Rencontres 2015 - Vincent Levavasseur

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Lors des Rencontres 2015, Vincent Levavasseur présente sa première saison d’installation en maraîchage diversifié sur prairie, conduite entièrement en maraîchage sur sol vivant. Son projet s’inscrit dans une ferme de 22 hectares mêlant légumes, poules pondeuses et ferme pédagogique, avec une logique de permaculture et de faible mécanisation. Formé directement sur le terrain après une carrière d’ingénieur, il mise sur le paillage au foin, la toile tissée et l’absence de travail du sol. Malgré un démarrage tardif, il obtient dès la première année de bons rendements, avec environ 1 500 m² cultivés, 720 m² de serres et 27 000 € de chiffre d’affaires. Il souligne les réussites du système, notamment sous serre et en pommes de terre, mais aussi ses limites : gestion du bâchage, vivaces, limaces et échec des semis de petites graines. Un témoignage concret, chiffré et riche d’enseignements pour les porteurs de projet.

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Résumé
Lors des Rencontres 2015, Vincent Levavasseur présente sa première saison d’installation en maraîchage diversifié sur prairie, conduite entièrement en maraîchage sur sol vivant. Son projet s’inscrit dans une ferme de 22 hectares mêlant légumes, poules pondeuses et ferme pédagogique, avec une logique de permaculture et de faible mécanisation. Formé directement sur le terrain après une carrière d’ingénieur, il mise sur le paillage au foin, la toile tissée et l’absence de travail du sol. Malgré un démarrage tardif, il obtient dès la première année de bons rendements, avec environ 1 500 m² cultivés, 720 m² de serres et 27 000 € de chiffre d’affaires. Il souligne les réussites du système, notamment sous serre et en pommes de terre, mais aussi ses limites : gestion du bâchage, vivaces, limaces et échec des semis de petites graines. Un témoignage concret, chiffré et riche d’enseignements pour les porteurs de projet.

Retour d'expérience: installation sur prairie


Présentation du projet

Vincent Levavasseur présente son installation en maraîchage, dont la première saison de culture a eu lieu en 2015. Il s’est installé sur un antécédent de prairie, avec l’objectif de conduire l’ensemble des cultures en maraîchage sur sol vivant.

L’exploitation fait environ 20 hectares, avec plusieurs activités complémentaires :

  • du maraîchage diversifié ;
  • des poules pondeuses ;
  • une ferme pédagogique.

Le projet a été conçu pour tirer parti au maximum des interactions entre les différentes activités, avec une réflexion globale inspirée des principes de la permaculture.

L’atelier de maraîchage a été pensé comme un système :

  • diversifié ;
  • peu mécanisé ;
  • adapté au fait qu’il travaille seul ;
  • demandant peu d’investissements ;
  • simple et facile à mettre en place.

L’idée est de limiter au maximum la mécanisation, autant pour des raisons économiques que pratiques.

Une installation très peu mécanisée

Vincent Levavasseur insiste sur le faible niveau d’équipement utilisé. L’investissement matériel est très limité et la quasi-totalité des interventions est réalisée à la main.

Le tracteur n’est utilisé que pour :

  • déplacer les ballots de foin servant à couvrir le sol ;
  • passer le broyeur.

En revanche, il n’a pas encore été nécessaire de passer d’outil de travail du sol sur les planches.

Cette logique correspond à son objectif : faire un maraîchage léger, avec peu de matériel, peu d’interventions et un système qui fonctionne simplement.

Parcours et formation

Vincent Levavasseur n’a pas de formation agricole initiale. Il est ingénieur de formation dans l’industrie. Pour apprendre le métier, il a choisi une formation directement sur le terrain, en allant travailler une saison complète chez des maraîchers, notamment chez les Mulet et sur une autre ferme en maraîchage.

Selon lui, cette immersion pratique a été la meilleure formation possible.

Il donne ce retour d’expérience comme un repère pour les personnes qui souhaitent s’installer : apprendre sur le terrain, sur une saison complète, lui paraît particulièrement formateur.

Mise en place sur prairie

Dès 2014, il commence à préparer les surfaces issues de prairie. Il a d’abord essayé de fertiliser, mais avec le recul il considère que ce n’était pas forcément une bonne idée.

À partir de septembre 2014, il met en place pour la saison 2015 :

  • du foin ;
  • du fumier par endroits ;
  • du bâchage avec toile tissée.

Il explique avoir choisi la toile tissée plutôt que la bâche d’ensilage. Ce choix lui paraît pertinent pour plusieurs raisons :

  • elle laisse passer un peu d’eau ;
  • elle laisse passer un peu d’air ;
  • elle laisse aussi passer un peu de lumière.

Ce dernier point est important pour la gestion des vivaces, en particulier du chiendent. Comme un peu de lumière traverse la toile, le chiendent continue à vouloir pousser, ce qui l’épuise progressivement au lieu de stopper net sa croissance.

Temps de bâchage nécessaire pour détruire une prairie

Après plusieurs essais et erreurs, le constat est clair : pour détruire une prairie, il faut environ six mois de bâchage en période estivale.

Selon lui :

  • le temps de bâchage en hiver compte relativement peu pour détruire les vivaces ;
  • le vrai enjeu, ce sont les six mois de belle saison.

C’est un point central, car le couvert ou le paillage élimine bien les adventices annuelles, mais laisse subsister les vivaces. Or, sur prairie, ce sont précisément elles qui deviennent la principale difficulté.

Une première saison démarrée en retard

La saison 2015 a démarré avec beaucoup de retard. Il a fallu installer :

  • les tunnels ;
  • l’irrigation ;
  • l’organisation générale de l’atelier.

En pratique, les serres n’ont vraiment été opérationnelles qu’à partir de mai.

Quelques chiffres sur l’atelier

Pour cette première année, l’atelier représente environ :

  • 1 500 m² de surface de planches ;
  • 720 m² de serres.

Au départ, l’idée était de faire un hectare dès la première année, mais dans les faits cette surface s’est révélée largement suffisante.

Sur le plan commercial, il annonce dès la première année, uniquement en maraîchage sur sol vivant, un chiffre d’affaires d’environ :

  • 600 à 800 euros par semaine de vente.

Temps de travail

Le temps de travail sur le maraîchage est présenté comme relativement limité. Son travail consiste principalement à :

  • semer ;
  • planter dans les couverts ;
  • récolter.

Entre ces étapes, il n’y a quasiment pas d’intervention :

  • pas de travail du sol ;
  • très peu ou pas de désherbage.

Comme il a aussi d’autres activités sur la ferme, cette économie de temps est essentielle. Le système recherché est donc un système où les cultures demandent peu d’interventions et “se passent toutes seules” autant que possible.

Investissements

Vincent Levavasseur donne des repères économiques pour les personnes ayant un projet d’installation.

Le principal de l’investissement concerne :

  • les serres ;
  • l’irrigation.

Derrière cela, il y a peu de dépenses en matériel.

Il insiste sur une idée forte : plus on utilise de matériel, plus cela coûte cher, et plus cela peut aussi faire perdre du temps. Sa logique est donc de réduire au minimum les interventions et les équipements, car il doit gérer plusieurs activités sur la ferme.

Résultats économiques de la première année

Le chiffre d’affaires de la première année est d’environ 27 000 euros.

Les charges restent relativement faibles. Les principaux postes sont :

  • le loyer ;
  • les semences ;
  • un peu de compost.

Il utilise notamment du compost de déchets verts pour certains semis.

Bilan général de la première année

Le bilan est jugé globalement positif.

Parmi les points qui ont bien fonctionné :

  • de bons rendements dès la première année ;
  • peu d’interventions ;
  • un temps de travail réduit ;
  • une grande facilité de travail sous serre.

Ces résultats étaient en partie attendus, car il s’agissait d’un sol vivant issu de prairie, même si la prairie n’avait pas été totalement détruite au départ.

Très bons résultats sous serre

Sous serre, les résultats sont particulièrement impressionnants :

  • très peu d’herbe ;
  • grande facilité de conduite ;
  • paillage efficace.

Le matériau principal utilisé est le foin. Vincent Levavasseur explique que le meilleur matériau de paillage est avant tout celui que l’on a facilement à disposition. Dans son contexte, avec peu de cultures mais beaucoup d’herbe, le foin s’impose naturellement.

Son mode de conduite sous serre est simple :

  • mise en place du foin ;
  • éventuellement nouvelle couche si nécessaire ;
  • plantation ;
  • puis très peu d’interventions.

Il constate aussi moins de problèmes de limaces sous serre. Le fait d’arroser davantage sur les lignes semble également limiter la repousse des vivaces, qui ont plus de mal à repartir qu’en extérieur.

Limaces, mulots et régulations naturelles

Tout le monde l’avait alerté sur le risque de limaces et de mulots.

Limaces

Il observe effectivement des limaces, mais cela ne constitue pas un problème majeur dans tous les cas. Le point sensible se situe surtout au début du cycle des cultures.

Pour les cultures sensibles, notamment les salades, il faut selon lui mettre du Ferramol au pied de chaque plant pendant les premiers jours, jusqu’à ce que la plante ait environ quinze jours à trois semaines de développement.

Ensuite, la présence de limaces devient beaucoup moins problématique. Il donne l’exemple d’une planche de choux dont toutes les feuilles sont fortement attaquées sur les bords, mais où la récolte est malgré tout bien présente.

Mulots

Il constate aussi beaucoup de mulots, mais il relativise leur impact négatif. Au contraire, il observe qu’ils travaillent très bien le sol. Dans certains endroits, lorsqu’on marche sur les planches, on a l’impression de marcher sur un matelas tant le sol est ameubli par leurs galeries.

Il souligne aussi l’existence d’équilibres naturels :

  • présence de prédateurs ;
  • chats ;
  • même une vipère qu’il mentionne comme participant à cette régulation.

Réussite marquante : les pommes de terre sans travail du sol

L’une des grandes réussites de la première année concerne les pommes de terre.

L’essai a été conduit sans travail du sol :

  • les tubercules sont simplement posés sur le sol ;
  • ils sont recouverts de foin ;
  • parfois, certains secteurs sont recouverts de bâche ;
  • ensuite, il n’y a plus rien à faire jusqu’à la récolte.

Au moment de la récolte, contrairement à ce qu’on aurait pu craindre, cela ne pose pas de difficulté particulière : il suffit d’écarter le paillage. Les pommes de terre se trouvent à l’interface entre le sol et le paillage.

Les rendements annoncés sont très bons :

  • environ 25 tonnes par hectare ;
  • jusqu’à 35 tonnes par hectare selon les variétés.

Pour du bio, il considère cela comme un excellent résultat.

Cultures plantées et limites observées

De manière générale, tout ce qui est planté ou repiqué fonctionne bien en maraîchage sur sol vivant.

La principale difficulté porte sur les cultures sensibles aux limaces au démarrage, comme les salades. Là encore, le problème n’est pas permanent mais concentré sur le début du cycle.

Pour les cultures déjà bien développées, le système fonctionne bien.

Gestion du bâchage dans la rotation

Le besoin de six mois de bâchage en pleine saison pour gérer les vivaces pose une vraie difficulté d’organisation. Il faut faire coexister :

  • le temps des cultures ;
  • le temps nécessaire au bâchage.

Cela complique la planification des surfaces.

Une piste évoquée consiste à tourner dans le temps avec un bâchage sur sol nu, sans paille dessous, et à y implanter des courges. Les courges peuvent alors :

  • profiter de la chaleur d’un sol non isolé par la paille ;
  • être cultivées sur une bâche qui continue en même temps à jouer un rôle de désherbage.

Difficultés avec les bâches

Une autre difficulté vient du vent. Les toiles peuvent s’envoler, notamment lorsque le vent dépasse environ 70 km/h.

Pour limiter ce problème, ce qui fonctionne bien est :

  • mettre beaucoup d’agrafes tout autour ;
  • lester au milieu avec ce que l’on a sous la main, par exemple des briques.

Il donne comme repère une agrafe tous les deux ou trois mètres sur le pourtour de la bâche.

Exemple d’échec partiel de bâchage

Il montre un exemple de parcelle très enherbée après seulement trois mois de bâchage. Résultat :

  • beaucoup de chiendent ;
  • une forte repousse des vivaces.

Face à cela, il s’est demandé comment gérer la situation. Son idée est de mettre des courges l’année suivante sur cette zone, tout en poursuivant le bâchage pour reprendre le contrôle du problème.

Malgré cet enherbement, il constate tout de même une bonne production de choux. Cela montre que la présence de chiendent n’empêche pas forcément complètement la culture de produire, même si le problème devra être repris ensuite avec un bâchage plus long.

Les semis directs : réussites et échecs

Ce qui a marché

Les semis directs qui ont bien fonctionné sont notamment :

La technique consiste à :

  • découvrir complètement la planche ;
  • semer sur le sol ;
  • recouvrir très légèrement de compost.

Le compost est mis en couche très fine, juste assez pour ne plus voir le sol, afin d’éviter des coûts trop importants.

Ce qui n’a pas marché

Les semis de petites graines ont été beaucoup plus difficiles :

Vincent Levavasseur explique qu’il en était à son quatrième semis de l’année. Le problème principal venait du compost utilisé, qui séchait très rapidement. Or un compost qui sèche ne permet pas aux graines germées de poursuivre correctement leur développement : elles sèchent sur place.

La solution trouvée a été de mouiller régulièrement le compost sur le tas avant utilisation. Avec cette méthode, il a réussi à obtenir un premier semis de carottes à peu près correct.

Il présente cela comme une difficulté de débutant, typique d’une première année.

En attendant, pour compenser l’absence de carottes dans sa production, il a acheté ou échangé des carottes avec un voisin, ce qui lui a permis de s’en sortir économiquement.

Attention aux bordures de planches

Un conseil important concerne les bordures de planches. Les vivaces présentes juste à côté peuvent facilement envahir les planches cultivées.

Le mécanisme décrit est le suivant :

  • la prairie ou la végétation en bordure reste vivante ;
  • les vivaces, comme le chiendent ou le chardon, y trouvent de l’énergie ;
  • par les rhizomes, elles alimentent des repousses sous la planche.

Ainsi, même si la planche elle-même a été bien désherbée, les liaisons souterraines avec la végétation voisine permettent aux adventices de revenir.

Pour limiter cela, il recommande :

  • ne pas planter l’herbe trop près des planches ;
  • laisser un passage permettant de passer avec une tondeuse ;
  • éventuellement donner un coup de bêche sur les bords de planches pour couper les liaisons de rhizomes entre plantes vivantes du bord et parties en cours d’épuisement sous la planche.

Évolution du sol et observations inhabituelles

Enfin, Vincent Levavasseur mentionne des comportements de sol assez surprenants, qu’il ne s’explique pas complètement.

Il a observé par endroits une transformation d’un sol très grumeleux, agréable à travailler, vers un comportement plus vaseux, presque hydromorphe, collant lorsqu’on le touche.

Cela s’est produit surtout dans des zones où :

  • beaucoup de matière organique avaient été apportées ;
  • la prairie était en décomposition.

Il constate cependant que ce phénomène semble transitoire :

  • il apparaît au cours de la transition entre prairie et sol maraîcher ;
  • puis il disparaît au bout d’environ six mois ;
  • le sol redevient ensuite différent.

Il reste prudent sur l’interprétation et indique qu’il faudra voir dans le temps comment cela évolue.

Conclusion

Le retour d’expérience de cette première année de maraîchage sur sol vivant montre :

  • la faisabilité d’une installation peu mécanisée ;
  • de bons résultats dès la première année sur prairie ;
  • une forte efficacité du paillage au foin et du bâchage ;
  • un grand confort de conduite sous serre ;
  • des points de vigilance sur les vivaces, le temps de bâchage, les bordures de planches et les semis de petites graines.

Malgré les difficultés rencontrées, le bilan général est positif, avec un système jugé simple, peu coûteux, économe en travail et productif.