Des trognes pour le climat

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Lors de cette table ronde animée à la ferme de Refaire à Marciac, chercheurs et praticiens ont exploré la place des trognes face au changement climatique. Dominique Mansion, Alain Canet et Hervé Covès ont rappelé leurs multiples fonctions : ombre, fourrage, bois, fertilité des sols, biodiversité et rafraîchissement des paysages ruraux comme urbains. À l’échelle méditerranéenne, Viviana Ferrario a montré qu’en Italie, les trognes faisaient partie d’anciens systèmes agricoles mêlant vigne, arbres et cultures, aujourd’hui en partie oubliés. Depuis le Maroc, Geneviève Michon et Mohamed Alifriqui ont présenté des exemples encore vivants de trognes pastorales — frênes, pistachiers, chênes, genévriers, arganiers, acacias — qui assurent fourrage, matériaux et résilience dans des milieux très arides. Tous soulignent l’urgence de reconnaître les savoirs paysans et de remettre les trognes au cœur des territoires pour affronter sécheresses, érosion et perte de biodiversité.

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Résumé
Lors de cette table ronde animée à la ferme de Refaire à Marciac, chercheurs et praticiens ont exploré la place des trognes face au changement climatique. Dominique Mansion, Alain Canet et Hervé Covès ont rappelé leurs multiples fonctions : ombre, fourrage, bois, fertilité des sols, biodiversité et rafraîchissement des paysages ruraux comme urbains. À l’échelle méditerranéenne, Viviana Ferrario a montré qu’en Italie, les trognes faisaient partie d’anciens systèmes agricoles mêlant vigne, arbres et cultures, aujourd’hui en partie oubliés. Depuis le Maroc, Geneviève Michon et Mohamed Alifriqui ont présenté des exemples encore vivants de trognes pastorales — frênes, pistachiers, chênes, genévriers, arganiers, acacias — qui assurent fourrage, matériaux et résilience dans des milieux très arides. Tous soulignent l’urgence de reconnaître les savoirs paysans et de remettre les trognes au cœur des territoires pour affronter sécheresses, érosion et perte de biodiversité.

Ver de Terre Production s'invite à Paysages in Marciac 2020 ! 😍🍃


Et pour cette nouvelle édition mixée présentiel/visio, on vous propose aujourd’hui pour cette conférence en l'honneur de cette Année des Trognes ! Avec Geneviève Michon, Dominique Mansion, Mohamed Alifriqui, Viviana Ferrario, Alain Canet, Hervé Covès.


Avec la collaboration d'Arbre & Paysage 32.


Retrouvez tout le programme par ici 👋 https://paysages-in-marciac.fr/programmation/


Introduction

Cette soirée reprend après une courte pause, à la ferme de Refaire à Marciac, devant un public toujours nombreux, en salle, sur YouTube et en visioconférence. Le thème annoncé est celui de la trogne à l’international, avec une question centrale : pourquoi des trognes pour le climat ?

Autour de la table et en visio, plusieurs intervenants sont réunis :

L’objectif de la soirée est d’explorer, à travers différents paysages et différentes cultures, les liens entre les trognes, les sociétés paysannes, les systèmes agricoles et les réponses possibles aux bouleversements climatiques.

Pourquoi des trognes pour le climat ?

Dominique Mansion ouvre la réflexion par un souvenir d’enfance, dans le Perche. Il raconte les journées de fauche avec son père, le cheval percheron, et les moments de repos à l’ombre d’une trogne. Sous cet arbre, on trouvait à la fois :

  • de l’ombre et du rafraîchissement ;
  • du bois en fagots pour chauffer ;
  • du feuillage ;
  • une ressource utile au quotidien, dans une logique de fonctions multiples.

Il rappelle que ces fonctions ont été balayées rapidement par l’arrivée du tracteur et des énergies fossiles, mais que l’arbre est resté dans sa mémoire comme une évidence fonctionnelle. Pour lui, la trogne concentre un grand nombre de rôles :

  • ombrage ;
  • refroidissement ;
  • production de bois renouvelable ;
  • apport de feuillage ;
  • couverture des sols ;
  • alimentation du bétail ;
  • matériaux pour l’habitat ;
  • chauffage.

Cette polyvalence fait de la trogne une réponse majeure aux enjeux actuels. Dominique Mansion souligne l’urgence de remettre des trognes partout dans les paysages :

  • dans les paysages ruraux, notamment là où l’arbre a été éradiqué ;
  • dans les paysages urbains, où elles pourraient contribuer à refroidir les villes minéralisées.

Les trognes dans les paysages agricoles italiens

Viviana Ferrario intervient depuis l’Italie. Géographe à Venise, elle travaille sur les paysages anciens et en particulier sur la culture promiscua, ou culture mixte italienne.

La culture promiscua

Elle décrit un système agricole complexe dans lequel :

  • la vigne est cultivée sur des terres arables ;
  • les arbres servent de supports vivants à la vigne ;
  • céréales, vignes, arbres, animaux et humains coexistent dans un paysage fortement intégré.

Ce système est très ancien, déjà présent à l’époque romaine, et sa diffusion devient remarquable à partir du XIIe siècle. Il s’est répandu dans la plaine du Pô, en Italie centrale et méridionale.

Dans ces paysages, les arbres étaient souvent taillés afin de :

  • limiter un ombrage excessif sur la vigne et les céréales ;
  • produire du bois de chauffage ;
  • fournir du bois pour les outils agricoles ;
  • donner des feuilles utilisées comme fourrage complémentaire ou comme litière.

Viviana Ferrario montre que ces formes rappellent fortement celles des trognes.

Des paysages agricoles mixtes aujourd’hui presque disparus

Elle rappelle que ce type de système n’existait pas qu’en Italie :

  • on le retrouvait aussi dans le nord du Portugal ;
  • dans le sud de la France ;
  • et sans doute dans d’autres régions d’Europe du Sud.

Les traités agricoles anciens en gardent la mémoire. Elle cite notamment une description de Haute-Garonne en 1843, où sont évoqués des vignobles plantés d’arbres, ordinairement des érables champêtres et des cormiers, taillés à une certaine hauteur pour soutenir la vigne.

Parmi les espèces utilisées en Italie, elle mentionne notamment :

  • l’orme ;
  • l’érable ;
  • le saule ;
  • le mûrier ;
  • le frêne ;
  • d’autres arbres capables de supporter des tailles répétées.

Aujourd’hui, il ne subsiste que des fragments de ces paysages, conservés dans des replis de campagne moderne, là où la spécialisation agricole n’a pas tout effacé.

Fonctions climatiques et agronomiques

Viviana Ferrario insiste sur le fait que les paysans d’autrefois avaient une compréhension très fine du climat. La vigne conduite sur arbre permettait notamment :

  • de la protéger des gelées de printemps ;
  • de bénéficier d’une humidité plus favorable en été ;
  • de modérer les excès du rayonnement solaire ;
  • de mieux résister au vent.

En terrain de colline, l’association entre arbres et cultures contribuait aussi à :

  • stabiliser les sols ;
  • retenir la terre ;
  • limiter l’érosion liée aux pluies.

Les principes de la culture mixte

Dans la suite des échanges, Viviana Ferrario résume plusieurs grands principes de ces systèmes agricoles :

  • multifonctionnalité spatiale et temporelle ;
  • polyculture verticale, avec plusieurs niveaux de production ;
  • intensification durable ;
  • résilience par la diversité ;
  • adaptation fine aux caractères locaux ;
  • forte intensité de travail humain.

Elle souligne qu’un tel système ne peut renaître que s’il redevient économiquement viable. La vigne peut éventuellement jouer un rôle central, dans la mesure où elle permet une valorisation plus élevée de la production et donc un entretien possible du paysage.

Trognes, vignobles et relation au vivant

À la suite de l’intervention italienne, Hervé Covès rebondit sur le lien entre trogne et vigne. Il évoque des domaines viticoles qui cherchent aujourd’hui à réintroduire chevaux, arbres et formes anciennes de conduite, parfois d’abord dans une logique de marketing ou de « rétro-innovation ».

Mais pour lui, la trogne est bien plus qu’un outil technique : c’est une histoire de relation entre les humains et le vivant. Il insiste sur plusieurs points :

  • la trogne accompagne souvent la vie des familles sur plusieurs générations ;
  • elle constitue un patrimoine transmis ;
  • elle est presque immortelle, car chaque taille régénère sa vitalité ;
  • elle accueille une grande biodiversité, utile notamment à la vigne.

Il évoque les effets qu’il attend de ces arbres dans les vignobles :

  • baisse de certaines maladies ;
  • retour de la fertilité des sols ;
  • accueil d’oiseaux, de chauves-souris et d’autres auxiliaires ;
  • augmentation de la vie dans les parcelles.

Pour lui, la trogne permet non seulement de restaurer des fonctions écologiques, mais aussi de recréer une forme d’attachement. Ce qui commence parfois comme une démarche technique peut se transformer en véritable histoire d’amour avec l’arbre.

Les trognes au Maroc : une diversité agro-sylvo-pastorale exceptionnelle

Geneviève Michon et Mohamed Alifriqui proposent ensuite un voyage à travers les paysages marocains, où les trognes sont encore des éléments vivants, productifs et quotidiens.

Geneviève Michon commence par rappeler qu’au Maroc, il y a des trognes :

  • dans les montagnes ;
  • dans les plaines ;
  • dans les oasis ;
  • aux marges du désert.

Ces systèmes relèvent d’une économie agro-sylvo-pastorale complète, qui associe :

  • cultures ;
  • élevage ;
  • gestion des arbres dans les terroirs.

Contrairement à une grande partie de l’Europe, ces systèmes y restent encore fonctionnels et productifs, ce qui permet d’observer des formes vivantes de gestion paysanne des arbres.

Des formes complexes et des usages multiples

Les trognes marocaines sont rarement de simples têtes de chat. Il s’agit souvent d’arbres à plusieurs étages, à plusieurs fonctions, issus de longues histoires de tailles, de rejets, de reconductions et parfois d’anastomoses entre tiges.

Ces arbres fournissent :

  • du fourrage ;
  • du bois de feu ;
  • des perches ;
  • des poutres ;
  • des matériaux de construction ;
  • de l’ombre ;
  • une protection des sols.

Ils structurent des paysages très variés :

  • arbres isolés dans les champs ;
  • bocages de montagne ;
  • parcs agroforestiers ;
  • bordures de terrasses ;
  • formations clairsemées en milieu aride.

Le pistachier de l’Atlas

Geneviève Michon présente d’abord le pistachier de l’Atlas, très répandu au Maroc. On le rencontre :

  • dans le désert ;
  • dans l’Oriental ;
  • dans les montagnes ;
  • dans de nombreux terroirs agro-sylvo-pastoraux.

C’est une trogne à productions multiples, fournissant :

  • du fourrage ;
  • des perches ;
  • du bois ;
  • des poutres.

Dans certains paysages très secs, où les champs ont été aménagés pierre à pierre au milieu des cailloux, ces vieux pistachiers sont essentiels. En été, lorsqu’il n’y a plus rien à manger au sol, leurs branches sont régulièrement exploitées pour nourrir les troupeaux.

Le frêne oxyphylle

Le frêne oxyphylle est présenté comme un arbre important des montagnes de l’Atlas, autour de Marrakech notamment. Il est associé :

  • aux prairies ;
  • aux cultures ;
  • aux terrasses ;
  • aux paysages de bocage de montagne.

Il sert à :

  • nourrir les troupeaux ;
  • fournir du matériau ;
  • retenir les sols sur les bordures de terrasses ;
  • accompagner des cultures de céréales et de légumes.

Le chêne vert

Le chêne vert joue un grand rôle pour l’alimentation hivernale des troupeaux, car il conserve du feuillage. Il offre aussi de l’ombre, particulièrement appréciée pendant les fortes chaleurs estivales.

Les paysages qu’il structure sont souvent des parcs agroforestiers ouverts, dans lesquels les cultures céréalières ont été installées au milieu d’arbres maintenus et gérés.

Le frêne dimorphe

Mohamed Alifriqui développe ensuite plus longuement le cas du frêne dimorphe, qu’il présente comme un arbre majeur des hautes montagnes marocaines.

Dans des milieux très contraints, parfois lapiazés, avec très peu de sol, les communautés rurales ont su :

  • protéger les jeunes arbres ;
  • les recruter ;
  • les conduire en trogne ;
  • organiser plusieurs niveaux d’exploitation dans un même arbre.

Ces frênes peuvent présenter :

  • un premier niveau de coupe de fourrage, à environ 1,30 mètre du sol ;
  • un second niveau pour produire du bois de construction ;
  • parfois encore d’autres niveaux de production plus haut.

Ces formes complexes permettent d’assurer à la fois :

  • le fourrage ;
  • les perches ;
  • le bois de maison ;
  • la continuité de la ressource.

Mohamed Alifriqui explique aussi la technique d’anastomose de plusieurs tiges ou rejets, qui permet de former des arbres multicormes particulièrement productifs.

Le genévrier thurifère

Le genévrier thurifère, présent à haute altitude, est le dernier arbre à résister dans certains étages de montagne. Il fournit :

  • du fourrage ;
  • du bois ;
  • des matériaux pour les bergeries et les maisons.

Geneviève Michon et Mohamed Alifriqui soulignent que son état dépend beaucoup de la relation des communautés locales à l’arbre. Là où il existe une responsabilité forte, les arbres sont mieux protégés ; là où cette responsabilité disparaît, les dégradations augmentent.

L’arganier

L’arganier n’entre pas toujours dans la forme classique de la trogne, mais il présente de nombreuses formes façonnées par l’action humaine :

  • arbres ouverts ;
  • formes buissonnantes ;
  • arbres taillés pour le fourrage ;
  • arbres davantage orientés vers la production de fruits.

Dans les parcs à arganiers, ces arbres jouent un rôle décisif pour :

  • maintenir l’humidité ;
  • protéger les cultures ;
  • soutenir l’agriculture dans des milieux secs.

L’acacia des marges sahariennes

Plus au sud, à la limite du Sahara, l’acacia prend lui aussi différentes formes selon les usages, le broutage et les tailles pratiquées. Là encore, il structure de véritables parcs agroforestiers, où les arbres permettent des usages agricoles malgré des conditions extrêmement arides.

Climat, pastoralisme et sédentarisation

Mohamed Alifriqui centre ensuite son intervention sur la relation entre trognes et climat dans le Haut Atlas.

Il rappelle que le Maroc est historiquement un pays de pastoralisme et de transhumance, où les déplacements saisonniers étaient fortement réglés par le climat :

  • en hiver, les troupeaux descendaient vers le sud et les zones désertiques ;
  • en été, ils remontaient vers les pâturages d’altitude.

La sédentarisation a modifié cette organisation. Pour rester sur place, les communautés ont dû :

  • maîtriser l’eau ;
  • aménager des terrasses ;
  • domestiquer certaines espèces ;
  • façonner les arbres pour en tirer davantage de ressources.

Dans ce contexte, la trogne a permis de rendre possible la vie sur place. Elle a servi à résoudre une partie des problèmes de la sédentarisation, en fournissant :

  • un fourrage disponible quand on ne peut plus déplacer les troupeaux ;
  • du bois de construction ;
  • des matériaux domestiques.

Une relation intime entre l’homme et l’arbre

Mohamed Alifriqui insiste sur le regard que portent les populations sur ces arbres. Les trognes ne sont pas perçues seulement comme des ressources, mais comme des éléments presque familiaux. Elles font partie de la maison, de la vie quotidienne, du campement, du paysage habité.

Quand les gens parlent de ces arbres, ils les évoquent comme des « bienfaiteurs ». Ils les soignent, les conduisent, les entretiennent. Les couper à mort serait impensable, parce qu’ils participent directement à la survie de la communauté.

Une réponse aux années sèches

Dans les années de sécheresse, lorsque les parcours et pâturages herbacés sont complètement secs, le seul fourrage disponible peut être le fourrage arboré. C’est vrai :

  • dans l’arganeraie ;
  • dans les montagnes ;
  • dans les espaces steppiques et sahariens.

Ainsi, dans les milieux méditerranéens et arides soumis à des aléas forts, les trognes restent une assurance de vie.

Trognes, désertification et résistance climatique

La discussion aborde ensuite la question de la désertification. Plusieurs idées fortes émergent.

Les trognes ne suffisent pas seules

Geneviève Michon souligne qu’il n’y a pas assez de trognes pour lutter à elles seules contre la désertification. Il en faudrait bien davantage.

Mais la question n’est pas seulement celle de la densité d’arbres. Elle est aussi celle de la présence humaine. Les trognes sont des arbres de relation : elles existent parce que des gens les connaissent, les conduisent et vivent avec elles.

Là où les pratiques disparaissent, les trognes se banalisent ou régressent.

Le problème de la reconnaissance des savoirs paysans

Un point essentiel revient à plusieurs reprises : dans beaucoup de pays du Sud, les arbres spontanés sont juridiquement considérés comme des arbres forestiers relevant de l’État. Les paysans ne sont donc pas reconnus comme légitimes pour les gérer, alors même qu’ils en possèdent le savoir pratique.

Cela entraîne une situation de conflit :

  • les forestiers voient souvent la taille comme une dégradation ;
  • les paysans peuvent être considérés comme délinquants dès qu’ils interviennent sur l’arbre ;
  • les savoirs locaux ne sont pas reconnus.

Geneviève Michon rappelle que ce problème est très répandu dans les anciennes colonies où les administrations forestières ont hérité d’une vision centralisée et autoritaire des arbres et des forêts.

Pour elle, il y a là un obstacle majeur à la pérennité de ces systèmes.

Génie paysan, génie végétal et avenir

Dans la dernière partie de la soirée, Alain Canet propose une synthèse. Il rappelle que l’on parle souvent de :

  • génie civil ;
  • génie chimique ;
  • génie mécanique ;
  • génie nucléaire ;
  • génie végétal.

Mais qu’on ne reconnaît jamais assez le génie paysan. Pour lui, c’est bien là que tout commence.

Ce génie paysan a su, partout et depuis longtemps :

  • observer les milieux ;
  • comprendre les arbres ;
  • organiser les systèmes de production ;
  • capter le rayonnement solaire à plusieurs étages ;
  • associer cultures, élevage et arbres ;
  • faire naître de la fertilité et de la vie.

Les exemples italiens comme marocains montrent une extraordinaire précision dans les gestes et dans les choix techniques.

Les trognes comme réponse d’avenir

Alain Canet insiste sur le fait que les trognes ne sont pas seulement des témoins du passé. Elles peuvent devenir des éléments d’avenir, à condition de :

  • les regarder de près ;
  • les comprendre ;
  • les expérimenter ;
  • les réintroduire dans les systèmes agricoles et urbains.

Il évoque aussi les jeunes en formation dans les vignobles, qui découvrent l’agroécologie par le travail avec les arbres et le vivant. Selon lui, cette relation au végétal peut redonner :

  • du sens ;
  • de l’envie ;
  • une compétence ;
  • une place dans la société.

Les trognes dans les écoles et les villes

Dominique Mansion formule enfin un souhait fort : voir revenir les trognes dans les écoles, les lycées, les universités et les villes.

Il imagine :

  • des arbres conduits en trogne dans les cours d’école ;
  • des enfants qui les taillent avec leurs enseignants ;
  • des rameaux utilisés pour créer, tresser, bouturer, comprendre ;
  • une pédagogie concrète du vivant, du carbone, de la repousse, de la transmission.

Il rappelle qu’il est possible d’installer des trognes même là où dominent aujourd’hui le bitume et les surfaces minérales, y compris en bac si nécessaire.

Pour lui, ce serait une manière simple, peu coûteuse et très puissante de redonner à chacun un lien direct avec l’arbre.

Quelques idées fortes issues des échanges

Parmi les idées qui traversent toute la soirée, plusieurs reviennent avec insistance :

  • la trogne est un arbre aux fonctions multiples ;
  • elle est à la fois ressource, patrimoine, technique et relation ;
  • elle aide à affronter la sécheresse, les excès climatiques et l’érosion ;
  • elle soutient la biodiversité et la fertilité des sols ;
  • elle demande une présence humaine et des savoirs fins ;
  • elle ne peut renaître que si l’économie permet son entretien ;
  • elle suppose aussi une reconnaissance des savoirs paysans.

Un point important est également souligné par Geneviève Michon : dans bien des cas au Maroc, les arbres conduits en trogne ne sont pas plantés, mais issus de la régénération naturelle. Cela leur donne :

  • un enracinement profond ;
  • une meilleure adaptation au terroir ;
  • une grande résistance.

Cela rappelle qu’une politique des trognes ne passe pas seulement par la plantation, mais aussi par la sélection, la protection et l’accompagnement des arbres spontanés.

Conclusion

Cette soirée consacrée à Des trognes pour le climat montre que la trogne n’est ni un simple vestige, ni un objet de nostalgie. Elle apparaît comme un outil vivant, à la croisée :

  • de l’agronomie ;
  • de l’écologie ;
  • de l’histoire ;
  • du paysage ;
  • des savoirs paysans ;
  • et des réponses au changement climatique.

De l’Italie au Maroc, en passant par les vignobles français et les souvenirs du Perche, les intervenants montrent que la trogne est à la fois :

  • une forme de production ;
  • une forme de résilience ;
  • une forme de culture ;
  • et une forme de lien.

La soirée s’achève sur une conviction partagée : les trognes sont une école de vie, de climat, de paysage et d’humanité.