Essais de cultures de printemps été sous couvert de lotier et luzerne
A partir de premiers essais encourageants, l’exploitant veut développer les couverts permanents en AB avec une approche de R&D. Dans son contexte imposant plusieurs cultures de printemps, il apprend à gérer la densité du couvert de légumineuse pérenne afin de le rendre moins dense pour les semis de printemps, tout en préservant sa pérennité.
Pourquoi les couverts permanents ?
Mathias veut développer les couverts permanents sur sa ferme pour répondre à ses objectifs d’entreprises, qui incluent (sans ordre de priorité car tout est lié) :
- Participer au développement de l’ABC
- Gagner en autonomie azotée et en MO
- … en temps => être heureux
- Vivre de son métier
Les couverts permanents sont résolument une pratique de l’ABC, dont le développement attise la curiosité de l'ingénieur R&D. Les rendre économiquement viables fermerait la boucle.
Premiers essais en 2021-2022-2023 (sur 5,5 ha)
Mathias a semé début 2021 une parcelle de lotier corniculé sous couvert de blé de printemps. Après la récolte du blé, le couvert de lotier était bien présent. Le projet initial était de semer un blé d’hiver en direct, mais le bon équipement n’était pas disponible pour le faire dans le sec. Un passage de cover crop a été passé à une profondeur d’environ 10 cm avant de semer le blé.
Malgré ce travail de sol moyennement profond, le lotier est très bien repartit et était aussi haut que le blé à la moisson 2022, ce qui a incité Mathias a investir dans une écimeuse-préfaneuse (fabricant @SEMAS, Marne). Le rendement de 26 qtx/ha était légèrement en dessous du potentiel de la parcelle de 30 qtx/ha, ce qui est encourageant pour un premier essai. Le lotier a ensuite été laissé grainer.
Mathias a retravaillé le sol en 2023 pour implanter un tournesol. Le lotier était bien moins présent dès lors, mais quelques lotiers on tout de même pu germer malgré le binage du tournesol.
Approche des couverts permanents ?
Avec certaines parcelles inondables, une bonne partie de la sole est en cultures de printemps et d’été : maïs, blés tendre H et P, orges de P, avoine de P, Tournesol, Féverole, Luzerne porte graine.
Les cultures de printemps-été sont de manière inhérente peu adaptées pour être associées à des légumineuses pérennes. Mathias envisage de réguler la densité du couvert par un travail de sol adapté. Dans le cadre du projet européen SIMONE, il a mis en place en 2024 deux bandes d’essais en luzerne et en lotier corniculé, afin d’observer l’impact des pratiques culturales sur la permanence du couvert.
Il y a 2 hypothèses d'étude distinctes selon le couvert :
- luzerne => on peut « taper dedans » sans risquer de la faire disparaître, ce qui est pratique avant une culture de printemps pour gérer l’enherbement en graminées. Dans les parcelles de plaine, un travail de sol à 10 cm réduit la présence de luzerne tout en préservant une certaine densité
- lotier corniculé => plus sensible au travail de sol. La stratégie est ici de maintenir un stock de graine afin que le lotier réapparaisse au fil de la rotation.
Chronologie des essais :
- 2024 : semis des légumineuses pérennes dans l’orge de printemps (23 avril 2024), bonne implantation en cette année humide avec biomasses en automne 2024 de 1,4 TMS/ha en lotier et 1,5 TMS/ha en luzerne (méthode MERCI). Doses de semis de 8 kg/ha en luzerne (variété Artémis, type flamande, indice de dormance 4,3), et de 6 kg en lotier corniculé (variété Norton)
- 2025 : après un travail de sol superficiel (disque + rotative) tardif pour détruire un semis de triticale abîmé par les insectes dans les semences, le semis de Blé tendre de printemps dans un sol avec beaucoup de mottes dures fût un échec (semis 24 mars 2025). Lotier et luzerne sont bien repartis ensuite, et la luzerne a été récolté pour les semences. Le lotier a bien grainé.
- 2026 : semis de maïs après déchaumage à disque au 16 Mars, puis à dent à 10-15 cm au 31 Mars, puis passage à la rotative avant le semis. En culture pluviale, le maïs a beaucoup souffert de la sécheresse extrême de l’année. La luzerne est toujours assez présente mais à moindre densité, peut être équivalent à un semis à 2 kg/ha, ce qui semble approprié pour une culture de printemps. Elle grainera au sol. Le lotier est toujours présent à faible densité, et sera laissé grainer également.
Observation de l'été 2026 : il y a plus de mulots dans la bande de lotier que dans celle de luzerne.
Affaire à suivre !
Satisfactions
Même si les cultures n’ont pas été en réussite, les observations sur les couverts semblent indiquer qu’il est possible d’adapter la densité de couverture en fonction de la culture. On peut ainsi imaginer travailler à couverture plus élevée avec des cultures d’hiver, et à couverture plus basse pour les cultures de printemps.
Le travail de sol de printemps sur les légumineuses pérennes semble donc permettre de diminuer la densité du couvert, en permettant en même temps de garder une gestion efficace des graminées adventices.
Il sera donc très intéressant de suivre l’évolution de la densité de la couverture en 2027. (orge de printemps prévus en 2027).
Idées pour la suite
- Essayer des mélanges de lotier + luzerne ?
- Travailler la même idée avec comme couvert le trèfle incarnat, avec un blé d’hiver ou dans le mélange des colzas associés. Le but est de favoriser un re-semis du trèfle qui réapparaîtrait ensuite, mais avec une dynamique annuelle différente de celle du lotier. Comme avec le lotier, l’idée est « d’arriver à vivre avec », ce qui pourrait se transposer à la réflexion sur la gestion des adventices de manière plus générale.