Le semis direct à Madagascar, Rakotondramanana
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Cette intervention a eu lieu dans le cadre du colloque d'hommage à Lucien Séguy et Hubert Charpentier.
Pour retrouver la vidéo du colloque dans son entièreté : https://www.youtube.com/watch?v=aXs59o8AoZc
Historique du semis direct à Madagascar
Cette intervention présente un historique du semis direct à Madagascar, en lien avec la forte implication de Lucien Séguy et du GSDM. L’intervenant propose de replacer cette histoire dans une évolution plus large : au départ, on parlait surtout de « semis direct sur couverture végétale », alors qu’aujourd’hui on parle davantage d’agroécologie.
L’exposé s’appuie sur quelques diapositives, puis sur un court film de quatre minutes montrant ce qui existe actuellement sur le terrain.
Les principales étapes de l’appui au semis direct
L’historique présenté pour Madagascar passe par plusieurs phases et projets successifs :
- un premier appui ancien, associé aux premières interventions de Lucien Séguy à Madagascar ;
- ensuite le Projet programme environnemental ;
- puis la mise en place et l’action du GSDM ;
- la coordination de la diffusion des techniques agroécologiques à Madagascar ;
- un projet financé par l’AFD ;
- le projet BVPI Sud-Est / Hauts plateaux, également financé par l’AFD ;
- l’appui à différents projets de terrain et aux actions de coordination, de formation et de capitalisation ;
- enfin, un appui à la recherche variétale.
L’intervenant souligne que, dans l’ensemble de ces actions, la mission de Lucien Séguy a été très présente.
Le rôle du GSDM
Le GSDM est présenté comme un acteur central dans la diffusion des techniques agroécologiques à Madagascar. Il fonctionne comme une association ou un réseau rassemblant une douzaine d’organismes membres.
Ses missions portent notamment sur :
- l’appui aux projets à Madagascar ;
- la coordination des actions ;
- les formations ;
- la capitalisation des acquis ;
- la diffusion technique.
L’intervenant mentionne aussi la présence du GSDM sur différents supports, notamment une page Facebook et une chaîne YouTube.
Des appuis de terrain anciens et reconnus
Parmi les exemples évoqués, une mission d’appui en 2007 est montrée en photo. Elle concernait à l’époque le projet BV Lac dans le Grand Sud malgache. Cet appui a été, selon l’intervenant, fortement apprécié.
Aujourd’hui encore, il fait l’objet de nombreuses discussions dans le Sud du pays. C’est dans ce contexte qu’a été développé, avec le GRET, ce qui a été appelé des blocs agroécologiques. Ces dispositifs font désormais école dans cette région.
L’intervenant estime qu’ils pourraient contribuer à répondre, au moins en partie, aux problèmes très graves rencontrés dans ces zones arides et semi-arides, en particulier les crises alimentaires et la famine.
La réussite de la recherche variétale sur le riz pluvial
L’un des points considérés comme une réussite importante à Madagascar est le travail réalisé sur le riz pluvial.
L’intervenant insiste notamment sur la recherche de variétés adaptées à différentes situations :
- riz pluvial d’altitude ;
- riz pluvial de moyenne altitude ;
- riz pluvial de basse altitude.
Selon lui, ces variétés se diffusent aujourd’hui dans tout le pays. Il s’agit d’un acquis majeur des travaux conduits dans la durée.
Le site d’Iboaka et son importance
Un site expérimental majeur est ensuite présenté : le site d'Iboaka. L’intervenant explique qu’il en donnera davantage de détails, car ce site est à l’origine de nombreux résultats et fonctionne toujours.
Ce site reçoit beaucoup de visiteurs. Il a été conçu pour tester différents systèmes de culture, notamment dans l’objectif de lutter contre le Striga dans des sols très dégradés.
L’initiative de créer un tel site est attribuée à Lucien Séguy, qui, face à des sols fortement dégradés, a affirmé qu’il fallait installer un dispositif de longue durée à cet endroit. Aujourd’hui, selon l’intervenant, cette intuition est confirmée par les résultats.
Le rôle de Narcisse sur le site
L’intervenant s’arrête sur la figure de Moussa Narcisse, technicien de terrain particulièrement apprécié par Lucien Séguy.
Il le décrit comme quelqu’un qui travaille très bien, même s’il écrit peu. Lucien Séguy l’aurait qualifié de « génie à cloner ». Cette formule est reprise pour montrer à quel point son rôle dans le suivi du site a été important.
Narcisse assure notamment :
- le suivi régulier des dispositifs ;
- l’enregistrement des visiteurs ;
- l’accompagnement des visites techniques et des formations.
Les systèmes testés et diffusés
Le système maïs, système phare
Parmi les systèmes observés sur le site, le maïs est présenté comme le système phare actuel.
L’intervenant mentionne en particulier le rôle de certaines rotations et associations culturales qui permettent d’améliorer les performances du système.
Le système à base de stylosanthes
Le système avec Stylosanthes est celui avec lequel les travaux ont démarré. Il reste un système de référence pour la régénération de la fertilité de sols dégradés, ferrallitiques, à faible pH.
Il est donc considéré comme un très bon système sur le plan agronomique.
Cependant, les études récentes, notamment les enquêtes économiques, montrent qu’il se diffuse insuffisamment chez les petits agriculteurs, en particulier chez ceux qui disposent de moins de trois hectares. En revanche, les exploitations moyennes ou plus grandes peuvent davantage en tirer parti.
L’exemple d’un agriculteur en réussite
Un agriculteur nommé Monsieur Ernest est cité comme exemple. Il a commencé avec très peu de moyens il y a une vingtaine d’années, puis a progressivement développé de plus grandes surfaces.
Aujourd’hui, il obtient régulièrement des rendements de 4 à 5 tonnes par hectare. L’intervenant montre à travers cet exemple qu’une trajectoire de réussite est possible dans la durée avec ces systèmes.
Les essais de longue durée
Le site comporte toujours des essais de longue durée. Ceux-ci ont donné lieu à de nombreux mémoires de fin d’études et travaux de recherche.
Une thèse est mentionnée, réalisée par une étudiante allemande. Bien qu’elle ait terminé sa thèse, elle continue encore les observations en post-doctorat sur ce site. Cela illustre l’intérêt scientifique durable de ce dispositif expérimental.
Le site attire aussi des équipes de projets étrangers, notamment des équipes allemandes, venues observer les résultats obtenus à Madagascar.
L’évolution des systèmes et la place des légumineuses
À partir de 2010, les systèmes ont été orientés pour donner davantage de place aux légumineuses. L’objectif était de rendre les dispositifs plus accessibles aux petits producteurs.
L’intervenant montre des résultats sur plusieurs années, notamment de 2015 à 2022, pour le riz pluvial et le maïs, comparant différents résidus, différents couverts végétaux et des situations avec ou sans labour.
Résultats sur le riz pluvial
Les résultats présentés sur huit ans montrent que les systèmes reposant sur certaines légumineuses, notamment le mucuna, restent parmi les meilleurs.
L’intervenant souligne surtout la différence entre les systèmes avec couverture végétale et les systèmes labourés :
- dans les mêmes conditions de départ,
- avec les mêmes traitements,
- le fait de labourer tous les ans conduit à une diminution progressive des rendements.
Selon lui, si l’on prolongeait encore les séries, cette tendance apparaîtrait plus nettement encore.
Résultats sur le maïs
Sur le maïs, le même type de constat est fait. Les systèmes à base de mucuna apparaissent à nouveau comme très performants.
Là encore, les systèmes labourés se dégradent progressivement d’année en année. L’intervenant insiste sur le fait que ces résultats confirment l’intérêt agronomique des systèmes de semis direct avec couverture végétale.
Des adaptations selon les milieux
L’intervenant précise toutefois que ces systèmes ne fonctionnent pas de la même manière partout.
Par exemple :
- le système maïs se diffuse dans beaucoup d’endroits ;
- certaines rotations fonctionnent bien ;
- en revanche, le riz dérobé de contre-saison ou à cycle court ne marche pas partout ;
- à haute altitude, cela fonctionne moins bien.
Dans certaines situations, à la récolte du riz, on obtient une biomasse composée de résidus de riz et de Cajanus cajan qui se maintient bien durant la saison sèche. Ce système est présenté comme l’un des systèmes phares actuellement vulgarisés sur plusieurs sites.
Un site très visité
Le site d’Iboaka reçoit de nombreux visiteurs, soit dans le cadre de visites organisées, soit dans celui de formations en lien avec le GSDM.
Narcisse enregistre régulièrement les profils des visiteurs :
- décideurs ;
- chercheurs ;
- techniciens ;
- étudiants ;
- paysans et agriculteurs.
Les paysans constituent la majorité des visiteurs, avec environ 57 %. Mais le site reçoit aussi beaucoup d’étudiants, de techniciens agricoles et de décideurs.
Le total annuel des visiteurs était de l’ordre de 500 il y a une dizaine d’années, puis il est monté autour de 800. Une baisse a été observée en 2019-2020, en lien avec la pandémie de Covid.
L’intervenant souligne que ce site est devenu un lieu très important de démonstration, de formation et de validation dans la durée.
Le film présenté
Après les diapositives, un court film est diffusé. L’intervenant se dit satisfait qu’il ait pu être projeté, même si des difficultés techniques de son avaient été évoquées au début.
Selon lui, ce film reprend à peu près ce qu’il vient d’expliquer oralement et donne une image concrète de la situation actuelle.
Échanges et précisions sur les débuts
Lors des échanges qui suivent, une question porte sur les toutes premières interventions de Lucien Séguy à Madagascar, évoquées comme liées à l’Opération baiboho.
L’intervenant précise que, d’après Lucien, les premiers débuts remontent aux années 1980, autour de 1980.
Cette ancienneté sert à souligner deux points :
- la fidélité de Lucien Séguy à Madagascar ;
- l’importance de la continuité dans les dispositifs de recherche-développement.
Madagascar, un pays précurseur
La conclusion insiste sur le fait que Madagascar a été un précurseur.
Le maintien d’un site comme celui d’Iboaka pendant plus de 25 ans montre l’importance des dispositifs pérennes. L’intervenant rappelle qu’on a besoin de ce type de sites dans la durée pour comprendre les dynamiques agronomiques, montrer les résultats et accompagner les producteurs.
Il ajoute que de nombreuses personnes du réseau autour de Lucien Séguy, cette « grande famille », sont venues à Madagascar, car le pays constitue un véritable concentré de situations, un « kaléidoscope » de milieux et de conditions agricoles.
L’intervention se termine par une transition vers une autre prise de parole, confiée à un représentant du GSDM, pour poursuivre la présentation.