Arbres fourragers

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Lors de cette conférence, Jérôme Goust présente les arbres fourragers comme une réponse concrète aux sécheresses, au surpâturage et à la perte d’autonomie alimentaire des élevages. Ancien agriculteur et auteur d’un ouvrage sur le sujet, il rappelle que les feuilles d’arbres ont longtemps constitué une ressource essentielle pour nourrir les troupeaux, avant d’être délaissées avec la mécanisation et la disparition de l’arbre dans les systèmes agricoles. Il souligne leurs atouts : apport nutritif comparable à certains fourrages classiques, ombrage pour les animaux, enracinement profond, biodiversité, protection des sols et stockage du carbone. Jérôme Goust distingue trognes et arbres fourragers, évoque les recherches menées notamment par l’INRA à Lusignan, et insiste sur les freins actuels : manque d’outils, de techniques adaptées et de changement de regard. Pour lui, réintégrer l’arbre dans les fermes est un chantier d’avenir pour un élevage paysan plus résilient et écologique.

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Résumé
Lors de cette conférence, Jérôme Goust présente les arbres fourragers comme une réponse concrète aux sécheresses, au surpâturage et à la perte d’autonomie alimentaire des élevages. Ancien agriculteur et auteur d’un ouvrage sur le sujet, il rappelle que les feuilles d’arbres ont longtemps constitué une ressource essentielle pour nourrir les troupeaux, avant d’être délaissées avec la mécanisation et la disparition de l’arbre dans les systèmes agricoles. Il souligne leurs atouts : apport nutritif comparable à certains fourrages classiques, ombrage pour les animaux, enracinement profond, biodiversité, protection des sols et stockage du carbone. Jérôme Goust distingue trognes et arbres fourragers, évoque les recherches menées notamment par l’INRA à Lusignan, et insiste sur les freins actuels : manque d’outils, de techniques adaptées et de changement de regard. Pour lui, réintégrer l’arbre dans les fermes est un chantier d’avenir pour un élevage paysan plus résilient et écologique.

Ver de Terre Production s'invite à Paysages in Marciac 2020 ! 😍🍃

Et pour cette nouvelle édition mixée présentiel/visio, on vous propose aujourd’hui une conférence avec Jérome Goust.

Avec la collaboration d'Arbre & Paysage 32.

Retrouvez tout le programme par ici 👋 https://paysages-in-marciac.fr/programmation/


Présentation de l’intervention

Cette intervention est consacrée aux arbres fourragers. Elle est présentée par Jérôme Goust, ancien agriculteur, engagé depuis de longues années à Nature & Progrès, et auteur d’un livre de vulgarisation sur le sujet.

Jérôme Goust explique que son intérêt pour les arbres fourragers est né d’une situation concrète : au printemps 2011, une amie éleveuse installée sur un causse, confrontée à un mois de juin très sec, avait dû commencer à entamer ses fourrages. Cela lui a rappelé qu’à son arrivée dans le Tarn, en 1974, ses voisins éleveurs coupaient régulièrement des frênes pour nourrir les animaux. À partir de ce souvenir, il a entrepris un travail de recherche qui a abouti à l’écriture d’un livre et, plus largement, à une transformation de son regard sur l’arbre et sur l’agriculture.

Il rend également hommage à Dominique Soltner, qu’il présente comme celui qui a réintroduit l’arbre hors forêt dans la pensée agronomique moderne.

L’arbre, une réponse aux crises agricoles et écologiques

Jérôme Goust introduit son propos par une citation de Pierre Lieutaghi sur l’arbre, insistant sur une idée centrale : ce que l’arbre apporte à l’agriculture, c’est aussi le temps. Là où l’agriculture contemporaine fonctionne dans des cycles annuels très courts, l’arbre réintroduit une logique de long terme, autrefois normale dans les fermes paysannes.

Selon lui, les arbres fourragers doivent être replacés dans un contexte général :

  • sécheresses récurrentes ;
  • canicules plus fréquentes ;
  • surpâturage, en particulier sur des pâtures sans arbres ;
  • pénuries alimentaires estivales ;
  • recours prématuré aux stocks fourragers ;
  • diminution des troupeaux ;
  • achats extérieurs de fourrage ;
  • perte d’autonomie des fermes.

À cela s’ajoutent des phénomènes plus globaux qu’il relie à l’effondrement écologique en cours :

  • dévitalisation des sols ;
  • affaiblissement des plantes ;
  • perte d’humus ;
  • diminution de la profondeur des sols ;
  • chute de la biodiversité ;
  • disparition de nombreuses régulations écologiques ;
  • développement d’espèces invasives, d’algues, de plantes toxiques, de champignons pathogènes et de virus ;
  • effets du changement climatique, notamment la fonte du permafrost.

Dans ce cadre, l’arbre apparaît comme un élément de résilience agronomique, écologique et climatique.

Défense de l’élevage paysan

Jérôme Goust insiste sur le fait que l’élevage paysan est aujourd’hui attaqué de plusieurs côtés : accusé de produire des gaz à effet de serre, de maltraiter les animaux ou encore d’empoisonner les consommateurs.

Il oppose à cela une distinction nette entre :

  • l’élevage paysan, qui produit ici avec les ressources du lieu et entretient un rapport vivant avec les animaux ;
  • l’élevage industriel, qu’il assimile à une usine utilisant les animaux comme des machines à produire.

Il rappelle qu’un éleveur paysan entretient un rapport affectif avec ses bêtes, qu’il s’agisse de vaches ou de volailles, et que l’absence de maîtrise sur les conditions d’abattage ne relève pas de sa volonté. Il évoque à ce sujet les revendications en faveur de l’abattage de proximité, existant dans certains pays d’Europe du Nord mais interdit en France.

Il critique également les perspectives de « fausse viande » ou de viande de synthèse, qu’il relie à une forme d’anti-élevage et, au bout du compte, à une anti-écologie. Pour lui, l’écologie consiste à comprendre et respecter le fonctionnement réel du vivant, c’est-à-dire les chaînes alimentaires, les relations entre minéral, micro-organismes, plantes, animaux et humains.

Les arbres fourragers dans l’histoire de l’élevage

L’un des points centraux de l’intervention est que l’arbre fourrager a été le premier aliment animal dans de nombreuses régions européennes.

Avant les grands défrichements et l’extension des prairies de fauche, les paysages étaient largement boisés. Les premières formes d’élevage se sont donc développées dans des milieux arborés. Des recherches archéobotaniques, notamment dans une bergerie préhistorique près de Grenoble, ont mis en évidence l’utilisation de feuillages comme fourrage : chêne, frêne, tilleul, noisetier, voire sapin.

La pratique dite de la feuillée consistait à couper des branches feuillées pour les distribuer aux animaux. Cette pratique a constitué une base importante des débuts de l’élevage dans nos contrées.

Jérôme Goust retrace ensuite les grandes étapes de son recul :

  • au Néolithique, les premières haches permettent de couper plus efficacement le bois ;
  • au Moyen Âge, l’invention de la faux et le développement des monastères favorisent l’essor des prairies de fauche ;
  • au XXe siècle, la mécanisation de la récolte de l’herbe accélère encore cette évolution ;
  • à l’inverse, la récolte des feuilles d’arbres ne bénéficie pas de développement technique comparable.

Il rappelle aussi qu’autrefois, les arbres faisaient pleinement partie de la ferme. Dans certains baux ruraux, les arbres appartenaient au propriétaire, mais la ramure faisait partie des droits du fermier.

La séparation entre agriculture et forêt

Jérôme Goust souligne qu’à partir des XVIIe et XVIIIe siècles, une séparation progressive s’est opérée entre agriculture et forêt.

Il cite :

  • Olivier de Serres, chez qui l’arbre reste encore intégré à la ferme ;
  • le Code forestier de Colbert ;
  • puis, après la Révolution française, la mise en place de l’administration des Eaux et Forêts.

Selon lui, cette évolution a eu pour conséquence de faire sortir l’arbre de la pensée agricole. L’arbre n’a plus été vu que comme forestier, et l’arbre hors forêt a été oublié. Cela a préparé le terrain aux destructions de haies et aux remembrements du XXe siècle.

Trognes et arbres fourragers

L’intervention distingue les trognes des arbres fourragers, même si les deux réalités sont proches.

La trogne est un arbre taillé régulièrement, souvent pour produire du bois de chauffage ou du bois d’œuvre de petit diamètre, selon des cycles de plusieurs années. Dans le cas de l’arbre fourrager, la logique est différente : il s’agit d’obtenir rapidement une ressource en feuillage utilisable pour l’alimentation animale.

Jérôme Goust insiste sur plusieurs intérêts de cette ressource :

  • elle occupe une strate aérienne différente de l’herbe ;
  • elle mobilise une strate racinaire plus profonde ;
  • elle est disponible à d’autres moments de l’année ;
  • elle joue un rôle de coupe-vent ;
  • elle stabilise les sols ;
  • elle abrite la biodiversité ;
  • elle produit de l’ombre pour les animaux.

Il précise également qu’il ne faut pas se laisser tromper par l’expression « fourrage ligneux ». Ce qui est ligneux, c’est l’arbre, pas la feuille. Une feuille d’arbre n’est pas plus ligneuse qu’un foin sec ; elle a simplement une structure différente.

Valeur alimentaire des feuilles d’arbres

Jérôme Goust rappelle qu’au moment où il a commencé à écrire son livre, l’INRA a lancé un programme de recherche à Lusignan, près de Poitiers. Les premières analyses, réalisées à partir de 2013, ont comparé plusieurs essences d’arbres à des fourrages classiques comme la luzerne.

Les résultats évoqués montrent que :

  • les feuilles de plusieurs espèces présentent des niveaux de matière sèche comparables ;
  • les teneurs en protéines sont du même ordre que celles de certains fourrages classiques ;
  • le frêne se distingue par une très bonne digestibilité.

Pour autant, il ne s’agit pas, selon lui, de remplacer l’herbe par les feuilles d’arbres, mais de retrouver une alimentation diversifiée. Cette diversité améliore l’équilibre alimentaire des animaux et stimule leur comportement de sélection.

Il évoque aussi l’arbre pâturé, dans lequel les animaux prélèvent directement des feuilles et des rameaux selon leurs besoins.

Exemples d’essences et de pratiques

Parmi les arbres mentionnés ou montrés au cours de l’intervention figurent notamment :

  • le frêne ;
  • le chêne ;
  • le tilleul ;
  • le noisetier ;
  • l’orme ;
  • le sapin ;
  • le févier d’Amérique.

Le cas du févier d’Amérique est présenté comme particulièrement intéressant : ce ne sont pas les feuilles qui sont valorisées, mais les longues gousses, riches en glucides et en protéines, avec un potentiel comparé à celui du tourteau de soja.

Jérôme Goust insiste aussi sur l’importance de la conduite des arbres :

  • trognes hautes ou basses selon les animaux ;
  • recépage au ras du sol dans certains cas ;
  • intégration d’arbres dans les haies existantes ;
  • restauration de vieilles trognes ;
  • utilisation de jeunes arbres prélevés en friche, qu’il appelle des « accrus ».

Il montre qu’il est possible de travailler à partir des ressources déjà présentes sur la ferme, sans attendre uniquement de nouvelles plantations.

Le programme de Lusignan

Le programme de Lusignan est présenté comme un travail de recherche appliquée sur une ferme laitière intensive de 80 hectares où il n’y avait pratiquement plus d’arbres ni de haies.

Les objectifs étaient :

  • atténuer les effets du changement climatique ;
  • renforcer l’autonomie fourragère ;
  • valoriser les ressources de la ferme ;
  • parvenir à un système économiquement viable.

Les chercheurs ont mis en place un « trognoscope » : une collection d’environ cinquante essences d’arbres dont l’usage fourrager a été signalé au moins une fois dans la littérature ou dans les pratiques. Pour chaque espèce, plusieurs sujets sont plantés et conduits différemment : certains en trogne, d’autres en port libre, afin de suivre leur comportement, leur production et leur valeur alimentaire.

D’autres dispositifs ont aussi été installés :

  • têtards hauts et bas ;
  • arbres précieux en agroforesterie ;
  • bandes à brouter ;
  • vignes à pâturer sur palissage haut.

Jérôme Goust souligne également qu’une évolution génétique du troupeau a été engagée, en introduisant des croisements dans un élevage initialement en Holstein, ce qui n’allait pas de soi dans un contexte d’élevage laitier intensif.

Les freins au développement des arbres fourragers

Jérôme Goust identifie plusieurs freins majeurs.

Un frein culturel

Le premier frein est la mauvaise image du « fourrage ligneux », souvent considéré comme un fourrage pauvre ou de mauvaise qualité. Il insiste au contraire sur la richesse nutritionnelle des feuilles d’arbres et sur la complémentarité avec l’herbe.

Il cite le vétérinaire Alain Saury, qui racontait qu’après la grande sécheresse de 1976, les éleveurs du Charolais avaient redécouvert les arbres, parfois en les massacrant à la tronçonneuse faute de pratique adaptée. Mais il avait observé ensuite moins d’interventions vétérinaires sur les troupeaux concernés.

Un frein lié au temps

Le second frein est la difficulté, pour des éleveurs habitués à raisonner à l’échelle annuelle, de se projeter dans un temps long. Or l’arbre demande précisément de retrouver cette pensée sur plusieurs années, voire sur plusieurs générations.

Un frein technique

Le troisième frein est d’ordre technique. Alors que tout le matériel pour récolter, conditionner et stocker l’herbe est très développé, la filière des arbres fourragers en reste largement à la tronçonneuse. Il manque des outils adaptés, efficaces, compatibles avec une agriculture paysanne et autonomes vis-à-vis des logiques industrielles.

Jérôme Goust évoque à ce sujet :

  • un groupe de travail dans le Tarn réunissant Nature & Progrès, la Confédération paysanne, l’ADART et Arbres et Paysages du Tarn ;
  • une réflexion avec l’Atelier paysan ;
  • un ancien projet de CUMA en Maine-et-Loire, « Les têtards des chemins du roi », qui cherchait à mutualiser du matériel d’élagage pour une utilisation en fin d’été, en complément de son usage hivernal.

Stockage, séchage et perspectives

À l’heure actuelle, l’usage des arbres fourragers reste souvent ponctuel, en secours lors des sécheresses. Pour Jérôme Goust, l’étape décisive serait de mettre au point une véritable chaîne de récolte et de stockage.

Il évoque plusieurs pistes :

  • taille des arbres au bon moment ;
  • séparation du feuillage et du bois ;
  • séchage des feuilles, éventuellement sur le modèle du foin en grange ;
  • stockage d’une ressource fourragère arborée utilisable toute l’année.

Selon lui, le séchage des feuilles serait même techniquement plus facile que celui de l’herbe, car la structure des feuilles d’arbres permet une meilleure aération.

L’intérêt serait double :

  • disposer d’une ressource fourragère complémentaire ;
  • bénéficier plus durablement des effets sanitaires potentiels de certaines espèces.

Il souligne aussi que le bois produit en même temps peut être valorisé en bois énergie, en BRF ou pour d’autres usages. L’enjeu est donc de penser une chaîne complète où l’arbre fournisse à la fois fourrage, bois, fertilité, ombre et biodiversité.

Automédication, toxicité et apprentissage alimentaire

Dans l’échange avec le public, plusieurs questions portent sur l’automédication des animaux et sur la toxicité de certaines essences.

Jérôme Goust explique que, lors des journées de formation, il procède souvent à un « goûter du troupeau » : plusieurs bouquets de rameaux feuillés de différentes essences sont déposés devant les animaux, qui viennent alors choisir eux-mêmes. Certaines espèces sont consommées très rapidement, d’autres sont délaissées ou goûtées plus tard.

Il insiste sur un point essentiel : les animaux ont une capacité de sélection, à condition de ne pas être complètement affamés et d’avoir conservé une forme d’éducation alimentaire. Tous les troupeaux ne réagissent pas de la même façon. Il compare notamment :

  • des Salers, qui ont très vite consommé les feuilles proposées ;
  • des Holstein, plus hésitantes au départ.

Il considère donc que la question de l’automédication ou de la toxicité doit être abordée avec prudence, en observant les comportements animaux et en testant les essences une par une.

Concernant les tanins, notamment dans le cas du chêne, il note qu’il manque encore de recul scientifique, mais que certaines feuilles riches en tanins semblent avoir un intérêt important. Il distingue aussi clairement une feuille morte en sous-bois d’une feuille verte séchée dans de bonnes conditions.

À propos des essences potentiellement toxiques, il estime qu’il faut éviter de passer d’un extrême à l’autre et ne pas supposer que tout arbre est automatiquement bon à distribuer. Il rappelle que les connaissances sont encore en cours d’acquisition, notamment grâce aux essais de Lusignan.

Il mentionne enfin un exemple archéobotanique près de Grenoble, où des restes d’if ont été retrouvés : contrairement aux autres essences clairement interprétées comme alimentaires, cette présence a été associée avec prudence à un possible usage sanitaire plutôt qu’alimentaire.

Une démarche progressive à l’échelle de la ferme

Pour Jérôme Goust, la bonne approche consiste à partir de l’existant :

  • observer les haies, bosquets et parcours ;
  • regarder toutes les strates, du sol jusqu’au sommet des haies ;
  • identifier ce qui peut être brouté directement ;
  • repérer les arbres pouvant être mis en trogne ;
  • restaurer les trognes anciennes ;
  • intégrer progressivement l’arbre dans le fonctionnement de l’exploitation.

Il insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas d’une solution miracle immédiate, mais d’une longue marche pour reconstruire des systèmes d’élevage plus autonomes, plus résilients et plus écologiques.

Conclusion

L’intervention de Jérôme Goust présente les arbres fourragers comme une ressource à la fois ancienne et d’avenir. Loin d’être une pratique marginale, ils ont longtemps été au cœur des systèmes d’élevage, avant d’être écartés par la spécialisation de l’agriculture, la séparation entre forêt et agriculture, puis la mécanisation de la récolte de l’herbe.

Aujourd’hui, face aux sécheresses, aux canicules et à la perte d’autonomie fourragère, leur redécouverte ouvre des perspectives importantes. Les arbres fourragers ne doivent pas être pensés seulement comme un secours de crise, mais comme un élément structurant d’une ferme paysanne capable d’articuler production animale, fertilité, biodiversité et adaptation climatique.

Jérôme Goust conclut sur l’idée qu’il reste un vaste chantier à mener, aussi bien sur le plan technique que culturel, pour redonner pleinement leur place aux arbres dans l’élevage.