Fonctionnement du sol & des couverts d'interculture, par Frédéric Thomas
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Le 23 septembre 2020 : Intérêt des couverts d’interculture : Frédéric Thomas revient sur le rôle des couverts d’interculture (remobilisation des éléments, structuration du sol, protection du sol…) mais surtout sur les stratégies à déployer pour favoriser leurs effets dans un contexte estival de plus en plus sec ! 💧🌱
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Introduction
Lors de cet atelier, Frédéric Thomas propose de revenir sur le fonctionnement du sol et sur le rôle des couverts d’interculture, à partir d’observations très concrètes de parcelle. L’idée est de procéder en plusieurs temps : d’abord une analyse visuelle de ce que l’on voit en surface, puis l’observation d’un profil de sol, avant d’ouvrir la discussion sur les questions agronomiques qui en découlent.
Le point de départ de l’échange est volontairement simple : face à un couvert jugé « médiocre » visuellement, faut-il le considérer comme un échec ? Toute l’intervention va justement consister à montrer que l’évaluation d’un couvert ne peut pas se limiter à sa seule biomasse visible.
Regarder la parcelle autrement
Frédéric Thomas commence par interroger la perception immédiate du couvert. Souvent, dans les photos ou dans les présentations techniques, on valorise les « beaux couverts », très développés, homogènes, spectaculaires. Mais sur le terrain, on rencontre aussi des couverts beaucoup plus discrets, irréguliers, qui paraissent décevants au premier regard.
Or, selon lui, la vraie difficulté est d’apprécier l’ensemble des fonctionnalités d’un couvert :
- ce qu’il a permis de gagner ;
- ce qu’il évite comme dépenses ;
- ce qu’il apporte au sol, même s’il est peu visible ;
- ce qu’il change dans la gestion de l’interculture et des adventices.
En observant la parcelle, il souligne que certaines zones sont relativement propres, avec peu de relevées de graminées, alors que d’autres zones non couvertes présentent davantage de salissement. Cela conduit à comparer non seulement l’aspect du couvert, mais aussi le coût réel des différentes stratégies.
Le coût du couvert comparé au déchaumage
Un point important de l’atelier porte sur l’économie du système. Frédéric Thomas rappelle que, dans beaucoup de situations, un ou plusieurs déchaumages ont eux aussi un coût important : machine, carburant, main-d’œuvre, temps passé.
Dans ces conditions, la différence économique entre une stratégie de déchaumage classique et une stratégie avec couvert n’est pas forcément aussi grande qu’on l’imagine. Il explique même que, dans certains cas, le coût du couvert se résume presque au coût de la graine, surtout si l’on considère que le deuxième passage de déchaumage « paie » en quelque sorte cette graine.
L’idée centrale est la suivante : un couvert ne doit pas être analysé uniquement comme une charge supplémentaire. Il peut remplacer ou éviter d’autres opérations, et donc modifier profondément l’équilibre économique de l’interculture.
Un couvert médiocre peut rendre de grands services
Frédéric Thomas insiste sur un point contre-intuitif : on peut être plus efficace pour réduire le stock semencier de nombreuses adventices classiques avec un couvert médiocre et peu de perturbation du sol, qu’en travaillant le sol pendant des étés secs.
Même un couvert peu développé peut rendre plusieurs services :
- protéger la surface du sol ;
- limiter l’échauffement ;
- modifier le microclimat ;
- maintenir un milieu plus favorable à la vie du sol ;
- réduire certaines levées d’adventices ;
- préparer une éventuelle reprise de croissance si la pluie revient.
Il évoque notamment les différences de température du sol entre une zone couverte et une zone nue. Même sans mesures précises sur le moment, il estime qu’il peut y avoir plusieurs degrés d’écart. La couverture joue aussi sur la circulation du vent au contact du sol, sur la conservation de la rosée du matin et sur toute une série d’effets difficiles à voir immédiatement, mais pourtant très réels.
Ainsi, un couvert qui semble « nul » visuellement n’est pas forcément un échec. Il peut au contraire constituer une réussite agronomique si on raisonne en services rendus plutôt qu’en apparence.
L’importance des racines et de la survie estivale
L’un des messages majeurs de l’atelier est que les couverts qui ont souffert en surface ont souvent investi fortement dans leur système racinaire. Pour survivre à une période sèche, ils n’ont pas eu d’autre choix que de transférer une grande partie de la photosynthèse vers les racines.
Frédéric Thomas explique que, dans ce type de situation :
- la biomasse aérienne peut sembler faible ;
- mais le couvert a souvent construit beaucoup de racines ;
- il a aussi injecté du carbone liquide dans le sol via les exsudats racinaires ;
- il est parfois « sur les starting-blocks » pour redémarrer très vite à la prochaine pluie.
Il donne l’exemple d’une année où, fin septembre, un couvert paraissait complètement raté. Après un gros orage, il s’est finalement transformé en un couvert produisant environ 3,5 tonnes de matière sèche en octobre. Ce qu’on ne voyait pas au départ, c’était tout le travail racinaire déjà réalisé.
Les détails techniques qui conditionnent la réussite
Pour Frédéric Thomas, le couvert est sans doute « la culture la plus difficile à réussir », justement parce qu’il est très sensible à une multitude de petits détails.
Parmi ces détails, il cite notamment :
- la hauteur de fauche de la culture précédente ;
- la gestion des résidus ;
- la qualité de placement de la graine ;
- la limitation du dessèchement par le vent ;
- le niveau de fertilité disponible au démarrage.
Faucher plus haut, par exemple, peut laisser moins de résidus plaqués au sol, faciliter le positionnement des graines, augmenter un peu l’ombrage et réduire l’effet desséchant du vent au ras du sol. Ce sont parfois de très petits écarts, mais qui comptent beaucoup.
Il évoque aussi les travaux menés au Canada autour de la notion de water use efficiency, c’est-à-dire l’efficacité d’utilisation de l’eau, souvent exprimée en kilos de grain produits par millimètre de pluie reçu. Sans faire tomber plus de pluie, certaines pratiques permettent de mieux valoriser l’eau disponible.
Fertilité et investissement dans le système
Un autre thème central est la fertilité. Frédéric Thomas distingue clairement ce qui relève de la charge et ce qui relève de l’investissement.
Selon lui :
- 30 euros d’engrais peuvent être un investissement dans le système ;
- 30 euros de travail du sol ou de phytosanitaire sont plus souvent un coût immédiat ;
- l’engrais, s’il est bien utilisé et bien recyclé, reste dans le système.
Il critique l’idée de conserver de l’engrais « au hangar » alors qu’il pourrait être utilisé pour alimenter un couvert, produire du carbone, nourrir la vie du sol et charger le système. L’enjeu n’est pas de fertiliser sans réfléchir, mais de raisonner l’engrais comme un levier de construction du sol.
Construire progressivement la fertilité du sol
Frédéric Thomas rappelle que la qualité du sol acquise au fil des années pèse énormément sur la réussite des couverts. Deux agriculteurs peuvent mettre en œuvre les mêmes itinéraires, les mêmes mélanges de graines, dans un climat proche, et obtenir des résultats très différents simplement parce que leurs sols n’ont pas la même histoire ni le même niveau de fertilité fonctionnelle.
Il insiste donc sur la nécessité de se focaliser moins sur la plante prise isolément, et davantage sur le système :
- que ferait-on si l’on implantait une culture de rente ?
- qu’est-ce qui manque au couvert pour réussir comme une vraie culture ?
- quels sont les facteurs limitants du système ?
Cette logique conduit à soigner l’implantation, à raisonner la fertilité, à observer le sol, et à penser les couverts comme des cultures à part entière.
Gestion des adventices et lecture élargie du couvert
En observant d’autres bandes de la parcelle, Frédéric Thomas note la présence d’adventices comme le chénopode, le liseron, la renouée liseron ou encore la mercuriale. Il compare alors plusieurs situations :
- une zone avec un couvert spontané faible, où les adventices risquent de produire des graines ;
- une zone couverte plus propre ;
- une zone non couverte qui se salit davantage.
Son propos est de montrer que l’on doit élargir le jugement porté sur un couvert. Même s’il ne produit pas une biomasse spectaculaire, un couvert peut déjà avoir permis :
- de faire lever quelque chose ;
- d’assurer une certaine couverture ;
- de protéger un milieu microbiologique ;
- de maintenir le sol vivant ;
- de limiter une partie du salissement.
Autrement dit, il faut regarder la balance globale entre services rendus, économies permises et défauts observés.
La lenteur des retours sur bénéfices
L’intervention insiste à plusieurs reprises sur l’inertie du sol. Les bénéfices des changements de pratiques sont souvent lents à apparaître. C’est vrai dans le sens de la dégradation, mais aussi dans le sens de la reconstruction.
Frédéric Thomas prend l’exemple de la matière organique. Si l’on raisonne grossièrement, un point de matière organique représente des quantités considérables de carbone et d’azote stockés dans le sol. Or ces niveaux ne se reconstruisent pas rapidement.
Il rappelle qu’un sol avec davantage de matière organique dispose aussi d’une meilleure capacité d’auto-fertilité. Même si cette auto-fertilité varie selon les années et la météo, elle devient un levier important pour l’alimentation des cultures.
Le message est clair : il faut accepter de charger le système aujourd’hui pour récupérer plus tard des intérêts multiples :
- fertilité ;
- stockage de l’eau ;
- réussite des couverts ;
- résilience du système ;
- stabilité des cultures.
L’exemple des repousses de colza et la complexité de la fertilité
Frédéric Thomas raconte ensuite une expérimentation ancienne menée avec un technicien de chambre d’agriculture au sujet des repousses de colza. La question était simple : faut-il les garder ou les détruire ?
Une première année, les bandes avec repousses de colza conservées ont donné un bonus d’environ 800 kg de blé. L’année suivante, au contraire, elles ont donné environ une tonne de moins.
L’analyse a montré que la différence venait des conditions climatiques hivernales :
- lors d’un hiver très pluvieux, les repousses avaient capté de l’azote qui aurait sinon été lessivé, puis en avaient restitué une partie à la culture suivante ;
- lors d’un hiver très sain, avec très peu de lessivage, les repousses avaient au contraire immobilisé une partie de l’azote sans avantage suffisant ensuite.
Cette histoire sert à illustrer la complexité réelle de la gestion de la fertilité. Il n’existe pas de règle absolue valable partout et toujours. La fertilité ne se gère pas comme un tableau Excel figé ; elle demande d’observer :
- le climat ;
- le stade de la culture ;
- ce qui a été fait avant ;
- l’état du sol ;
- la dynamique de l’azote.
Sortir des règles fixes et gérer en situation
À partir de cet exemple, Frédéric Thomas appelle à une gestion plus active et plus contextuelle de la fertilité. Les références, les tableaux et les repères techniques restent utiles, mais ils ne peuvent pas remplacer l’observation et l’adaptation.
Selon lui, l’agriculteur doit apprendre à jongler avec :
- le climat de l’année ;
- l’état réel des cultures ;
- la profondeur d’enracinement ;
- l’organisation du sol ;
- les reliquats et les flux de fertilité.
On se trompera toujours parfois, dit-il, mais l’enjeu est de se tromper le moins possible. Il faut donc accepter une part d’incertitude, et raisonner en dynamique plutôt qu’en recettes.
Réagir aux opportunités du champ
Frédéric Thomas défend aussi une forme d’opportunisme agronomique. Il raconte plusieurs situations où un agriculteur voulait absolument détruire un couvert ou des repousses pour implanter une autre culture, alors que le plus intéressant aurait été de valoriser ce qui était déjà en place.
Il cite par exemple le cas de repousses de colza bien installées, mêlées à des adventices estivales. Plutôt que de raisonner seulement en destruction, il propose de regarder si l’on ne peut pas valoriser ce colza spontanément implanté, à condition de maîtriser les adventices avant leur grenaison.
L’idée est toujours la même : observer ce que le champ offre réellement et raisonner à partir de là, plutôt que d’appliquer mécaniquement un schéma prévu à l’avance.
Observation du profil de sol
Après l’analyse de surface, l’atelier passe à l’exploration du profil de sol. L’objectif n’est pas de faire une expertise exhaustive de tous les travaux antérieurs, mais de regarder ce que la végétation et la vie du sol ont déjà produit.
L’observation du profil doit permettre de vérifier plusieurs choses :
- la profondeur d’exploration racinaire ;
- la continuité ou non de l’enracinement ;
- la présence éventuelle de zones de rupture ;
- les signes de vie biologique ;
- l’état structural du sol.
Sur cette parcelle, le sol est très caillouteux, avec parfois 40 à 50 % de cailloux. Cela signifie à la fois :
- qu’il est difficile à compacter fortement ;
- qu’il peut se réchauffer vite ;
- qu’il peut aussi sécher vite en surface.
Mais malgré cela, l’observation montre la présence de racines blanches, vivantes et actives à une profondeur importante.
Un enracinement profond, signe d’un sol fonctionnel
Le profil révèle que les racines du couvert descendent profondément, avec une présence racinaire encore visible à des niveaux importants. Pour les intervenants, c’est un indicateur très fort :
- le sol reste exploré en profondeur ;
- il n’y a pas de rupture nette empêchant la progression des racines ;
- le couvert, même peu spectaculaire en surface, a bien travaillé le profil.
Cela confirme l’idée déjà avancée plus tôt : un couvert qui a levé, survécu et exploré le sol prépare aussi la culture suivante. Là où un sol simplement déchaumé n’aurait pas eu cette fonction de racine vivante et d’injection de carbone, le couvert a maintenu une activité biologique.
Réserve utile, enracinement et irrigation
L’observation du profil conduit également à discuter de la réserve utile du sol et de la gestion de l’irrigation. À partir d’une estimation grossière, les intervenants rappellent qu’un sol de ce type peut stocker une certaine quantité d’eau par centimètre de profondeur utile, même si les cailloux réduisent le volume réellement disponible.
L’essentiel du raisonnement est le suivant :
- plus les racines explorent profondément ;
- plus la culture peut aller chercher de l’eau ;
- plus il devient important d’adapter la stratégie d’irrigation à cette profondeur.
Frédéric Thomas insiste sur le risque de « superficialiser » l’enracinement avec des irrigations trop fréquentes et trop faibles. Selon lui, il vaut souvent mieux recharger correctement le système, puis laisser les racines descendre, plutôt que de maintenir constamment de l’eau dans les tout premiers centimètres.
Il fait le parallèle avec d’autres systèmes, y compris en arboriculture, où certaines techniques d’irrigation très localisées peuvent devenir contre-productives dans une logique d’agriculture de conservation.
Le rôle de la porosité biologique
Le profil met aussi en évidence une forte activité biologique, avec de nombreuses galeries visibles. Les intervenants évoquent ici l’importance de distinguer :
- la macroporosité créée mécaniquement ;
- la microporosité et la porosité biologique construites par la vie du sol.
Cette porosité biologique :
- stocke de l’eau ;
- reste stable ;
- facilite la circulation de l’air et de l’eau ;
- favorise l’exploration racinaire.
Dans un sol où cette continuité biologique est installée, l’impact négatif de certaines interventions ou de l’irrigation peut être moindre qu’en sol déstructuré. Mais à l’inverse, si le sol est instable et peu biologiquement organisé, les apports d’eau ou les passages peuvent accentuer les problèmes.
Lien entre structure du sol et gestion de l’azote
La discussion glisse ensuite vers la gestion de l’azote. Frédéric Thomas souligne qu’on ne peut pas raisonner la fertilisation azotée indépendamment du profil de sol.
Par exemple :
- si les racines descendent profondément, elles peuvent aller chercher de l’azote plus bas ;
- si une semelle ou une rupture bloque l’enracinement, une partie des reliquats profonds devient inaccessible ;
- si l’on raisonne les apports uniquement à partir d’analyses standard sans tenir compte du profil, on prend le risque d’erreurs importantes.
Il explique également que, dans des systèmes riches en résidus et en activité biologique, une partie de l’azote apporté au printemps sera d’abord mobilisée par la vie du sol et les processus de décomposition. D’où l’intérêt de raisonner des apports adaptés à la structure du système et non uniquement à une logique standardisée.
La question des équilibres minéraux
Au cours de l’échange, il est aussi question de fertilité chimique, ou plus précisément de fertilité électrochimique. L’idée développée est que, dans les systèmes de conservation, certaines carences ou déséquilibres deviennent plus visibles qu’en système conventionnel.
Le raisonnement est le suivant :
- l’agriculture conventionnelle s’appuie fortement sur la minéralisation rapide provoquée par le travail du sol, l’irrigation, le binage, etc. ;
- quand on retire ces leviers de minéralisation forcée ;
- les carences latentes et les déséquilibres du système apparaissent davantage.
Sont évoqués notamment :
- le soufre, souvent insuffisamment pris en compte ;
- les rapports calcium/magnésium ;
- le sodium, rarement discuté ;
- le statut acido-basique ;
- les oligo-éléments.
L’idée n’est pas de donner une règle universelle, mais de rappeler que la fertilité doit être diagnostiquée de manière plus fine lorsque l’on entre dans une logique de conservation des sols.
D’abord le gros œuvre, puis la finition
Un point de convergence apparaît dans la discussion : il faut hiérarchiser les priorités. Avant de chercher des réglages très fins sur la nutrition minérale, il faut s’assurer que le sol fonctionne déjà du point de vue structural et biologique.
Autrement dit :
- d’abord remettre de la structure ;
- relancer l’activité biologique ;
- faire pousser des couverts ;
- remettre de la photosynthèse et du carbone ;
- ensuite seulement affiner davantage les équilibres minéraux.
Frédéric Thomas insiste sur le fait qu’il est inutile de vouloir appliquer immédiatement « la dernière idée géniale » si les bases du système ne sont pas encore en place. Chaque ferme, chaque parcelle, chaque moment de transition a ses propres facteurs limitants.
Ce que montre finalement le profil observé
En conclusion de l’examen du profil, Frédéric Thomas dit avoir vu deux choses essentielles.
La première, c’est la présence de racines de couvert très profondes, quasiment jusqu’à un mètre. Cela confirme que le sol est vivant, exploré, et que les couverts jouent réellement un rôle d’ouverture et d’alimentation du profil.
La seconde, c’est l’existence d’une différence entre :
- une partie de profil déjà très bien organisée ;
- et une zone plus superficielle encore marquée par les anciens travaux.
Il évoque une sorte d’« escalier » dans le profil, correspondant à l’héritage des profondeurs de travail passées. Le fond est bon, mais la connexion complète avec la surface n’est pas encore totalement finalisée.
Son interprétation est que la meilleure stratégie n’est pas de retravailler ce sol en profondeur, mais au contraire de continuer à éviter le travail du sol, afin de laisser les processus biologiques reconnecter progressivement la surface et la profondeur.
Quelles pistes pour aller plus loin ?
À partir de ce diagnostic, plusieurs pistes sont avancées :
- éviter autant que possible de retravailler le sol ;
- investir plutôt dans la qualité de semis et la fertilisation que dans davantage de mécanisation ;
- maintenir des couverts actifs ;
- poursuivre l’accumulation de matière organique en surface ;
- introduire, si possible, des plantes pérennes comme du trèfle ou de la luzerne pour accélérer la connexion entre horizons.
Frédéric Thomas estime qu’une phase avec une légumineuse pérenne, même pendant un an ou dix-huit mois, pourrait produire un effet très fort sur la continuité du profil.
Il souligne aussi que les légumineuses pérennes constituent de bons outils contre certaines vivaces, non pas parce qu’elles les détruisent instantanément, mais parce qu’elles leur « pourrissent la vie » :
- concurrence ;
- occupation du milieu ;
- ombrage ;
- alimentation azotée autonome ;
- répétition des coupes dans certains cas.
Le travail du sol n’est pas la solution principale
Face à la tentation de fissurer mécaniquement, Frédéric Thomas reste très réservé. Selon lui, dans une telle situation, le travail du sol coûterait cher et risquerait surtout de recréer de la terre fine et de la minéralisation, sans résoudre durablement le problème.
Il préfère une logique où l’on investit :
- un peu de mécanisation ciblée au semis si nécessaire ;
- un peu plus de fertilité bien placée ;
- mais sans relancer une logique de travail intensif du sol.
Pour lui, ce type d’investissement est plus intelligent car il construit le capital-sol, là où le travail du sol consomme de l’énergie et peut dégrader ce qui est déjà en train de se mettre en place.
Changer aussi la manière d’évaluer les résultats
Enfin, l’atelier se termine sur un point économique et stratégique important : les outils habituels de comptabilité et d’analyse ne mesurent pas toujours correctement la valeur créée par l’amélioration du sol.
Lorsqu’on achète un outil spécifique ou qu’on modifie un itinéraire, le raisonnement comptable classique voit surtout :
- l’investissement ;
- l’amortissement ;
- les charges visibles.
En revanche, il valorise mal :
- les heures de tracteur économisées ;
- l’usure évitée ;
- la résilience gagnée ;
- les demi-tonnes supplémentaires potentielles selon les années ;
- les problèmes en moins ;
- la capacité du sol à mieux tamponner les aléas climatiques.
Pour Frédéric Thomas, c’est pourtant là que se situe une partie essentielle de la valeur. La qualité du sol explique en grande partie pourquoi, sur une même ferme, certaines zones produisent toujours mieux que d’autres alors que le climat, l’agriculteur et la volonté de réussir sont les mêmes.
Conclusion
La conclusion de l’atelier est nette : un couvert ne doit pas être jugé seulement à son apparence. Même modeste, il peut avoir déjà beaucoup travaillé pour :
- protéger le sol ;
- maintenir un milieu vivant ;
- nourrir la biologie ;
- explorer en profondeur ;
- préparer la culture suivante ;
- limiter certaines dépenses ;
- construire progressivement la fertilité et la résilience.
L’enjeu n’est pas simplement de faire « un beau couvert », mais de construire un système capable de produire durablement, avec un sol plus vivant, plus profond, mieux connecté et plus autonome.
Frédéric Thomas rappelle ainsi que le couvert est un investissement dans le sol. Dégrader le sol revient à perdre du capital ; à l’inverse, le couvert et la transition vers des systèmes plus conservatoires permettent de reconstruire ce capital, même si cela demande du temps, de l’observation et une remise en question des repères habituels.