Restitution en azote des couverts de trèfles, retours d'essais avec Alain Lecat

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Dans cette vidéo, Alain Lecat, conseiller en agriculture biologique aux Chambres d'agriculture des Hauts-de-France, partage ses retours d'essais sur la restitution en azote des couverts végétaux de légumineuses. À travers un historique de travaux menés depuis 2008, il démontre l'efficacité des légumineuses (trèfles, luzerne, féverole) pour fertiliser les cultures suivantes, permettant parfois de se substituer à des apports organiques conséquents. L'expert analyse l'impact déterminant de la date de destruction des couverts sur la cinétique de minéralisation et les reliquats azotés. Face au dérèglement climatique et aux aléas météorologiques, il souligne la nécessité de repenser les itinéraires techniques. Il préconise notamment de diversifier les périodes d'implantation, d'anticiper les semis dans des conditions de fraîcheur et d'adopter des stratégies de rupture pour sécuriser la réussite des couverts et optimiser la valorisation de l'azote par les cultures de céréales.

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Résumé
Dans cette vidéo, Alain Lecat, conseiller en agriculture biologique aux Chambres d'agriculture des Hauts-de-France, partage ses retours d'essais sur la restitution en azote des couverts végétaux de légumineuses. À travers un historique de travaux menés depuis 2008, il démontre l'efficacité des légumineuses (trèfles, luzerne, féverole) pour fertiliser les cultures suivantes, permettant parfois de se substituer à des apports organiques conséquents. L'expert analyse l'impact déterminant de la date de destruction des couverts sur la cinétique de minéralisation et les reliquats azotés. Face au dérèglement climatique et aux aléas météorologiques, il souligne la nécessité de repenser les itinéraires techniques. Il préconise notamment de diversifier les périodes d'implantation, d'anticiper les semis dans des conditions de fraîcheur et d'adopter des stratégies de rupture pour sécuriser la réussite des couverts et optimiser la valorisation de l'azote par les cultures de céréales.

Alain Lecat est conseiller agriculture bio à la chambre des Hauts de France. Il s'est intéressé à la dynamique de minéralisation des couverts de trèfles, ainsi que la part d'azote prélevée par les cultures




Restitution en azote des couverts de trèfles : retours d’essais avec Alain Lecat

La question de la restitution d’azote par les couverts végétaux est un enjeu majeur pour les agriculteurs, particulièrement en agriculture biologique et en grandes cultures. Alain Lecat, conseiller à la Chambre d’agriculture des Hauts-de-France, partage ses années d’expérimentation et d’animation de groupes d’agriculteurs sur cette thématique.

Historique et déclencheur des travaux

Les travaux sur les couverts de légumineuses, historiquement appelés “engrais verts”, ont pris de l’ampleur avant 2008 grâce à des groupes de travail réunissant l’ITAB, les Chambres d’agriculture et Arvalis. Le déclencheur a été la découverte des travaux de la Chambre d’agriculture de la Drôme, montrant qu’un couvert végétal bien conduit (notamment avec de la luzerne) pouvait être aussi efficace pour la fertilisation d’un maïs que 10 tonnes de fumier de volaille. Ce résultat a ouvert la voie à une nouvelle réflexion : comment produire de l’azote à partir de l’air ?

Résultats et dynamique de minéralisation

Au fil des années, des essais en Picardie et dans le Nord ont permis de quantifier les gains :

  • Gains de rendement : Des gains significatifs ont été observés sur des cultures comme le triticale ou le maïs après un couvert de trèfle.
  • Le rôle du rapport C/N : La cinétique de minéralisation dépend fortement du rapport carbone sur azote (C/N). Plus le C/N est faible (comme avec les légumineuses), plus la minéralisation est rapide.
  • Effet racinaire : Les légumineuses ne restituent pas seulement de l’azote par leurs parties aériennes. Les racines, notamment celles de la luzerne ou du mélilot, jouent un rôle crucial dans le stockage d’azote “sur pied”.

L’impact de la date de destruction

Un enseignement clé des travaux d’Alain Lecat est l’importance capitale de la date de destruction du couvert :

  1. Destruction précoce (novembre) : Elle peut entraîner des pertes d’azote par lessivage durant l’hiver.
  2. Destruction printanière : Elle permet de faire coïncider la minéralisation avec les besoins de la culture suivante.
  3. Variabilité : Les essais montrent qu’entre une destruction en novembre et une destruction en mars, on peut observer des différences significatives dans la disponibilité de l’azote pour la culture suivante, avec un effet positif marqué du trèfle blanc.

Méthode et outils de suivi

L’utilisation de la méthode MERCI (Sébastien Minette) et la modélisation STICS (INRAE) sont des outils précieux pour les conseillers. Ces outils aident à visualiser la dynamique de libération de l’azote et à mieux piloter les fertilisations. Cependant, Alain Lecat souligne que ces outils doivent être utilisés comme des supports de décision et non comme des vérités absolues, car le climat reste le facteur dominant.

Adaptation au dérèglement climatique

Face aux sécheresses printanières récurrentes, les méthodes traditionnelles d’implantation sont remises en question. Alain Lecat propose plusieurs pistes :

  • Semis sous couvert : Une technique intéressante, bien que complexe en conventionnel en raison de la gestion des résidus et des adventices.
  • Semis précoce : Pour pallier le manque d’eau printanier, il est préférable d’enterrer la graine (0 à 1 cm) dès que possible à la sortie de l’hiver, voire de tester des semis très précoces dans des conditions fraîches, même après des épisodes de gel.
  • Diversification : Ne pas tout miser sur une seule stratégie. Il est conseillé de varier les dates d’implantation et les espèces (mélanges, minette, trèfle blanc, etc.) pour sécuriser la réussite des couverts.

Conclusion

Pour Alain Lecat, la réussite des systèmes de demain passe par des scénarios de rupture. Il ne faut plus chercher à appliquer des recettes figées, mais travailler sur l’agilité : varier les dates de semis, tester de nouvelles associations et rester à l’écoute de ce que le sol et le climat permettent. Le “tout printemps” ou le “tout automne” n’est plus la solution idéale ; c’est la diversification des pratiques qui permettra de passer les aléas climatiques tout en valorisant au mieux l’azote produit naturellement par les légumineuses.