THÉ DE COMPOST OXYGÉNÉ SUR CÉRÉALES par Emeric SABOUREAU
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Un Thé de Compost Oxygéné (TCO) peut constituer une alternative au fongicide. Émeric Saboureau a mis au point un procédé de fabrication avec une grande rigueur méthodologique. Il donne en détail son procédé de fabrication.
Principe du thé de compost oxygéné
Dans cette cuve, il va y avoir des micro-organismes. On appelle cela un thé de compost oxygéné (TCO). Le principe est de multiplier les bactéries, les champignons, les nématodes et les protozoaires présents dans un lombricompost.
Le compost utilisé est un lombricompost fabriqué à partir de fumier de chevaux et de bovins, issu d’élevages biologiques, avec des animaux nourris à l’herbe et sans antibiotiques. Ce fumier est ensuite lombricomposté : des vers de terre viennent le triturer pour produire, à la fin, un compost passé intégralement dans leur intestin. Selon Emeric Saboureau, tout ce qui passe dans l’intestin des vers de terre devient très assimilable par les plantes.
L’objectif est donc de prendre tous ces micro-organismes et de les démultiplier dans une cuve en leur apportant :
- de l’eau,
- de l’oxygène,
- une température adaptée,
- du sucre pour les nourrir.
Origine et qualité du lombricompost
Le lombricompost est acheté chez un fournisseur spécialiste, car sa fabrication est longue et minutieuse. Pour produire un lombricompost, il faut environ entre huit mois et un an de trituration par les vers de terre, dans un bâtiment avec une température idéale et de l’oxygène. Ensuite, le produit continue encore à être travaillé et stabilisé.
Emeric Saboureau explique avoir visité plusieurs fournisseurs avec Jean-Charles de Villiers et avoir constaté des différences importantes de qualité. Il recommande donc de ne pas hésiter à se fournir chez des producteurs reconnus, notamment :
- Guano Diffusion,
- Tersen, pour les personnes situées dans l’Ouest, vers Angers.
Préparation de l’eau
Il faut d’abord remplir la cuve avec de l’eau.
Si l’on utilise de l’eau du réseau, il faut la déchlorer, car le chlore tue les bactéries. Pour cela, deux solutions sont évoquées :
- oxygéner l’eau,
- ou la laisser au repos pendant une douzaine d’heures.
L’idéal serait d’utiliser de l’eau de pluie.
La température de l’eau doit être maintenue entre 18 et 22 °C. Si la température est plus élevée, il y a un risque de développer des pathogènes indésirables, notamment pour l’homme. C’est pourquoi il faut rester dans cette plage de température.
Oxygénation de la cuve
Une fois l’eau à température, il faut l’oxygéner. Cela peut se faire avec une pompe ou, comme dans le cas présenté par Emeric Saboureau, avec un compresseur industriel.
L’oxygénation visée est d’environ :
- 15 à 20 m³ d’air par heure et par m³ d’eau.
Le minimum est de 15 m³ d’air/heure/m³ d’eau.
Il faut aussi privilégier une oxygénation en bulles fines, afin :
- d’assurer une meilleure répartition de l’oxygène dans toute la cuve,
- de ne pas abîmer les micro-organismes, qui sont très fins et fragiles.
Incorporation du lombricompost
Le lombricompost est placé dans un filtre très fin, d’environ 400 microns, puis plongé dans la cuve pour laisser infuser.
Il faut également oxygéner à l’intérieur du sac de filtration, car un lombricompost humide peut se compacter et créer un milieu anaérobie, alors que l’objectif est précisément de travailler en milieu aérobie.
En laissant infuser, les micro-organismes traversent le filtre, se diffusent dans toute la cuve, puis se multiplient grâce :
- à l’oxygène,
- à la température,
- au sucre apporté.
Rôle et choix de la mélasse
Le sucre utilisé pour nourrir les bactéries est de la mélasse de canne pure. Emeric Saboureau insiste sur le fait qu’il faut partir sur un produit pur, et non sur des mélasses destinées à l’alimentation animale, souvent issues de betterave ou de pomme de terre, qu’il juge moins adaptées.
La dose indiquée est d’environ :
- 1,5 litre de mélasse par m³ d’eau.
Comme la mélasse est très consistante, il vaut mieux la diluer avant de l’incorporer dans la cuve. Sinon, elle peut former une masse compacte et créer localement un milieu anaérobie.
Concernant l’apport, il explique préférer fractionner la dose :
- environ 0,8 litre au départ,
- puis encore 0,8 litre cinq à six heures plus tard.
Cela permettrait une meilleure assimilation du sucre par les micro-organismes.
Durée d’infusion et orientation biologique
La durée d’infusion dépend de ce que l’on veut obtenir.
Selon Emeric Saboureau :
- à environ 12 heures d’infusion, on obtient un thé plutôt bactérien ;
- vers 18 heures, on se rapproche d’un équilibre d’environ une bactérie pour un champignon, voire avec déjà un peu plus de champignons ;
- en allongeant davantage, on va vers un profil plus fongique ;
- en augmentant encore la durée, on peut aller vers davantage de nématodes et protozoaires.
Le choix dépend donc de l’objectif agronomique et de ce que l’on souhaite pulvériser dans les champs.
Exemple de cuve utilisée
Pour sa propre installation, Emeric Saboureau utilise un ancien tank à lait. Il a conservé le brassage interne, ce qui permet d’éviter les zones anaérobies.
Pour le chauffage :
- il a supprimé le circuit de froid,
- il l’a remplacé par un circuit d’eau chaude,
- avec un petit ballon d’eau chaude, une pompe de circulation et un thermostat.
La sonde de température du tank permet de suivre la température en continu. Il règle son système autour de 19 °C, afin de rester dans la bonne plage et d’anticiper la légère montée en température provoquée, selon lui, par l’activité biologique dans la cuve.
Il insiste sur le fait qu’il vaut mieux ne pas dépasser 22 °C.
Essais et validation avant usage
Emeric Saboureau explique avoir beaucoup appris par essais. Avant de passer à grande échelle, il conseille de faire des tests en petite quantité.
Un test simple consiste à utiliser du cresson, qui réagit très vite :
- si le thé de compost n’est pas bon, le cresson dépérit rapidement ;
- si le produit est bon, le cresson reste en forme.
Il recommande donc :
- de tester d’abord sur de petits volumes,
- puis sur de petites surfaces,
- avant toute généralisation sur une grande surface.
En effet, un thé mal préparé, notamment devenu anaérobie, peut poser problème sur les cultures. Et avec une cuve de 3000 litres, les surfaces engagées peuvent être importantes.
Coûts et intérêt économique
Le coût dépend du volume de passage par hectare et du nombre de passages.
Dans son cas, Emeric Saboureau indique qu’avec environ 150 à 160 litres par hectare sur trois passages, son coût le plus élevé a été d’environ 15 euros par hectare. Sinon, il estime qu’il faut plutôt compter entre 7 et 10 euros par hectare avec un compost basique.
Il compare cela à un programme avec trois fongicides, qui pourrait revenir à 70 à 80 euros, ce qui laisse entrevoir une économie importante. Il précise toutefois qu’il ne faut pas faire « que ça » : cette pratique doit s’inscrire dans une démarche globale.
Selon lui, cela peut très bien fonctionner en agriculture biologique, et aussi en enrobage de semences.
Conditions d’application au champ
Pour l’application, l’idéal est selon lui vers 5 h 30 du matin, lorsque l’hygrométrie est la meilleure.
Les conditions recommandées sont :
- une température d’au moins 10 à 12 °C,
- peu ou pas de vent,
- une pression de pulvérisation faible.
Il explique que les micro-organismes réagissent un peu comme pour la minéralisation : s’il fait trop froid, ils travaillent moins.
Concernant la pulvérisation, il conseille de ne pas dépasser :
- 1 à 1,2 bar de pression.
Au-delà, on risque d’abîmer les micro-organismes. Il faut donc utiliser des buses adaptées. Il dit avoir réussi à passer jusqu’à 350 à 380 litres par hectare avec environ un bar de pression et une vitesse de 9 km/h.
Une petite pluie avant l’application n’est pas forcément gênante. En revanche, si une pluie importante survient juste après, la protection foliaire sera réduite, même si le produit ne sera pas totalement perdu puisqu’il ira au sol.
En cas de vent empêchant la pulvérisation foliaire, il lui est arrivé de passer en traitement dirigé vers le sol, afin d’agir davantage sur la vie du sol.
Organisation du travail
Emeric Saboureau souligne que cette pratique demande du temps et du soin. Ce n’est pas un simple bidon acheté en coopérative que l’on verse dans le pulvérisateur. Il y a une préparation importante en amont, et un vrai besoin de rigueur, notamment sur l’hygiène.
Il précise que cela peut se faire à toute échelle, y compris en maraîchage. En maraîchage, cela lui paraît même plus simple du fait des surfaces plus petites. Mais il insiste sur le fait qu’il faut une personne réellement dédiée à cette tâche.
Matériel recommandé
Pour les cuves, il recommande des matériaux non microporeux et faciles à nettoyer :
- inox,
- fibre de verre, comme sur certaines cuves à vin.
Il déconseille les cuves ayant contenu du gasoil ou tout autre produit, ainsi que les matériaux pouvant garder des résidus. Les bactéries étant extrêmement fines, elles peuvent se loger dans de très petits recoins et devenir ensuite difficiles à éliminer.
Il faut donc des surfaces parfaitement lisses.
Nettoyage et désinfection
Le nettoyage est présenté comme un point essentiel.
Dès que la pulvérisation est terminée, il faut rincer immédiatement à l’eau, pour éviter la formation d’un biofilm. Si l’on laisse la cuve sale pendant plusieurs heures, ce biofilm devient difficile à enlever.
Pour la désinfection, Emeric Saboureau utilise de préférence de l’eau oxygénée, qu’il juge plus efficace que la javel, avec laquelle il observait encore des traces après nettoyage.
Sa méthode consiste à :
- rincer à l’eau,
- passer de l’eau oxygénée partout,
- entrer dans la cuve si besoin pour frotter au chiffon,
- bien brasser,
- puis refaire plusieurs rinçages.
Le nettoyage complet lui prend environ 30 minutes.
Il applique la même rigueur à tous les accessoires :
- filtres,
- pelles,
- matériel utilisé pour la mélasse.
Tout est désinfecté, souvent par trempage dans l’eau oxygénée, afin d’éviter l’introduction de micro-organismes indésirables.
Il souligne aussi que, pour ceux qui utilisent le pulvérisateur à d’autres usages, il faut un nettoyage particulièrement sérieux. Il ne faut pas enchaîner un traitement classique puis un thé de compost sans lavage approfondi.
Importance des échanges et de la formation
Emeric Saboureau insiste sur l’importance des échanges entre praticiens. Grâce à Ver de terre Production, il explique qu’il est possible de suivre des formations sur les thés de compost oxygénés avec Jean-Charles de Villiers.
Les réseaux sociaux, notamment Facebook, permettent également beaucoup d’échanges d’expérience.
Il juge cela très utile, car de nombreux paramètres peuvent faire échouer la préparation :
- mauvaise température,
- mauvais micro-organismes,
- oxygénation insuffisante,
- erreurs de conduite de la cuve.
Selon lui, plus les échanges sont nombreux, plus les chances de réussir augmentent, et cela permet aussi de découvrir des idées auxquelles on n’aurait pas pensé seul.
Résultats évoqués
Sur ses protéines, il indique avoir observé un point de plus. Il prévoit également de faire analyser ses grains pour obtenir davantage de références.
Comme il le précise, il manque encore de comparaisons solides. Son intention est de comparer un grain produit classiquement chez un voisin en conventionnel avec le sien, afin de mieux évaluer les effets de la pratique.