Bergers sculpteurs d'arbres du Haut Atlas, avec Mohamed Alifriqui

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Dans ce rendez-vous de l’agroécologie, l’enseignant-chercheur Mohamed Alifriqui présente les étonnants frênes taillés du Haut Atlas marocain, de vastes parcs agroforestiers façonnés par les bergers. Sur le plateau des Aït Bouguemez et d’Azilal, ces arbres multi-usages fournissent fourrage, bois d’œuvre, combustible, teinture, graines médicinales et protection des cultures. Leur forme en trogne résulte d’un savoir-faire paysan très fin : protection des jeunes rejets, anastomose des tiges, tailles cycliques et gestion arbre par arbre. Le frêne devient ainsi une ressource essentielle en automne, quand l’herbe manque, et a permis la sédentarisation de populations pastorales. La conférence montre comment ces paysages, d’une grande beauté, incarnent une véritable « foresterie paysanne » : productive, résiliente, écologique et profondément liée aux usages locaux. Un patrimoine vivant, encore menacé, mais riche d’enseignements pour l’agroforesterie contemporaine.

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Résumé
Dans ce rendez-vous de l’agroécologie, l’enseignant-chercheur Mohamed Alifriqui présente les étonnants frênes taillés du Haut Atlas marocain, de vastes parcs agroforestiers façonnés par les bergers. Sur le plateau des Aït Bouguemez et d’Azilal, ces arbres multi-usages fournissent fourrage, bois d’œuvre, combustible, teinture, graines médicinales et protection des cultures. Leur forme en trogne résulte d’un savoir-faire paysan très fin : protection des jeunes rejets, anastomose des tiges, tailles cycliques et gestion arbre par arbre. Le frêne devient ainsi une ressource essentielle en automne, quand l’herbe manque, et a permis la sédentarisation de populations pastorales. La conférence montre comment ces paysages, d’une grande beauté, incarnent une véritable « foresterie paysanne » : productive, résiliente, écologique et profondément liée aux usages locaux. Un patrimoine vivant, encore menacé, mais riche d’enseignements pour l’agroforesterie contemporaine.

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Aujourd'hui, on continue le cycle avec les Bergers sculpteurs d'arbres du Haut Atlas, avec Mohamed Alifriqui.


Avec Arbre & Paysage 32 et Pour une Agriculture du Vivant.


Introduction

Cette intervention s’inscrit dans les rendez-vous de l’agroécologie, dans le cadre de l’année des trognes. L’invité est Mohamed Alifriqui, enseignant-chercheur en écologie végétale à la faculté des sciences Semlalia de l’université Cadi Ayyad de Marrakech. Il présente ici ses travaux sur les frênes trognés du Haut Atlas marocain, menés notamment avec Geneviève Michon et Didier Genin.

Le thème de la conférence est celui des bergers sculpteurs d’arbres du Haut Atlas. À travers une promenade en images, Mohamed Alifriqui montre comment des paysans et bergers du Haut Atlas central façonnent depuis longtemps des frênes pour produire du fourrage, du bois d’œuvre, du bois de feu, tout en maintenant des systèmes agroforestiers complexes, adaptés à un milieu montagnard contraignant.

Contexte des recherches

Les travaux présentés s’inscrivent dans plusieurs programmes de coopération maroco-française, notamment avec l’IRD, autour des systèmes agroforestiers marocains. Ces recherches ont porté sur différents espaces agroforestiers du Maroc, depuis les systèmes d’agdal jusqu’aux systèmes du Haut Atlas, puis d’autres régions comme l’Arganeraie.

C’est dans ce cadre que l’équipe de recherche a été amenée à s’intéresser plus particulièrement aux frênes trognés du Haut Atlas. Ce travail a aussi donné lieu à des actions de valorisation, comme des cycles de conférences, des formations pour les acteurs concernés, une exposition en français et en arabe, ainsi qu’un film documentaire intitulé Bergers sculpteurs d’arbres du Haut Atlas.

Le frêne dimorphe du Haut Atlas

L’arbre au cœur de cette présentation est le frêne dimorphe (Fraxinus dimorpha), espèce endémique de l’Afrique du Nord. Mohamed Alifriqui rappelle qu’il s’agit d’un frêne méditerranéen présent au Maroc, dans le Moyen Atlas, le Haut Atlas et l’Anti-Atlas, ainsi qu’en Algérie, notamment dans les Aurès.

Cette espèce présente une grande plasticité morphologique : elle peut prendre la forme d’un arbre ou d’un buisson. C’est cette capacité qui la rend particulièrement intéressante dans les systèmes pastoraux. Selon les lieux, le frêne peut rester buissonnant ou se développer en arbres individualisés, parfois monumentaux.

Le frêne dimorphe occupe au Maroc des étages bioclimatiques froids, entre les chênaies vertes et les formations de conifères d’altitude comme le cèdre ou le thurifère. Il supporte des écarts thermiques importants : des hivers très rigoureux, avec neige et fortes gelées, jusqu’à des étés chauds. Mohamed Alifriqui rappelle qu’on a relevé dans certaines de ces régions des températures hivernales proches de -30 °C.

Le territoire étudié : le plateau des Aït M’hamed

Le principal terrain d’étude évoqué dans la conférence se situe sur le plateau des Aït M’hamed, dans la région d’Azilal, à environ 160 km de Marrakech, dans le Haut Atlas central.

Ce plateau karstique présente des conditions très particulières. L’eau y est peu disponible en surface, ce qui rend difficile l’installation de systèmes agricoles irrigués classiques. Pourtant, c’est sur cet espace que se sont développés de vastes peuplements de frênes, estimés à environ 30 000 à 35 000 hectares d’un seul tenant.

Ce paysage a beaucoup surpris les intervenants, tant il peut rappeler, visuellement, certains bocages ou paysages de montagne européens. Mais il s’agit bien ici d’un système montagnard marocain original.

Sédentarisation et rôle historique du frêne

Mohamed Alifriqui situe ces frênaies dans le contexte historique des populations pastorales du Haut Atlas. Il évoque en particulier les mouvements de transhumance des tribus Aït Atta, ainsi que les groupes sédentarisés du versant nord, dans les hautes vallées du Haut Atlas.

Dans de nombreuses régions de montagne au Maroc, la sédentarisation des pasteurs a reposé sur la maîtrise de l’eau, permettant l’irrigation et la production de ressources fourragères. Or, sur le plateau karstique des Aït M’hamed, cette possibilité était limitée.

Selon l’hypothèse avancée par les chercheurs, c’est justement la présence du frêne et la maîtrise progressive de ses techniques de conduite qui ont permis la sédentarisation. L’arbre a fourni une ressource décisive : du fourrage automnal et hivernal, au moment où il manque le plus aux troupeaux. Le frêne aurait ainsi joué un rôle central dans le passage d’un mode de vie transhumant à un système plus stable.

Un arbre à usages multiples

Le frêne dimorphe est présenté comme une espèce multi-usages, au cœur de la vie domestique et pastorale.

Bois d’œuvre

Le frêne fournit un bois dur, noble, durable et apprécié pour la construction. Il sert à produire :

  • des poutres ;
  • des perches ;
  • des éléments de plafonds ;
  • des montants ou pièces de charpente.

Dans les maisons berbères du Haut Atlas, les plafonds sont construits à partir de poutres principales, de perches secondaires, puis d’un troisième niveau plus fin. Le frêne est particulièrement recherché pour cela. Mohamed Alifriqui insiste sur le fait que les dimensions produites par les arbres sont parfaitement adaptées à l’architecture locale, notamment à des portées d’environ 3,50 m.

Outils et objets

Le bois de frêne sert aussi à fabriquer :

  • des manches d’outils agricoles ;
  • des pioches et pelles ;
  • des échelles ;
  • des racloirs à neige ;
  • des pièces d’outils pour le battage.

Délimitation et protection

Le frêne, épineux et amer, sert également à protéger les champs. Ses branches peuvent être utilisées comme clôtures, ou se bouturer au contact du sol pour former des haies vives. Il joue aussi un rôle dans les couloirs de passage des troupeaux en transhumance, afin d’éviter les dégâts dans les parcelles cultivées.

Teinture et artisanat

Le frêne est aussi une espèce tinctoriale. Ses feuilles, surtout récoltées en juillet, sont riches en tanins. Elles sont utilisées pour teindre la laine, en association avec d’autres substances comme une argile locale. Cette pratique entre dans la fabrication de tissus et notamment de vêtements en laine comme les djellabas.

Les analyses réalisées dans le cadre des recherches ont confirmé que juillet correspond bien à la période de plus forte concentration en tanins, ce qui montre la finesse des savoirs locaux.

Usages alimentaires et médicinaux

Les graines du frêne sont elles aussi valorisées. Elles entrent dans la pharmacopée marocaine et dans certains mélanges d’épices. Elles sont utilisées comme condiment, réchauffant, tonique, et dans des préparations médicinales traditionnelles. Mohamed Alifriqui mentionne des usages liés notamment aux troubles digestifs, au diabète ou à la prostate.

Services écologiques

Sous les frênes, dans ces paysages rocheux et karstiques, se développent de véritables îlots de fertilité. L’arbre crée :

  • de l’ombre ;
  • un microclimat ;
  • une accumulation de matière organique ;
  • une meilleure humidité du sol ;
  • des habitats pour oiseaux, reptiles et autres organismes.

Sous la couronne, la végétation est abondante, alors qu’à l’extérieur le milieu reste très pauvre. Le frêne est donc aussi un support majeur de biodiversité.

Le frêne comme ressource fourragère

Le rôle pastoral du frêne est central. Les bergers montent dans l’arbre pour couper des branches, qui sont ensuite consommées au sol par les chèvres et les moutons. Cette coupe intervient surtout entre la fin de l’été et l’automne, lorsque les ressources herbacées se raréfient.

Les feuilles sont d’abord amères, ce qui limite leur consommation au printemps. Plus tard, elles deviennent une ressource fourragère essentielle. Selon Mohamed Alifriqui, elles peuvent couvrir une part très importante, parfois majoritaire, des besoins alimentaires du troupeau à certaines périodes.

Le frêne joue aussi un rôle sanitaire. Les premiers rameaux donnés au troupeau servent à nettoyer l’intestin des animaux et à lutter contre les parasites. Le fourrage de frêne est donc à la fois nourriture et remède.

Le calendrier fourrager

L’un des apports importants de la conférence est la présentation du calendrier fourrager.

Dans ces systèmes pastoraux, les ressources se succèdent au fil des saisons :

  • la strate herbacée au printemps ;
  • certaines ressources ligneuses en hiver, comme le chêne vert ;
  • du fourrage conservé pour l’hiver ;
  • et surtout le frêne en fin d’été et en automne.

Mohamed Alifriqui insiste sur un point : sans le frêne, il faudrait partir en transhumance. Le frêne assure la jonction entre les autres ressources et comble le vide fourrager automnal. C’est pourquoi il a une place stratégique dans l’économie de ces exploitations.

Les bergers « sculpteurs d’arbres »

Le cœur de la présentation porte sur les techniques de conduite du frêne. Pour Mohamed Alifriqui, les bergers ne se contentent pas de tailler les arbres : ils les sculptent. Les formes obtenues sont décrites comme de véritables œuvres d’art, mais toujours au service d’usages précis.

Le recrutement des arbres : le « taboucht »

La première étape est le recrutement de nouveaux arbres. Cette pratique est appelée en berbère taboucht, mot que Mohamed Alifriqui traduit par materner.

Il s’agit de protéger un jeune frêne, souvent issu :

  • d’un rejet ;
  • d’une régénération naturelle ;
  • d’un semis spontané.

Les paysans ne plantent pas : ils repèrent les jeunes pousses naturelles et les protègent avec des pierres, parfois mêlées à des branchages épineux. Cette protection forme une sorte de petit cylindre ou de tunnel vertical, qui protège le jeune arbre contre le pâturage et favorise une croissance rapide vers le haut, en recherchant la lumière.

Cette protection est maintenue jusqu’à ce que l’arbre atteigne environ 1,30 m à 1,50 m, soit la hauteur du coude ou d’un point de coupe futur. On peut protéger un seul brin pour former un arbre, ou plusieurs rejets pour former un bosquet.

Le choix du mot materner montre que l’arbre est considéré comme un être qu’on accompagne, qu’on élève, et non comme une simple ressource.

L’anastomose : l’art d’unir les brins

Une pratique particulièrement remarquable est celle de l’anastomose. Lorsque plusieurs brins poussent ensemble, les bergers les rapprochent et les lient progressivement, à l’aide de ficelles, de tissus ou d’autres matériaux, pour qu’ils fusionnent.

Cette technique permet d’obtenir des arbres plus vigoureux et plus productifs. Les recherches menées ont montré que les arbres anastomosés présentent :

  • une croissance plus rapide ;
  • une plus grande biomasse foliaire ;
  • une meilleure qualité fourragère ;
  • une plus grande vigueur générale.

Les bergers savaient déjà cela empiriquement. Les chercheurs ont pu le confirmer par des mesures. Ce point a donné lieu à des travaux spécifiques, mais certaines explications écophysiologiques restent encore à approfondir.

La formation des trognes

Une fois le jeune arbre établi, commence le façonnage de la trogne. Les bergers créent un ou plusieurs plateaux de coupe à une hauteur qui met la ressource hors de portée directe des animaux tout en permettant sa gestion.

L’arbre est ensuite conduit de manière à produire simultanément :

  • du fourrage ;
  • des perches ;
  • des perchettes ;
  • des poutres.

Selon les besoins, on peut avoir :

  • des arbres à vocation surtout fourragère ;
  • des arbres producteurs de perches ;
  • des arbres à poutres ;
  • ou des arbres multifonctionnels.

Les plus belles trognes montrent plusieurs niveaux de coupe. Entre ces niveaux de production fourragère, certaines branches sont laissées pour grossir et devenir des pièces de bois d’œuvre.

Une gestion très fine de l’arbre

Mohamed Alifriqui insiste sur la précision du savoir-faire. Chaque arbre fait l’objet d’une conduite individualisée. Contrairement à une logique forestière parcellaire, ici l’unité de gestion est d’abord l’arbre.

Le berger sait :

  • quelles branches couper ;
  • lesquelles laisser grossir ;
  • comment former une poutre de la bonne longueur ;
  • où conserver une ramification utile.

Certaines ramifications sont volontairement maintenues à la base des perches, car elles serviront de crochets dans la construction des plafonds. Rien n’est laissé au hasard : l’arbre est formé en fonction des usages futurs du bois dans la maison.

Une forêt sur l’arbre

À propos de ces frênes, Mohamed Alifriqui emploie une formule forte : « la forêt est sur l’arbre ».

En effet, un seul grand frêne trogné peut porter à lui seul l’équivalent d’une petite production forestière : de nombreuses perches, poutrelles et réserves fourragères. Là où la foresterie classique attend la production du bois au sol, ici une masse de bois importante est portée par un arbre vivant, continuellement exploité sans être abattu.

Les cycles de coupe

La gestion repose sur des cycles réguliers. Pour le fourrage et les petites perches, la révolution habituelle est d’environ 4 ans ; elle peut aller jusqu’à 5 ans. Un arbre coupé une année ne le sera donc pas de nouveau immédiatement.

Le berger répartit les coupes dans son parc de manière à avoir chaque année une partie des arbres prête à produire. Il gère ainsi une rotation, non pas par parcelles, mais à l’échelle des arbres.

Pour produire des perches plus grosses, il peut laisser certains rameaux plus longtemps. Pour produire des poutres, il saute plusieurs cycles et attend parfois plusieurs décennies.

Cette logique permet de combiner en permanence production fourragère et production ligneuse.

Intégration dans un système agroforestier montagnard

Les frênes trognés ne forment pas un système isolé. Ils s’intègrent dans un ensemble plus large associant :

  • maisons et hameaux ;
  • parcelles céréalières, surtout d’orge ;
  • zones de frênes ;
  • zones de chêne vert ;
  • pâturages collectifs ;
  • espaces relevant du domaine forestier.

L’organisation spatiale répond à une logique écologique et pastorale. Les maisons sont souvent établies sur les versants mieux exposés, tandis que les frênes occupent des zones froides, notamment les fonds ou bas de versants, où ils supportent mieux les inversions thermiques que d’autres espèces.

L’orge cultivée à proximité des maisons sert principalement de complément fourrager hivernal. Le chêne vert, quant à lui, apporte d’autres ressources, notamment en hiver. Le frêne vient compléter l’ensemble à l’automne. On a donc affaire à un véritable système agro-sylvo-pastoral.

Une foresterie paysanne

La conférence oppose à plusieurs reprises cette gestion à la foresterie classique. Ici, les arbres ne sont jamais coupés au ras du sol. Le tronc est considéré comme un capital qu’on ne détruit pas. On n’exploite que les rejets, les branches et les productions renouvelées.

Cette gestion est qualifiée de foresterie paysanne, ou de foresterie rurale. Elle repose sur :

  • l’observation fine du milieu ;
  • des savoirs écologiques et biologiques ;
  • des techniques de coupe et de conduite maîtrisées ;
  • une articulation étroite entre agriculture, élevage, habitat et gestion du temps.

Mohamed Alifriqui souligne que ces savoirs sont le fruit d’une longue histoire, construite par essais, erreurs, observations et transmissions.

Savoirs locaux et culture de l’arbre

Les bergers possèdent une connaissance très fine :

  • des conditions bioclimatiques ;
  • de l’écologie du frêne ;
  • des cycles de croissance ;
  • de la qualité des feuilles selon les saisons ;
  • des réponses de l’arbre à la coupe ;
  • des conditions de régénération ;
  • de l’architecture à donner selon les usages attendus.

L’arbre est pensé à l’échelle familiale. Dans les enquêtes, les mots employés renvoient souvent à la maison, à l’éducation, au soin. L’arbre fait partie du foyer. Il est élevé comme on élève un enfant, parce qu’il rendra ensuite des services sans qu’il soit nécessaire de l’abattre.

Fonctions sociales du système

Au-delà de la production, les frênes ont une forte fonction sociale. Le fourrage n’est pas seulement une ressource individuelle : il peut circuler dans des réseaux de solidarité entre familles. Celui qui a peu d’arbres peut recevoir du fourrage d’un voisin. Celui qui réserve ses arbres pour produire du bois peut, pendant ce temps, être aidé par d’autres.

Le système participe aussi à la sécurisation foncière, car les arbres marquent souvent les limites de parcelles ou de droits d’usage.

Menaces et enjeux

Mohamed Alifriqui souligne que ces systèmes sont patrimoniaux, fonctionnels, mais aussi fragiles. Ils restent insuffisamment reconnus dans les politiques publiques. Le terme d’agroforesterie est utilisé, mais il n’est pas toujours réellement intégré dans les textes ou dans les pratiques administratives concernant la forêt et la conservation.

Une partie de ces espaces relève aujourd’hui du domaine forestier de l’État, hérité de cadres juridiques plus anciens. Dans ces contextes, les pratiques paysannes ne sont pas toujours reconnues, alors même qu’elles assurent production, renouvellement, biodiversité et résilience.

Les chercheurs plaident pour que ces savoirs et ces formes de gestion puissent enrichir :

  • la foresterie marocaine ;
  • les politiques de conservation ;
  • les approches de développement durable ;
  • les pratiques agroécologiques.

Valeur patrimoniale

Les frênaies trognées du Haut Atlas sont présentées comme de véritables parcs culturels. Elles relèvent d’un patrimoine à la fois :

  • scientifique ;
  • écologique ;
  • paysager ;
  • technique ;
  • social ;
  • historique.

Pour Mohamed Alifriqui, elles entrent pleinement dans les réflexions actuelles sur le patrimoine culturel et paysager, y compris dans une perspective de valorisation plus large, pouvant aller jusqu’aux cadres de type UNESCO.

Perspectives

Parmi les perspectives évoquées :

  • approfondir les recherches scientifiques, notamment en écophysiologie ;
  • mieux documenter l’histoire de ces systèmes ;
  • intégrer ces pratiques dans les politiques forestières ;
  • développer leur valorisation pédagogique et patrimoniale ;
  • soutenir leur reconnaissance comme modèles d’agroécologie montagnarde.

Mohamed Alifriqui mentionne aussi plusieurs productions issues de ces travaux :

  • le jeu éducatif Chèvrefeuille développé par Didier Genin ;
  • des publications scientifiques ;
  • des films documentaires ;
  • un ouvrage collectif en préparation sur ces chantiers de recherche.

Conclusion

La conférence montre que les frênes trognés du Haut Atlas ne sont pas seulement des arbres taillés : ce sont les éléments centraux d’un système de vie. Les bergers du Haut Atlas ont façonné, au fil du temps, une relation étroite entre arbre, élevage, habitat, territoire et société.

Ces trognes assurent à la fois du fourrage, du bois, de la fertilité, de l’ombre, de la biodiversité et des liens sociaux. Elles illustrent une forme de domestication de l’arbre qui ne passe pas par son abattage, mais par sa conduite, sa régénération et son accompagnement.

À travers elles, c’est toute une vision de l’agroécologie et de la foresterie paysanne qui apparaît : une gestion fine, patiente, productive, résiliente et profondément ancrée dans le milieu.