Décompacter un sol en semis direct, Guillaume Chedru

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Dans cette vidéo, l’agronome et agriculteur Guillaume Chédru explique comment décompacter un sol en semis direct grâce à la fissuration mécanique, sans bouleverser les horizons. À partir de son expérience en Seine-Maritime, il montre que même en systèmes très couverts, des compactions profondes et des zones d’hydromorphie peuvent apparaître, notamment dans les limons fins. Il recommande d’utiliser une dent droite à pointe fine, environ 5 cm sous la zone compactée, pour créer une porosité verticale durable. Point essentiel : une bonne fissuration doit toujours être accompagnée de racines, qui prolongent et stabilisent le travail de la dent en profondeur. Guillaume Chédru distingue bien la fissuration du décompactage classique, jugé plus perturbateur. Il présente aussi son organisation sur la ferme, le choix du bon moment dans la rotation, ainsi que l’intérêt d’un apport de micro-organismes pour stimuler la vie du sol.

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Résumé
Dans cette vidéo, l’agronome et agriculteur Guillaume Chédru explique comment décompacter un sol en semis direct grâce à la fissuration mécanique, sans bouleverser les horizons. À partir de son expérience en Seine-Maritime, il montre que même en systèmes très couverts, des compactions profondes et des zones d’hydromorphie peuvent apparaître, notamment dans les limons fins. Il recommande d’utiliser une dent droite à pointe fine, environ 5 cm sous la zone compactée, pour créer une porosité verticale durable. Point essentiel : une bonne fissuration doit toujours être accompagnée de racines, qui prolongent et stabilisent le travail de la dent en profondeur. Guillaume Chédru distingue bien la fissuration du décompactage classique, jugé plus perturbateur. Il présente aussi son organisation sur la ferme, le choix du bon moment dans la rotation, ainsi que l’intérêt d’un apport de micro-organismes pour stimuler la vie du sol.

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Présentation de Guillaume Chédru

Guillaume Chédru est agronome et agriculteur en Seine-Maritime, sur la pointe du Havre. Il travaille sur l’exploitation familiale avec son père, dans un système engagé depuis les années 1990 dans des pratiques proches de l’agriculture de conservation des sols.

Sur la ferme, les couverts végétaux ont toujours été intégrés, avec une recherche ancienne d’autofertilité des sols. Cela passe par :

En parallèle, Guillaume Chédru exerce une activité de conseil en agronomie. Il accompagne individuellement des agriculteurs, principalement en Seine-Maritime, dans l’Eure, au début de la Somme, et ponctuellement en Belgique. Son approche est centrée sur le terrain, avec l’idée que les problèmes de parcelle ne se résolvent pas à distance.

Il insiste sur le fait qu’il n’est pas dogmatique : son objectif n’est pas d’imposer le semis direct comme une fin en soi, mais d’aider les agriculteurs à améliorer :

  • la matière organique ;
  • la fertilité des sols ;
  • la résilience face aux aléas climatiques ;
  • la robustesse des systèmes face aux enjeux environnementaux.

Il intervient aussi comme formateur et s’appuie sur des partenariats et des échanges avec d’autres conseillers pour confronter les approches techniques.

Pourquoi reparler de fissuration des sols

Le sujet de la fissuration est présenté comme essentiel dans les systèmes de type ACS. Selon l’introduction de la vidéo, cette question a été un peu oubliée ces dernières années, alors même que des pionniers comme Lucien Séguy rappelaient qu’un sol compacté ne permet pas un vrai semis direct.

L’idée défendue est la suivante :

  • un sol doit avoir de la porosité ;
  • si le sol est compacté, les couverts végétaux seuls ne suffisent pas toujours à le restructurer ;
  • dans certains cas, il faut d’abord une action mécanique ;
  • ensuite, les racines prennent le relais pour consolider la structure.

La logique résumée dans la vidéo est donc : « envoyer de la ferraille, puis envoyer les racines ». La fissuration mécanique sert à initier une structuration du sol, mais cette action n’a de sens que si elle est suivie et amplifiée par le vivant.

Le contexte ayant conduit à fissurer sur l’exploitation

Sur l’exploitation familiale, la mise en place de la fissuration est venue après l’automne 2019. Dans le nord de la France, cette période a été marquée par des pluies très importantes, avec environ 800 mm en quatre mois.

Le système de la ferme était pourtant déjà très avancé :

  • semis direct sur colza et blé ;
  • travail très superficiel pour les cultures de printemps ;
  • absence de travail du sol profond ;
  • présence de racines ;
  • activité de vers de terre ;
  • rotation équilibrée.

En théorie, tout cela devait permettre une bonne infiltration de l’eau. Pourtant, des zones d’hydromorphie sont apparues. Guillaume Chédru montre notamment un exemple dans un colza récolté en 2023, où près d’un hectare a été perdu sur 23 hectares à cause de ronds d’hydromorphie.

En utilisant un pénétromètre, une petite compaction a été identifiée vers 30 cm de profondeur.

Le rôle des limons dans ces compactions

L’explication donnée repose sur la nature du sol. Guillaume Chédru évoque des limons fins de Seine-Maritime, avec environ :

  • 12 % d’argile ;
  • 70 % de limons ;
  • environ 2 % de matière organique.

Même avec de la matière organique et de l’activité biologique, ces limons ont tendance à se reprendre en masse naturellement. Autrement dit, ils peuvent générer des compactions naturelles, sans forcément qu’il y ait eu un travail du sol profond ou un accident visible.

Dans ce contexte, les ronds d’hydromorphie observés seraient liés à cette reprise en masse du limon, qui limite l’infiltration de l’eau.

La stratégie retenue : fissurer une fois dans la rotation

Face à ce problème, la ferme a choisi de mettre en place une fissuration ciblée. L’idée est de passer une fois dans la rotation, et éventuellement d’arrêter plus tard si les symptômes disparaissent durablement.

La rotation dure environ 7 à 8 ans. La fissuration est donc pensée comme une intervention ponctuelle à l’échelle de cette rotation, et non comme une opération systématique annuelle.

Sur l’exploitation, le choix a été de fissurer :

  • après le colza ;
  • avant le blé.

La profondeur de travail retenue est de 35 cm, car la compaction avait été repérée autour de 30 cm. Le but est que les racines de colza, puis celles du blé, poursuivent le travail dans la zone fissurée.

L’outil utilisé sur la ferme

L’outil présenté est un outil fait maison. À la base, il s’agit du châssis d’un strip-till, sur lequel ont été montées :

  • des dents droites ;
  • des pointes fines ;
  • des socs adaptés pour descendre à 35 cm.

L’objectif n’est pas de bouleverser les horizons, mais de réaliser une sorte de « coup de couteau dans le beurre » : une incision verticale qui fragmente le sol en profondeur sans le retourner.

Pour éviter de laisser un sol irrégulier, un dispositif de nivellement a été ajouté derrière :

  • sur l’outil de la ferme, ce sont des disques gaufrés ;
  • sur d’autres outils du commerce, cela peut être un rouleau étoile.

Cette finition est jugée importante, notamment dans des systèmes de semis direct où une surface irrégulière pénalise la qualité du semis.

Les types d’outils possibles

Guillaume Chédru cite plusieurs outils de fissuration disponibles sur le marché. Le plus connu selon lui est l’Actisol, équipé d’une pointe fine pouvant travailler à différentes profondeurs, avec plusieurs espacements de dents possibles.

D’autres outils peuvent aussi être adaptés à cette fonction, à condition de respecter la logique de la fissuration :

  • dent droite ;
  • pointe fine ;
  • travail vertical ;
  • nivellement derrière.

Le message important est qu’il ne faut pas chercher à créer de gros volumes de terre déplacée. Le but est seulement de fragmenter et de créer de la macroporosité.

Ne pas confondre fissuration et décompaction

Un point central de l’intervention est la distinction entre fissuration et décompaction.

La décompaction

Le décompacteur classique, souvent à dents Michel, soulève le sol et déplace les horizons. Cela permet un effet immédiat après un chantier difficile, par exemple après un arrachage de pommes de terre, mais cette action est jugée peu durable dans l’approche agronomique défendue ici.

Les critiques formulées sont les suivantes :

  • bouleversement de l’organisation verticale du sol ;
  • déplacement des mottes d’un horizon à un autre ;
  • création de vides ;
  • perturbation de la vie du sol et des vers de terre ;
  • recompactage rapide si un engin lourd repasse ensuite.

La fissuration

À l’inverse, la fissuration vise à gérer la compaction sur le long terme. Elle ne soulève pas le sol, mais fragmente les agrégats en profondeur. Ensuite, les racines colonisent cette zone et stabilisent progressivement la structure.

L’idée est que cette combinaison mécanique + racinaire rend le sol plus souple en profondeur et moins sensible aux compactions futures.

Pourquoi une dent droite et une pointe fine

Guillaume Chédru insiste fortement sur ce point : une fissuration efficace nécessite une dent droite et une pointe fine.

La dent droite

La dent droite permet de créer une organisation verticale. C’est cette verticalité qui favorise ensuite la descente des racines dans le profil.

À l’inverse, une dent courbée ou un outil qui soulève trop le sol risque de créer :

  • des ruptures d’organisation ;
  • des vides ;
  • des trajectoires horizontales peu favorables à l’enracinement profond.

La pointe fine

La pointe fine évite de créer des cratères ou de grosses cavités dans le sol. Il ne faut pas ouvrir un gros trou, mais simplement fragmenter le sol sur un passage étroit.

Si l’outil a de gros ailerons, il peut :

  • travailler excessivement le sol ;
  • lisser les parois en conditions humides ;
  • créer des zones dans lesquelles l’eau s’engouffre trop facilement ;
  • générer des défauts de structure.

Sur l’outil de la ferme, les ailerons présents à l’origine ont même été recoupés pour réduire leur agressivité.

Commencer par identifier la compaction

Avant toute intervention, il faut comprendre où se situe la compaction. Guillaume Chédru insiste sur le fait qu’il ne faut pas arriver dans une parcelle et choisir arbitrairement une profondeur de travail.

La méthode consiste à faire un profil de sol. Dans l’exemple présenté, une ancienne semelle de labour est clairement visible vers 30 cm sur une parcelle destinée à recevoir du lin.

À partir de là, la règle est simple :

  • identifier la zone compacte ;
  • travailler environ 5 cm en dessous.

Ainsi, pour une compaction à 30 cm, la fissuration sera réalisée à 35 cm.

Choisir l’écartement entre les dents

L’écartement entre dents ne doit pas être choisi au hasard. La règle donnée dans la vidéo est la suivante : l’espacement doit être d’environ 1,5 fois la profondeur de travail.

Exemple :

  • si l’on travaille à 35 cm, il faut environ une dent tous les 50 cm.

Selon les situations, l’espacement peut être resserré ou adapté, notamment dans des cas de compactions liées à des chantiers lourds comme les arracheuses ou les matériels de récolte.

Le rôle indispensable des racines

C’est le cœur du message de la vidéo : une bonne fissuration doit être accompagnée de racines. Sinon, on risque de faire pire que bien.

Pourquoi la fissuration seule ne suffit pas

Après le passage de la dent, une bande verticale est créée dans le sol. Si cette bande reste vide, surtout dans des limons fins, elle peut se refermer ou se remplir.

En particulier, si de fortes pluies arrivent après la fissuration, les limons de surface peuvent descendre dans la fente. Une fois redéposés plus bas, ils se reprennent en masse et annulent le bénéfice de l’intervention.

Dans ce cas, la fissuration n’a servi à rien, voire a aggravé le problème.

Ce que font les racines

Les racines ont plusieurs fonctions :

  • elles occupent rapidement la bande fissurée ;
  • elles maintiennent les limons en place ;
  • elles prolongent la fragmentation initiée par la dent ;
  • elles vont plus profond que l’outil ;
  • elles cassent les éventuels lissages créés sur les bords de la fissure.

La dent mécanique est donc présentée comme un « effet starter ». Elle donne un axe vertical. Ensuite, la racine descend dans cet axe et multiplie les microfissures autour de lui.

Cette idée est résumée explicitement dans la vidéo : « une bonne fissuration s’accompagne de racines, sinon on fait pire que bien, et la racine amplifie l’effet de fissuration ».

Comment la ferme positionne la fissuration dans la rotation

Sur l’exploitation, la culture jugée la plus compactante est la betterave. La culture jugée la plus sensible à la compaction est le lin textile de printemps.

La réflexion a donc été de placer la fissuration à un endroit stratégique de la rotation, de manière à servir les cultures sensibles sans intervenir juste avant une culture qui va recompiler le sol.

Le schéma retenu est le suivant :

  • betterave ;
  • blé ;
  • colza ;
  • fissuration ;
  • blé ;
  • puis lin textile ensuite dans la rotation.

Le choix de fissurer après le colza répond à plusieurs objectifs :

  • profiter des repousses de colza pour coloniser la fissure ;
  • laisser ensuite les racines du blé prendre le relais ;
  • préparer indirectement la culture de lin qui viendra plus tard ;
  • intégrer l’opération dans l’organisation du chantier.

D’autres agriculteurs peuvent préférer fissurer avant un couvert destiné à précéder le lin, afin que ce soit le couvert qui assure le relais racinaire. Sur cette ferme, c’est surtout l’organisation des travaux qui a conduit à retenir la période de septembre, dans les repousses de colza.

L’ajout d’EM lors de la fissuration

La ferme a associé à la fissuration une injection d’EM, c’est-à-dire de micro-organismes efficaces, multipliés sur place.

L’objectif est d’envoyer de la vie dans le sol au moment où l’on intervient mécaniquement, toujours dans une logique de stimulation biologique. L’idée n’est pas seulement d’avoir de la matière organique, mais aussi de favoriser sa transformation par la vie du sol.

La dose utilisée au champ est :

  • 30 litres d’EM ;
  • 3 litres de mélasse.

Le mélange est injecté lors du passage de l’outil, à l’aide d’une cuve frontale.

La recette de multiplication des EM

Guillaume Chédru précise que les EM ne sont pas utilisés purs, car ce serait trop coûteux. La ferme achète une souche mère, puis la multiplie en cuve.

La recette donnée dans la vidéo est la suivante pour obtenir environ 800 à 900 litres de solution finale :

  • 500 litres d’eau chaude ;
  • 1 litre de souche mère d’EM ;
  • 30 litres de mélasse ;
  • 3 kg de sel pour abaisser le pH.

Les conditions de préparation sont importantes :

  • température de l’eau entre 30 et 34 °C ;
  • maintien de cette température pendant une dizaine de jours à l’aide de résistances ;
  • suivi du pH.

La préparation est considérée prête lorsque le pH atteint environ 4 à 4,5. À ce moment-là, la cuve est refermée et la solution peut être conservée jusqu’à son utilisation.

Guillaume Chédru précise également qu’on pourrait travailler avec d’autres types de ferments, comme des ferments lactiques. Pour lui, l’intérêt des EM vient surtout de leur simplicité de multiplication.

Résultats observés sur la ferme

Les retours de la ferme après plusieurs années de pratique sont jugés positifs.

Parmi les effets observés :

  • réduction, voire suppression, de l’hydromorphie dans certaines parcelles ;
  • augmentation de la microporosité visible au test bêche ;
  • amélioration de l’organisation verticale du sol ;
  • moins de limaces dans certains cas ;
  • blé plus vigoureux après passage.

L’effet sur les limaces est attribué au fait que le sol est « un peu chatouillé » avant le semis du blé. Le passage mécanique provoque aussi un peu de minéralisation, ce qui peut contribuer à la vigueur de la culture suivante.

Un outil pour accélérer les transitions

Au-delà de la ferme familiale, Guillaume Chédru présente la fissuration comme un levier intéressant pour les agriculteurs qui se lancent en semis direct ou en travail très simplifié.

Dans cette perspective, la fissuration permet :

  • d’accélérer la transition ;
  • de fragmenter un sol qui bloque ;
  • de donner un axe vertical aux racines ;
  • de laisser ensuite les couverts, les racines et les apports organiques prendre le relais.

Autrement dit, la dent de fissuration peut faire gagner quelques années dans la mise en place d’une structure de sol fonctionnelle.

Coût de l’équipement et coût à l’hectare

Concernant l’investissement, Guillaume Chédru indique qu’un fissurateur neuf du commerce se situe autour de 10 000 à 15 000 euros.

Il mentionne toutefois plusieurs stratégies pour réduire ce coût :

  • acheter d’occasion ;
  • autoconstruire ;
  • adapter un châssis existant.

Dans le cas de leur outil maison, les étançons ont coûté environ 2 500 euros. En ajoutant le châssis, il estime qu’un outil autoconstruit peut revenir autour de 7 000 euros.

Pour le coût d’utilisation à l’hectare, cela dépend fortement du sol. Il donne deux repères :

  • dans des sols très dégradés, une consommation d’environ 30 litres de carburant par hectare a été observée ;
  • sur la ferme familiale, la consommation est plutôt d’un petit 20 litres par hectare.

Le coût total à l’hectare n’est pas chiffré précisément dans la vidéo, notamment parce que l’outil a été autoconstruit.

Idées clés à retenir

Les principaux messages de la vidéo sont les suivants :

  • un sol compacté ne peut pas fonctionner correctement en semis direct ;
  • dans certains contextes, les couverts végétaux seuls ne suffisent pas à restructurer ;
  • la fissuration est une intervention ponctuelle, ciblée et réfléchie ;
  • elle ne doit pas être confondue avec une décompaction classique ;
  • il faut une dent droite, une pointe fine et un travail vertical ;
  • il faut identifier précisément la profondeur de compaction avant d’intervenir ;
  • une bonne fissuration doit absolument être accompagnée de racines ;
  • sans relais racinaire, surtout en limons fins, on peut faire pire que bien ;
  • la fissuration peut aider à résoudre des problèmes d’hydromorphie et à accélérer une transition vers des systèmes plus économes en travail du sol.