Tomate sur couverts permanents, par François Mulet - Les serres de Marcel
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Tomate sur Couvert permanent aux Serres de Marcel.
Un dispositif d'essai de 1000m² comprenant une cinquantaine de modalités de couverts et de cultures différentes a été mis en place en 2022 aux Serres de Marcel sur tomates et concombre.
Les résultats ayant été satisfaisant la plupart des cultures d'été ont été installé sur couverts permanents pour la saison 2023 et le dispositif d'essai va faire l'objet d'une campagne de mesure importante en 2023 pour mieux comprendre l'impact des couverts sur le sol, la physiologie de la plante et le l'autofertilité des systèmes.
Les cultures sous couverts permanents, encore peu développé en production légumière, permettent une augmentation importante de la biodiversité et de la photosynthèse globale du système.
La production de biomasse par les couverts permanents doit permettre de construire des systèmes avec des capacités d'auto fertilité et de résilience proches des écosystèmes naturels et permettre à terme de se passer d’intrant en matière organique et de fertilisant sur de
nombreuses cultures.
Nous avons le plaisir de vous proposer aujourd'hui une vidéo de présentation du dispositif d'essai mis en place aux Serres de Marcel avec François Mulet.
Pourquoi Marcel .....? Parce que Marcel Bouché évidement....Merci Marcel !!!
https://www.verdeterreprod.fr/publications-de-marcel-bouche/
Plus d'informations sur les Serres de Marcel :
https://boutique.serresdemarcel.fr/
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Journée de visite des essais de cultures sur couverts permanents aux Serres de Marcel le lundi 12 juin 2023 :
Lien vers le formulaire d'inscription :
https://forms.gle/mBBzkfm4zGso9VCk7
Les Serres de Marcel ont été créées avec l’objectif de regrouper dans un même lieu différents partenaires autour des pratiques de sol vivant, d’agro-écologie, d’agriculture de conservation, afin de s’entraider, d’innover et d’expérimenter au mieux.
Ainsi, c’est une ferme expérimentale sur les techniques de maraîchage sur sol vivant qui se veut aussi productive afin de remplir le rôle essentiel de nourrir les personnes avec des produits sains et de qualités. C’est aussi un site consacré à la formation qui accueillera courant 2023 les locaux de « Ver De Terre Production » média et organisme de formation de l’agro-écologique ainsi que ceux de l’association « Maraîchage Sol Vivant Normandie » association de maraîchers. C’est un lieu qui permet d’encadrer des personnes en formation agricole qui souhaite acquérir de l’expérience avant de se lancer dans leur propre projet professionnel à l’avenir, soit à travers de stage lors d'un diplôme agricole soit grâce à une période d'immersion via le le wwoofing.
Présentation de la serre et objectif de la vidéo
Bonjour à tous, et bienvenue aux serres de Marcel.
L’objectif de cette vidéo est de présenter l’historique de cette serre sur la dernière année, et de montrer les essais de couverts permanents développés depuis environ un an. Quelques vidéos avaient déjà été réalisées à l’automne 2021, mais il n’y en a pas eu depuis, faute de temps et parce qu’il fallait attendre d’avoir des retours concrets sur les essais. Comme les résultats ont plutôt bien avancé et semblent très prometteurs, c’est le moment de faire un point sur le travail mené en 2022 et de présenter la suite des essais prévus en 2023.
Historique et configuration de la serre
La serre présentée ici comporte encore quelques vitres cassées qui devront être réparées et un peu de nettoyage reste à faire.
À l’origine, cette serre était entièrement occupée par des tables chauffantes servant à produire des plants de légumes et de fleurs. Lorsqu’elle a été récupérée, il n’était pas évident de savoir quoi en faire, car il y avait ces tables, mais aussi de nombreuses dalles de béton entre elles.
En y réfléchissant, il est apparu que les petites bandes bétonnées avaient un entraxe d’environ 1,60 à 1,70 m, ce qui correspond assez bien à des cultures d’été comme la tomate, le concombre, voire des haricots. Une première idée avait été de retirer ces dalles, jugées peu favorables à la vie du sol. Finalement, elles ont été conservées, car elles offrent des allées de circulation pratiques pour le passage de chariots et l’organisation du travail.
Entre chaque allée bétonnée, il restait des bandes de sol accessibles. Après démontage des tables, le choix a donc été fait de cultiver uniquement sur ces bandes de terre. L’idée était que, même si une partie du sol restait recouverte par le béton, cela n’empêcherait pas totalement la restauration de la vie du sol : les racines peuvent passer dessous, l’eau d’irrigation s’y infiltrer, et l’activité biologique s’y redéployer malgré tout.
Nature du sol et enjeux de restructuration
La serre comprend environ une cinquantaine de lignes de culture de ce type.
Le sol n’avait pas vu de racines depuis environ trente ans. Il s’agit d’un sol composé, à très gros traits, de 50 % de sable et 50 % d’argile, avec en plus pas mal de cailloux. Ce ne sont donc pas des sols faciles : ils sont à la fois difficiles à travailler, très compactés et totalement inertes sur le plan biologique.
L’objectif du couvert permanent, dans ce contexte, est aussi de répondre à un problème de restructuration des sols argileux. Quand un sol est très argileux, l’activité lombricienne seule ne suffit pas toujours à le restructurer correctement. Il faut également un très grand volume de chevelus racinaires pour décompacter les agrégats d’argile et recréer de la porosité.
Même avec des vers de terre, on peut obtenir un certain niveau de fertilité : ils consomment la matière organique, la minéralisent, produisent des mucus qui nourrissent les plantes. Mais ici, l’ambition était d’aller plus loin dans la logique des couverts permanents.
Contexte de réflexion sur les couverts permanents
François Mulet explique que cela faisait une dizaine d’années qu’il souhaitait travailler sur cette thématique. À ses yeux, cela représentait une forme d’aboutissement de la démarche en maraîchage sur sol vivant. Mais d’autres problèmes avaient dû être résolus auparavant.
Le premier grand sujet de travail, dans le réseau maraîchage sur sol vivant, a été la remontée des taux de matière organique pour retrouver une structure physique correcte et une porosité fonctionnelle. Cela s’est fait en s’appuyant notamment sur le bilan humique, sur les travaux du GCBR, sur les BRF, et plus largement sur les façons d’utiliser les matières ligneuses et cellulosiques : comment les épandre, les enfouir, avec quels outils.
Aujourd’hui, selon François Mulet, ces techniques sont relativement bien maîtrisées dans le réseau MSV. Les notions d’indice de stabilité biologique, d’humification primaire et de bilan humique sont mieux comprises. Partout où il est nécessaire de remettre de la matière organique, il devient possible d’y parvenir avec une assez bonne fiabilité, et les résultats de terrain sont globalement proches des prévisions.
Mais retrouver de la structure grâce à la matière organique ne suffit pas à ramener automatiquement la fertilité. Le deuxième grand sujet de ces dix dernières années a donc été le retour des vers de terre, et en particulier des anéciques.
Le rôle central des vers de terre
En s’appuyant notamment sur les travaux de Marcel Bouché, François Mulet rappelle que les anéciques sont les vers de terre les plus utiles en agriculture. Ce sont eux qui consomment la matière organique, produisent des mucus et nourrissent les plantes.
L’un des enseignements majeurs de ces travaux est que la nutrition des plantes passerait très largement, de l’ordre de 70 à 80 %, par le métabolisme des vers de terre. Cela remet en cause le modèle classique selon lequel les plantes se nourriraient principalement en prélevant des éléments dans la solution du sol. Elles en sont capables, mais dans les faits, une part essentielle de leur nutrition viendrait des mucus de vers de terre.
Lorsqu’on part d’un sol dégradé, avec seulement quelques dizaines de kilos de vers de terre par hectare, il faut environ deux ans pour que les populations se redéveloppent et atteignent une biomasse voisine d’une tonne par hectare. C’est à ce moment-là que l’on retrouve une fertilité cohérente.
Partout où ont été réunies les bonnes conditions — nourriture organique, humidité, absence de destruction des vers —, les populations de lombriciens sont revenues au bout de deux ans. Il y a toutefois eu des exceptions, notamment chez des serristes en serre chauffée, où il n’y avait plus du tout de vers de terre. Dans ces cas-là, sans population résiduelle, ils ne revenaient pas spontanément, même après deux ans.
L’usage des épigés comme stratégie de transition
Dans ces situations, une solution a été développée et mise en œuvre ici : s’appuyer d’abord sur les vers de terre épigés.
Les anéciques mettent environ deux ans à revenir, ce qui est long. Pendant cette période, il faut normalement mettre en place une stratégie de transition avec fertilisation, qu’elle soit chimique, organique ou autre, afin de continuer à produire.
L’idée a donc été d’utiliser des épigés dans un premier temps, car ils se multiplient beaucoup plus vite. À partir d’une faible population initiale, on peut obtenir en six mois des biomasses très importantes, de plusieurs tonnes par hectare si besoin. Ces épigés minéralisent les matières organiques qu’on leur donne à manger et assurent une fertilité fonctionnelle pendant un an à un an et demi, en attendant que les anéciques prennent le relais.
Au bout de deux ans, si quelques anéciques ont été réintroduits ou s’il en restait dans le système, ils peuvent assurer la suite. François Mulet rappelle toutefois qu’au bout de deux ans, même si la population est revenue, cela ne signifie pas encore qu’elle a eu le temps de créer un réseau massif de galeries profondes. Il faut encore plusieurs années pour que le décompactage biologique du sol devienne vraiment important.
Mise en place des premiers andains
Dans cette serre, l’idée a donc été d’enfouir un peu de matière organique dans les bandes accessibles de sol. Cela a été compliqué, car il fallait manœuvrer avec un petit tracteur Kubota et un petit déchaumeur dans des espaces étroits, avec des tuyaux d’irrigation et des poteaux.
Le travail du sol a donc été limité, et le choix a été fait de former surtout de beaux andains de matière organique à la surface. Ces andains devaient servir à la fois de substrat de plantation et d’habitat pour les vers de terre épigés.
Pendant les deux premières années, des salades y ont été plantées. À terme, l’idée est de faire reposer le système sur les couverts permanents : ce sont les racines des couverts et des cultures qui doivent décompacter le sol en profondeur, pendant que les vers de terre assurent la transformation de la matière organique.
Le problème de faim d’azote
Un premier problème important est apparu : le broyat de déchets verts utilisé, criblé à 50 mm, semblait intéressant parce qu’il était facile à manipuler et censé être déjà semi-composté. En réalité, il était encore très frais.
Lorsque les andains ont été formés, cela a provoqué une forte faim d’azote pendant environ deux mois, avec une forte poussée de champignons. Les concombres et tomates ont jauni. Des essais ont été faits pour compenser avec différents engrais, mais cela a surtout conduit à brûler des racines, notamment sur tomate.
François Mulet rappelle qu’une faim d’azote de cette ampleur correspond à des besoins énormes, de l’ordre de milliers de kilos d’azote pur par hectare. Dans ces conditions, corriger le problème en cours de culture est très difficile, sauf peut-être avec un système de fertigation extrêmement localisé, ce qui n’était pas le cas ici.
Le choix a donc été fait de laisser les tomates végéter pendant deux mois, le temps que la faim d’azote passe. Une fois cette phase terminée, les champignons ont commencé à disparaître et les tomates se sont remises à pousser très fortement, sans nouvel apport d’engrais.
Réactions contrastées des couverts à la faim d’azote
Ce point a révélé un résultat intéressant : les légumineuses testées, notamment trèfles et luzernes, ont mal supporté la faim d’azote, contrairement à ce qu’on aurait pu penser. Bien qu’elles soient réputées autonomes sur le plan azoté, elles n’ont pas bien réagi.
À l’inverse, les graminées, en particulier les fétuques, s’en sont bien sorties. L’hypothèse avancée est qu’elles sont capables de s’enraciner profondément très rapidement et d’aller chercher des nutriments sous les andains de broyat.
La recette de fertilisation initiale
Dans le broyat, entre 500 et 1000 unités d’azote sous forme de fientes de poules avaient été ajoutées. Les calculs montraient qu’il fallait à la fois nourrir les populations lombriciennes, les champignons, les cultures, ainsi que les couverts permanents. Avec une culture exigeante comme la tomate plus un couvert permanent, les besoins estimés tournaient autour de 500 unités d’azote.
Le broyat de déchets verts criblé et les fientes de poules ont été mélangés puis épandus pour constituer les andains. Cela n’a pas suffi à éviter la faim d’azote initiale, mais une fois celle-ci passée, les tomates ont pu se nourrir grâce à l’ensemble constitué par les fientes et la décomposition du broyat.
Choix du système d’irrigation
Après réflexion, le système d’irrigation retenu a été une ligne d’aspersion réglable, capable d’arroser seulement l’andain sur 60 cm, ou plus largement sur 1,20 m ou 1,60 m.
Ce choix s’explique par la présence du couvert permanent : il fallait une irrigation homogène, contrairement à un goutte-à-goutte qui aurait créé des zones humides très localisées et laissé des parties du sol trop sèches.
De plus, en été sous serre, l’atmosphère est très desséchante. L’aspersion permet aussi, dans les périodes chaudes, d’humidifier les dalles de béton pour créer de la fraîcheur et remonter l’humidité ambiante.
Le système est resté très simple et économique : une ligne de polyéthylène de 16 mm avec un asperseur environ tous les 55 cm.
La première année, les asperseurs étaient orientés vers le haut. La deuxième année, avec la mise en place de supports de lianes pour relever les fruits au-dessus du sol, l’irrigation a été repositionnée dessous avec les asperseurs dirigés vers le bas. Cela produit un cône d’aspersion satisfaisant. Quand le couvert devient très haut, il perturbe un peu l’homogénéité, mais cela reste acceptable. De toute façon, les couverts doivent être fauchés régulièrement.
Démarche expérimentale sur les couverts permanents
Le travail de 2022 a consisté à reconstruire biologiquement les sols, implanter des couverts permanents et observer.
Le premier objectif était d’identifier quels types de couverts étaient intéressants, selon quels critères, et lesquels ne servaient pas vraiment. Le second objectif, prévu pour 2023, est d’évaluer si des couverts déjà bien installés permettent d’aller vers un système totalement ou partiellement autofertile.
Un autre axe fort de travail pour 2023 est le retour de la macro-biodiversité. Dès l’implantation des couverts en 2022, un retour très important de biodiversité a été observé.
Essais sur les graminées
Toute une gamme de graminées a été testée, notamment différentes fétuques et diverses espèces issues de mélanges pour gazon ou prairie.
Globalement, les différences entre modalités ont été faibles. Elles se sont bien implantées, ont bien couvert le sol, et ce sont elles qui ont produit les meilleures biomasses. Le couvert obtenu est dense et épais.
La question pour la suite est celle de l’implantation des cultures dans un couvert déjà en place. Une culture annuelle devra être implantée dans une plante vivace qui dispose déjà de tout son système racinaire. Il faudra donc affiner les méthodes de plantation.
Malgré cela, les graminées ont donné des résultats encourageants. Aucune concurrence nette n’a été observée ni sur l’eau ni sur la fertilité, sauf là où l’aspersion était physiquement bloquée par le feuillage du couvert. Quand il y avait assez à manger dans le sol et assez d’eau, les tomates poussaient très bien.
Le résultat global de l’année est même que des tomates rarement aussi saines ont été obtenues, avec une très belle qualité sanitaire, toutes modalités confondues.
En revanche, les concombres ont donné des résultats un peu moins convaincants sur le plan sanitaire, même si la croissance était bonne.
Les graminées paraissent donc très prometteuses pour des cultures hautes comme tomate, concombre, haricot, peut-être poivron ou aubergine. En revanche, elles semblent inadaptées à des cultures basses comme salade, fenouil ou épinard.
Essais sur la luzerne
Les luzernes ont aussi donné de bons résultats, avec un bon développement. Leur principal défaut, par rapport aux fétuques, est d’être moins envahissantes.
Or l’objectif recherché est d’avoir un couvert très agressif, capable de coloniser rapidement tous les espaces, y compris les zones mal semées, de produire beaucoup de biomasse et d’aller capter la lumière résiduelle, notamment sur les dalles de béton.
La luzerne, qui ne marcotte pas et s’étale mal latéralement, colonise moins bien les vides. Elle produit de la biomasse et couvre bien, donc ce n’est pas un mauvais choix, mais ce n’est pas forcément celui qui sera retenu en priorité.
Essais sur les trèfles
Différents trèfles ont été testés, notamment trèfle blanc et trèfle violet. Ce sont des espèces qui se sont révélées très intéressantes.
Elles restent proches du sol, supportent bien l’ombre des tomates, et surtout elles sont rampantes, marcottent et développent des stolons dans tous les sens. Cela leur permet d’aller chercher la lumière partout où elle est disponible.
C’est précisément ce qui est recherché : que toute lumière disponible soit captée par une plante, afin de produire de la biomasse, développer des racines et exploiter les moindres interstices. Le trèfle s’est montré particulièrement efficace pour ramper sur les dalles, coloniser les puits de lumière entre les cultures, et recouvrir presque complètement les allées bétonnées en fin de saison, malgré le piétinement.
Les trèfles blancs de prairie ont été particulièrement performants. De plus, lorsqu’ils sont fauchés de temps en temps, ils montent moins en hauteur que la luzerne ou les graminées. Cela en fait peut-être de bons couverts permanents pour des cultures d’hiver plus basses.
Des essais sont donc prévus avec des légumes d’hiver comme salade, fenouil, choux, blettes, c’est-à-dire des cultures plantées et non semées. Il paraît désormais tout à fait envisageable de les implanter dans un trèfle, à condition que la fertilité soit suffisante.
Un trèfle a d’ailleurs été installé sur une serre multichapelle, avec l’intention d’y faire toute une gamme de légumes d’hiver dès l’automne.
Essais sur la menthe
La menthe a été la grande surprise des essais.
C’est une plante extrêmement agressive, capable de coloniser le système à une vitesse impressionnante, y compris sous les dalles de béton, puis de ressortir ailleurs. Elle est très propre, produit beaucoup de biomasse, redémarre tôt, s’arrête tard et repart très bien après chaque fauche.
Quand les tomates ou les concombres deviennent très développés, sa croissance ralentit, mais dès qu’il y a un puits de lumière, elle le colonise. Cela en fait un excellent candidat pour les couverts permanents en serre sur cultures d’été.
Trois variétés ont été testées, avec des résultats assez comparables. La menthe s’implante très facilement : un stolon prélevé et replacé dans l’andain repart aussitôt. Ici, une vingtaine de pieds seulement ont suffi à coloniser rapidement tout un andain.
Autre avantage potentiel : la menthe peut éventuellement constituer une forme de double culture, par exemple en vente de bouquets, même si cela resterait secondaire économiquement.
Essais avec des mottes de prairie
Un autre essai a consisté à prélever des mottes de prairie et à les déposer dans les andains, avec l’idée de transposer une végétation naturelle complète.
Le résultat n’était pas inintéressant, avec des rumex, pissenlits et diverses autres espèces. Mais après un hiver, un certain nombre de plantes ont disparu ou se sont mal comportées. Le couvert n’était pas homogène, et surtout il ne répondait pas assez bien à l’objectif recherché : coloniser les dalles, les pieds de poteaux et les fissures.
Comparé à la menthe ou au trèfle, cela s’est révélé nettement moins intéressant.
Essais sur l’ortie
L’ortie a également été testée, simplement en prélevant des orties à droite et à gauche.
En termes de production de biomasse, c’est une excellente plante. Elle supporte assez bien la fauche et constitue un très bon candidat pour un couvert permanent. Son développement végétatif rappelle celui de la menthe, avec une très forte agressivité.
Son principal défaut est évidemment qu’elle pique. En pratique, ce n’est pas forcément rédhibitoire si les cultures sont conduites sur support de lianes et si l’on évite de circuler jambes nues. Mais la menthe reste plus agréable, d’autant qu’elle peut aussi être valorisée.
François Mulet pense d’ailleurs que l’ortie pourrait de toute façon s’installer spontanément dans ce système et être simplement tolérée là où elle n’est pas trop gênante.
Les plantes spontanées
Des observations ont aussi été faites sur les plantes spontanées. Il y avait un certain espoir de trouver, parmi elles, des espèces intéressantes pour le couvert permanent.
Dans les faits, rien de très convaincant n’a été trouvé localement, à part une graminée rampante non encore identifiée, plutôt intéressante mais pas au niveau de la menthe ou du trèfle.
Cela ne signifie pas qu’il n’existe pas de plantes spontanées adaptées, mais dans cette première phase d’essais, le besoin de les rechercher n’a pas été ressenti, car les ressources génétiques disponibles dans le commerce semblent déjà largement suffisantes.
François Mulet évoque toutefois un projet en Martinique, chez un producteur de tomates cerises, où les couverts du commerce venus de France se sont révélés totalement inadaptés. Là-bas, c’est en travaillant avec la flore spontanée locale que des plantes très intéressantes ont été trouvées, permettant même d’envisager des couverts permanents multi-étagés.
Essais moins concluants
D’autres plantes ont été testées, comme certains plantains, mais sans résultats particulièrement remarquables. Ils produisent de la biomasse mais supportent mal la fauche.
Des mélanges fleuris ont aussi été essayés : coquelicots, phacélie et divers autres couverts fleuris du commerce. Ces essais ont été peu concluants pour plusieurs raisons :
- ce sont souvent des plantes annuelles ;
- elles couvrent mal le sol ;
- elles recolonisent mal les zones mal semées ;
- pour profiter de la floraison, il faut les laisser monter haut, ce qui gêne la conduite des cultures.
Même si elles ont fait revenir certains insectes volants comme les syrphes, elles ont produit peu de biomasse. Or les observations montrent une corrélation forte entre production de biomasse au sol et retour de la biodiversité des réseaux trophiques décomposeurs. Ce sont surtout ces réseaux-là qui étaient recherchés en priorité.
La conclusion provisoire est donc qu’il faut avant tout des couverts très productifs, rampants et très couvrants. Il faudra ensuite réfléchir à la meilleure manière de réintroduire des fleurs, peut-être non pas dans le couvert lui-même, mais en bout de planche ou au pied des poteaux.
La phacélie pourrait malgré tout rester une piste, car elle n’est pas très haute et peut se développer dans un trèfle.
Gestion pratique des couverts
La gestion du couvert permanent paraît assez simple dans son principe : il faut laisser le couvert se développer, puis le faucher régulièrement avec une débroussailleuse, voire une tondeuse. Les outils ne sont pas encore totalement arrêtés.
La principale contrainte technique était de pouvoir aligner l’irrigation, les supports de lianes et les cultures au centre du rang, afin de conserver la possibilité de faucher de chaque côté.
Mise au point des supports de lianes
Pour cela, un modèle de support de liane a été mis au point. Il s’agit de deux fils galvanisés de 7 mm, pliés et enfoncés d’environ 40 cm dans le sol à la masse. Ils sont en deux parties, reliées par un petit morceau de tube plastique.
Le premier prototype était constitué d’une seule pièce pliée dans le fond, mais cette forme était compliquée à fabriquer. La version en deux demi-supports s’est révélée plus simple.
Une fois solidarisé avec le tuyau d’aspersion, l’ensemble semble mécaniquement satisfaisant. Le coût est d’environ un euro à un peu plus d’un euro par support. Un diamètre plus faible aurait permis de réduire le prix, mais le choix a été fait de sécuriser la tenue mécanique.
Le principe est de faire grimper tomates ou concombres entre chaque support. Lors des fauches, il faudra simplement éviter d’endommager les plants. Plus les fruits seront hauts, plus la récolte sera confortable et plus il sera facile de faucher sans les salir ni abîmer les plantes.
Le programme pour 2023
Le travail de 2023 repose désormais sur des andains où les couverts permanents sont déjà bien implantés, enracinés et développés.
Le premier enjeu sera de trouver une bonne méthode d’implantation des cultures dans ces couverts. L’idée envisagée est de faucher une ou deux fois le couvert avant plantation, puis de faire un trou assez profond, même s’il n’est pas très large, afin de casser le système racinaire du couvert à l’endroit du plant et créer une sorte de cheminée dans laquelle la culture pourra s’enraciner avec moins de concurrence.
La logique est la suivante : lorsqu’on fauche très ras un couvert, il doit remobiliser ses réserves racinaires pour refaire de la végétation. Pendant ce temps, il est moins concurrentiel sur le plan racinaire. Deux fauches avant plantation pourraient donc suffire à calmer le couvert.
Si besoin, il sera toujours possible de remettre un peu d’engrais soluble au pied de chaque plant pour l’aider à démarrer. Mais une fois que la culture aura pris le dessus en hauteur et développé son système racinaire, il n’y a pas de raison qu’elle ne domine pas le couvert.
Des essais sont prévus sur tomate, concombre, courgette, poivron, aubergine, et peut-être quelques rangs de haricots.
Comparaison entre modalités
Plusieurs modalités seront comparées cette année :
- des andains sans nouvel apport, pour voir ce que donne la fertilité héritée de l’année précédente ;
- des andains avec environ 100 t/ha de broyat ;
- des andains avec environ 200 t/ha de broyat ;
- des andains avec couvert permanent déjà installé.
L’objectif est de mesurer les différences de croissance entre ces modalités.
L’idée est simple : si les couverts permanents induisent une baisse de croissance de 10, 20 ou 30 %, cela signifie simplement qu’il manque encore cette proportion de services écologiques pour atteindre le niveau optimal cette année. Il faudra alors compenser par des apports d’engrais ou de matière organique supplémentaire, dans les mêmes ordres de grandeur.
François Mulet insiste sur le caractère volontairement simple de ce raisonnement, mais le juge opérant pour piloter les essais.
Retour de la biodiversité
Un autre grand enseignement de 2022 concerne le retour de la biodiversité.
Selon François Mulet, il faut d’abord raisonner en termes de biomasse. Il ne sert à rien de rechercher une biodiversité végétale maximale pour elle-même si cela ne produit pas assez de biomasse. Une forêt monospécifique peut rendre énormément de services écologiques. L’important est donc d’abord d’avoir des plantes adaptées, capables de produire beaucoup de biomasse dans le contexte donné.
Or, dans ces essais, un couvert monospécifique de menthe a produit de meilleurs résultats sur la biodiversité globale qu’un mélange fleuri peu productif. Cela ne veut pas dire qu’il ne faudra pas enrichir ensuite la diversité végétale, mais la priorité reste la production de biomasse.
Mesures de biodiversité réalisées
Des mesures de biodiversité ont été faites en 2022, principalement sur le sol et juste au-dessus du sol. Les compartiments aériens plus larges, comme les oiseaux ou les grands insectes volants, sont plus difficiles à mesurer.
Le résultat observé est très clair : partout où de la matière organique fraîche a été apportée, le retour d’une biodiversité non végétale très importante a été extrêmement rapide. On a retrouvé une biodiversité du sol proche de ce qu’on observe dans la nature.
Le même phénomène s’est produit avec les couverts permanents. À mesure que le couvert se développait, la biodiversité revenait au-dessus du sol. Plus le couvert était dense, ombrageant et productif en biomasse, plus les petites bêtes revenaient.
La vitesse de retour dépend simplement de la durée des cycles de reproduction des organismes. Ceux qui se reproduisent en quelques jours reviennent en quelques jours ; ceux dont le cycle est plus long mettent un peu plus de temps.
Il y a eu un retour massif de prédateurs variés : punaises, araignées, et même des guêpes ont commencé à recoloniser les serres.
Reconstitution d’habitats pour les prédateurs supérieurs
La réflexion actuelle est qu’il manque peut-être encore certains « super-prédateurs », de plus gros insectes carnivores capables de réguler l’ensemble des réseaux trophiques. Le problème pourrait être cette fois un manque d’habitat.
Pour 2023, il est donc prévu de recommencer des mesures de biodiversité, mais aussi d’installer des habitats artificiels : pots, bouts de tubes, morceaux de bois percés, etc., afin de voir si cela permet de faire revenir des prédateurs plus gros et de compléter la régulation biologique.
L’objectif final est d’obtenir :
- une bonne décomposition de la matière organique ;
- un couvert permanent lui-même bien régulé ;
- une serre entière dotée d’un réseau trophique assez complet pour limiter les ravageurs des cultures.
Le premier indicateur reste très concret : si certaines plantes se font ravager, cela peut indiquer un manque de biodiversité, mais aussi d’autres déséquilibres comme un excès de fertilité, un problème d’irrigation ou de lumière.
Travail à venir sur la valeur nutritive des cultures
Un autre axe de travail prévu pour l’été concerne l’évaluation de la valeur nutritive des cultures.
Les premiers indicateurs seront simples, notamment le taux de matière sèche. Des différences importantes ont déjà été observées entre producteurs de tomates à variété équivalente. Plus on met d’eau et d’engrais minéraux nitratiques, plus on obtient des plantes turgescentes, donc des fruits plus riches en eau et plus pauvres en matière sèche. Mais cela peut aussi arriver en sol vivant quand la fertilité est trop forte et la lumière insuffisante.
Le couvert permanent pourrait justement aider à lisser la fertilité sur la saison, en captant les excès. Une plante comme la menthe pourrait par exemple absorber un surplus de fertilité à un moment donné.
Les indicateurs envisagés sont :
- la matière sèche ;
- la densité des tissus ;
- les nitrates de sève, de fruit et de sol ;
- le sucre (Brix) ;
- les mesures réalisables avec la mallette Horiba ;
- divers éléments minéraux ;
- si possible la vitamine C et les carotènes.
La vitamine C et les carotènes sont vus comme des indicateurs intéressants de l’intensité photosynthétique et de la bonne santé des plantes.
Les mesures seront menées entre juin et août, pour des résultats attendus à l’automne. Les écarts entre modalités — couverts, doubles rations organiques, andains sans nouvel apport — devraient être particulièrement instructifs.
Conclusion
Cette serre a servi à mettre au point une stratégie complète :
- remise en vie du sol par apport de matière organique ;
- inoculation de vers de terre, notamment épigés en phase de transition ;
- implantation et comparaison de nombreux couverts permanents ;
- premières observations sur le retour de la biodiversité ;
- préparation d’essais plus poussés sur l’autofertilité, la régulation biologique et la qualité nutritionnelle des cultures.
Les pistes les plus prometteuses à ce stade semblent être :
- les graminées, pour les cultures hautes d’été ;
- les trèfles, notamment pour leur capacité à coloniser l’espace et leur intérêt possible pour des cultures plus basses ;
- la menthe, qui apparaît comme un couvert permanent particulièrement performant en serre.
D’autres vidéos devraient suivre pour présenter la suite des essais, notamment :
- les cultures d’été sur couvert permanent en serre ;
- les essais de courges et courgettes sur couvert permanent en plein champ ;
- et le travail mené dans une serre multichapelle avec cultures d’été sur trèfle.