Initiative du 4p1000 : bilans et perspectives, par Paul Luu

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Dans cette intervention, Paul Luu replace l’initiative internationale « 4 pour 1000 » dans un cadre plus large : préserver la biodiversité, renforcer la sécurité alimentaire et lutter contre le changement climatique. Il rappelle trois priorités complémentaires : protéger les habitats naturels encore intacts, restaurer les écosystèmes dégradés, et transformer les pratiques agricoles pour augmenter le stockage du carbone dans les sols. Ce carbone améliore la fertilité, la rétention d’eau, la résistance à l’érosion et la résilience des cultures face aux aléas climatiques. Paul Luu explique aussi l’origine du nom « 4 pour 1000 » : une hausse annuelle de 0,4 % du carbone des sols pourrait compenser une part importante des émissions humaines. Il insiste enfin sur le rôle central des agriculteurs, qu’il faut mieux accompagner par la formation, le conseil, des politiques adaptées et une rémunération des services environnementaux rendus à la société.

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Résumé
Dans cette intervention, Paul Luu replace l’initiative internationale « 4 pour 1000 » dans un cadre plus large : préserver la biodiversité, renforcer la sécurité alimentaire et lutter contre le changement climatique. Il rappelle trois priorités complémentaires : protéger les habitats naturels encore intacts, restaurer les écosystèmes dégradés, et transformer les pratiques agricoles pour augmenter le stockage du carbone dans les sols. Ce carbone améliore la fertilité, la rétention d’eau, la résistance à l’érosion et la résilience des cultures face aux aléas climatiques. Paul Luu explique aussi l’origine du nom « 4 pour 1000 » : une hausse annuelle de 0,4 % du carbone des sols pourrait compenser une part importante des émissions humaines. Il insiste enfin sur le rôle central des agriculteurs, qu’il faut mieux accompagner par la formation, le conseil, des politiques adaptées et une rémunération des services environnementaux rendus à la société.

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Remettre l’initiative 4 pour 1000 dans son contexte

Paul Luu explique d’abord que les diapositives ne sont qu’un support pour « diverger pour converger », c’est-à-dire pour replacer l’initiative 4 pour 1000 dans un cadre plus large. Selon lui, il est indispensable de rappeler le contexte général dans lequel s’inscrit cette initiative.

L’enjeu n’est pas seulement technique ou agricole. Il s’agit de remettre en perspective les liens entre :

  • la biodiversité ;
  • la lutte contre le changement climatique ;
  • la sécurité alimentaire.

Il insiste sur l’idée qu’il ne s’agit pas de « sauver la planète », mais bien de sauver l’humanité. La planète, elle, continuerait d’exister même sans les humains. En revanche, les sociétés humaines pourraient disparaître si elles ne parviennent pas à rétablir des systèmes durables. Dans cette perspective, retrouver de la biodiversité, lutter contre le changement climatique et assurer la sécurité alimentaire mondiale sont trois objectifs indissociables.

Trois types d’actions à développer simultanément

Pour Paul Luu, il faut développer en même temps trois grandes catégories d’actions.

Conserver les habitats naturels intacts

La première action consiste à conserver autant que possible les habitats naturels encore intacts, c’est-à-dire les espaces peu modifiés par l’activité humaine. Cela passe par une protection renforcée de ces milieux.

Cette conservation est importante pour la biodiversité, mais aussi pour le carbone. En effet, ces habitats contribuent au piégeage du carbone :

  • dans les sols ;
  • dans la biomasse aérienne, notamment végétale.

Paul Luu rappelle que les zones « chaudes » de biodiversité recoupent souvent des zones naturelles sensibles dont les sols sont également riches en carbone.

Restaurer les écosystèmes dégradés

Le deuxième type d’action concerne la restauration des écosystèmes dégradés. Il part du constat que de nombreuses erreurs ont été commises et que de nombreux paysages ont été profondément transformés.

Restaurer ne signifie pas revenir exactement à l’état initial, ce qui serait souvent impossible, la nature ayant une histoire et une complexité très largement antérieures aux sociétés humaines. En revanche, il est possible de restaurer au maximum les fonctionnalités écologiques.

Des travaux scientifiques ont montré qu’en identifiant des zones prioritaires à l’échelle de la planète, il serait possible d’avoir un impact significatif :

  • sur le captage du carbone atmosphérique ;
  • sur l’accroissement de la biodiversité.

Paul Luu souligne toutefois qu’il faut intégrer des critères socio-économiques dans le choix de ces zones, afin de ne pas chercher à restaurer à tout prix des espaces indispensables à l’activité humaine et aux populations. Il s’agit donc de concilier les objectifs écologiques et les réalités sociales.

Transformer les pratiques agricoles

Le troisième type d’action, qui est au cœur de l’initiative 4 pour 1000, consiste à travailler sur les pratiques agricoles.

Il faut agir partout, mais en priorité dans :

  • les zones à fort potentiel de séquestration du carbone ;
  • les zones à fort risque de déstockage.

Paul Luu insiste sur ce second point : il ne suffit pas de chercher à ajouter du carbone dans les sols, il faut aussi éviter les pertes là où du carbone est déjà stocké. L’action doit donc porter à la fois sur l’augmentation des stocks et sur la prévention de leur diminution.

Pourquoi stocker du carbone dans les sols ?

Paul Luu présente ensuite plusieurs raisons majeures pour lesquelles le stockage du carbone dans les sols est essentiel.

Améliorer la résilience des sols et l’adaptation de l’agriculture

Lorsque l’on augmente la matière organique des sols, on améliore :

  • leur capacité de rétention d’eau ;
  • leur résistance à l’érosion, notamment éolienne ;
  • leur résilience face aux aléas climatiques.

Dans un contexte où le changement climatique a déjà commencé, des sols plus riches en carbone permettent à l’agriculture de mieux supporter :

  • les épisodes de sécheresse ;
  • les épisodes de fortes pluies.

Le stockage du carbone dans les sols est donc un levier essentiel d’adaptation de l’agriculture au changement climatique.

Retirer du carbone de l’atmosphère grâce à la photosynthèse

Le deuxième intérêt majeur est la possibilité de capter du carbone atmosphérique et de le transférer vers les sols grâce à la photosynthèse.

Paul Luu présente celle-ci, sur un ton volontairement marquant, comme une « technologie révolutionnaire », à la fois :

  • à faible coût ;
  • à émissions négatives ;
  • fondée sur l’énergie solaire.

Cette technologie n’a pas été inventée par l’être humain, mais elle reste, selon lui, ce que l’on a de plus performant et de moins coûteux. Les végétaux captent le carbone de l’atmosphère, et des pratiques appropriées permettent ensuite d’en favoriser le stockage dans les sols, si possible pour des décennies, voire des millénaires.

Renforcer la sécurité alimentaire mondiale

Le troisième grand intérêt du stockage du carbone dans les sols est son lien direct avec la sécurité alimentaire.

L’augmentation de la matière organique :

  • accroît la fertilité des sols ;
  • améliore les rendements ;
  • stabilise les rendements dans le temps.

Cette stabilisation est particulièrement importante pour les populations qui vivent de l’agriculture. Paul Luu souligne également que ces pratiques permettent de restaurer les sols et les terres dégradées.

L’origine du nom « 4 pour 1000 »

Paul Luu revient ensuite sur l’origine de ce nom, qu’il présente avec humour comme un « calcul de coin de table » fait par des scientifiques français.

L’idée de départ repose sur un ordre de grandeur simple :

  • les sols de la planète contiennent entre 1 500 et 2 400 gigatonnes de carbone ;
  • si l’on ne considère que les 30 premiers centimètres, on est plutôt entre 860 et 1 000 gigatonnes ;
  • les activités humaines émettent chaque année environ 10 gigatonnes de carbone ;
  • les forêts naturelles et les océans n’en absorbent qu’environ la moitié ;
  • il reste donc un peu plus de 4 gigatonnes de carbone qui s’accumulent chaque année dans l’atmosphère.

Dès lors, si l’on augmentait chaque année de 0,4 % (soit 4 pour 1000) la quantité de carbone stockée dans les sols, cela permettrait théoriquement de compenser l’augmentation annuelle du carbone atmosphérique liée aux activités humaines.

Paul Luu précise toutefois plusieurs points importants :

  • le « 4 pour 1000 » est une direction, pas une valeur à appliquer uniformément partout ;
  • cet objectif n’est pas atteignable de la même manière dans tous les sols et sous tous les climats ;
  • il ne s’agit pas d’un blanc-seing permettant de continuer à émettre du carbone sans limite.

L’enjeu est plutôt d’utiliser cette capacité de captage offerte par la photosynthèse tout en cherchant à atteindre la neutralité le plus rapidement possible.

La naissance de l’initiative

L’initiative 4 pour 1000 est née à la COP21, à Paris, en décembre 2015, sous l’impulsion de Stéphane Le Foll, alors ministre français de l’Agriculture.

Paul Luu rappelle que l’agriculture était alors insuffisamment présente dans les discussions climatiques, et quand elle était mentionnée, c’était souvent sous un angle négatif. Il cite l’idée selon laquelle, à l’horizon 2050, l’agriculture pourrait représenter jusqu’à 50 % des émissions liées aux activités humaines, contre environ 25 % aujourd’hui.

L’objectif de Stéphane Le Foll était donc de changer le regard porté sur l’agriculture et de montrer qu’elle peut faire partie de la solution.

Les objectifs de l’initiative

L’initiative 4 pour 1000 vise, à travers la promotion de la séquestration du carbone dans les sols via la matière organique et les pratiques agricoles et forestières, à :

  • améliorer la sécurité alimentaire ;
  • adapter l’agriculture au changement climatique ;
  • contribuer à l’atténuation du changement climatique.

Le tout doit s’inscrire dans le respect des objectifs de développement durable.

Paul Luu souligne également plusieurs principes qui tiennent particulièrement à cœur à l’initiative :

  • le respect des droits humains ;
  • le respect des régimes fonciers et de la sécurité foncière des agriculteurs ;
  • le bien-être humain et animal.

Une gouvernance inclusive

L’initiative repose sur une gouvernance que Paul Luu qualifie d’inclusive. Cela signifie que l’ensemble des parties prenantes concernées sont associées :

  • gouvernements ;
  • organisations internationales ;
  • ONG ;
  • entreprises ;
  • organisations de producteurs agricoles et forestiers ;
  • scientifiques.

Il insiste sur le fait qu’aucune catégorie d’acteurs ne doit parler plus fort que les autres. L’initiative n’est pas un groupement purement intergouvernemental.

À sa création en 2015, l’initiative comptait 160 signataires. Cinq ans plus tard, elle en rassemble 621. Environ la moitié de ces signataires sont membres, c’est-à-dire qu’ils participent aux décisions.

Les entreprises, en revanche, ne peuvent pas être membres à part entière, car leurs objectifs commerciaux ne doivent pas infléchir des politiques qui relèvent de l’intérêt public.

Paul Luu mentionne également les responsables de la gouvernance, notamment :

  • Stéphane Le Foll ;
  • Ibrahim Mayaki, secrétaire exécutif du NEPAD ;
  • Gabriel Bastien, directrice fondatrice de Regeneration Canada.

Le travail scientifique réalisé

Depuis le début, l’initiative s’appuie sur un comité scientifique et technique composé de 14 membres, avec une parité femmes-hommes et une représentation de toutes les régions du monde.

Ce comité ne rassemble pas seulement des spécialistes de la science du sol, mais un ensemble plus large de compétences scientifiques.

Ses travaux ont déjà donné lieu à :

  • plus de dix réunions ;
  • des documents d’orientation ;
  • un projet international de recherche et de coopération scientifique sur la séquestration du carbone ;
  • un référentiel d’indicateurs et de critères pour évaluer les projets.

Ce référentiel permet de vérifier si un projet, un programme ou une pratique est bien en cohérence avec les principes de l’initiative 4 pour 1000.

Paul Luu souligne aussi la participation de l’initiative aux négociations internationales et la mise à disposition, sur son site internet, de ressources scientifiques destinées à différents publics.

Le forum des partenaires et la place des agriculteurs

L’un des traits originaux de l’initiative est d’être un partenariat multi-acteurs organisé en cinq collèges. Cela permet notamment de donner davantage de place à la parole des agriculteurs, qui ont souvent peu l’occasion de faire remonter leur expérience.

Cela permet aussi aux scientifiques de s’exprimer directement devant les décideurs, dans un cadre où l’on cherche à éviter les approches partielles ou démagogiques.

L’initiative mène également des actions de :

  • mobilisation et sensibilisation ;
  • animation d’une plateforme collaborative ;
  • communication via un site internet et les réseaux sociaux ;
  • organisation de réunions en marge des COP, afin de limiter les déplacements supplémentaires.

Une vision à l’horizon 2050

L’initiative s’est dotée d’un plan stratégique avec une vision à l’horizon 2050 : parvenir partout dans le monde à des sols sains et riches en carbone pour lutter contre le changement climatique et mettre fin à la faim.

Cette vision repose sur plusieurs principes directeurs, parmi lesquels :

  • placer la santé des sols au centre ;
  • replacer les agriculteurs au centre du jeu ;
  • promouvoir une approche multipartite ;
  • développer une coopération public-privé fondée sur la science et orientée vers les résultats.

Le plan stratégique est structuré en six grands buts et 24 objectifs précis, avec des cibles fixées pour 2030 et 2050. Un plan d’action doit venir concrétiser cet ensemble.

Inverser la trajectoire historique des sols agricoles

Paul Luu décrit ensuite une dynamique bien connue : lorsqu’un sol forestier est défriché puis cultivé, sa teneur en carbone diminue. Le système atteint ensuite un nouvel équilibre, souvent plus faible que l’état initial.

L’objectif aujourd’hui est d’inverser cette trajectoire, en adoptant de meilleures pratiques de gestion qui permettent de faire remonter le stock de carbone du sol :

  • d’abord vers une amélioration intermédiaire ;
  • puis, si possible, vers un niveau proche du potentiel naturel.

L’ambition est donc de sortir de la logique historique de déstockage pour revenir vers des sols plus vivants et plus riches.

Les pratiques mobilisées pour stocker du carbone

Paul Luu cite un ensemble de pratiques connues pour favoriser le stockage du carbone dans les sols, parmi lesquelles :

Il précise toutefois que l’atteinte du « 4 pour 1000 » dépend toujours du contexte :

  • type de sol ;
  • climat ;
  • disponibilité de biomasse ;
  • disponibilité de nutriments ;
  • disponibilité d’eau.

L’agroécologie comme direction générale

Paul Luu présente ensuite une vision plus large de l’évolution des systèmes agricoles. Il constate que la société demande aujourd’hui :

  • moins d’engrais minéraux ;
  • moins de produits phytosanitaires ;
  • plus de biodiversité ;
  • plus de séquestration du carbone dans les sols.

Selon lui, l’agriculture conventionnelle ne permet pas de répondre correctement à ces attentes. Il propose donc de s’inspirer davantage des écosystèmes naturels.

Dans cette perspective, l’agroécologie est présentée comme un cadre général, un concept et une vision permettant de faire évoluer les systèmes agricoles. Elle ouvre un continuum de transformations possibles.

Paul Luu explique qu’il faut accompagner les agriculteurs dans cette progression. Si un agriculteur est aujourd’hui en agriculture conventionnelle et passe demain à une forme d’agriculture climato-intelligente, c’est déjà un premier pas. Il peut ensuite évoluer vers :

Il insiste néanmoins sur le fait qu’aucun de ces modèles n’est parfait.

Les limites de certains systèmes

Concernant l’agriculture de conservation, il rappelle qu’elle repose encore souvent sur l’usage d’herbicides, ce qui pose question.

Concernant l’agriculture biologique, il souligne qu’elle continue souvent à labourer les sols, ce qui favorise la perte de carbone. Il mentionne également l’usage du cuivre, notamment en viticulture biologique, qui peut avoir des effets négatifs sur les sols.

Sur l’agriculture régénérative, il explique qu’il n’existe pas encore de définition officielle universellement reconnue. De grands groupes s’emparent déjà du terme, parfois de manière très large. Le comité scientifique et technique de l’initiative 4 pour 1000 a proposé une définition qui inclut notamment :

  • l’arbre ;
  • les plantes pérennes ;
  • les relations avec les animaux ;
  • la ferme comme système vivant ;
  • la dimension familiale et non purement industrielle de l’exploitation.

L’agroforesterie comme modèle particulièrement intéressant

Pour Paul Luu, les systèmes agroforestiers sont parmi les plus intéressants car ce sont ceux qui se rapprochent le plus des écosystèmes naturels, même s’ils restent généralement moins riches qu’un milieu naturel intact sur le plan de la biodiversité.

Il donne l’exemple d’un système étudié au Sri Lanka en 1986, dans le cadre de sa thèse. Dans ce village très densément peuplé, chaque arbre avait été planté pour une ou plusieurs fonctions utiles. L’ensemble formait un paysage donnant l’impression d’une forêt, alors même qu’il s’agissait d’un espace habité.

Cet exemple illustre, selon lui, le potentiel des systèmes arborés multifonctionnels.

Ce que disent les agriculteurs

Paul Luu rapporte ensuite les résultats de questions posées à des agriculteurs.

À la question des méthodes permettant de stocker du carbone dans les sols, les réponses portent principalement sur :

Il souligne que ces réponses ont été obtenues en grande partie en Europe, ce qui montre l’importance croissante de ces thèmes.

À la question des besoins pour adopter les bonnes pratiques, les agriculteurs mettent en avant deux grandes catégories :

  • l’information et le conseil ;
  • l’appui technique et économique.

Pour lui, cela confirme que les agriculteurs doivent être placés au centre des politiques de transition, mais aussi qu’ils sont entourés de nombreux acteurs qui influencent leurs choix. Il est donc légitime qu’ils attendent en retour un accompagnement adapté.

Les conditions du changement d’échelle

Pour que ces pratiques se diffusent massivement, Paul Luu identifie plusieurs conditions indispensables.

Sensibiliser tous les acteurs

Il faut d’abord sensibiliser :

  • les agriculteurs ;
  • les consommateurs ;
  • les transformateurs ;
  • les distributeurs ;
  • les décideurs publics.

Les consommateurs doivent être capables d’identifier les bons produits et de comprendre comment ils sont produits. Les acteurs de la distribution ont aussi un rôle majeur, car ils orientent les chaînes d’approvisionnement. Quant aux décideurs, ils doivent mettre en place de bonnes politiques publiques.

Capitaliser et diffuser les bonnes pratiques

Il est nécessaire de rendre les bonnes pratiques disponibles et de mieux capitaliser sur les innovations de terrain. Paul Luu insiste sur le fait que beaucoup de pratiques pertinentes n’ont pas été inventées par les scientifiques mais par les agriculteurs eux-mêmes.

Le transfert de connaissances doit être renforcé, notamment :

  • par l’échange entre pairs ;
  • par les dispositifs de formation et de diffusion ;
  • par les réseaux d’acteurs engagés.

Accompagner la transition

Il faut également accompagner les agriculteurs dans leur transition. Sortir de la zone de confort demande un soutien réel. Cela concerne aussi bien :

  • l’appui technique ;
  • l’appui économique ;
  • les assurances ;
  • les politiques publiques.

Paul Luu note par exemple que des sols plus résilients signifient aussi moins de risques et donc potentiellement moins de coûts pour les assureurs.

Mettre en place un cadre réglementaire et un suivi

Le changement d’échelle suppose aussi :

  • un encadrement réglementaire et législatif adapté ;
  • des dispositifs de suivi fiables ;
  • des règles de comptabilisation du carbone claires.

Sur ce dernier point, il souligne une difficulté importante : lorsqu’un carbone est stocké grâce à une action agricole, il faut savoir qui le comptabilise :

  • l’agriculteur ;
  • l’entreprise qui a soutenu la démarche ;
  • le pays concerné.

Si cette question n’est pas clarifiée, le risque est de compter plusieurs fois le même carbone.

Rémunérer les agriculteurs pour les services rendus

Paul Luu insiste enfin sur la nécessité de redonner aux agriculteurs un véritable pouvoir de décision, en leur fournissant des informations à la fois :

  • techniques ;
  • économiques.

Il évoque l’idée de dispositifs fondés à la fois sur :

  • des obligations de moyens, c’est-à-dire l’adoption de certaines pratiques ;
  • des obligations de résultats, par exemple des analyses de sol régulières tous les cinq ou dix ans pour vérifier l’évolution réelle du stock de carbone.

L’objectif est de pouvoir rémunérer les agriculteurs :

  • par un meilleur prix pour leur production ;
  • par des paiements pour services environnementaux.

La société bénéficie en effet directement des services qu’ils rendent en matière de climat, de biodiversité, d’eau, de fertilité des sols et de sécurité alimentaire.

Conclusion

En conclusion, Paul Luu rappelle que si l’on veut réellement « sauver l’humanité », les agriculteurs ont un rôle central à jouer. Ce sont eux qui, par leurs pratiques, peuvent contribuer à restaurer les sols, renforcer la biodiversité, améliorer la sécurité alimentaire et lutter contre le changement climatique.

L’ambition de l’initiative 4 pour 1000 est précisément de les remettre au centre du jeu, en s’appuyant sur la science, sur l’action collective et sur une transformation progressive mais profonde des systèmes agricoles.