Rencontres nationales 2022 - 2éme journée - Céline Basset - Association Blue Soil
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Deux journées autour du maraîchage sol vivant ont été organisées le 7 et 8 Novembre 2022. A l'issue de ces rencontres, Céline Basset, de l'association Blue Soil qui travaille sur la régénération du microbiote du sol via l'épandage de compost et la mise en place de pratiques en non-travail du sol via un plan alimentaire territoriale.
Le site de l'association Blue Soil :
https://www.bluesoil.org/?fbclid=IwAR0o-YGzu3wxlnNZtUuI2xWebC7-0LwXee9KTeXVc3-kA8V_8jKkIK9Pepo
La page Facebook de l'association :
https://www.facebook.com/people/La-FERME-BLUE-SOIL/100057497197472/
Prochaines rencontres Nationales le 4 et 5 Novembre 2023 !
Inscrivez vous ici (prix libre, les inscriptions permettent de nous faciliter la logistique) : https://www.helloasso.com/associations/maraichage-sol-vivant/evenements/rencontres-nationales-msv-2023
Pour encore plus de vidéo MSV, n'hésitez pas a participer aux financement des futurs portraits de ferme : https://www.helloasso.com/associations/maraichage-sol-vivant/formulaires/2
Présentation de l’intervention
Céline Basset, de l’association Blue Soil, intervient sur le lien entre les micro-organismes du sol, les thés de compost, la santé des sols et la santé des plantes. Son propos élargit aussi cette question à la santé humaine et animale, en insistant sur l’idée d’un continuum entre le vivant microscopique, le vivant végétal, le vivant animal et le vivant humain.
Elle précise qu’elle se déplace avec un microscope dans une démarche de sensibilisation, comme un « laboratoire mobile », afin de faire découvrir les acteurs invisibles du sol. L’objectif de l’atelier est de montrer que ces organismes, bien qu’invisibles à l’œil nu, ont des conséquences très visibles sur la fertilité, la régénération du cycle de l’eau, l’autofertilité des sols et les systèmes immunitaires des plantes, des animaux et des humains.
L’atelier doit aussi permettre d’identifier concrètement les « cinq acteurs du sol », à partir notamment d’un prélèvement réalisé sur un sol proche d’une rivière, indiqué par Hervé Coves, et décrit comme un sol « qui sent bon la forêt ».
Parcours de Céline Basset
Céline Basset explique qu’elle n’est pas issue d’une formation initiale d’ingénieure agronome ni de microbiologiste. Elle est diplômée d’un master recherche en sciences humaines et sociales, avec une spécialisation en psychologie cognitive, psychologie et neurosciences. Elle résume son parcours comme un passage « du monde du cerveau au monde de la terre », tout en soulignant qu’il existe de nombreux parallèles entre les deux.
Elle indique avoir également été réserviste en gendarmerie pendant ses études, ce qui l’a sensibilisée aux questions de sécurité. Elle fait d’ailleurs un lien entre ces problématiques de sécurité et l’état du microbiote du sol, lien qu’elle rattache aujourd’hui à son travail de recherche.
Son retour au sol est d’abord lié à une expérience personnelle de santé. Alors qu’elle vivait aux États-Unis, elle a souffert d’une maladie touchant le microbiote intestinal, qui l’a fortement dévitalisée. Elle attribue cette situation à une alimentation de mauvaise qualité, qui a appauvri son microbiote intestinal. Ce vécu a constitué un déclic : elle a voulu comprendre pourquoi elle était tombée malade, et a alors commencé à s’intéresser à ce qu’elle mangeait, puis aux méthodes culturales qui déterminent la qualité de l’alimentation.
C’est à partir de là qu’elle s’est orientée vers les questions de sol et de microbiologie appliquée.
Rencontre avec l’école du docteur Ingham
Céline Basset cite l’école du docteur Elaine Ingham comme une référence majeure dans son parcours. Elle présente Elaine Ingham comme une pionnière de la microbiologie appliquée depuis les années 1990.
Elle distingue deux approches complémentaires :
- une approche taxonomique, qui cherche à identifier les espèces présentes, souvent à partir d’analyses ADN ;
- une approche fonctionnelle, qui l’intéresse particulièrement, consistant à se demander qui sont les organismes présents, ce qu’ils font dans le sol, et comment les élever localement pour restaurer les fonctions du sol.
Elle se décrit comme largement autodidacte dans ce domaine, en s’appuyant à la fois sur la formation, l’observation et l’expérimentation de terrain.
Expérimentations à l’étranger
Avant de revenir en France, Céline Basset a mené plusieurs expériences à l’étranger.
Elle commence à Brooklyn, où elle travaille sur de petites surfaces avec des méthodes inspirées de la permaculture. N’ayant pas de diplôme agricole à ce moment-là, elle cherche d’abord à valider ses intuitions par la pratique.
Par la suite, elle travaille aussi au Vietnam, où elle dispose d’un terrain d’expérimentation plus vaste et doit faire face à des sols très dégradés, notamment contaminés à l’agent orange. C’est dans ce contexte qu’elle commence à développer des techniques d’élevage de micro-organismes dans l’eau, en s’inspirant de l’aquaponie. Elle explique ainsi avoir élevé des micro-organismes pour le sol dans l’eau, par différentes techniques : compost microbiologique oxygéné, lombricompostage oxygéné, et ce qu’elle appelle plus récemment la « microbioponie », c’est-à-dire des systèmes utilisant notamment des urines et de l’eau de pluie pour cultiver bactéries, protozoaires et autres organismes.
Elle évoque ensuite une mission en Birmanie, où elle a été sollicitée pour régénérer une décharge à ciel ouvert. Elle précise que cette mission a renforcé sa conviction de toujours travailler dans une logique expérimentale, avec humilité quant aux résultats possibles. Les photographies qu’elle présente montrent, d’un côté, la décharge initiale, et de l’autre, le site après un an de travail fondé sur des ensemencements microbiens.
À cette époque, elle n’utilisait pas encore les techniques du docteur Ingham, mais avait déjà développé des approches proches, basées sur la culture de micro-organismes dans l’eau, particulièrement adaptées aux contextes tropicaux, où les sols sont souvent hydromorphes et pauvres en oxygène.
Retour en France et création d’outils de recherche
De retour en France en 2019, après plusieurs années à l’étranger, Céline Basset s’installe sur les terres de sa mère, dans la Drôme provençale, où elle crée une petite entreprise agricole.
Elle précise cependant que cette structure ne vise pas le chiffre d’affaires classique : les légumes produits servent avant tout à être analysés en laboratoire, par exemple chez Eurofins, afin d’évaluer leur qualité nutritionnelle.
Dans la continuité de ce travail, elle développe plusieurs structures :
- la Ferme du sol, une association reconnue d’intérêt général, orientée vers la recherche et développement ;
- le Laboratoire santé du sol ;
- un travail de doctorat, récemment accepté, au CNAM, dans un laboratoire lié aux questions de sécurité-défense.
Son projet doctoral vise à replacer le sol, en tant qu’entité vivante, au centre des stratégies de reterritorialisation. L’idée est de faire dialoguer des mondes qui se parlent peu : élus, collectivités, agriculture, écologie, alimentation, sécurité. Elle souhaite développer une approche d’« agroécologie territorialisée », dans laquelle le sol devient pivot de la civilisation, de l’eau, du climat et de la vie. Elle résume cela par une formule directe : sans sol, il n’y a plus rien.
Travail avec les territoires et les agriculteurs
Céline Basset indique travailler avec la communauté de communes de Bourdeaux-Dieulefit, dans le cadre du projet alimentaire territorial. Elle accompagne actuellement plusieurs agriculteurs engagés dans un protocole expérimental.
Le principe est de réaliser un état initial des sols, puis d’élever des micro-organismes endogènes, c’est-à-dire locaux, très territorialisés. Elle insiste sur le fait que chaque sol possède en quelque sorte sa propre « empreinte digitale » microbiologique.
Ce protocole s’applique à des productions très variées :
- maraîchage ;
- horticulture ;
- plantes aromatiques ;
- vigne ;
- céréales.
Elle souligne l’importance de disposer d’un tel protocole sur différents types de cultures, afin de mieux comprendre les dynamiques à l’œuvre et d’adapter les pratiques.
Elle mentionne également plusieurs agricultrices et agriculteurs engagés dans cette démarche expérimentale, en précisant que le groupe ne cesse de s’agrandir.
Volonté de partage et publications
Céline Basset insiste sur sa volonté de partager les connaissances produites. Elle explique avoir une chaîne YouTube sur laquelle elle diffuse la méthodologie, les résultats, mais aussi les erreurs et les échecs, qu’elle considère comme des étapes essentielles de l’apprentissage.
Elle refuse l’idée d’une recherche enfermée dans un laboratoire inaccessible et souhaite au contraire rendre les protocoles expérimentaux lisibles pour le plus grand nombre.
Elle cite aussi deux ouvrages :
- Produire en régénérant, qui retrace son cheminement dans différents contextes climatiques, politiques et sociaux ;
- un autre ouvrage coécrit, plus « classique » selon ses termes, auquel ont aussi contribué notamment le professeur Atanassov et Marc-André Selosse.
Elle évoque également l’idée d’un « microbiote social », en parallèle du microbiote des sols et des intestins.
Les vulnérabilités systémiques
Avant d’entrer dans le détail des micro-organismes, Céline Basset prend du recul pour présenter plusieurs vulnérabilités systémiques qui rendent urgente la régénération du microbiote du sol.
Dépendance alimentaire
Elle rappelle que notre alimentation peut nous rendre malades, comme cela a été son cas, et qu’elle dépend aussi de chaînes logistiques longues, avec de nombreux intermédiaires. Cela augmente les coûts, l’empreinte carbone, et fragilise les producteurs locaux.
Elle reprend ici des réflexions menées avec Stéphane Linou sur la résilience alimentaire. Le territoire, dit-elle, s’est démusclé. Il faut revenir non seulement de la ferme à l’assiette, mais plus encore du sol à l’assiette, afin d’augmenter l’autonomie alimentaire.
Elle rappelle également que la transition vers des systèmes agroécologiques, agroforestiers ou microbiologiques est difficile pour les agriculteurs, notamment en l’absence de soutien suffisant de la commande publique ou de financements adaptés.
Crise du monde paysan
Elle souligne qu’« un pays sans paysans », ou plutôt sans paysannes et paysans, est dans une situation critique. Elle insiste sur la difficulté de faire évoluer les systèmes de production, et sur la fatigue, voire le burn-out, qui touche aujourd’hui une partie du monde agricole.
Elle rappelle que les indicateurs économiques de l’agroécologie restent encore peu stabilisés, y compris dans les institutions de recherche.
Dégradation des paysages et tassement des sols
À son retour d’Asie, Céline Basset dit avoir été frappée par la disparition des arbres et des haies dans de nombreux paysages agricoles français. Elle y voit le signe d’écosystèmes « à bout de souffle ».
Pour elle, le problème central est le tassement du sol, qu’elle désigne comme l’ennemi public numéro un. Un sol tassé provoque l’effondrement de l’habitat des micro-organismes. Il sélectionne davantage des organismes pathogènes que des organismes bénéfiques.
Elle utilise l’image du compte bancaire : si l’on reste en permanence à découvert, on finit par être interdit bancaire. Selon elle, c’est ce qui arrive aujourd’hui aux sols.
La question de la temporalité
Céline Basset insiste fortement sur la temporalité des processus écologiques. En s’appuyant sur les travaux du docteur Elaine Ingham, elle rappelle que les écosystèmes se développent par succession écologique.
La nature passe du caillou à la forêt, mais ce chemin prend du temps, parfois plusieurs centaines d’années. À l’inverse, l’échelle humaine est beaucoup plus courte, et l’agriculture doit rester capable de nourrir les populations à court terme.
Elle explique que cette temporalité écologique l’a d’abord choquée : selon les cas, la restauration d’un sol peut prendre deux ans, cinq ans, dix ans, vingt ans, sans qu’il soit possible de fixer un délai universel. La nature a ses propres délais de cicatrisation.
Elle compare cela à une blessure humaine : si quelqu’un sort de l’hôpital après s’être blessé au genou, on ne peut pas lui demander de courir un marathon immédiatement. Le vivant a besoin de temps pour se réhabiliter.
Elle rappelle aussi que les humains font partie de la nature, au même titre que les autres vivants.
Succession écologique et ratio bactéries/champignons
Selon les travaux qu’elle mobilise, la succession végétale observée en surface est liée à une succession biologique dans le sol, en particulier à l’évolution du ratio entre bactéries et champignons.
Ce ratio dépend notamment du ratio carbone/azote des matières organiques apportées. Céline Basset insiste sur ce point : il ne suffit pas de dire qu’on apporte de la matière organique ; il faut se demander laquelle, et pour nourrir qui.
La matière organique est, selon son expression, le « menu du restaurant » des micro-organismes.
Quelques exemples donnés :
- une tonte de pelouse favorise plutôt les bactéries ;
- cela peut convenir à certaines cultures comme les Brassicacées ou les moutardes ;
- en revanche, d’autres cultures, notamment certaines cultures maraîchères, ont davantage besoin de mycorhizes ;
- le brocoli, par exemple, n’aime pas la mycorhize et préfère les bactéries, en particulier les actinobactéries.
Dans les premiers stades de la succession écologique, les systèmes sont dominés par les bactéries. Puis le rapport s’équilibre, avant d’évoluer vers une dominance fongique, typique des systèmes forestiers.
Pour Céline Basset, cette dynamique donne accès au « règlement intérieur » de la nature.
Intérêt de la brique microbiologique dans les transitions agricoles
Face à l’urgence écologique et alimentaire, Céline Basset estime qu’il est nécessaire d’ajouter une « brique microbiologique » aux méthodes régénératives déjà en cours : agroécologie, agroforesterie, agriculture syntropique, etc.
Elle ne présente pas cette microbiologie comme un remplacement de ces approches, mais comme un socle de départ. Son rôle est de faciliter la mise en place des systèmes régénératifs, en restaurant plus rapidement un microbiote du sol fonctionnel.
Son travail commence donc souvent par :
- un diagnostic de l’état du sol ;
- l’évaluation du ratio bactéries/champignons ;
- l’identification des besoins selon la culture ;
- la production locale de micro-organismes ;
- le choix de matières organiques locales adaptées.
Elle insiste également sur le refus de faire venir de la matière organique de loin : l’objectif est de travailler avec les ressources du territoire.
Selon les retours d’expérience issus notamment du réseau Soil Food Web, ces pratiques peuvent permettre d’accélérer la restauration du microbiote du sol, parfois sur des périodes de un à trois ans en moyenne.
Le sol tassé, la profondeur racinaire et la compétition
Céline Basset donne l’exemple d’une vigne suivie dans son protocole. Sur certains sols, elle observe des racines très superficielles, à seulement quelques centimètres de profondeur, y compris dans des parcelles conduites depuis longtemps en agroécologie.
À l’aide d’un compactomètre, de tests d’infiltration, d’analyses ADN et d’analyses microbiologiques, elle cherche à diagnostiquer les causes de cette situation.
Elle explique qu’au-delà de 20 bars de pression, les racines ne peuvent plus pénétrer le sol. Entre 10 et 20 bars, seules certaines plantes pionnières ou certains arbres peuvent passer. En dessous de 10 bars, les racines des cultures maraîchères ou céréalières peuvent mieux se développer.
Quand le sol est compacté, les racines restent en surface et entrent en compétition les unes avec les autres pour l’eau et les nutriments. Dans ce cas, laisser des couverts ou de l’enherbement peut effectivement accentuer cette compétition. Pour elle, ce n’est pas l’enherbement en lui-même qui pose problème, mais le contexte physique du sol.
Le cycle de l’eau et le rôle des plantes vivaces
Céline Basset présente des travaux de James Benton Jones montrant les effets des différents systèmes de culture sur l’infiltration de l’eau, le ruissellement et la recharge des nappes.
Elle distingue plusieurs situations :
- en conventionnel, on observe une forte érosion et peu de recharge des nappes ;
- en système raisonné, la situation reste dégradée ;
- avec paillage et couverture, il y a déjà une amélioration ;
- avec des vivaces et un sol bien structuré, l’eau pénètre, les nappes se rechargent et l’eau devient claire.
Elle insiste sur le fait qu’un sol vivant agit comme un rein. Il filtre, structure et épure l’eau. Lorsque cette fonction rénale du sol est restaurée, l’eau qui circule est plus propre.
Elle relie aussi cela aux problèmes plus larges d’eutrophisation et de pollution des eaux.
Les plantes comme éleveuses de micro-organismes
Un point central de l’intervention est la fonction des plantes dans l’entretien du microbiote du sol.
Céline Basset propose une vulgarisation de la relation symbiotique entre plantes et micro-organismes : la plante est en quelque sorte une éleveuse de micro-organismes.
Par la photosynthèse, elle produit des sucres. Une partie de ces sucres est libérée dans la zone racinaire sous forme d’exsudats. Ces sucres nourrissent des micro-organismes spécifiques, que la plante « choisit » en fonction de ses besoins.
Selon les cas, certains organismes préfèrent des sucres simples, d’autres des composés plus complexes. Ainsi, le végétal sélectionne autour de lui une communauté microbienne capable de lui fournir, en retour, les nutriments et micronutriments dont il a besoin.
Elle explique que lorsque l’on apporte directement des engrais, on court-circuite cette relation. La plante n’a plus intérêt à investir autant dans la production d’exsudats et dans l’entretien de sa communauté microbienne. À court terme, l’engrais peut soutenir le rendement ; mais à long terme, il affaiblit la coopération biologique.
Dans la même logique, arracher systématiquement les plantes spontanées revient à supprimer ce qu’elle appelle le « levain microbien », c’est-à-dire les communautés de micro-organismes maintenues par les racines vivantes.
Importance des racines
Céline Basset critique les représentations simplifiées des plantes qui ne montrent que la partie aérienne. Elle explique qu’un schéma sans les racines est en partie faux.
Pour elle, l’un des enjeux majeurs est de remettre au centre l’importance des systèmes racinaires, notamment des racines verticales, capables de rouvrir des passages dans le sol, de favoriser l’infiltration de l’eau et d’alimenter les nappes phréatiques.
Elle appelle à sensibiliser dès l’enfance à cette dimension cachée du vivant.
Observation visuelle de la structuration du sol
Céline Basset montre également des exemples de changement de couleur dans ses observations de terrain.
Sur sa parcelle de Dieulefit en 2019, elle avait un sol à dominante bactérienne, sur une colline de potier avec un pH de 8,8. Un an et demi plus tard, après ensemencements microbiens et apports de matières organiques adaptées, la couleur du sol observé en tube change.
Elle interprète cette évolution comme le signe de l’activité fongique et de la production d’acides humiques et fulviques. Un sol bien structuré se reconnaît aussi à la difficulté à le diluer, du fait de sa richesse en matière organique et en micro-organismes.
À l’inverse, dans des sols travaillés avec des engins lourds, l’eau du tube se trouble fortement : signe d’érosion, de mauvaise structure et de moindre fonction rénale du sol.
Le microbiote du sol et la santé
Céline Basset revient enfin au point de départ de son parcours : la santé.
Pour elle, la qualité du microbiote du sol conditionne en partie celle du microbiote intestinal humain. Le lien entre santé du sol, santé des plantes, qualité alimentaire et santé humaine est direct.
Son expérience personnelle de maladie a servi de déclencheur, mais elle l’inscrit désormais dans une réflexion plus large sur les systèmes alimentaires, l’écologie et la résilience des territoires.
Les cinq acteurs du sol
Dans l’approche fonctionnelle qu’elle présente, les organismes du sol sont organisés en chaîne alimentaire. L’objectif n’est pas d’identifier toutes les espèces présentes, mais de comprendre qui est là, quelle est sa fonction, et si cette fonction est bénéfique ou pathogène.
Les cinq grands groupes qu’elle distingue sont :
- les bactéries ;
- les champignons ;
- les protozoaires ;
- les nématodes ;
- les micro-arthropodes.
Elle évoque aussi les vers de terre, en particulier dans le cadre du lombricompostage oxygéné, en rappelant que leur intestin héberge lui aussi des souches locales de micro-organismes.
Elle insiste sur l’importance du caractère local du microbiote : pour elle, il est essentiel de travailler avec des organismes endogènes, adaptés au territoire, plutôt que d’introduire des organismes venus d’ailleurs, ce qui pourrait produire des déséquilibres écologiques.
Rôle des bactéries et des champignons
Les bactéries et les champignons sont présentés comme les premiers décomposeurs.
Les bactéries sont décrites comme des organismes « monotâches » : elles produisent une enzyme donnée et dégradent certains éléments de manière ciblée, mais relativement lente.
Les champignons, à l’inverse, sont décrits comme des organismes « multitâches » : ils disposent de nombreuses enzymes, peuvent former de très longues structures et dégrader plus efficacement des composés complexes.
Mais, selon Céline Basset, leur présence ne suffit pas à elle seule à rendre les nutriments disponibles pour les plantes.
Rôle des protozoaires, nématodes et micro-arthropodes
Pour que les nutriments deviennent biodisponibles sous une forme assimilable par les racines, il faut l’intervention des prédateurs de cette chaîne alimentaire :
- les protozoaires, qui consomment principalement les bactéries ;
- les nématodes, qui peuvent notamment consommer les champignons ou les bactéries selon les groupes ;
- les micro-arthropodes, qui participent eux aussi à la prédation et au recyclage.
Ce sont les déjections de ces organismes qui remettent les éléments nutritifs en circulation sous forme disponible pour les plantes.
Céline Basset insiste sur le fait que c’est là que se joue l’autofertilité du sol. Sans cette chaîne complète, il n’y a pas de véritable relocalisation des cycles biogéochimiques.
Elle propose un parallèle avec les territoires humains : comme dans un territoire, il faut de la diversité, du nombre et des liens entre les acteurs.
Conditions de vie des micro-organismes
Les cinq acteurs du sol dépendent de deux conditions essentielles : l’oxygène et l’alimentation.
Pour rendre cette idée concrète, Céline Basset utilise une comparaison avec le couple : si une personne manque d’oxygène et mange mal, elle finit par partir. De la même manière, les micro-organismes ne restent pas ou ne fonctionnent pas bien dans un milieu pauvre en oxygène et en nourriture adaptée.
Dans un sol anaérobie, notamment lorsque des semelles de compaction se forment très près de la surface, les racines restent horizontales et l’on sélectionne davantage des organismes pathogènes. Elle précise qu’en dessous d’un certain seuil d’oxygène dans le sol, les grands groupes biologiques bénéfiques disparaissent progressivement ou ne peuvent plus assurer correctement leurs fonctions.
L’intervention se poursuit ensuite sur cette question de l’anaérobiose et de la sélection des pathogènes dans les sols compactés.