Tomate sur couverts permanents - François Mulet - Les serres de Marcel
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Journée de visite des essais de cultures sur couverts permanents aux Serres de Marcel le lundi 12 juin 2023 :
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Les Serres de Marcel ont été créées avec l’objectif de regrouper dans un même lieu différents partenaires autour des pratiques de sol vivant, d’agro-écologie, d’agriculture de conservation, afin de s’entraider, d’innover et d’expérimenter au mieux.
Ainsi, c’est une ferme expérimentale sur les techniques de maraîchage sur sol vivant qui se veut aussi productive afin de remplir le rôle essentiel de nourrir les personnes avec des produits sains et de qualités. C’est aussi un site consacré à la formation qui accueillera courant 2023 les locaux de « Ver De Terre Production » média et organisme de formation de l’agro-écologique ainsi que ceux de l’association « Maraîchage Sol Vivant Normandie » association de maraîchers. C’est un lieu qui permet d’encadrer des personnes en formation agricole qui souhaite acquérir de l’expérience avant de se lancer dans leur propre projet professionnel à l’avenir, soit à travers de stage lors d'un diplôme agricole soit grâce à une période d'immersion via le le wwoofing.
Présentation de la serre et objectif de la vidéo
Bonjour à tous et bienvenue aux Serres de Marcel. L’objectif de cette vidéo est de présenter l’historique de cette serre sur la dernière année, et surtout de montrer les essais en couvert permanent qui y sont développés depuis environ un an.
Des vidéos avaient déjà été faites à l’automne 2021, mais aucune nouvelle vidéo n’avait été publiée depuis, faute de temps et parce qu’il fallait attendre d’avoir des retours concrets sur les essais. Comme les résultats obtenus sont jugés prometteurs, c’est le moment de présenter le travail réalisé courant 2022 et d’expliquer la suite des essais prévus pour 2023.
La serre présentée ici est celle de François Mulet. Elle a besoin de quelques réparations et d’un peu de nettoyage, mais elle a servi de support à une série d’expérimentations sur les couverts permanents en maraîchage sous serre.
Historique et configuration de la serre
À l’origine, cette serre était entièrement occupée par des tables chauffantes utilisées pour faire des plants de légumes et de fleurs. Lorsqu’elle a été récupérée, il n’était pas évident de savoir quoi en faire, notamment parce qu’il restait toutes ces tables ainsi que des dalles de béton entre les différentes zones.
En observant mieux la structure, il est apparu que les petites dalles de béton disposées entre les rangs avaient un entraxe d’environ 1,60 à 1,70 m, ce qui correspond finalement assez bien à des cultures d’été comme la tomate, le concombre ou éventuellement le haricot.
Une première idée avait été de retirer les dalles de béton, parce qu’elles pouvaient sembler gênantes pour un fonctionnement « sol vivant ». Finalement, elles ont été conservées. Elles constituent des allées de circulation pratiques pour se déplacer et utiliser des chariots. Entre chaque allée bétonnée, il restait néanmoins un accès au sol. Une fois les tables démontées, le choix a donc été de cultiver sur ces bandes de sol disponibles.
L’idée a été de considérer que la bétonisation partielle n’empêcherait pas totalement le sol de redevenir vivant. Les racines des couverts peuvent aller sous les dalles, l’eau peut y infiltrer, et la vie biologique peut progressivement recoloniser ces zones.
Nature du sol et problématique de départ
Dans cette serre, il y a environ une cinquantaine de centimètres de ligne de culture exploitable, mais le sol n’avait pas vu de racines depuis à peu près trente ans.
Il s’agit d’un sol composé grossièrement de 50 % de sable et 50 % d’argile, avec en plus pas mal de cailloux. Ce ne sont donc pas des sols faciles :
- ils sont difficiles à travailler ;
- ils étaient très compactés ;
- ils étaient biologiquement presque inertes.
L’un des enjeux majeurs du couvert permanent, dans ce contexte, est de restructurer l’argile. Pour cela, l’activité des vers de terre ne suffit pas toujours. Il faut aussi beaucoup de chevelus racinaires pour décompacter les agrégats d’argile et recréer de la porosité.
Même si les vers de terre permettent déjà de retrouver une partie de la fertilité, l’objectif ici était d’aller plus loin et de travailler un système complet fondé sur des couverts permanents.
Pourquoi travailler sur les couverts permanents
François Mulet explique qu’il avait envie de travailler sur ce sujet depuis une dizaine d’années. Cela lui semblait représenter une forme d’aboutissement de la démarche en maraîchage sur sol vivant.
Cependant, d’autres problèmes avaient d’abord dû être résolus.
Le premier gros travail des dix dernières années a consisté à remonter les taux de matière organique dans les sols afin de retrouver :
- une structure physique correcte ;
- une porosité suffisante.
Pour cela, le réseau Maraîchage sur sol vivant s’est beaucoup appuyé sur :
- le bilan humique ;
- les travaux du GCBR ;
- les BRF ;
- l’utilisation de matières ligneuses et cellulosiques ;
- les modalités d’enfouissement selon les outils disponibles.
Selon François Mulet, ces techniques sont aujourd’hui relativement bien maîtrisées dans le réseau : partout où il est nécessaire de remettre de la matière organique, il est possible d’obtenir des résultats proches de ce qui est prévu dans les calculs.
Mais retrouver de la structure ne suffit pas à retrouver la fertilité. Le deuxième grand sujet de travail a donc été le retour des vers de terre.
Le rôle central des vers de terre dans la fertilité
Le retour des vers de terre, et plus particulièrement des anéciques, a été un point fondamental. En s’appuyant notamment sur les travaux de Marcel Bouché, il est rappelé que les vers anéciques sont considérés comme les plus utiles pour l’agriculture :
- ils consomment la matière organique ;
- ils produisent des mucus ;
- ces mucus nourrissent les plantes.
L’idée mise en avant ici est que la nutrition des plantes passe très largement par le métabolisme des vers de terre, à hauteur de 70 à 80 %, ce qui remet en question une vision purement minérale de la nutrition végétale.
Lorsqu’on part d’un sol dégradé, avec très peu de vers de terre, il faut environ deux ans pour que les populations de lombriciens se redéveloppent. Or deux ans, c’est long. Cela signifie qu’il faut mettre en place une stratégie transitoire pour nourrir les cultures en attendant.
La stratégie avec les vers épigés et les anéciques
Pour accélérer le retour d’une fertilité naturelle, le choix a été fait, dans un premier temps, d’utiliser des vers de terre épigés.
Pourquoi les épigés ? Parce qu’ils se multiplient beaucoup plus vite que les anéciques. Il est possible de partir d’une petite population et d’atteindre en six mois des biomasses très importantes, de plusieurs tonnes par hectare.
La stratégie décrite est la suivante :
- pendant environ six mois, on s’appuie sur une fertilisation externe ;
- durant cette période, les épigés se multiplient fortement ;
- ils minéralisent les matières organiques qu’on leur apporte ;
- ils assurent une fertilité transitoire pendant un à un an et demi ;
- au bout de deux ans, les anéciques prennent progressivement le relais.
Il est précisé que retrouver une population d’anéciques au bout de deux ans ne signifie pas encore que le sol est profondément restructuré. Il faut encore plusieurs années pour qu’ils aient le temps de forer intensément le profil et recréer une grande porosité.
Mise en place des andains de culture
Dans cette serre, l’idée a donc été d’enfouir un peu de matière organique dans les bandes de sol accessibles. Cela a été compliqué, car il fallait manœuvrer un petit tracteur Kubota avec un très petit déchaumeur, au milieu :
- des tuyaux d’irrigation ;
- des poteaux ;
- des espaces étroits.
Le travail a été réalisé comme possible, mais le choix principal a finalement été de faire des andains de matière organique en surface. Ces andains devaient servir à la fois :
- de substrat de plantation ;
- d’habitat pour les vers de terre épigés.
L’idée de fond était la suivante :
- dans un premier temps, produire dans ce « faux sol » constitué de matière organique ;
- à terme, laisser les racines des couverts et des cultures décompacter le sol en profondeur ;
- laisser les vers de terre assurer la fertilité.
Le problème de faim d’azote sur les premiers essais
Un problème important est apparu au démarrage. Le matériau utilisé pour les andains était un broyat de déchets verts criblé à 50 mm, présenté comme semi-composté. Son intérêt était qu’il était facile à manipuler et à étaler.
Mais en réalité, ce broyat était encore très frais. Une fois les andains réalisés, cela a provoqué une forte faim d’azote pendant environ deux mois. Beaucoup de champignons se sont développés, tandis que les tomates et les concombres ont jauni.
Des essais ont été faits pour compenser cette faim d’azote avec différents engrais, mais cela a surtout conduit à faire des erreurs, notamment en abîmant des racines de tomates. Il est rappelé que pour compenser une faim d’azote, on parle de quantités très importantes, de l’ordre de milliers de kilos d’azote pur par hectare, ce qui est très difficile à gérer sur une culture déjà implantée.
Finalement, la décision a été prise de ne plus intervenir :
- laisser les tomates végéter pendant deux mois ;
- attendre que la faim d’azote passe ;
- laisser le système se stabiliser.
C’est effectivement ce qui s’est produit : au bout de deux mois, les champignons ont commencé à disparaître et les tomates se sont remises à pousser très fortement, sans nouvel apport d’engrais.
En revanche, cette faim d’azote n’a pas empêché les vers de terre épigés de se multiplier, ce qui a confirmé l’intérêt de leur utilisation dans cette phase.
Réaction différenciée des couverts à la faim d’azote
Un point jugé très intéressant a été observé dans les essais de couverts permanents.
Les légumineuses, notamment les différentes luzernes et les différents trèfles, ont mal supporté la faim d’azote, contrairement à ce qu’on aurait pu imaginer. Bien qu’elles soient censées être plus autonomes vis-à-vis de l’azote, elles ont été pénalisées.
Les graminées, en revanche, et notamment les fétuques, s’en sont bien sorties. L’hypothèse proposée est qu’elles ont pu s’enraciner rapidement et profondément, et aller chercher des nutriments sous les andains de broyat.
Fertilisation initiale des andains
Dans les andains, il avait été incorporé entre 500 et 1000 unités de fientes de poules par hectare. Le raisonnement était que :
- il faut de l’azote pour développer les populations de lombriciens ;
- il faut de l’azote pour les champignons ;
- il en faut aussi pour les cultures ;
- et il fallait en plus nourrir à la fois la tomate et le couvert permanent.
Les calculs avaient conduit à estimer qu’il fallait environ 500 unités d’azote. Dans la pratique, entre 500 et 1000 unités ont été mises, mélangées au broyat de déchets verts. Cela n’a pas suffi à éviter la faim d’azote initiale, mais une fois celle-ci passée, les tomates ont trouvé suffisamment de ressources pour bien se développer.
Le choix de l’irrigation par aspersion
Après réflexion sur plusieurs systèmes, le choix d’irrigation s’est porté sur une seule ligne d’aspersion réglable.
Ce système permet d’irriguer :
- soit seulement l’andain, sur environ 60 cm ;
- soit plus largement, sur 1,20 m ou 1,60 m.
Ce choix a été fait pour plusieurs raisons :
- avec un couvert permanent, il faut une irrigation homogène ;
- un goutte-à-goutte crée des points humides et laisse potentiellement des zones sèches ;
- en été, sous serre, l’atmosphère est très desséchante ;
- il est intéressant de pouvoir aussi mouiller les dalles de béton pour créer de la fraîcheur et remonter l’humidité de l’air.
Le système retenu est décrit comme très simple et peu coûteux :
- une ligne de polyéthylène de 16 mm ;
- un asperseur tous les 50 cm.
La première année, l’aspersion était orientée vers le haut. La deuxième année, avec l’installation de supports de lianes, l’irrigation a été replacée dessous, avec les asperseurs vers le bas. Cela crée un cône d’aspersion jugé satisfaisant, même si les couverts très développés perturbent un peu l’homogénéité.
Objectif général des essais de couverts permanents
La stratégie mise en place visait d’abord à reconstruire biologiquement le sol grâce :
- aux matières organiques ;
- aux vers de terre épigés ;
- au retour progressif des anéciques.
Les essais menés en 2022 avaient ensuite pour but de répondre à deux grandes questions :
- Quels types de couverts permanents sont intéressants ?
- Quels critères permettent de dire qu’un couvert est utile ou non ?
À partir de là, les essais de 2023 doivent permettre de voir si, avec des couverts déjà bien développés, on parvient à des systèmes partiellement ou totalement autofertiles.
Un autre axe de travail est le retour de la macro-biodiversité, car beaucoup de biodiversité est déjà revenue dès la première année.
Essais sur les graminées
Un ensemble de graminées a été testé, notamment différentes fétuques et d’autres graminées présentes dans des mélanges de gazon ou de prairies.
Les résultats observés :
- implantation facile ;
- très bonne couverture du sol ;
- forte production de biomasse ;
- modalités d’essai globalement assez proches entre elles.
Les graminées ont donné les meilleures biomasses. Elles sont jugées très intéressantes, avec peu de concurrence observée ni pour l’eau ni pour la fertilité, sauf localement lorsque le couvert perturbait l’aspersion.
Les tomates se sont très bien développées dans ces modalités. De manière générale, les tomates ont présenté un état sanitaire exceptionnel, avec très peu de différences entre modalités, probablement parce que le système disposait de suffisamment de fertilité.
En revanche, ces couverts de graminées semblent surtout adaptés à des cultures d’été à port important :
- tomate ;
- concombre ;
- haricot ;
- peut-être poivron et aubergine.
Ils ne paraissent pas adaptés à des cultures basses comme :
- salade ;
- fenouil ;
- épinard.
Essais sur la luzerne
La luzerne a également donné de bons résultats :
- bon développement ;
- bonne production de biomasse ;
- couvert assez dense.
Son principal défaut, par rapport aux fétuques, est d’être moins envahissante. Or l’objectif est d’avoir un couvert capable de coloniser tous les espaces disponibles, y compris :
- les endroits mal semés ;
- les bords ;
- les dalles de béton.
La luzerne ne marcotte pas et se développe moins latéralement. Elle couvre donc moins bien l’espace que d’autres espèces. Elle reste intéressante, sans être le choix le plus convaincant.
Essais sur les trèfles
Les trèfles ont été parmi les couverts les plus intéressants, en particulier :
- les trèfles blancs ;
- les trèfles violets ;
- surtout les trèfles blancs de prairie.
Leurs qualités observées :
- ils restent au ras du sol ;
- ce sont des plantes d’ombre ;
- ils se développent très bien sous les tomates ;
- ils sont rampants ;
- ils stolonnent beaucoup ;
- ils vont chercher la lumière partout où elle se trouve.
C’est un point essentiel dans la logique du couvert permanent : partout où il y a un peu de lumière, il faut une plante capable de la capter pour :
- faire de la biomasse ;
- faire des racines ;
- occuper le milieu.
Le trèfle a aussi montré une bonne capacité à coloniser les dalles de béton. À la fin de la saison, celles-ci étaient presque entièrement recouvertes. Il a bien résisté au piétinement.
Autre intérêt :
- lorsqu’il est fauché régulièrement, il reste plus bas que la luzerne ou les graminées ;
- il peut donc être compatible avec des cultures d’hiver plantées.
C’est pourquoi des essais de cultures d’hiver en couvert de trèfle sont prévus :
- salades ;
- fenouils ;
- choux ;
- blettes.
L’idée est qu’implanter ce type de légumes dans un trèfle paraît aujourd’hui tout à fait envisageable.
Essais sur la menthe
La menthe est présentée comme la très bonne surprise des essais.
Ses caractéristiques :
- plante extrêmement agressive ;
- colonisation très rapide ;
- capacité à se développer sous les dalles de béton ;
- ressort partout ;
- très forte production de biomasse ;
- redémarrage précoce ;
- croissance tardive en saison ;
- excellente tolérance à la fauche.
Dès qu’il y a un puits de lumière, la menthe va le coloniser. Elle est donc jugée très adaptée au système.
Un autre intérêt est la possibilité d’une forme de double production : il serait théoriquement possible de vendre aussi des bouquets de menthe, même si cela resterait secondaire économiquement.
Trois variétés ont été testées, avec des résultats globalement similaires. La menthe est considérée comme un très bon candidat pour des parcelles destinées uniquement à des cultures d’été.
Essai à partir d’une prairie scalpée
Sur une planche, l’essai a consisté à scalper une prairie, récupérer de petites mottes de végétation naturelle et les déposer sur les andains.
L’idée était d’utiliser directement un complexe végétal spontané. Le résultat n’a pas été inintéressant :
- il y avait des rumex, des pissenlits et d’autres espèces ;
- le couvert était assez couvrant.
Cependant, après un an, plusieurs limites sont apparues :
- certaines plantes ont mal passé l’hiver ;
- le couvert n’est pas homogène ;
- les espèces présentes ne répondent pas aussi bien que la menthe ou le trèfle à l’objectif de colonisation des interstices, des dalles ou des pieds de poteaux.
Au final, cette piste paraît moins performante que les meilleurs couverts sélectionnés.
Essai sur l’ortie
L’ortie a également été testée à partir de plants récupérés localement.
Elle s’est révélée être un très bon candidat en termes de production de biomasse :
- excellente repousse ;
- bonne tolérance à la fauche ;
- comportement très performant en couvert permanent.
Le principal problème est évidemment qu’elle pique. Cela peut être géré en partie si les cultures sont bien conduites sur supports et si l’on évite de circuler jambes nues, mais cela reste une contrainte réelle.
Par rapport à l’ortie, la menthe est jugée plus intéressante :
- développement végétatif assez similaire ;
- pas de piqûres ;
- possibilité d’usage commercial ou alimentaire.
Néanmoins, l’ortie ayant tendance à s’installer spontanément dans le système, elle pourrait être tolérée à certains endroits.
Essais sur les plantes spontanées
Quelques andains ont été laissés à la flore spontanée.
L’espoir était de trouver dans cette flore locale des espèces adaptées au système. Mais les résultats n’ont pas été très convaincants. Une graminée rampante intéressante a bien été observée, sans être identifiée précisément, mais elle ne semble pas aussi performante que la menthe ou le trèfle.
La conclusion provisoire est que, dans ce contexte, les ressources génétiques disponibles dans le commerce suffisent largement à construire des couverts permanents efficaces.
François Mulet précise toutefois qu’en Martinique, dans un autre projet sur tomate sous serre, le travail sur la flore spontanée locale a donné de bons résultats, avec même des systèmes de couverts permanents multi-étagés. Mais dans les conditions présentées ici, cela ne semble pas prioritaire.
Essais sur d’autres espèces et sur les couverts fleuris
D’autres essais ont été menés, avec par exemple du plantain, mais sans résultats jugés très intéressants :
- production de biomasse correcte ;
- mauvaise tolérance à la fauche ;
- intérêt limité.
Des couverts fleuris ont aussi été testés :
- coquelicots ;
- phacélie ;
- et d’autres mélanges du commerce.
Ces essais ont été jugés peu concluants, pour plusieurs raisons :
- ce sont souvent des plantes annuelles ;
- elles couvrent peu ;
- une fois leur cycle terminé, elles laissent des vides ;
- elles colonisent mal les espaces non semés ;
- pour obtenir les fleurs, il faut les laisser monter haut, ce qui gêne la conduite des cultures.
Les mesures de biodiversité ont montré une corrélation assez forte entre production de biomasse au sol et retour de biodiversité. Or ces couverts fleuris produisaient peu de biomasse. Ils ramenaient bien certains insectes volants, mais moins de biodiversité liée aux réseaux trophiques décomposeurs du sol, qui étaient pourtant la priorité.
La conclusion provisoire est qu’il faut d’abord des couverts très biomasse et rampants, puis réfléchir à la manière d’ajouter un peu de floraison :
- peut-être dans le couvert lui-même ;
- peut-être en bout de planche ;
- peut-être au pied des poteaux.
La phacélie reste éventuellement une piste à explorer, car elle est peu coûteuse, capable de se développer dans un trèfle et pas trop haute.
Gestion des couverts permanents
La gestion envisagée des couverts est jugée assez simple dans son principe :
- laisser le couvert pousser ;
- lui permettre d’atteindre une certaine hauteur ;
- puis le faucher régulièrement.
Les outils de fauche ne sont pas encore arrêtés définitivement, mais plusieurs options existent :
- débroussailleuse ;
- tondeuse.
La contrainte principale est d’avoir :
- l’irrigation ;
- les supports de lianes ;
- les cultures alignés au centre,
de façon à pouvoir faucher sur les côtés.
Les supports de lianes
Un système spécifique de support de lianes a été mis au point pour porter les cultures comme la tomate ou le concombre, de manière à garder les fruits au-dessus du sol.
Le dispositif est constitué de :
- deux fils galvanisés de 7 mm ;
- enfoncés à 40 cm dans le sol ;
- assemblés par un petit morceau de tube plastique ;
- solidarisés ensuite avec le tuyau d’aspersion.
Un premier prototype en un seul fil plié avait été envisagé, mais il s’est révélé trop compliqué à fabriquer. La version en deux demi-supports a donc été retenue.
Le coût est estimé autour d’un peu plus d’un euro par support. Le choix du fil de 7 mm a été fait pour sécuriser la résistance mécanique, même si un diamètre plus faible aurait réduit le coût.
L’intérêt du système est de :
- garder les fruits éloignés du sol ;
- améliorer le confort de taille et de récolte ;
- laisser de la place pour faucher le couvert sans abîmer les cultures.
Ce qui a été acquis en 2022
L’année précédente a donc permis de mettre au point une stratégie globale :
- remettre de la matière organique ;
- installer des vers de terre ;
- implanter des couverts ;
- observer leur développement.
La serre se retrouve maintenant avec des andains où les couverts permanents sont bien implantés, bien enracinés et très développés.
Les objectifs des essais 2023
Le défi de l’année 2023 est maintenant d’implanter directement les cultures dans les couverts permanents.
L’idée est de procéder simplement :
- faucher une ou deux fois le couvert ;
- faire un trou assez profond dans le couvert ;
- y planter les tomates, concombres, courgettes, poivrons, aubergines, et peut-être quelques rangs de haricots.
La logique agronomique est la suivante :
- une fauche rase oblige le couvert à remobiliser ses sucres racinaires pour refaire sa végétation ;
- pendant ce temps, il est moins concurrentiel sur le plan racinaire ;
- deux fauches devraient donc suffire à le calmer.
Le trou de plantation devra être plutôt profond afin de casser le système racinaire du couvert autour de la culture et laisser à celle-ci une sorte de « cheminée » d’enracinement avec moins de concurrence immédiate.
L’outil exact n’est pas encore choisi : peut-être une perceuse, une petite tarière, ou un autre dispositif léger et rapide.
Si le démarrage est un peu difficile, il sera toujours possible d’apporter un peu d’engrais soluble au pied des plants pour aider à la reprise.
Nouvelles modalités expérimentales
En plus des couverts permanents déjà implantés, de nouvelles modalités vont être comparées :
- des andains sans aucun nouvel apport ;
- des andains avec une ration simple de matière organique ;
- des andains avec une double ration ;
- des andains avec couvert permanent.
Concrètement, cela correspondra à :
- environ 100 tonnes de broyat par hectare pour la ration simple ;
- environ 200 tonnes pour la ration double ;
- rien du tout sur certains andains, pour servir de témoin.
L’idée est de voir :
- s’il restait déjà assez de fertilité grâce au travail de l’année précédente ;
- quel niveau de croissance on obtient selon les modalités ;
- et surtout quelle perte éventuelle de croissance on observe en couvert permanent.
Le raisonnement est présenté de façon très directe :
- si le couvert permanent entraîne une baisse de croissance de 10, 20 ou 30 % ;
- cela signifie que le système manque encore de 10, 20 ou 30 % de services écologiques ;
- il faudra alors compenser par des apports d’engrais ou de matière organique.
Réflexion sur la biodiversité
La biodiversité est abordée de manière pragmatique. François Mulet insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas d’accumuler artificiellement un très grand nombre d’espèces végétales, mais d’abord de produire beaucoup de biomasse.
L’idée centrale est :
- biomasse d’abord ;
- biodiversité végétale complémentaire ensuite.
Une monoculture de menthe, par exemple, a donné de meilleurs résultats sur le retour de biodiversité qu’un mélange fleuri peu productif.
Les mesures de biodiversité menées en 2022 ont porté surtout :
- sur le sol ;
- sur la surface du sol ;
- moins sur l’aérien, plus difficile à mesurer.
Résultats observés sur le retour de biodiversité
Le constat principal est que partout où de la matière organique fraîche a été apportée, beaucoup de biodiversité non végétale est revenue très vite.
Le retour observé concerne toutes les petites bêtes du sol. Les niveaux de biodiversité retrouvés sont jugés comparables à ceux que l’on peut observer dans des milieux naturels comme :
- une prairie ;
- une litière forestière.
La vitesse de retour est expliquée simplement :
- les organismes à cycle court reviennent en quelques jours ou quelques semaines ;
- ceux à cycle plus long mettent un peu plus de temps.
Le même phénomène a été observé avec les couverts permanents :
- dès qu’ils se sont développés, la biodiversité au-dessus du sol a suivi ;
- plus le couvert était dense et productif, plus la biodiversité revenait.
La première corrélation observée est donc très nette : plus il y a de biomasse et de couverture, plus il y a de biodiversité.
Retour des prédateurs et question de l’habitat
Beaucoup de prédateurs ont été observés :
- punaises ;
- araignées ;
- guêpes ;
- et d’autres auxiliaires.
Cependant, il semble manquer encore certains « super-prédateurs », c’est-à-dire de gros insectes carnivores capables de réguler plus largement les réseaux trophiques.
L’hypothèse avancée est qu’il existe peut-être un problème d’habitat. Pour y répondre, il est prévu d’installer des habitats artificiels :
- pots ;
- tubes ;
- morceaux de bois percés ;
- autres structures favorables.
L’objectif est de voir si cela permet de faire revenir des prédateurs supérieurs.
Finalité agronomique de ce travail sur la biodiversité
Le travail sur la biodiversité a plusieurs objectifs :
- assurer une bonne décomposition de la matière organique ;
- protéger les couverts eux-mêmes contre les phytophages ;
- réguler les ravageurs des cultures principales.
Le critère final reste simple : observer des plantes saines. Si certaines plantes sont fortement attaquées, cela pourra indiquer :
- soit un problème de biodiversité et de régulation ;
- soit un problème agronomique local, comme un excès de fertilité, un problème d’irrigation ou un manque de lumière.
Mesure future de la valeur nutritive des cultures
Un autre chantier important prévu concerne les indicateurs de valeur nutritive des cultures.
Le premier indicateur mentionné est le taux de matière sèche. Des mesures réalisées chez différents producteurs de tomates, à variétés équivalentes, ont montré de grandes variations.
Le constat est le suivant :
- trop d’eau et trop d’engrais minéraux donnent des plantes turgescentes ;
- on peut aussi avoir des plantes très turgescentes en sol vivant, notamment en début de saison si le sol est très fertile et qu’il y a peu de lumière ;
- au final, cela donne des fruits riches en eau et pauvres en matière sèche.
Le couvert permanent pourrait aider à lisser la fertilité dans le temps. Une plante comme la menthe, par exemple, pourrait absorber des excès de fertilité.
Les mesures prévues comprennent :
- matière sèche ;
- densité des tissus ;
- nitrates dans le sol et dans les fruits ;
- sucres (Brix) ;
- oligo-éléments ;
- divers indicateurs mesurables avec la mallette utilisée.
Si possible, des mesures de :
- vitamine C ;
- carotènes
seront également réalisées, car elles sont très révélatrices de l’intensité photosynthétique et de la bonne santé des plantes.
Ces mesures doivent être faites entre juin et août, avec des résultats attendus à l’automne. Elles seront particulièrement intéressantes à comparer entre :
- modalités en couvert permanent ;
- modalités avec doubles rations organiques ;
- modalités sans nouvel apport.
Conclusion et perspectives
Le travail présenté montre une démarche progressive :
- reconstruction biologique des sols ;
- retour des vers de terre ;
- implantation de couverts permanents ;
- observation du retour de biodiversité ;
- préparation d’un système potentiellement autofertile.
Les premiers résultats sont jugés très encourageants, en particulier :
- sur la qualité sanitaire des tomates ;
- sur la production de biomasse des meilleurs couverts ;
- sur la rapidité du retour de biodiversité.
Les suites prévues incluent :
- les cultures d’été sur couvert permanent en serre ;
- des essais en plein champ sur courges et courgettes ;
- une serre entière conduite sur couvert de trèfle pour les cultures d’été ;
- des essais de légumes d’hiver dans le trèfle.
Une prochaine vidéo devrait présenter l’évolution de ces essais, notamment avec l’équipe de MSV Normandie.