau est prélevée dans un étang ; l’eau du réseau, issue du même type d’eau mais passée par le château d’eau, ne semble pas appréciée des vaches.

Résultats bio-électroniques

Cette fois, les animaux présentent un profil inverse du système maïs :

  • acidité sanguine ;
  • réduction sanguine ;
  • déshydratation malgré tout ;
  • lait avec frein à la sortie d’eau ;
  • urines plus acides que dans le cas précédent.

Analyses de fourrages

Les analyses montrent :

  • des fourrages pauvres en énergie ;
  • pauvres en protéines ;
  • peu digestibles ;
  • pauvres en minéraux, notamment soufre, phosphore et magnésium ;
  • et, point plus préoccupant encore, une accumulation de métaux lourds révélant un dysfonctionnement du sol.

Interprétation

Dans un système herbager excédentaire en protéines et déficitaire en énergie et minéraux, il n’y a pas d’impact digestif aussi grave que dans le système maïs. En revanche, l’excès d’azote conduit à une alcalose digestive, compensée par une acidose sanguine, urinaire et lactée réactionnelle.

Les vaches boivent davantage pour éliminer l’ammoniac via le cycle de l’urée. Elles sont donc souvent mieux hydratées au niveau plasmatique. Elles hyperventilent moins, s’oxydent moins, et préservent mieux leur stock d’antioxydants. Globalement, elles sont moins malades et vivent plus longtemps.

Pierre-Emmanuel Radigue indique à ce sujet que les vaches de piémont et de montagne, dans ces systèmes herbagers, ont fréquemment une durée de carrière supérieure d’une à deux lactations à celle des vaches de plaine en régime surénergétique.

Problèmes spécifiques observés

Lors d’une visite estivale, l’équipe observe :

  • des animaux un peu maigres ;
  • des troubles minéraux persistants ;
  • des signes de consommation ou de présence de graminées porteuses de champignons ;
  • trop de légumineuses dans certaines prairies ;
  • la présence d’ergostérols et d’ergots sur certains épis, avec suspicion de toxines problématiques.

Des mesures complémentaires et des examens hépatiques suggèrent une toxicité liée aux fourrages contaminés.

Plan d’action

L’éleveur reçoit plusieurs recommandations :

  • corriger la minéralisation ;
  • apporter un aliment plus riche en énergie et moins riche en protéines ;
  • revoir la gestion de la matière organique ;
  • silicer les prairies ;
  • améliorer la place à l’abreuvement.

Lors d’une visite suivante, les vaches ont repris un poil plus brillant, les pattes sont un peu mieux, et l’état général évolue favorablement. La composition botanique des prairies s’est également améliorée, même si certaines parcelles restent problématiques.

Les enseignements tirés des deux cas

Pierre-Emmanuel Radigue résume les deux grands profils rencontrés.

Systèmes à excès d’énergie et d’amidon

Dans les systèmes dominés par le maïs :

  • ration excédentaire en énergie ;
  • déficit en protéines et minéraux ;
  • acidité digestive ;
  • alcalose sanguine, urinaire et lactée réactionnelle ;
  • oxydation cellulaire ;
  • déshydratation tissulaire chronique ;
  • inflammation, porosité intestinale ;
  • dégénérescence musculo-squelettique ;
  • durée de vie limitée.

Systèmes herbagers à excès de protéines

Dans les systèmes herbagers déséquilibrés :

  • excès relatif de protéines ;
  • déficit en énergie et minéraux ;
  • alcalose digestive ;
  • acidose sanguine, urinaire et lactée réactionnelle ;
  • hyperhydratation ou bonne hydratation plasmatique si l’eau suit ;
  • moins d’oxydation ;
  • meilleure longévité globale ;
  • mais risque de carences minérales, de toxicité des sols et de contamination fongique si la gestion agronomique est défaillante.

Une agriculture productiviste dans le « bon sens »

Pour l’orateur, cette approche n’a rien d’anti-productiviste. Au contraire, elle vise à produire plus et mieux, plus longtemps, avec une meilleure santé animale, moins de phytosanitaires, moins d’antibiotiques, moins d’anti-inflammatoires et moins de médicaments en général.

Il la présente comme :

  • une démarche d’écophyto ;
  • une démarche de réduction des antibiotiques ;
  • une démarche d’agro-santé ;
  • une démarche de production durable.

Il indique que des expérimentations en élevage viande et lait ont été mises en place avec le soutien d’institutions, avec des résultats annoncés de réduction des coûts vétérinaires, de baisse de mortalité et d’amélioration de la performance globale.

Prolongements sur les sols, les plantes et les productions végétales

Pierre-Emmanuel Radigue élargit enfin son propos au végétal. Avec ses partenaires, il applique ces principes dans d’autres contextes, y compris en zones arides, en travaillant avec l’eau, la silice et la vie du sol, sans engrais ni produits phytosanitaires.

Il montre des exemples de reverdissement, de stimulation de croissance végétale, et de productions végétales riches en antioxydants. Il cite notamment des mesures de superoxyde dismutase, de vitamine C et d’autres paramètres de qualité sur des fruits et cultures, pour montrer qu’un sol vivant et équilibré conduit à des produits d’une autre qualité.

Diffusion de la méthode

La fin de l’intervention est consacrée à la diffusion de cette approche.

Avec les GDS, son équipe développe :

  • de la formation continue pour les agriculteurs ;
  • de la formation pour les vétérinaires, ingénieurs et techniciens ;
  • des diagnostics à l’échelle de la France et des pays voisins ;
  • des équipes de terrain capables de pratiquer quotidiennement la bio-électronique de Vincent.

L’objectif est de paramétrer et remettre à l’équilibre les systèmes d’élevage au quotidien.

Conclusion

La thèse défendue par Pierre-Emmanuel Radigue est que la santé animale ne peut pas être comprise ni pilotée seulement à partir de l’animal malade. Elle doit être abordée à partir du sol, de l’eau, de la plante, du fourrage, du fonctionnement digestif, de l’hydratation et des grands équilibres métaboliques.

La bio-électronique de Vincent lui apparaît comme un outil particulièrement utile pour relier ces niveaux entre eux, objectiver les déséquilibres et construire des stratégies de prévention. Dans sa perspective, il s’agit moins de soigner des maladies que de construire des systèmes vivants capables de produire durablement des animaux en santé, des éleveurs plus équilibrés et des aliments de meilleure qualité.