Gestion des prairies et restauration du sol, Etienne Gauthier - Webinaire CNA
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Webinaire gratuit avec Etienne Gautier, agronome spécialiste de la gestion des prairies et des systèmes polyculture-élevage, et animé par Martin Rollet, agronome au Centre National de l'Agroécologie.
Gestion des prairies et restauration du sol : une approche globale
Dans ce webinaire organisé par le Centre national d’agroécologie et Agroligue, l’agronome Etienne Gautier partage son expertise sur la gestion des prairies et la régénération des sols. Son approche, centrée sur l’interaction entre le sol, la plante et l’animal, vise à optimiser la fertilité et la résilience des fermes en polyculture-élevage.
L’importance du système sol-plante-animal
Etienne Gautier souligne que la gestion d’une exploitation agricole doit être multifactorielle. La prairie joue un rôle central : elle nourrit l’animal, tandis que l’animal, par ses déjections (urine et bouses), fertilise le sol. À son tour, un sol en bonne santé permet de limiter le parasitisme et d’améliorer la santé animale. L’erreur classique, selon lui, est de considérer ces éléments séparément au lieu de chercher une synergie durable.
Diagnostic de l’état des sols
Pour améliorer une prairie, il faut d’abord diagnostiquer son état. L’intervenant préconise la méthode VESS (Visual Evaluation of Soil Structure), qui permet de noter la structure du sol et son activité biologique sur une échelle de 1 à 5.
- Les étapes clés du diagnostic :
- Aspect physique : priorité à une structure friable et non compactée.
- Statut acidobasique : vérifier le pH, bien que les prairies puissent être productives même avec des pH acides (autour de 5,5).
- Statut organobiologique : analyser la composition de la [[matière organique]] (libre vs stable) et le rapport C/N.
- Aspect minéral : à évaluer uniquement après avoir sécurisé les trois points précédents.
Le pâturage régénératif comme levier
Le pâturage conventionnel, souvent caractérisé par un surpâturage et des temps de repos trop courts, épuise les réserves racinaires des plantes. À l’inverse, le pâturage régénératif propose :
- Une gestion par le temps de repos : laisser les plantes monter en stade pour qu’elles puissent développer leurs racines et leurs exsudats.
- Le maintien d’une litière : ne pas raser la prairie permet de protéger le sol contre l’érosion et le dessèchement, tout en favorisant l’infiltration de l’eau.
- La notion de “l’herbe mature” : contrairement aux idées reçues, consommer une herbe plus fibreuse permet aux animaux (vaches ou chèvres) de diversifier leur ration et de maintenir, voire d’améliorer, leurs performances (taux laitiers et état corporel) tout en économisant du concentré.
Optimisation de la fauche et fertilisation
L’expert insiste sur deux pratiques essentielles pour les prairies de fauche :
- Faucher haut : une coupe à 9 cm plutôt qu’à 3 cm permet une meilleure repousse, une meilleure protection du sol et un rendement global supérieur.
- Fauches de restitution : laisser les résidus de la dernière coupe au sol (en automne) apporte une valeur fertilisante équivalente à des apports massifs de fumier, tout en stimulant la vie biologique.
Concernant la fertilisation, Etienne Gautier privilégie les apports organiques (fumier frais) à l’automne plutôt qu’au printemps, et met en garde contre la perte d’éléments (notamment la potasse) lors du stockage des fumiers en bout de champ.
Redynamiser des sols dégradés
Pour les prairies très dégradées, l’intervention mécanique et biologique est parfois nécessaire :
- Usage des méteils : réaliser une coupure avec un méteil agressif (avoine, seigle, vesce) permet de restructurer le sol en profondeur grâce à une biomasse racinaire importante.
- Stratégie long terme : ces interventions doivent être couplées à une modification profonde des pratiques (pâturage, gestion du temps de repos) pour éviter que le sol ne se recompacte dès l’année suivante.
En conclusion, l’agronomie doit être envisagée comme une transition vers un système autonome. L’investissement dans l’infrastructure de pâturage (chemins, abreuvement) est certes important, mais il constitue un levier de rentabilité majeur pour les éleveurs sur le long terme.