100 Ha de Maïs de 5m en Semis-Direct - Christian ABADIE
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Lors de Paysages in Marciac 2018, Christian ABADIE nous a proposé une visite de ferme sur son exploitation emblématique du Sol Vivant !
Présentation de l’exploitation
Christian Abadie est associé avec son frère sur la commune d’Estang, dans le Gers, sur une ferme de polyculture-élevage d’une centaine d’hectares.
Les cultures principales sont :
- maïs,
- soja,
- céréales à paille.
L’activité laitière a été arrêtée et remplacée par un atelier d’engraissement de bovins. Une grande partie de la production végétale est transformée directement sur l’exploitation pour alimenter cet atelier.
Parcours de Christian Abadie et prise de conscience
Christian Abadie explique s’être installé en 1983 sur une ferme qui comptait alors environ 3 % de matière organique. Il a pratiqué le labour jusqu’en 2000, dans un système agricole conventionnel classique pour la région.
Le constat qu’il dresse sur cette période est très net : il estime avoir perdu environ la moitié de la matière organique du sol.
À partir de 2000, il dit avoir pris conscience du problème. Il a alors eu la chance de rencontrer :
- des agriculteurs déjà engagés dans ces techniques,
- des agronomes,
- des personnes disposant d’expériences et de références internationales.
C’est ce qui a provoqué chez lui un « déclic » : comprendre qu’il faut revenir à un système plus naturel, en s’inspirant directement de la nature.
Selon lui, le principe de base est simple :
- ne pas toucher le sol,
- couvrir le sol.
Il résume ainsi la logique du système : la nature montre tous les jours « le droit chemin à prendre ».
Le principe fondamental : ne pas toucher le sol et le couvrir
Christian Abadie insiste fortement sur ce point : pour lui, le sol ne doit pas être travaillé.
Il considère que :
- le travail du sol détruit la structure,
- il perturbe fortement l’activité biologique,
- il freine la reconstruction naturelle du sol,
- il favorise l’érosion,
- il augmente les coûts de production.
Il explique que la vie biologique est particulièrement active dans les premiers centimètres du sol. Dès qu’on intervient mécaniquement, même superficiellement, on perturbe cette zone. Il compare cela à un « tremblement de terre » pour les organismes du sol.
Il rejette aussi l’idée selon laquelle un travail très superficiel serait sans conséquence. Dans ses terres limoneuses, même une intervention peu profonde produit de la terre fine, referme le sol après les pluies et réduit ensuite l’aération et la minéralisation.
Pour lui, le végétal travaille mieux que n’importe quel outil :
- sans bouleverser le profil,
- en structurant le sol en profondeur,
- en recyclant les éléments,
- en nourrissant la vie biologique.
Il donne l’exemple d’une racine de radis chinois observée à 80 cm de profondeur 65 jours après le semis.
L’importance décisive des couverts végétaux
Même après près de vingt ans de semis direct, Christian Abadie explique qu’il a vraiment compris depuis seulement quelques années que la clé de la réussite du système est le couvert végétal.
Il insiste sur le fait que la couverture du sol est souvent négligée, ou mise en place uniquement par obligation réglementaire, par exemple dans le cadre de la directive nitrates.
Dans ce cas, lorsque :
- le couvert est mal implanté,
- ou que le sol est retravaillé ensuite,
le système n’avance pas réellement.
Pour lui, il faut une couverture adaptée :
- à la culture suivante,
- au contexte pédoclimatique,
- aux objectifs recherchés.
Il précise qu’il n’existe pas de recette universelle en agronomie. Le système doit être adapté à chaque situation.
Les types de couverts sur l’exploitation
Christian Abadie distingue deux grands types de couverts.
Les couverts d’été
Ils concernent une surface plus réduite, puisqu’ils viennent après une culture d’hiver, notamment après les céréales à paille.
Ces couverts d’été constituent aujourd’hui un axe de travail très important, en particulier pour :
- produire beaucoup de biomasse,
- contrôler les adventices,
- recycler les éléments,
- préparer les cultures suivantes sans glyphosate dans certains cas.
Les couverts implantés à l’automne
Ils concernent la plus grande partie de la surface destinée au maïs et au soja, soit environ les trois quarts de la ferme.
Selon la culture prévue derrière, la composition varie :
- plus ou moins de graminées,
- plus ou moins de légumineuses,
- associations adaptées au maïs, au soja ou au blé.
La diversité des espèces : la « puissance du génie végétal »
Christian Abadie explique que, pendant longtemps, on a souvent préconisé des couverts très simples, parfois mono-espèces, notamment à base de féverole avant maïs.
Pour lui, ce n’est pas suffisant. Il dit clairement : « c’est bien, mais il y a mieux ».
Il insiste sur la nécessité de diversifier les espèces. Il reprend à ce sujet une expression attribuée à Lucien Séguy : la « puissance du génie végétal ».
L’association de nombreuses plantes permet d’obtenir des effets complémentaires sur :
- la structuration du sol,
- le recyclage des éléments,
- la production de biomasse,
- le contrôle des adventices.
Chaque plante a en effet des capacités différentes.
Aujourd’hui, le point qu’il travaille le plus est le contrôle des adventices par les couverts. Il affirme avoir pris conscience que c’est le couvert qui permettra de réduire fortement le poste herbicides.
Réduction des herbicides et place du glyphosate
Christian Abadie explique qu’il travaillait déjà depuis longtemps à réduire les doses d’herbicides, notamment en maïs, avec des niveaux très faibles, parfois au quart ou au huitième de dose.
Mais il pense désormais qu’on peut aller beaucoup plus loin, jusqu’à supprimer totalement les herbicides dans certains cas.
Il tient cependant un discours nuancé. Il dit que ce progrès est possible à condition de conserver une « roue de secours » chimique dans certaines situations. Il considère paradoxalement que supprimer totalement la chimie, y compris la fertilisation minérale, tout en refusant de travailler le sol, est aujourd’hui très difficile à maîtriser en grandes cultures.
Il oppose ici les situations :
- en maraîchage sur petites surfaces, où l’on peut importer du compost, du paillage et beaucoup de matière organique,
- en grandes cultures, où la maîtrise reste plus complexe.
Son objectif n’est donc pas une suppression idéologique immédiate, mais une réduction progressive, grâce aux couverts, avec possibilité d’intervention de rattrapage si nécessaire.
Il compare cela à la médecine : on peut privilégier les approches douces, mais garder le recours au traitement lourd si un problème grave survient.
Concernant le glyphosate, il explique :
- qu’il travaille à en réduire l’usage,
- que certains couverts d’été très denses n’en nécessitent pas à l’automne,
- que l’après-glyphosate reste une question ouverte,
- mais qu’il faut s’y préparer dès maintenant.
Performances agronomiques observées
Christian Abadie affirme que le système lui a permis de faire progresser les rendements.
En maïs, il annonce être aujourd’hui environ 40 % au-dessus de ce qu’il faisait dans un système classique.
Il cite une parcelle suivie dans le cadre du projet BAGAES, comparée à une parcelle voisine labourée. L’année précédente, l’écart observé était de 40 quintaux par hectare en faveur du semis direct, avec :
- 30 % d’eau en moins,
- moins de fertilisation,
- et des intrants phytosanitaires réduits.
Sur la ferme, il précise également :
- plus de fongicides depuis déjà plusieurs années,
- plus d’insecticides,
- une réduction importante des herbicides.
En maïs, il indique viser environ 140 quintaux de moyenne sur la ferme, avec une marge de progression encore possible selon lui.
Mycorhizes et activité biologique
Christian Abadie évoque une comparaison réalisée par l’Inra sur différents milieux dans un rayon de 300 mètres :
- sol labouré,
- sol en semis direct,
- forêt,
- prairie naturelle.
Il explique que, contrairement à ce qu’on pourrait penser, c’est la partie en semis direct qui présentait le plus de mycorhizes, devant la forêt et la prairie.
Ce résultat ne l’étonne pas. Il dit avoir déjà entendu ce type d’observation dans d’autres pays, notamment de la part de Lucien Séguy : même comparé à des milieux très riches en biomasse, le semis direct couvert peut présenter un niveau très élevé de mycorhization.
Pour lui, cela confirme qu’il faut s’inspirer du fonctionnement naturel :
- sol toujours couvert,
- diversité végétale,
- absence de perturbation mécanique.
Contexte pédoclimatique local
Christian Abadie décrit les sols de son secteur comme des boulbènes :
- terres limoneuses,
- avec peu d’argile,
- souvent superficielles,
- parfois seulement 30 à 40 cm de terre.
Ces sols présentent un double comportement difficile :
- en hiver, ils peuvent être hydromorphes lors des excès d’eau,
- en été, ils manquent rapidement de réserve utile.
Dans ce contexte, il estime que l’arrêt de l’irrigation en été poserait un vrai problème. Le semis direct permet toutefois de limiter une partie de ces difficultés.
Concernant la pluviométrie, il indique une moyenne d’environ 850 mm, avec de très fortes variations :
- environ 700 mm les années les plus sèches,
- jusqu’à près de 1 400 mm les années les plus humides.
Le semis direct comme réponse à l’érosion
Pour Christian Abadie, un sol couvert ne s’érode pas.
Il rappelle les phénomènes récents de coulées de boue et d’inondations observés dans la région et critique l’idée selon laquelle il suffirait de nettoyer les ruisseaux pour résoudre le problème.
Selon lui, même si des pluies très violentes dépassent toujours la capacité d’infiltration des sols, la différence est essentielle entre :
- un ruissellement sur sol nu, qui emporte la terre,
- un ruissellement sur sol couvert, où l’eau reste claire.
Il rappelle que :
- le sol est le capital de l’agriculteur,
- sa perte entraîne aussi des nitrates et des pesticides vers les rivières,
- ce qui alimente ensuite les critiques contre l’agriculture.
Il dit très clairement qu’un sol couvert ne devrait pas produire de coulées de boue.
Un sol qui n’a pas été touché depuis 18 ans
Sur la ferme, Christian Abadie affirme qu’à la date du tournage, certains sols n’avaient pas été touchés depuis 18 ans.
Il insiste : aucun travail du sol, même superficiel.
Il se moque au passage de certaines pratiques présentées comme un travail « léger », alors qu’elles déplacent beaucoup de terre et produisent un gros nuage de poussière.
Pour lui, cela reste destructeur.
Le végétal travaille mieux que les outils
Christian Abadie estime qu’il faut certes démarrer sur une bonne base. Si un sol présente des défauts de structure majeurs au départ, une correction initiale peut parfois se discuter. Mais ensuite, il faut surtout implanter du végétal pour entretenir et améliorer durablement la structure.
Il insiste à plusieurs reprises :
- le végétal travaille mieux que n’importe quel outil métallique,
- il pénètre plus profond,
- il restructure sans bouleverser,
- il nourrit la vie du sol.
Il rappelle aussi que le labour est historiquement récent à l’échelle de l’humanité : à peine un siècle et demi, selon lui, ce qui est « rien » face au fonctionnement naturel des sols.
Baisse des coûts de mécanisation
Au-delà de l’agronomie, Christian Abadie souligne fortement l’intérêt économique du système.
Le semis direct lui permet :
- beaucoup moins de matériel,
- moins de traction,
- un poste carburant très réduit.
Il donne un ordre de grandeur d’environ 15 litres de carburant par hectare pour l’ensemble semis-fertilisation sur maïs, contre des niveaux plusieurs fois supérieurs en système labouré.
Selon lui, la réduction des coûts de production est un levier essentiel, bien plus accessible aux agriculteurs que l’augmentation du prix de vente de leurs produits.
Le couvert comme culture à part entière
Christian Abadie affirme qu’il faut considérer le couvert comme une culture à part entière, voire « encore mieux » qu’une culture classique dans certains cas.
Cela suppose de réfléchir à :
- la densité,
- la diversité,
- la fertilisation,
- l’irrigation éventuelle.
Sur sa ferme, les fumiers et lisiers sont prioritairement apportés sur les couverts et non directement sur les cultures. Il explique ce choix ainsi :
- si l’on économise sur le couvert, on limite fortement sa production de biomasse,
- alors que si le couvert fait bien son travail, il restituera ensuite une partie de la fertilité à la culture suivante.
Les couverts d’été très productifs
Sur les couverts d’été, Christian Abadie estime qu’il existe une très grande marge de progression.
Avec des espèces estivales, de la chaleur, de l’eau et de la fertilité, il considère que l’on peut produire des quantités très importantes de biomasse :
- plus de 20 tonnes de matière sèche,
- et selon lui, peut-être jusqu’à 30 tonnes dans des situations idéales.
Il cite parmi les espèces utilisées :
- tournesol géant,
- sorgho,
- radis chinois,
- colza fourrager,
- vesce commune,
- lentille fourragère,
- phacélie,
- amarante.
L’objectif est d’avoir de la biomasse « à tous les étages » :
- au ras du sol,
- au milieu,
- en hauteur.
Ces couverts très denses présentent plusieurs avantages :
- ils couvrent fortement le sol,
- ils limitent les adventices,
- ils peuvent être détruits sans glyphosate à l’automne lorsque les espèces ne passent pas l’hiver,
- ils fournissent une très grande quantité de carbone au système.
Exemple d’un couvert d’été observé
Dans une parcelle visitée, Christian Abadie décrit un couvert semé juste après céréales, dans la foulée d’une pluie de 20 mm.
Le mélange comprend :
- tournesol géant,
- sorgho,
- radis chinois,
- colza fourrager,
- vesce commune,
- lentille fourragère,
- un peu de phacélie,
- de l’amarante.
Il précise qu’il aurait voulu ajouter du niger, notamment pour la floraison et l’intérêt pour les abeilles.
L’amarante, parfois considérée comme adventice, est ici revendiquée comme plante utile. Christian Abadie rappelle à ce sujet que, selon lui, il n’y a pas de « mauvaises plantes », seulement des plantes à replacer dans un système.
Il insiste aussi sur le caractère spectaculaire du radis chinois, dont les racines peuvent devenir très volumineuses.
Intérêt des graminées dans les couverts avant maïs
Christian Abadie revient longuement sur une évolution importante de sa réflexion : l’introduction plus forte de graminées dans les couverts avant maïs.
Pendant longtemps, les recommandations mettaient surtout en avant les légumineuses, voire invitaient à éviter les graminées dans les couverts destinés au maïs.
Aujourd’hui, il estime au contraire qu’il faut des graminées, car :
- elles couvrent le sol plus longtemps,
- elles produisent plus de paille,
- elles améliorent le contrôle des adventices.
Il rappelle qu’une légumineuse seule, comme la féverole :
- se dégrade vite,
- libère rapidement de l’azote,
- ouvre le sol,
- ce qui peut favoriser le développement des adventices.
À l’inverse, les graminées maintiennent une couverture durable.
Il donne des exemples de doses utilisées dans ses mélanges, parfois élevées, avec de fortes quantités d’avoine et de seigle.
Semis du maïs à 40 cm
Un autre axe technique important sur l’exploitation est le semis de maïs à 40 cm d’écartement.
Christian Abadie explique que cela permet :
- une couverture plus rapide du sol,
- une meilleure occupation de l’espace par les racines,
- une concurrence accrue du maïs vis-à-vis des adventices.
Selon lui, lorsque le maïs domine bien, les adventices levées ensuite ne deviennent plus gênantes.
Il considère même que, dans certains cas, ce salissement tardif peut être vu comme une couverture du sol.
Il souligne aussi que le maïs semé à 40 cm explore mieux l’ensemble du profil, sans zone centrale peu colonisée comme on peut l’observer à plus grand écartement.
Selon lui, cette technique peut permettre de gagner facilement 10 à 15 quintaux sans eau ni engrais supplémentaires, à condition d’utiliser des variétés adaptées.
Exemple d’un maïs implanté sur couvert riche en céréales
Une parcelle de maïs présentée lors de la visite devait initialement être en soja. Le couvert comprenait beaucoup de céréales, avec notamment de l’avoine et du seigle.
Finalement, six hectares de maïs ont été semés sur ce couvert. Christian Abadie explique que le résultat a été très satisfaisant :
- bonne levée,
- bonne couverture du sol,
- peu d’herbicide,
- adventices relevées ensuite mais finalement dominées par la culture.
Il insiste sur le fait que, même dans ce contexte, le maïs « galopait » et prenait le dessus.
Fertilisation azotée
Christian Abadie insiste sur le rôle de l’azote. Selon lui, si l’on veut produire beaucoup de biomasse et du carbone, il faut de l’azote dans le système, surtout au départ.
Sur maïs, il explique être descendu certaines années à environ 110 unités, mais considère qu’il ne faut pas trop baisser si l’on veut maintenir le potentiel de rendement.
Sur une parcelle de soja décrite durant la visite, il indique avoir laissé 180 unités sur le maïs précédent pour viser environ 50 quintaux.
L’azote est localisé au semis, à environ 5 cm du rang et 5 cm de profondeur, afin de :
- limiter les pertes,
- améliorer l’efficacité,
- sécuriser le démarrage.
Il est aussi précisé durant les échanges que l’urée localisée très tôt donne de bons résultats dans ce système, et que le fractionnement classique est remis en question en semis direct.
Autonomie de l’élevage et protéines
Christian Abadie évoque également l’autonomie alimentaire de l’atelier bovin.
Il explique que, paradoxalement, le soja de la rotation est cette année vendu, car la ration des animaux est déjà équilibrée en protéines grâce au maïs et au blé traité.
Cela signifie, selon lui, que l’exploitation est déjà très avancée vers l’autonomie protéique.
Il relie cette autonomie à la bonne gestion de la « ration du sol » : si le sol est bien nourri, les plantes sont de meilleure qualité, et la ration animale suit.
Qualité des productions
Christian Abadie signale que des analyses comparatives devraient être menées entre produits issus du semis direct sous couverture végétale et produits issus de l’agriculture conventionnelle.
Il donne déjà un exemple en soja, avec 3,5 points de protéines en plus.
Il cite aussi des références américaines montrant davantage de protéines en maïs dans les systèmes très biologiques.
Pour lui, un sol vivant, fonctionnant comme un sol forestier ou de prairie, produit des plantes en meilleure santé et de meilleure qualité nutritive.
Le projet BAGAES
Une partie importante de la visite se déroule sur une parcelle suivie dans le cadre du projet BAGAES, comparée à une parcelle voisine labourée.
Le dispositif comprend :
- lysimètres,
- sondes,
- station météo,
- caméras,
- dispositifs de suivi de l’eau,
- mesures de ruissellement et d’infiltration.
Christian Abadie explique que ces outils permettent notamment d’observer :
- les quantités d’eau dans le sol à différentes profondeurs,
- la vitesse de recharge après pluie,
- les différences d’assèchement entre labour et semis direct.
Il rapporte qu’après de petites pluies de 10 à 15 mm, tous les horizons se rechargent côté semis direct, y compris à 60 cm, alors que le sol labouré recharge surtout les couches superficielles.
Il constate aussi que le sol en semis direct se dessèche moins vite.
Concernant les rendements observés sur cette parcelle, il évoque :
- 180 à 185 quintaux sur les placettes en semis direct,
- contre 140 à 145 quintaux sur la partie labourée,
- soit un écart d’environ 40 quintaux à l’échelle parcellaire.
Observation des profils de sol
Les profils commentés pendant la visite montrent :
- un sol plus grumeleux,
- plus sombre,
- plus riche en matière organique,
- plus enraciné,
- plus fermé et mieux structuré en semis direct.
Christian Abadie insiste sur le fait qu’après bientôt vingt ans sans outil, le sol tient par les racines et par la biologie.
Les observations soulignent également :
- l’absence de semelle de labour,
- une colonisation racinaire plus homogène,
- une meilleure exploration du profil.
Gestion des ravageurs et équilibre biologique
Christian Abadie affirme ne pas avoir de problèmes majeurs avec :
- les limaces,
- les taupins,
- certains insectes du sol.
Il considère que ces organismes doivent être présents dans un sol vivant, mais régulés par l’écosystème.
Il raconte n’avoir quasiment jamais eu à ressemer, sauf une année très particulière où un maïs semé tôt a subi neige, froid et pluies prolongées.
Sur les adventices particulièrement problématiques comme le datura ou l’ambroisie, il note qu’elles semblent peu se développer dans son système de semis direct.
Mélanges céréaliers et diversification des cultures
Christian Abadie présente aussi un essai de mélange de céréales à paille :
- blé,
- orge,
- avoine,
- féverole.
Ce mélange a produit environ 15 quintaux de plus que le blé pur.
Il y voit un intérêt à plusieurs niveaux :
- rendement,
- contrôle des adventices,
- limitation des maladies.
Il envisage d’aller plus loin avec des mélanges intégrant :
- blé,
- orge,
- triticale,
- avoine,
- éventuellement seigle.
Coût des couverts et rentabilité
Christian Abadie donne des ordres de grandeur sur le coût des couverts :
- environ 80 euros/ha pour certains mélanges très riches,
- en moyenne plutôt 50 à 60 euros/ha.
Mais il estime que ce coût est largement compensé par l’économie réalisée sur la mécanisation, qu’il chiffre à environ 150 euros/ha dans le système global.
Il insiste sur le fait que le couvert est un investissement rentable, car il :
- séquestre du carbone,
- remonte la fertilité des sols,
- prépare des rendements plus élevés avec moins d’intrants,
- améliore l’environnement,
- réduit l’érosion,
- réduit les pertes de nitrates et de pesticides.
Carbone, fertilité et reconstruction du sol
Christian Abadie rappelle qu’à une époque, le travail du sol faisait perdre du carbone. Il évoque une estimation de pertes d’environ 650 kg de carbone par hectare et par an.
Aujourd’hui, il estime au contraire que le système permet d’en regagner plus d’une tonne.
Il ne prétend pas recréer de l’argile, du limon ou du sable, mais il explique que l’on recrée de la matière organique, donc du sol au sens fonctionnel.
Il cite des exemples de sols devenus très noirs après des décennies de travail biologique intense, comparables à une couche de terreau.
Une dimension agronomique, environnementale et sociale
Pour Christian Abadie, ce système répond à plusieurs enjeux en même temps.
Agronomique
- remontée de la fertilité,
- hausse des rendements,
- baisse des intrants,
- amélioration de la qualité des productions.
Environnemental
- suppression de l’érosion,
- réduction des fuites de nitrates et de pesticides,
- amélioration du fonctionnement hydrique,
- stockage de carbone.
Social et humain
Il dit avoir le sentiment d’être « dans une bonne action », de préparer l’avenir, dans un contexte agricole très morose.
Il remarque que beaucoup d’agriculteurs, faute de revenu, cherchent des solutions et se tournent parfois vers le bio avant tout pour des raisons économiques, signe selon lui d’un malaise profond.
Rapport à la recherche et à l’innovation
Christian Abadie regrette que la recherche n’accompagne pas davantage ces évolutions. Il estime que les agriculteurs engagés dans ces démarches font une part importante du travail de terrain sans financement dédié.
Il juge dommage que ce soit à eux de préparer l’avenir alors que cela devrait aussi être le rôle de la recherche et des instituts.
Malgré cela, il souligne que les connaissances progressent et que démarrer aujourd’hui est plus facile qu’il y a vingt ans, à condition :
- de se former,
- d’échanger en groupe,
- de s’entourer.
L’importance du déclic et de l’accompagnement
En conclusion, Christian Abadie revient sur l’idée de « déclic ».
Selon lui, tant que l’on n’a pas compris que la nature montre le chemin, on reste prisonnier des habitudes :
- « on a toujours labouré »,
- « mon père labourait »,
- « je vais continuer ».
Mais le jour où l’on comprend le fonctionnement naturel du sol, on ne peut plus revenir en arrière.
Il estime que celui qui démarre aujourd’hui doit :
- bien se former,
- être bien entouré,
- adapter la technique à son contexte.
Il pense aussi que, lorsque le choix est mûri et que la technique est maîtrisée, il faut s’engager franchement, car rester à moitié dans le système ancien entretient le doute et ralentit les progrès.
Pour lui, l’objectif est clair :
- améliorer le capital sol,
- produire plus et mieux,
- réduire les intrants,
- réduire les coûts,
- construire une agriculture durable en s’appuyant sur le vivant.
Idée finale
Le message central porté par Christian Abadie tout au long de la visite est que l’agriculture doit s’inspirer beaucoup plus directement de la nature.
Son principe tient en peu de mots :
- un sol ne doit pas être touché,
- un sol doit toujours être couvert,
- la diversité végétale est un levier majeur,
- le couvert végétal est la clé de la réussite.
C’est, selon lui, par cette voie que l’on pourra :
- restaurer les sols,
- améliorer l’eau,
- réduire les pollutions,
- retrouver de l’autonomie,
- et préparer l’avenir de l’agriculture.