Phosphore en Agriculture Biologique - principaux enseignements du projet PhosphoBio

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Dans cette présentation, Grégory Véricel (Arvalis) expose les résultats du projet « PhosphoBio », une étude de quatre ans dédiée à la gestion du phosphore en agriculture biologique. Face à la diminution des gisements d’effluents d’élevage et à l’augmentation des surfaces en bio, le projet a cherché à évaluer la fertilité réelle des sols et à optimiser le diagnostic. L'étude montre que les teneurs en phosphore des sols bio sont globalement plus faibles qu’en conventionnel, mais que les seuils de référence traditionnels (Comifer) apparaissent souvent trop sécuritaires. En s'appuyant sur des essais longue durée, les chercheurs proposent de nouveaux seuils d'interprétation, plus adaptés aux systèmes biologiques. L'intervention souligne également l'intérêt des indices de nutrition phosphatée par analyse végétale, complémentaires à l'analyse de terre. Enfin, le projet débouche sur la création d'outils d'aide à la décision pour mieux anticiper les besoins et piloter la fertilisation de manière durable.

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Résumé
Dans cette présentation, Grégory Véricel (Arvalis) expose les résultats du projet « PhosphoBio », une étude de quatre ans dédiée à la gestion du phosphore en agriculture biologique. Face à la diminution des gisements d’effluents d’élevage et à l’augmentation des surfaces en bio, le projet a cherché à évaluer la fertilité réelle des sols et à optimiser le diagnostic. L'étude montre que les teneurs en phosphore des sols bio sont globalement plus faibles qu’en conventionnel, mais que les seuils de référence traditionnels (Comifer) apparaissent souvent trop sécuritaires. En s'appuyant sur des essais longue durée, les chercheurs proposent de nouveaux seuils d'interprétation, plus adaptés aux systèmes biologiques. L'intervention souligne également l'intérêt des indices de nutrition phosphatée par analyse végétale, complémentaires à l'analyse de terre. Enfin, le projet débouche sur la création d'outils d'aide à la décision pour mieux anticiper les besoins et piloter la fertilisation de manière durable.

La gestion durable du phosphore en agriculture biologique nécessite d’utiliser des outils de diagnostic comme l’analyse de terre afin de juger de la richesse du sol et d’adapter en conséquence sa stratégie de fertilisation.

Points clés

  • Les teneurs en phosphore Olsen des sols en AB sont globalement inférieures à celles rencontrées en conventionnel et sont d’autant plus faibles dans les systèmes « autonomes » où la part des légumineuses dans les rotations est importante et les apports de fertilisants peu fréquents.
  • De nouveaux seuils d’interprétation des teneurs en P Olsen de l’analyse de terre ont été proposés pour les grandes cultures en AB
  • L’indice de nutrition phosphatée, basé sur une analyse de végétaux, pourrait être complémentaire des analyses de terre. 📊
  • Le calcul de l’indice de nutrition phosphatée est basé sur la teneur en azote et en phosphore des plantes. ⚖️
  • Publication d’un guide pratique pour les agriculteurs à venir. 📚
  • Outils de diagnostic et bilans de phosphore en agriculture biologique. 🛠️

A retenir

  • L’utilisation d’outils de diagnostic comme l’analyse de terre pour évaluer la richesse du sol en phosphore ou l’’utilisation de l’indice de nutrition phosphatée pour évaluer l’état de nutrition des cultures est essentielle pour raisonner durablement les pratiques de fertilisation. 🌱
  • L’indice de nutrition phosphatée permet une évaluation complémentaire de celle permise par l’analyse de terre, notamment en permettant d’apprécier l’état de la nutrition des plantes, en interaction avec d’autres éléments comme l’azote. 📈
  • Des seuils d’interprétation de l’analyse de terre et des indices de nutrition phosphatée, adaptés à l’AB, ont été établis pour différentes cultures et permettent de raisonner les pratiques agricoles selon les besoins spécifiques des plantes. 🌾
  • Des référentiels permettant d’interpréter de manière fiable les analyses de terre et les analyses de végétaux proposées par les laboratoires agronomiques ont été élaborés pour orienter les pratiques de fertilisation en AB. 🔍
  • La publication prochaine d’un guide fournira des recommandations pratiques, rendant ces connaissances accessibles aux agriculteurs. 📖



Phosphore en agriculture biologique - principaux enseignements du projet PhosphoBio

Cette présentation, animée par Grégory Véricel, ingénieur chez Arvalis (institut des grandes cultures), fait le point sur les enjeux et les outils de gestion de la fertilisation phosphatée en agriculture biologique, à travers les résultats du projet de recherche PhosphoBio qui s’est achevé fin décembre 2023.

Contexte : une pression sur les gisements organiques

Depuis 15 ans, les surfaces en agriculture biologique (AB) ont plus que doublé en France. Cependant, les gisements de produits organiques (effluents d’élevage) ne suivent pas cette tendance, et diminuent même en raison de deux facteurs majeurs :

  • Évolutions réglementaires : Les effluents issus d’élevages industriels (poules pondeuses en cages, gros élevages de porcs) ne sont plus autorisés en bio.
  • Crises sanitaires : Les épisodes de grippe aviaire ont réduit la disponibilité des fientes de volaille.

Cette raréfaction, couplée au contexte géopolitique (guerre en Ukraine impactant le coût de l’énergie nécessaire à la déshydratation et au transport des engrais), conduit à une augmentation du coût des produits organiques. L’enjeu majeur est donc d’éviter un appauvrissement progressif des sols en phosphore. Contrairement à l’azote, il n’existe pas de source “gratuite” (comme les légumineuses pour l’azote) pour le phosphore.

L’observatoire PhosphoBio : état des lieux

Le projet a mis en place un observatoire sur 201 parcelles réparties dans quatre grands territoires français (Grand-Ouest, Sud-Ouest, Bassin parisien, Rhône-Alpes).

  • Résultats d’analyse de terre : La teneur moyenne observée est de 44 ppm (Olsen). Le Sud-Ouest présente des teneurs significativement plus faibles.
  • Comparaison avec le conventionnel : En comparant avec la BDAT (Base de données des analyses de terre), les parcelles bio affichent des teneurs moyennes inférieures de 10 à 15 ppm par rapport aux parcelles conventionnelles.
  • Facteurs d’influence : L’ancienneté de la conversion, la présence d’élevage ou le type d’occupation (prairie vs grande culture) n’ont pas d’impact significatif sur les teneurs. En revanche, le type de sol (sols calcaires souvent plus pauvres) et la fréquence des apports de fertilisants phosphatés influencent nettement le stock du sol.
  • L’effet “légumineuses” : Une fréquence plus élevée de légumineuses dans la rotation est corrélée à des teneurs en phosphore plus faibles. Cela s’explique par une réduction indirecte des apports de fertilisants (qui contiennent à la fois azote et phosphore), l’azote étant désormais géré par les légumineuses.

Outils de diagnostic et seuils en AB

Une question centrale était la pertinence des seuils du Comifère (issus du conventionnel) pour le bio. Les essais menés montrent que :

  • Les seuils du Comifère sont très “sécuritaires”.
  • Il est difficile d’observer des pertes de rendement en dessous des seuils classiques.
  • Grégory Véricel propose de nouveaux seuils de vigilance et critiques adaptés à l’AB, qui indiquent que la situation des parcelles bio est globalement moins préoccupante qu’initialement redouté.

L’analyse de végétaux comme indicateur

L’analyse de plante entière, via l’Indice de Nutrition Phosphatée (INP), s’avère être un outil complémentaire robuste. En mesurant la teneur en azote et en phosphore, il est possible de calculer cet indice pour le blé, le maïs et le soja. Le diagnostic est jugé plus fiable lorsqu’il est corrélé à la teneur en azote qu’à la biomasse seule.

Prévision et gestion à long terme

Le projet démontre qu’il est complexe de prédire l’évolution précise des teneurs en phosphore du sol. Malgré des bilans positifs (apports supérieurs aux exportations), les teneurs ne remontent pas toujours, ce qui souligne le rôle du pouvoir tampon des sols, notamment en contexte calcaire.

Conclusion majeure : Il est extrêmement difficile de faire remonter des teneurs en phosphore une fois qu’elles sont très faibles. L’anticipation et la régularité des apports sont donc préférables à une gestion réactive.

Prochaines publications

Un guide de gestion durable du phosphore en AB et une calculette d’aide à la décision (pour simuler le bilan de phosphore d’une rotation) seront disponibles prochainement pour les agriculteurs et conseillers. En attendant, les conseillers Arvalis peuvent fournir des références sur les coefficients d’équivalence fertilisante des produits organiques.