Elevage : Autonomie en protéines sur la ferme de la Prairie (Alsace)
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Konrad SCHREIBER : Ancien éleveur, devenu agronome à l’IAD, co-fondateur de Ver de terre Production et de La Vache Heureuse (LVH), il forme et conseille les agriculteurs en polyculture-élevage. Thierry WILLEM : Éleveur laitier en Alsace (GAEC de la Prairie) en agriculture de conservation des sols, depuis plusieurs années, il pratique semis direct et la double culture (couverts et maïs) sur sols séchants et sans irrigation. Son objectif est d'être le plus autonome en protéines pour ses animaux.
Introduction
Ce webinaire organisé par Ver de Terre Production réunit Konrad Schreiber, agronome, cofondateur de l'organisme de formation Ver de Terre Production et fondateur de "La Vache Heureuse", ainsi que Thierry Willem, éleveur laitier en Alsace à la ferme de la Prairie. L'intervention porte sur la transition vers une autonomie protéique en élevage bovin laitier, en s'appuyant sur l'expérience concrète de la ferme de Thierry Willem, qui pratique l'agriculture de conservation des sols (ACS) depuis une vingtaine d'années.
Le contexte de la ferme de la Prairie
La ferme de la Prairie est une exploitation laitière de 180 hectares située en Alsace, gérée par Thierry Willem et son associé. Le cheptel se compose de 120 vaches laitières. L'exploitation a dû faire face à des contraintes spécifiques, notamment une forte pression sociale liée à la localisation des anciens bâtiments au cœur des villages. Cela a conduit à la construction d'un nouveau corps de ferme à l'extérieur.
Thierry Willem souligne que le cheminement vers le système actuel a été progressif :
- Arrêt du labour depuis 20 ans.
- Expérimentations variées avec des échecs et des tâtonnements initiaux.
- Rencontre avec "La Vache Heureuse" il y a 10 ans, permettant d'adopter des pratiques plus cohérentes, notamment en termes de gestion des sols et des couverts.
- Mise en place d'une unité de méthanisation en 2022 pour valoriser les résidus de récoltes et assurer une autonomie énergétique.
Stratégie d'assolement et autonomie protéique
L'objectif central est de supprimer la dépendance aux intrants extérieurs (soja, engrais minéraux). Le système repose sur une gestion fine de l'assolement :
- Prairies : 75 hectares de prairies naturelles, non retournées, fertilisées avec le digestat et une faible dose d'ammonitrate soufré au printemps pour booster la pousse.
- Double culture et couverts : L'abandon du labour a permis d'optimiser les rotations.
- Le trèfle violet : Pilier du système pour l'autonomie en protéines. Il est implanté après une céréale (blé ou orge), souvent avec un couvert associé (tournesol, niger), pour capturer l'azote et produire de la biomasse. Le trèfle reste en place deux ans.
- Maïs : La transition trèfle-maïs est optimisée par un travail superficiel (fraise), permettant de conserver l'humidité du sol, un point crucial face aux aléas climatiques (sécheresse).
La méthanisation comme levier de système
L'arrivée de la méthanisation a été un tournant pour la ferme. Elle permet :
- Une valorisation optimale des fourrages et des effluents.
- Un digestat liquide, issu d'une séparation de phase, qui s'infiltre rapidement dans le sol, limitant les pertes d'ammoniaque et facilitant l'épandage.
- Une réduction des charges d'engrais chimiques, le digestat devenant un engrais organique de haute valeur.
Pratiques agronomiques et conduite des cultures
- Gestion sans glyphosate : L'exploitation gère désormais le désherbage par des moyens mécaniques (scalper, outils à disques) et par la conduite de l'assolement, rendant le [[désherbage chimique]] optionnel, voire inutile.
- Fertilisation et protection : L'usage de fongicides sur le blé a été stoppé au profit de solutions alternatives comme la silice (durcisseur de cellules) et des cocktails d'oligo-éléments (Simil Santé), renforçant la résistance naturelle des plantes.
- Confection des silos : Un point d'honneur est mis sur la qualité de la récolte (récolte immature, coupe fine) et la conservation (tassement rigoureux, bâches de haute qualité de type "Lesto 500" pour réduire les pertes).
Résultats et perspectives
Thierry Willem témoigne d'une plus grande sérénité dans le travail quotidien. Bien que les charges de travail soient plus étalées (multiplication des chantiers de récolte en fonction des stades), le système est devenu plus robuste économiquement et moins sujet au stress lié aux marchés des intrants.
- Santé du troupeau : L'autonomie protéique, basée sur des fourrages de haute qualité (mélanges méteils/trèfle), a un impact positif sur la santé des animaux.
- Persévérance : Thierry insiste sur la nécessité d'être persévérant face aux échecs initiaux. La biologie du sol, une fois restaurée, offre des services écosystémiques qui garantissent la résilience de l'exploitation face aux chocs climatiques.
Formation sur l'autonomie protéique
Ver de Terre Production et "La Vache Heureuse" organisent conjointement une formation intitulée "Vers l'autonomie protéique de votre élevage". Cette formation, finançable par VIVEA, propose un parcours en e-learning, des suivis en visioconférence et une journée en présentiel, visant à aider les éleveurs à concevoir un système adapté à leurs spécificités pédoclimatiques et technico-économiques.