L'arbre & le vivant grandeur nature, avec Bruno Sirven

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Dans ce nouvel échange de L’arbre & le vivant grandeur nature, avec Bruno Sirven, Bruno Sirven propose une réflexion sensible et technique sur la place de l’arbre dans les paysages agricoles. Il rappelle que l’agriculture peut autant dégrader que régénérer le vivant, selon la manière dont elle aménage l’espace, gère les flux et s’inscrit dans le temps long. L’arbre apparaît alors comme un allié central : il capte l’énergie solaire, structure le paysage, active les cycles de l’eau, nourrit le sol, crée des habitats et multiplie les interactions entre espèces. À travers l’idée de “génie du lieu”, de “génie du végétal” et de “génie paysan”, Bruno Sirven défend une agroforesterie fondée sur le bon sens, la diversité, la sobriété et l’observation. Une invitation à repenser les systèmes agricoles comme des écosystèmes vivants, fertiles et résilients, capables de produire davantage de vie que de simples rendements.

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Résumé
Dans ce nouvel échange de L’arbre & le vivant grandeur nature, avec Bruno Sirven, Bruno Sirven propose une réflexion sensible et technique sur la place de l’arbre dans les paysages agricoles. Il rappelle que l’agriculture peut autant dégrader que régénérer le vivant, selon la manière dont elle aménage l’espace, gère les flux et s’inscrit dans le temps long. L’arbre apparaît alors comme un allié central : il capte l’énergie solaire, structure le paysage, active les cycles de l’eau, nourrit le sol, crée des habitats et multiplie les interactions entre espèces. À travers l’idée de “génie du lieu”, de “génie du végétal” et de “génie paysan”, Bruno Sirven défend une agroforesterie fondée sur le bon sens, la diversité, la sobriété et l’observation. Une invitation à repenser les systèmes agricoles comme des écosystèmes vivants, fertiles et résilients, capables de produire davantage de vie que de simples rendements.

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Aujourd'hui, on continue le cycle avec l'agroforesterie l’arbre et la manière - session 2 : l’arbre & le vivant grandeur nature.


Avec Arbre & Paysage 32 et Pour une Agriculture du Vivant.


Introduction

Cette rencontre des rendez-vous de l’agroécologie est consacrée à l’arbre, au vivant, et à leur place dans les paysages agricoles, avec Bruno Sirven. L’échange est introduit dans une ambiance conviviale, avec des références aux précédentes interventions de François Mulet, Marcel Bouché, Geneviève Michon, ainsi qu’aux voyages et exemples d’agroforesterie déjà évoqués dans la série.

Bruno Sirven annonce qu’il souhaite parler de l’arbre « grandeur nature », c’est-à-dire à l’échelle du paysage, en reliant les questions du vivant, de l’agriculture, de l’économie des ressources et de la fertilité des milieux.

Dès le départ, une idée forte est posée : les arbres sont premiers dans l’histoire du vivant terrestre. Ils précèdent, dans cette présentation, les plantes herbacées et apparaissent comme une structure fondamentale sans laquelle aucun écosystème ne peut être réellement pensé. L’arbre est ainsi présenté comme un élément primordial du vivant.

Nature, agriculture et vivant

Bruno Sirven repart d’une idée simple : parler du vivant, c’est aussi commencer par la mort, puisque la vie recommence sans cesse à partir de ce qui se défait. Il revient alors sur le mot « nature », en rappelant que son étymologie renvoie à l’idée de naître et de renaître de manière perpétuelle.

La nature est décrite comme un bien commun, un élan permanent de vie dont tous bénéficient gratuitement. Cette idée de renaissance et de génération continue est centrale.

Dans ce cadre, l’agriculture est rappelée dans son sens fort : cultiver, élever, développer. Bruno insiste sur le fait que l’agriculture, pendant de nombreuses décennies, a certes commis des erreurs, mais qu’elle a aussi eu pour rôle d’enrichir le vivant, notamment par l’aménagement des milieux, la création d’habitats, la diversification de l’espace et l’invention de nombreuses variétés végétales et races animales.

Il rappelle toutefois un point essentiel : l’agriculture est toujours une intervention sur le milieu. On ne peut donc pas parler de nature au sens strict lorsqu’il y a agriculture. L’agriculteur est toujours un perturbateur. Mais il a le choix entre deux orientations :

  • développer la richesse du milieu ;
  • ou le détruire.

Deux dimensions de ce rôle sont mises en avant :

  • l’agriculteur aménage l’espace ;
  • l’agriculteur est aussi un gestionnaire temporaire, qui doit ménager la nature dont il se sert.

La biodiversité se cultive

Hervé Coves intervient pour souligner que la biodiversité n’est pas seulement quelque chose à préserver passivement : elle se cultive. Elle est la conséquence d’une relation entre des êtres vivants et un écosystème.

Chaque plante construit son milieu, par ses relations avec le sol, sa rhizosphère et les interactions qu’elle entretient. Chaque animal modifie aussi l’écosystème dans lequel il vit, par exemple en dispersant des graines ou des spores. Homo sapiens, dans son histoire longue, a lui aussi transporté des graines, des spores et des éléments de son écosystème, puis a coconstruit avec la nature des milieux de plus en plus riches.

L’exemple des oasis sahariennes ou des systèmes méditerranéens montre que certains paysages très fertiles sont des coconstructions entre humains et vivant. Il n’y a donc pas d’opposition absolue entre nature et culture, mais au contraire complémentarité.

Cette idée est illustrée par des exemples évoqués dans l’introduction, notamment les systèmes agroforestiers marocains et l’arganeraie, où une forte présence humaine peut aller de pair avec une grande richesse écologique.

L’économie du vivant

Bruno Sirven propose ensuite de réfléchir à la production agricole non comme à une simple extraction de ressources, mais comme à une véritable économie du vivant.

Il rappelle plusieurs sens du mot « économie » :

  • la bonne gestion des richesses et des flux ;
  • la création d’échanges ;
  • l’évitement des dépenses inutiles ;
  • l’épargne, la capitalisation.

Pour lui, le vivant fonctionne déjà selon cette logique :

  • il gère des flux ;
  • il crée des échanges ;
  • il évite le gaspillage ;
  • il capitalise ;
  • il assure ses arrières.

L’agriculture devrait donc s’inscrire dans cette économie du vivant plutôt que la contrarier. Cela suppose :

  • de produire ;
  • d’utiliser ;
  • de recycler ;
  • mais aussi de développer.

Bruno insiste sur la nécessité de raisonner en bilan, non seulement en compte de résultat immédiat, mais sur le temps long. Il faut regarder :

  • ce que l’on gagne ;
  • ce que l’on perd ;
  • ce que l’on laisse dans le paysage en termes de vie.

Une parcelle donnée n’a pas toujours vocation à être poussée coûte que coûte vers la même production. Sa meilleure modalité d’usage dépend de son potentiel, de son terroir, de sa vocation profonde.

Le paysage comme cadre du vivant

Une grande partie de l’intervention consiste à déplacer le regard de la parcelle vers le paysage.

Pour Bruno Sirven, le paysage n’est pas seulement un décor. C’est :

  • une constitution physique ;
  • un fonctionnement logistique ;
  • le bassin de vie du vivant ;
  • un cadre de production agricole ;
  • un objet de pilotage collectif.

Le paysage contient des interactions visibles et invisibles. Il constitue le contenant à l’intérieur duquel les êtres vivants, les cultures et les activités humaines peuvent se développer.

Il va jusqu’à poser cette idée : ce n’est pas seulement l’agriculteur qui produit, c’est aussi le paysage qui produit, car c’est lui qui fournit les ressources, accueille les flux et rend possibles les complémentarités.

Lorsque le paysage est vivant, diversifié, en bonne santé, il est logique qu’il donne des produits eux-mêmes vivants, riches et sains.

Les qualités d’un paysage vivant

Bruno Sirven détaille plusieurs caractéristiques d’un paysage favorable au vivant.

La diversité

Un paysage diversifié est une richesse, parce qu’il multiplie les ambiances, les ressources et les complémentarités. Il permet le foisonnement.

Cette diversité crée aussi de l’intimité. Or l’intimité est présentée comme une condition importante de la vie : pour se reproduire, se protéger, se développer, le vivant a besoin d’espaces variés, de coins, de lisières, de refuges.

Le subtil et l’imperceptible

Le paysage ne se réduit pas à ce que l’on voit. Il comprend aussi tout ce qui est invisible ou à peine perceptible :

  • l’eau ;
  • les bactéries ;
  • les virus ;
  • les levures ;
  • les algues ;
  • les ondes ;
  • les microphénomènes entre la terre et le ciel.

Il faut maintenir ce fragile et ce subtil, car c’est souvent là que se joue l’essentiel.

L’épaisseur temporelle

Un paysage porte une mémoire. Il résulte de multiples histoires naturelles et humaines qui se combinent. Il rassemble du domestique, du sauvage, du semi-naturel, du stable et du fragile.

Cette profondeur temporelle compte autant que les structures visibles du présent.

Le mouvement

Le paysage est une entité vivante, en mouvement. La vie est dynamique. Bruno et Hervé insistent sur la nécessité d’accepter cette dimension mouvante.

Hervé Coves propose une image simple : faire du vélo à l’arrêt demande beaucoup d’énergie, alors qu’avancer rend l’équilibre plus facile. De la même manière, accompagner le mouvement du vivant est plus fécond que vouloir tout figer.

Diversité, variabilité et fonctions multiples

Bruno insiste sur un point important : dans un paysage vivant, chaque composante remplit plusieurs fonctions, et chaque fonction est remplie par plusieurs composantes.

Autrement dit :

  • un élément du paysage ne sert jamais à une seule chose ;
  • une fonction écologique ne repose jamais sur un seul élément.

La variabilité ajoute encore à cette richesse. Si des éléments divers varient en plus dans le temps, les possibilités se multiplient.

Il prend l’exemple du soleil qui se déplace et de l’ombre mouvante des arbres : cette variabilité complexifie le milieu et augmente les possibilités pour le vivant.

Le paysage, à plusieurs dimensions

Le paysage est présenté comme un système à plusieurs échelles :

  • l’individu est contenu dans un environnement plus vaste ;
  • l’exploitation agricole est elle-même contenue dans un paysage ;
  • et chaque être vivant contient en lui de la diversité.

Le paysage engage donc plusieurs dimensions :

  • l’espace ;
  • le temps ;
  • l’usage ;
  • la culture ;
  • le politique.

Bruno ajoute qu’il y a aussi de l’amour dans le paysage, dans le sens où il y a du soin, de l’attention portée au vivant, et une relation à l’avenir.

Le terroir et les « trois génies »

Pour penser le paysage agricole, Bruno Sirven propose de convoquer trois formes de « génie » :

Le génie du lieu

C’est la capacité propre du terroir, ce point de rencontre entre la terre et le ciel, à produire quelque chose. Il s’agit de comprendre l’optimum que l’on peut attendre d’un lieu donné.

Le génie du végétal

C’est la capacité du végétal à foisonner, jaillir, envahir dans le bon sens, grouiller, créer de la vie et de la fertilité.

Le génie humain ou paysan

C’est la capacité humaine à piloter, associer, sentir, doser, faire avec subtilité, ingéniosité, nécessité et frugalité.

L’enjeu est de réunir ces trois génies.

Le bon sens paysan

Bruno Sirven développe ensuite ce qu’il appelle le « bon sens paysan ».

Celui-ci repose sur :

  • une économie de moyens ;
  • une efficacité du geste ;
  • une rusticité ;
  • une recherche de simplicité sans archaïsme ;
  • une capacité à faire plusieurs choses avec un seul geste.

Hervé Coves insiste de son côté sur « l’économie du geste », qu’il présente comme l’un des fondements de l’agroécologie : obtenir le maximum d’effet avec le minimum de geste, jusqu’à faire de l’agriculture un art, fondé sur la justesse.

Bruno ajoute l’idée de dosage :

  • faire le bon dosage pour éviter le dommage ;
  • savoir ce que l’on peut prélever sans mettre en péril le milieu de production ;
  • optimiser les potentialités sans casser le système.

Le bon sens paysan implique aussi :

  • de diversifier ;
  • d’associer ;
  • de recycler ;
  • de considérer que rien n’est vraiment perdu dans le cycle du vivant.

Le fonctionnement de l’agrosystème

L’agriculture est ensuite abordée comme une activité économique solaire. Son moteur fondamental est la capture de l’énergie du soleil par le végétal.

Dans les commentaires repris à l’oral, plusieurs définitions de l’agroécologie apparaissent, que les intervenants approuvent :

  • une agriculture respectueuse de la nature ;
  • un maximum d’arbres et des sols couverts ;
  • une culture qui élève des biotopes courts comme un écosystème ;
  • une agriculture appuyée sur les mécanismes naturels.

L’enjeu devient alors de construire une économie du vivant fondée sur :

  • des continuités ;
  • des circulations ;
  • mais aussi des points de fixation, d’établissement et de stabilisation.

Les flux du vivant portent sur :

  • la matière ;
  • l’énergie ;
  • l’information.

Bruno distingue :

  • une matière finie, qu’il faut recycler ;
  • une énergie limitée localement, qu’il faut piloter ;
  • une information potentiellement infinie, car le partage d’information enrichit au lieu d’appauvrir.

Les quatre conditions d’un paysage agricole vivant

Bruno propose ensuite quatre grands critères à maintenir dans un paysage :

La diversité des espèces

Avoir plusieurs espèces, c’est mieux occuper l’espace et le temps, et mieux répartir les usages des ressources. Cela limite la compétition directe et permet des complémentarités.

L’hétérogénéité des espaces

Il faut éviter les espaces trop homogènes et trop vastes. La mosaïque paysagère est importante, notamment à travers des parcelles de dimensions mesurées.

La rugosité

La surface du paysage ne doit pas être lisse. Il faut des éléments qui ralentissent, arrêtent, retiennent, accueillent les flux.

La porosité verticale

Il faut permettre des échanges entre le sol, la surface et l’atmosphère. Le vivant se joue dans cette interface.

Le végétal, et plus particulièrement l’arbre, est présenté comme le meilleur moyen de réunir ces quatre conditions.

Le sol, fondement du paysage vivant

La question du sol revient comme un thème central. Bruno rappelle que tout ce qui précède repose sur lui.

Le sol est décrit comme un être intime, discret, souvent méconnu, mais fondamental. Il ne faut pas le penser seul : il forme avec le végétal un « biocouple » indissociable. Le sol appelle toujours du végétal, et le végétal a toujours besoin du sol.

Hervé Coves souligne combien il est difficile d’entrer dans l’intimité d’un sol. Cela demande :

  • de l’écoute ;
  • de l’observation ;
  • de la patience.

Le rôle du couvert végétal est alors rappelé comme décisif pour :

  • protéger le sol ;
  • lui donner de la porosité ;
  • maintenir sa profondeur et sa vie.

Les lieux de rencontre dans le paysage

Bruno attire ensuite l’attention sur les lieux de confluence, de contact et d’échange :

  • lisières ;
  • bordures ;
  • berges ;
  • franges ;
  • intersections ;
  • zones humides ;
  • zones de pente ;
  • zones de marnage ;
  • structures semi-naturelles ou artificielles utiles.

Ces lieux sont particulièrement importants pour le vivant, car c’est là que se trame souvent la biodiversité.

Le bocage est cité comme exemple d’aménagement artificiel extrêmement précieux à l’échelle du paysage.

Pourquoi l’arbre est central

Arrive alors le cœur de l’intervention : le rôle spécifique de l’arbre.

Bruno le présente comme :

  • un être vivant ;
  • une plante géante ;
  • une espèce locale de la plupart des paysages ;
  • une ressource du paysage ;
  • un organisme autonome ;
  • un organisme durable ;
  • un amplificateur du vivant.

Il rappelle que même un très vieil arbre continue à pousser, donc à augmenter son être physique. L’arbre est stable, durable, mais toujours en croissance.

Hervé Coves évoque également les travaux popularisés par Francis Hallé sur la notion d’arbre-colonie : chez certains arbres, chaque bourgeon est en quelque sorte un nouveau départ. Cela renforce l’idée d’un rajeunissement permanent.

Les fonctions majeures de l’arbre

Bruno énumère les effets de l’arbre sur le milieu.

Harmonisation et régulation

L’arbre est un filtre, un régulateur, un harmonisateur. Il tamise :

  • l’énergie ;
  • la chaleur ;
  • l’eau ;
  • la lumière ;
  • le vent.

Création de ressources

L’arbre ne se contente pas de mobiliser ce qui existe : il crée des ressources nouvelles. Il transforme et rend accessibles des éléments qui ne l’étaient pas.

Dilatation de l’espace et du temps

L’arbre multiplie l’espace disponible pour le vivant, en créant du volume, des surfaces de contact, des étages.

Bruno cite un chiffre aperçu dans une publication : un arbre pourrait équivaloir à une multiplication par 27 de l’espace mobilisable. Il précise lui-même que ce chiffre est très théorique, mais l’idée importante est là : l’arbre démultiplie les possibilités du milieu.

Il dilate aussi le temps, en allongeant les cycles, en étalant les productions, en maintenant du vivant plus longtemps.

Bio-pompe de fertilité

L’arbre va chercher loin, y compris dans des profondeurs ou des couches minérales inaccessibles à d’autres plantes. Il remet dans le cycle du vivant :

  • l’eau ;
  • les minéraux ;
  • les éléments nutritifs.

Il agit comme une noria de fertilité, une pompe permanente qui remonte et redistribue.

Circulation des flux

L’arbre :

  • capte ;
  • transforme ;
  • diffuse ;
  • injecte ;
  • rejette ;
  • ventile ;
  • hydrate ;
  • anime.

Il donne du souffle au paysage et lui apporte de l’épaisseur.

Habitat, nourriture, protection

L’arbre est à la fois :

  • nourricier ;
  • protecteur ;
  • habitat ;
  • ressource.

Il accueille et nourrit de très nombreux êtres vivants.

Les arbres de pays et l’autonomie

Bruno insiste sur l’intérêt des « arbres de pays », non dans un sens identitaire ou figé, mais comme arbres qui ont coévolué avec un milieu.

Ce sont en général des arbres :

  • autonomes ;
  • durables ;
  • adaptés ;
  • capables de vivre longtemps dans le paysage.

Il ne s’agit pas d’exclure dogmatiquement toute autre espèce, mais de partir de cette logique d’adaptation locale.

À propos des espèces parfois contestées comme les eucalyptus ou les conifères, Bruno répond qu’il n’existe pas d’arbre mauvais en soi. Le problème vient plutôt :

  • d’une mauvaise adaptation ;
  • d’une mauvaise installation ;
  • d’un mauvais dosage ;
  • d’une monoculture mal pensée.

Tout dépend de l’usage, du contexte et de la nécessité.

Les formes de présence de l’arbre dans le paysage

Bruno distingue plusieurs grandes formes de trame arborée :

  • les arbres isolés ;
  • les bouquets ;
  • les lignes et alignements ;
  • les haies ;
  • les surfaces boisées.

Toutes jouent des rôles dans le paysage, notamment :

  • couper et fragmenter ;
  • servir de corridors ;
  • faire couture entre des espaces différents ;
  • créer des effets de lisière.

Ces formes ont des effets de production, de protection, de régulation biologique et mécanique.

L’agroforesterie : principes

L’agroforesterie est présentée comme l’art de combiner plusieurs cultures ou productions dans un même espace, en s’appuyant sur l’arbre comme moteur de fertilité.

Bruno la définit dans une perspective très large :

  • associer l’arbre à l’agriculture ;
  • intensifier avec bon sens, en fonction des ressources disponibles ;
  • adapter les pratiques au potentiel du lieu ;
  • piloter de manière dynamique dans le temps et dans l’espace.

Il ne s’agit pas seulement d’arbres dans des champs, mais d’une pensée de l’aménagement, du partage des ressources et du volume agricole.

L’agroforesterie vise à :

  • produire de la vie ;
  • produire plusieurs récoltes ;
  • produire des ressources in situ pour l’agriculture ;
  • enrichir le capital écologique du lieu ;
  • transmettre un milieu plus riche aux générations suivantes.

Partage, dosage et prudence

Bruno rappelle cependant qu’il ne suffit pas de vouloir mettre des arbres partout.

L’arbre peut être un excellent partenaire, mais il peut aussi dominer, notamment parce qu’il capte :

  • la lumière ;
  • l’espace ;
  • l’eau.

Il faut donc se poser la question de l’acceptabilité de l’arbre dans un agrosystème donné.

Le maître mot est alors le dosage :

  • combien d’arbres ;
  • où ;
  • sous quelle forme ;
  • avec quelles cultures ;
  • dans quel rythme d’évolution.

Bruno insiste aussi sur la prudence, mais sans paralysie : on peut tenter, observer, corriger, faire évoluer. Le paysage change, donc les dispositifs aussi.

Une agriculture plus facile qu’il n’y paraît

Pour ne pas décourager, Hervé Coves fait un parallèle avec l’apprentissage de la conduite automobile. Au début, il faut penser à beaucoup de choses à la fois, puis cela devient naturel.

Il en va de même pour l’agriculture agroécologique : au départ, prendre en compte l’espace, le temps, les espèces, les formes, les produits et les pratiques peut sembler complexe, mais cela peut devenir fluide avec l’expérience.

Il ajoute une idée forte : l’être humain porte en lui une mémoire profonde de la forêt. Homo sapiens est né dans un monde forestier, et il possède encore en lui les réflexes qui permettent de vivre avec les arbres et les plantes. Il s’agit donc aussi de réapprendre.

Entre deux extrêmes

Bruno termine en rappelant qu’il ne faut pas raisonner de manière manichéenne. Il propose de se situer entre deux extrêmes :

  • d’un côté une agriculture du vivant ;
  • de l’autre une agriculture du désert.

Entre ces deux pôles, il existe de nombreuses situations, de nombreuses transitions possibles et de nombreux degrés d’adaptation.

L’important est d’aller vers plus de vert, plus de vivant, plus de fertilité, plus de beauté.

Conclusion

La conclusion est à la fois poétique et pratique.

Bruno Sirven rappelle que la nature est une promesse d’avenir. Même si beaucoup de choses sont aujourd’hui en crise ou en suspens, l’élan de vie demeure. Il appelle à « surfer » sur cet élan plutôt qu’à le contrarier.

Il insiste sur la responsabilité humaine : avec les moyens dont nous disposons, il devient possible — et nécessaire — de faire des choix qui renforcent la vie.

Hervé Coves prolonge ce message par une invitation à imaginer concrètement le monde d’après, à se demander :

  • que vais-je faire ;
  • comment vais-je agir ;
  • comment vais-je planter, protéger, accompagner le vivant.

L’échange se ferme sur un message d’espoir, de beauté et d’action, en rappelant que le chemin de la vie sera d’autant plus beau qu’il se fera avec la nature.

Annonce des prochaines rencontres

Les intervenants annoncent ensuite le programme des prochaines conférences des rendez-vous de l’agroécologie :

  • mardi à 10 h : importance d’avoir l’ensemble du réseau trophique dans le sol, avec Marie-Thérèse Gessler ;
  • mardi à 14 h : mycorhizes et microbes, précieuses alliées du sol, avec Marc-André Selosse ;
  • jeudi à 9 h : de la cellule à la planète en passant par le ver de terre, avec Marc Henry et François Mulet ;
  • vendredi à 10 h : passage à l’arbre, aménagement et production, avec Bruno Sirven.

L’émission se termine dans une atmosphère chaleureuse, avec un rappel du plaisir d’apprendre ensemble et de partager ces temps autour de l’agroécologie et de l’agroforesterie.