Comment faire du TCO, par Emeric Saboureau

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Dans cette vidéo, Emeric Saboureau explique comment fabriquer un TCO, ou thé de compost oxygéné, à partir de lombricompost riche en micro-organismes. L’objectif est de multiplier bactéries, champignons, protozoaires et nématodes grâce à de l’eau non chlorée, de l’oxygène, une température maîtrisée entre 18 et 22 °C, et de la mélasse de canne comme source de sucre. Il détaille le choix du lombricompost, l’importance d’une oxygénation fine, les durées d’infusion selon le type de flore recherché, ainsi que les précautions pour éviter tout milieu anaérobie ou le développement de pathogènes. Emeric Saboureau partage aussi son retour d’expérience sur l’application au champ, les réglages du pulvérisateur, les coûts, et surtout l’exigence de nettoyage et de désinfection du matériel. Une vidéo très concrète pour comprendre les bases techniques du TCO en agriculture.

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Résumé
Dans cette vidéo, Emeric Saboureau explique comment fabriquer un TCO, ou thé de compost oxygéné, à partir de lombricompost riche en micro-organismes. L’objectif est de multiplier bactéries, champignons, protozoaires et nématodes grâce à de l’eau non chlorée, de l’oxygène, une température maîtrisée entre 18 et 22 °C, et de la mélasse de canne comme source de sucre. Il détaille le choix du lombricompost, l’importance d’une oxygénation fine, les durées d’infusion selon le type de flore recherché, ainsi que les précautions pour éviter tout milieu anaérobie ou le développement de pathogènes. Emeric Saboureau partage aussi son retour d’expérience sur l’application au champ, les réglages du pulvérisateur, les coûts, et surtout l’exigence de nettoyage et de désinfection du matériel. Une vidéo très concrète pour comprendre les bases techniques du TCO en agriculture.

Voir la page principale sur le thé de compost oxygéné.


Principe du thé de compost oxygéné

Dans cette cuve, il va y avoir des micro-organismes. C’est ce qu’on appelle un TCO, c’est-à-dire un thé de compost oxygéné.

L’idée, avec 1 tonne de compost au hectare, n’est pas la même qu’avec un TCO : ici, cela permet surtout de venir multiplier les micro-organismes présents dans un lombricompost, notamment :

  • des bactéries ;
  • des champignons ;
  • des nématodes ;
  • des protozoaires.

Le lombricompost utilisé est fait à base de fumier d’équin et de bovins. Ce fumier est issu d’une base biologique : les animaux sont nourris à l’herbe, sans antibiotiques. Ce fumier est ensuite lombricomposté.

Le lombricompostage consiste à insérer des vers de terre qui vont venir triturer le fumier. À la fin, on obtient un compost qui est intégralement passé dans l’intestin des vers de terre. Or, presque tout ce qui passe dans un intestin de ver de terre est rendu très assimilable par les plantes.

L’objectif est donc de prendre tous ces micro-organismes et de les démultiplier.

Comment se fait la démultiplication

La démultiplication se fait dans une cuve, à laquelle on apporte :

  • de l’air ;
  • de l’oxygène ;
  • de l’eau ;
  • du sucre.

Pour qu’une bactérie se développe, il lui faut :

  • de l’eau ;
  • une certaine température ;
  • de l’oxygène ;
  • du sucre pour se nourrir.

Le lombricompost est acheté chez un fournisseur spécialisé, car c’est une fabrication assez minutieuse et très longue. Pour faire un lombricompost, il faut environ entre huit mois et un an de trituration par les vers de terre, dans un bâtiment avec une température idéale et de l’oxygène. C’est donc un processus long.

Emeric Saboureau explique avoir essayé aussi avec Jean-Charles de Villiers d’aller voir plusieurs fournisseurs, et avoir constaté des différences importantes entre eux. Il conseille donc de ne pas hésiter à s’orienter vers des fournisseurs recommandés, notamment :

  • Guano Diffusion ;
  • Tersen, pour ceux qui sont dans l’Ouest, vers Angers.

Qualité de l’eau et température

La première étape consiste à remplir la cuve avec de l’eau.

Si on utilise de l’eau du réseau, il faut la déchlorer. Pour cela, il faut soit :

  • l’oxygéner ;
  • soit la laisser au repos pendant environ douze heures.

En effet, le chlore tue les bactéries. Il ne faut donc pas de chlore du tout.

Le mieux serait de récupérer de l’eau de pluie et de l’incorporer dans une cuve. Il faut ensuite pouvoir garder la température de l’eau entre 18 et 22 °C.

Si on monte au-delà, on risque de favoriser des pathogènes humains. Il faut donc rester dans cette plage de température.

Oxygénation de la cuve

Une fois que l’eau est à température, il faut l’oxygéner. Pour cela, il faut ramener de l’air, par exemple avec une pompe. Emeric Saboureau explique qu’il travaille avec un compresseur industriel.

Il faut amener environ 15 à 20 m³ d’air par heure par m³ d’eau. Il précise que :

  • 15 m³/h/m³ est vraiment le minimum ;
  • il faut idéalement être entre 15 et 20 m³/h/m³.

L’oxygénation doit être très soignée. Les bulles fines permettent une meilleure oxygénation de toute la cuve et évitent aussi de casser les micro-organismes, qui sont très fins et très fragiles.

Incorporation du lombricompost

Une fois l’eau oxygénée et à température, on incorpore le lombricompost.

Emeric Saboureau le met dans un filtre d’environ 400 microns. Le lombricompost est placé dans ce filtre, puis laissé en infusion. Tous les micro-organismes passent au travers et se diffusent dans toute la cuve, où ils vont ensuite se multiplier grâce à la température et au sucre.

Il insiste aussi sur un point : il ne faut pas oublier d’oxygéner dans cette zone également, car une fois humide, le lombricompost va se compacter. On risquerait alors de créer un milieu anaérobie, alors que l’objectif est précisément d’obtenir un milieu aérobie.

Le rôle de la mélasse

Le sucre utilisé est de la mélasse de canne pure. Il faut vraiment partir sur de la mélasse pure.

Les autres mélasses, par exemple celles utilisées pour l’alimentation animale, ne conviennent pas, car elles sont souvent issues de sucres de betterave ou de pomme de terre, ce qui n’est pas jugé satisfaisant ici.

La dose indiquée est d’environ :

  • 1,5 litre de mélasse par m³ d’eau,
  • ou environ 1,5 kg par m³ d’eau.

Emeric Saboureau raisonne plutôt en litres et met à peu près 1 à 1,5 litre de mélasse pour 1 m³ d’eau.

Il vaut mieux diluer la mélasse avant de l’incorporer dans la cuve, car sinon elle peut faire des amas, créer des zones anaérobies et nuire au bon fonctionnement du thé de compost.

Il explique aussi préférer fractionner l’apport :

  • une première partie au départ ;
  • puis une autre cinq à six heures plus tard.

Cela permet une meilleure assimilation des sucres.

Durée d’infusion et type de thé obtenu

La durée d’infusion dépend de ce que l’on cherche à produire.

Thé plus bactérien

Si l’on veut partir sur un thé plutôt bactérien, on est sur environ 12 heures d’infusion.

Équilibre bactéries / champignons

En augmentant la durée, on se rapproche d’un ratio bactéries / champignons. Aux alentours de 18 heures d’infusion, on obtient à peu près :

  • une bactérie pour un champignon,
  • voire un peu plus de champignons que de bactéries.

Thé plus fongique, puis nématodes et protozoaires

Plus on augmente encore la durée, plus on va vers un ratio dominé par les champignons.

En allant encore plus loin, on peut ensuite aller vers des populations de :

  • nématodes ;
  • protozoaires.

Tout dépend donc de ce que l’on veut pulvériser au champ et de l’objectif recherché.

Exemple de cuve utilisée

Pour sa propre installation, Emeric Saboureau utilise un ancien tank à lait.

Il a conservé le brassage interne, ce qui permet d’éviter les zones anaérobies. Pour la chaleur, il a retiré le circuit de froid et installé à la place un circuit d’eau chaude, avec :

  • un ballon d’eau chaude ;
  • une pompe de circulation ;
  • une sonde de température ;
  • un thermostat.

Il règle le thermostat à 19 °C, ce qui lui permet de garder la température idéale en permanence.

Il a remarqué qu’avec la petite aération de la cuve, la température a tendance à augmenter légèrement, probablement à cause de l’activité des micro-organismes. Pour lui, il vaut mieux ne pas dépasser 22 °C.

Apprendre à faire et valider ses essais

La formation s’est faite surtout sur le tas, en essayant des choses.

Une méthode proposée consiste à commencer par de petits essais, par exemple sur un seau de 20 litres, pour mettre au point sa base de travail avant de passer à plus grande échelle.

Le test conseillé est le test du cresson. Le cresson réagit très bien :

  • si le thé de compost n’est pas bon, il meurt très vite ;
  • si c’est bon, il reste en forme.

Pour ceux qui veulent se lancer, il faut absolument commencer en petite quantité et essayer sur une petite surface. Il ne faut pas se lancer directement sur de grandes parcelles, car on peut avoir des problèmes d’anaérobiose et créer un système qui ne fonctionne pas sur les cultures.

Coût et intérêt économique

Le coût dépend du volume appliqué à l’hectare.

Emeric Saboureau donne un exemple avec 150 à 160 litres par hectare en trois ou quatre passages. Dans son cas, son plus gros coût a été d’environ 15 euros par hectare pour 150 litres de passage.

Il compare cela aux programmes de protection classiques :

  • trois fongicides peuvent revenir à environ 70 à 80 euros ;
  • avec cette approche, il se situe plutôt autour de 45 euros au plus fort ;
  • sinon, il faut compter plutôt entre 7 et 10 euros pour un compost basique.

Il précise toutefois qu’il faut avoir toute la démarche derrière : il ne faut pas faire seulement cela, sans cohérence globale.

Pour lui, cela peut très bien fonctionner en bio, et il est aussi possible de l’utiliser en enrobage de semences.

Conditions d’application au champ

Pour l’application, l’idéal est selon lui vers 5 h 30 du matin, moment où l’on a la meilleure hygrométrie.

Il faut éviter :

  • des températures trop basses ;
  • le vent ;
  • une pression de pulvérisation trop élevée.

Les micro-organismes n’aiment pas le froid. Il conseille de ne pas être en dessous de 10 à 12 °C.

Pression de pulvérisation

Il ne faut pas dépasser 1 à 1,2 bar de pression, sinon on risque de tuer les micro-organismes.

Il faut donc des buses adaptées. Avec les bonnes buses, il explique avoir réussi à aller jusqu’à 350 litres par hectare tout en restant à 1 bar de pression et en roulant à 9 km/h.

Pluie et météo

Un peu de pluie avant n’est pas très grave. En revanche, comme pour tous les produits, si l’on traite et qu’il pleut juste derrière, on va tout rincer.

Ce ne sera pas totalement perdu, car cela ira au sol, mais on perdra l’effet recherché sur les plantes.

Il raconte qu’une fois, faute de pouvoir pulvériser à cause du vent, il a préféré tout mettre au sol. Il n’a donc pas fait de protection foliaire, mais a travaillé la vie du sol.

Organisation sur l’exploitation

Emeric Saboureau explique qu’il pulvérise maintenant environ 320 à 350 hectares, grâce à deux cuves.

Cette année-là, il est à deux passages sur environ 350 hectares, ce qui représente déjà un volume d’interventions important.

Il insiste sur le fait que cela demande du temps et du soin. Ce n’est pas un simple bidon acheté à la coopérative que l’on verse dans le pulvérisateur. Il y a une vraie préparation en amont, ainsi qu’une exigence forte sur la désinfection.

Selon lui, cela peut se faire à toute échelle, y compris en maraîchage. En maraîchage, cela lui paraît même plus simple du fait des surfaces plus petites. Mais dans tous les cas, il faut une personne dédiée, car la désinfection et la rigueur de préparation sont essentielles.

Matériaux des cuves et importance de la désinfection

Pour faire du TCO, il faut partir sur des cuves non microporeuses. Il faut éviter tout ce qui peut garder des résidus dans des micro-recoins.

Il recommande des cuves :

  • en inox ;
  • ou en fibre de verre comme certaines cuves à vin.

Une bactérie est extrêmement fine et peut se nicher dans un tout petit recoin. Si la surface n’est pas parfaitement lisse, on ne parviendra pas à l’enlever correctement.

Nettoyage du matériel

Dès que la cuve est vidée, il faut la rincer à l’eau. Si on laisse le produit plusieurs heures, on crée un biofilm, et celui-ci devient ensuite difficile à enlever.

La méthode décrite est la suivante :

  1. rinçage immédiat à l’eau ;
  2. après retour du champ, nettoyage à l’eau oxygénée diluée ;
  3. frottage de l’intérieur ;
  4. puis très bon rinçage final.

Emeric Saboureau préfère l’eau oxygénée à la javel, car avec la javel il observait encore des traces.

Le nettoyage lui prend environ 30 minutes.

Les outils doivent aussi être désinfectés :

  • les filtres ;
  • les seaux ;
  • le matériel servant à incorporer la mélasse.

Tout cela peut être laissé à tremper dans l’eau oxygénée, afin d’être certain qu’il n’y ait pas de mauvais micro-organismes.

Échanges, formation et progression

Avec Vers de terre production, il est possible de faire des formations sur les thés de compost oxygénés avec Jean-Charles de Villiers. Les réseaux sociaux, notamment Facebook, permettent aussi beaucoup d’échanges.

Pour Emeric Saboureau, ces échanges sont importants, car beaucoup de personnes ont essayé sans réussir, par exemple à cause :

  • d’une mauvaise température ;
  • d’une mauvaise oxygénation ;
  • d’un mauvais développement des micro-organismes.

Il estime que plus les personnes échangent, plus elles vont réussir à faire fonctionner leurs cuves et à trouver des solutions adaptées.

Besoin de références

Enfin, Emeric Saboureau explique qu’il a déjà un peu de pratique, mais qu’il manque encore de références chiffrées.

Il prévoit de faire des analyses de grains pour comparer :

  • un grain classique d’un voisin en conventionnel ;
  • et le sien.

L’objectif est de voir concrètement ce que cette pratique peut donner.