La quatrième phase de l'eau, par Gerald Pollack (VO)
![]()
Aujourd'hui, c'est une formation donnée lors de nos Rencontres Internationales de l'Agriculture du Vivant en 2019 ! Au programme, les différentes propriétés et applications de l’eau morphogénique, aussi connu sous le nom de « Exclusion Zone water, EZ Zone », par Gerald Pollack !
SOMMAIRE :
1. Introduction : 0:00:20
2. Dans quelles conditions obtient-on de l'EZ water ? : 0:21:35
3. Les caractéristiques de l'EZ water : 0:24:50
4. Explications de phénomènes observés : 0:45:50
5. D'où provient l'énergie du système ? : 1:05:41
6. Pourquoi ce phénomène est important ? : 1:30:40
7. Le pouvoir des protons : 1:43:50
8. La santé humaine : 1:49:40
9. Applications : 2:14:25
10. Conclusion : 2:18:05
Introduction de Gérald Pollack
Gérald Pollack commence par se présenter et préciser que, contrairement à ce qu’on lui avait dit au départ, tout le public n’est pas composé d’agriculteurs. Il explique aussi que cette conférence est très proche de celle qu’il doit donner le samedi soir, au point que ceux qui assistent à celle-ci pourront éventuellement se dispenser de l’autre.
Il rappelle sa formation à l’université de Pennsylvanie, dans le domaine du génie biomédical, à l’interface de l’ingénierie, de la biologie et de la médecine. Pendant environ vingt à vingt-cinq ans, il a étudié les mécanismes moléculaires de la contraction musculaire, c’est-à-dire la manière dont les protéines du muscle interagissent pour produire force et mouvement.
Un jour, il s’est demandé pourquoi les chercheurs travaillant sur la contraction musculaire négligeaient la molécule la plus abondante dans le muscle : l’eau. Comme le muscle est composé aux deux tiers d’eau, il lui a semblé arrogant de supposer que cette eau ne jouait aucun rôle actif. C’est ainsi qu’il a commencé à s’intéresser à l’eau, un sujet devenu pour lui une véritable passion.
Il annonce alors le thème central de son exposé : la mise en évidence d’une « quatrième phase de l’eau ». Selon lui, il ne s’agit pas entièrement d’une découverte nouvelle, car des chercheurs antérieurs avaient déjà envisagé qu’en biologie, l’eau puisse exister sous une forme organisée, proche d’un réseau cristallin liquide. Mais cette idée n’avait jamais été vraiment prise au sérieux dans la science dominante.
Il précise enfin qu’il vient de l’université de Washington à Seattle, et non de l’université de Washington à Saint Louis, en soulignant avec humour que « Washington » est un nom très courant aux États-Unis.
Des phénomènes de l’eau encore mal compris
Pour montrer que l’eau est loin d’avoir livré tous ses secrets, Gérald Pollack présente plusieurs phénomènes qu’il juge difficiles à expliquer dans le cadre des conceptions classiques.
Il commence par l’exemple d’un nuage situé au-dessus d’une zone d’eau. L’eau s’évapore de toute la surface, mais le nuage ne se forme qu’à un endroit précis. Il pose alors la question : pourquoi y a-t-il un nuage ici, et pas ailleurs ? Cela suggère, selon lui, qu’il existe des mécanismes de structuration ou d’attraction que l’on ne comprend pas bien.
Il montre ensuite des gouttelettes d’eau tombant sur une surface d’eau. On s’attendrait à ce qu’elles fusionnent immédiatement, mais on observe qu’elles peuvent rester séparées pendant un temps, comme si de l’eau pouvait flotter sur de l’eau. Il signale qu’on peut voir ce phénomène soi-même dans les flaques lorsqu’il pleut.
Un autre exemple est celui du « pont d’eau ». Deux béchers remplis presque à ras bord sont placés bord à bord, avec une électrode dans chacun. Lorsqu’on applique une haute tension, un pont d’eau se forme entre les deux béchers. Si on les écarte légèrement, ce pont peut rester stable sur plusieurs centimètres, et cela pendant une durée très longue. Pollack souligne qu’un tel comportement n’est pas intuitif.
Il évoque aussi une expérience avec un puissant aimant supraconducteur devant un bac d’eau colorée en rouge. Lorsque l’aimant est activé, l’eau semble se séparer, comme si « Moïse traversait à nouveau la mer Rouge ». Là encore, le mécanisme n’est pas clair.
Pour lui, tous ces exemples montrent qu’en dépit de siècles d’études, l’eau demeure profondément mystérieuse.
L’influence de Gilbert Ling
Pollack explique qu’il a été fortement influencé par les travaux de Gilbert Ling, un scientifique sino-américain aujourd’hui centenaire au moment de la conférence. Ling fut l’un des premiers chercheurs chinois envoyés aux États-Unis pour des études postdoctorales, et Pollack rappelle qu’il appartenait à une génération scientifique exceptionnelle.
Gilbert Ling soutenait depuis longtemps que l’eau à l’intérieur des cellules n’est pas identique à l’eau « dans le verre ». Alors que l’eau ordinaire est constituée de molécules désordonnées, tournant et se réorientant extrêmement rapidement, l’eau cellulaire serait, selon lui, organisée.
Ling décrivait les molécules d’eau comme des dipôles, avec un pôle positif et un pôle négatif, capables de s’aligner les unes avec les autres, un peu comme des dominos. À proximité des surfaces biologiques, notamment des protéines, qui portent souvent des charges électriques, les molécules d’eau pourraient ainsi s’ordonner en multicouches.
Cette vision était très controversée. Beaucoup de chercheurs refusaient même d’y prêter attention. Pourtant, Pollack et ses étudiants ont jugé ces idées suffisamment importantes pour les examiner sérieusement. Il a même publié en 2001 un livre visant à rendre les idées de Ling plus accessibles à la communauté scientifique.
La recherche d’une eau ordonnée
Selon Pollack, si une eau ordonnée existe, elle doit partager certaines propriétés des cristaux. Or les cristaux ont tendance à exclure les impuretés, les solutés et les particules. Il prend l’exemple de la glace, qui rejette les impuretés lorsqu’elle se forme.
Partant de cette idée, son équipe a cherché un système expérimental simple dans lequel on pourrait observer une exclusion de particules, ce qui pourrait signaler la présence d’une eau structurée.
Ils ont utilisé une chambre expérimentale contenant un gel, à côté duquel ils ont versé de l’eau remplie de microsphères d’environ un micromètre de diamètre. En observant au microscope, ils ont constaté qu’une région dépourvue de microsphères apparaissait juste à côté de la surface du gel. Les microsphères étaient donc exclues.
Dans certains cas, cette zone atteignait environ 50 micromètres d’épaisseur, soit environ la moitié de l’épaisseur d’un cheveu. À l’échelle moléculaire, c’est une taille énorme. Pollack explique qu’en vidéo, on a l’impression que quelque chose pousse à partir de l’interface et repousse progressivement les particules.
Cette observation a beaucoup enthousiasmé son équipe, car elle pouvait correspondre à une région d’eau ordonnée.
La zone d’exclusion
Cette région a reçu le nom de « zone d’exclusion » (exclusion zone), abrégée en « EZ ». Pollack raconte qu’un collègue australien lui avait suggéré ce nom, car il décrivait bien le phénomène observé : les particules et solutés en sont exclus.
Il présente ensuite l’exemple du Nafion, un polymère hydrophile portant de nombreux groupes sulfonates chargés négativement. Le Nafion est particulièrement pratique pour les expériences, car il peut être découpé à volonté.
Lorsqu’une feuille de Nafion est plongée dans une suspension de microsphères, une zone d’exclusion apparaît autour d’elle et s’étend au cours du temps. Cette zone peut atteindre environ 500 micromètres, soit un demi-millimètre. Pour Pollack, une telle extension est extraordinaire : si elle correspond bien à de l’eau organisée, alors les molécules d’eau sont capables de s’ordonner sur une distance macroscopique.
Il précise que de nombreux laboratoires ont depuis reproduit ce phénomène. Il mentionne aussi qu’en recherchant dans la littérature, son équipe a découvert qu’un groupe de physiologistes avait décrit un phénomène très similaire dès 1970 dans le Journal of Physiology de Londres, à propos du cristallin de l’œil et de lentilles artificielles.
Un phénomène potentiellement important pour l’agriculture
Pollack insiste sur le fait que ce phénomène ne concerne pas seulement les animaux ou les cellules humaines, mais aussi les plantes.
Il montre une image envoyée par Martin Canny, chercheur connu pour ses travaux sur les vaisseaux des plantes. Sur cette image de xylème, des microsphères ont été introduites dans le vaisseau, et l’on observe qu’elles sont exclues des bords, là où se trouvent des surfaces hydrophiles.
Cela suggère, selon Pollack, que des zones d’exclusion peuvent exister dans les tissus conducteurs végétaux. Il annonce donc que ce qu’il décrit pourrait avoir une grande importance pour l’agriculture.
Une propriété générale des surfaces hydrophiles
Pollack pose d’abord la question de la généralité du phénomène. S’agit-il d’un cas particulier, ou d’un comportement répandu ?
D’après ses expériences, de nombreuses surfaces hydrophiles génèrent des zones d’exclusion. Il cite :
- différents gels à base d’eau ;
- des polymères hydrophiles ;
- des surfaces biologiques comme les poils absorbants des racines, le collagène, la cellulose ;
- des monocouches monomoléculaires déposées sur l’or.
Il remarque même qu’une simple couche moléculaire peut suffire à servir de gabarit pour construire cette eau ordonnée.
Du côté des substances exclues, la liste est également très large :
- grosses particules ;
- protéines ;
- bactéries ;
- virus ;
- diverses molécules chimiques ;
- colorants ;
- probablement aussi les sels, même si cela est plus difficile à tester.
Ainsi, pour Pollack, le phénomène est largement répandu et ne se limite pas à quelques systèmes particuliers.
Les propriétés de l’eau de la zone d’exclusion
Pollack affirme ensuite que l’eau de la zone d’exclusion est réellement différente de l’eau ordinaire. Il énumère plusieurs caractéristiques expérimentales qui, selon lui, le démontrent.
Les molécules y sont plus contraintes et bougent moins que dans l’eau ordinaire. Cela a été mis en évidence par résonance magnétique nucléaire.
Elles sont également plus stables, ce qui se voit en infrarouge : la zone d’exclusion émet moins de rayonnement infrarouge que l’eau ordinaire voisine, ce qui suggère un état plus ordonné.
Autre propriété majeure : cette eau porte une charge négative. Ce résultat a fortement surpris l’équipe, car on s’attendrait à ce que l’eau reste électriquement neutre.
De plus, l’eau EZ absorbe la lumière ultraviolette autour de 270 nanomètres. Elle est aussi plus visqueuse, avec une consistance plus proche du miel que de l’eau ordinaire.
Ses propriétés optiques sont également différentes :
- biréfringence ;
- structure infrarouge particulière ;
- indice de réfraction plus élevé, mesuré indépendamment par deux chercheurs moscovites, l’un biologiste et l’autre physicien.
Pollack souligne que l’ensemble de ces observations, auxquelles s’ajoutent d’autres résultats non détaillés, montre clairement que l’eau EZ n’est pas simplement de l’eau ordinaire.
La séparation des charges
Pour tester la neutralité électrique de la zone d’exclusion, l’équipe a utilisé des microélectrodes, de très fines électrodes en verre permettant de mesurer des potentiels locaux.
Les mesures ont montré que la zone d’exclusion est chargée négativement. Cela semblait paradoxal : on part d’eau neutre, et l’on obtient une région chargée négativement. Pollack raconte que ce résultat leur a semblé tellement improbable qu’ils ont voulu le faire vérifier dans un autre laboratoire, en Russie, qui a obtenu le même résultat.
La conséquence logique est qu’une région chargée positivement doit exister ailleurs. L’équipe a alors utilisé des colorants sensibles au pH. Ceux-ci ont montré qu’à l’extérieur de la zone d’exclusion se trouvait une région enrichie en protons, donc chargée positivement.
Pour Pollack, cela signifie que l’eau se sépare en deux composantes :
- une zone EZ négative ;
- une zone voisine riche en charges positives.
Ils ont ensuite connecté ces deux régions par une résistance et observé un courant électrique. Cela confirmait, selon eux, l’existence d’une véritable séparation de charge, comparable à une batterie.
Pollack résume alors la situation ainsi : à côté d’une surface hydrophile, de l’eau EZ chargée négativement s’accumule, tandis que la région au-delà devient positive. L’eau forme donc une sorte de batterie.
Vers une nouvelle formule de l’eau EZ
Pollack explique qu’il ne croit plus au modèle initial fondé sur de simples dipôles alignés. Si l’eau EZ est chargée négativement, un empilement de molécules d’eau neutres ne peut pas suffire à l’expliquer.
Il propose alors une structure révisée, en couches successives se développant depuis la surface hydrophile. Chaque couche ressemble à un réseau en nid d’abeilles, fait d’hexagones contenant oxygène et hydrogène.
Cette structure rappelle celle de la glace, bien qu’elle ne soit pas identique. En comptant les atomes, Pollack affirme qu’on n’obtient pas H2O, mais H3O2. Cette formule serait cohérente avec la charge négative observée.
Selon lui, chaque couche doit être négative, sinon l’ensemble ne pourrait pas produire la charge mesurée.
Il insiste sur le principe général selon lequel la structure détermine les propriétés. De même que le graphène possède des propriétés très différentes d’un simple atome de carbone isolé, l’eau EZ aurait des propriétés mécaniques, chimiques et électriques très différentes de l’eau liquide ordinaire.
La solidification de l’eau EZ
Si l’eau EZ est un cristal liquide, Pollack estime qu’elle devrait pouvoir être solidifiée à température ambiante.
Il présente les travaux de Vittorio Elia à Naples. Dans cette expérience, une feuille de Nafion est placée dans une boîte de Pétri contenant de l’eau. Après formation de la zone d’exclusion, cette eau est récupérée à l’aide d’un rouleau, en répétant l’opération de nombreuses fois.
Le matériau extrait, laissé au repos, forme des sortes de nuages dans l’eau. Ensuite, à l’aide d’un appareil de lyophilisation, les chercheurs enlèvent l’eau ordinaire. Au fond du récipient reste alors un matériau solide, que Pollack décrit comme de l’eau EZ solidifiée à température ambiante.
Il précise que cette substance a été analysée et qu’elle contenait seulement hydrogène et oxygène. Pour lui, c’est une découverte remarquable, à laquelle trop peu de scientifiques ont prêté attention.
Les nuages, les gouttelettes et le principe « like likes like »
Pollack revient ensuite aux anomalies présentées au début, en particulier les nuages. Il dit qu’un nuage est constitué de gouttelettes d’eau, donc d’éléments plus lourds que l’air. Pourquoi restent-ils en suspension ? Pourquoi un nuage se forme-t-il ici et pas ailleurs ?
Il introduit alors un principe emprunté à Richard Feynman : « like likes like through the intermediary of unlikes », que l’on peut rendre par : des charges de même signe peuvent s’attirer grâce à l’intermédiaire de charges opposées.
Il imagine deux particules entourées chacune d’une zone EZ négative et d’une région positive à l’extérieur. Entre les deux particules, les charges positives s’accumulent. Ces charges positives attirent alors les zones négatives des deux particules et les rapprochent.
Ainsi, contrairement à l’intuition la plus courante, deux particules négatives dans l’eau peuvent se rapprocher au lieu de se repousser. Pour Pollack, c’est ce mécanisme qui explique la cohésion de certains colloïdes, comme le yaourt.
Il applique cette idée aux nuages : les gouttelettes seraient chargées négativement, tandis que les régions entre elles seraient plus positives. Ces charges positives joueraient le rôle de colle, maintenant les gouttelettes groupées. Une nouvelle gouttelette en approche serait attirée par le bord du nuage, ce qui expliquerait sa croissance.
La surface de l’eau et la tension superficielle
Pollack s’intéresse ensuite à un autre phénomène : la capacité d’un trombone, d’une épingle ou même d’une petite pièce à flotter à la surface de l’eau s’ils sont déposés avec précaution.
L’explication classique invoque la tension superficielle. Pollack ne la rejette pas, mais il se demande si cette notion suffit. Son équipe a donc étudié l’interface air-eau.
Dans une chambre remplie d’eau contenant des microsphères, ils ont observé qu’une zone claire, sans microsphères, apparaît juste sous la surface. Cette zone ressemble à une zone d’exclusion et atteint environ un millimètre d’épaisseur.
Des mesures au moyen de microélectrodes ont montré qu’elle porte un potentiel négatif. De plus, lorsqu’on perturbe mécaniquement la surface avec une tige de verre, l’épaisseur de cette zone change très peu, comme si elle possédait une certaine rigidité.
Pour Pollack, cela signifie que la surface de l’eau n’est pas seulement un simple film moléculaire, mais qu’elle comporte une couche EZ relativement épaisse, avec une consistance proche d’un gel ou d’un élastique. C’est selon lui cette couche qui donne sa grande rigidité à la surface et permet à certains objets de flotter.
Il étend cette idée à certains animaux capables de marcher sur l’eau, ainsi qu’à la flottabilité de certains objets.
L’énergie nécessaire à la formation de l’eau EZ
Créer de l’ordre à partir du désordre demande de l’énergie. Pollack souligne qu’on ne peut donc pas postuler une eau ordonnée sans expliquer d’où vient cette énergie.
Il raconte qu’il lui a fallu plusieurs années pour trouver la réponse, alors qu’un étudiant la lui a donnée presque immédiatement : la lumière.
La découverte expérimentale est venue d’un étudiant qui, par curiosité, a éclairé une expérience avec une lampe orientable. L’équipe a alors observé que la zone d’exclusion grandissait dans la région illuminée. Quand la lampe était retirée, la zone revenait à sa taille normale.
Des expériences plus systématiques ont montré que différentes longueurs d’onde peuvent contribuer, mais que la plus efficace se situe dans l’infrarouge, en particulier autour de 3,0 micromètres, qui correspond à une longueur d’onde fortement absorbée par l’eau.
Pollack insiste sur le fait que l’infrarouge est partout :
- dans le rayonnement solaire ;
- dans les objets chauds ;
- dans l’environnement quotidien ;
- dans tous les corps qui nous entourent.
Selon lui, cette énergie est gratuite et omniprésente. Dès lors, toute surface hydrophile au contact de l’eau tend à former spontanément de l’eau EZ, alimentée par l’énergie infrarouge ambiante.
L’eau comme transducteur d’énergie
Pollack affirme ensuite que l’eau n’est pas seulement capable de stocker de l’énergie potentielle sous forme de séparation de charges : elle peut aussi effectuer un travail.
Il présente pour cela l’expérience du tube de Nafion. Un tube rempli d’eau contenant des microsphères est placé dans de l’eau. À l’intérieur, des zones d’exclusion se forment le long des parois, repoussant les particules vers le centre. L’équipe a alors observé un écoulement spontané dans le tube, durant plus d’un jour, sans différence de pression appliquée.
Ce résultat leur a semblé très important, car un écoulement dans un tube implique normalement un gradient de pression. Ici, le système semblait fonctionner sans pompe apparente.
Des expériences analogues ont été reproduites dans des tunnels creusés dans des gels hydrophiles. Là aussi, un écoulement se met en place.
Pollack pense que le mécanisme repose sur les protons générés lors de la formation de l’eau EZ. La croissance de l’EZ dans le tube crée une accumulation de charges positives dans la région centrale. Ces protons se repoussent entre eux et tendent à sortir du tube, ce qui entraîne le flux.
Quand on augmente l’éclairement infrarouge, la vitesse d’écoulement augmente jusqu’à cinq fois. Pour Pollack, cela confirme que l’énergie lumineuse, en particulier infrarouge, est convertie par l’eau en énergie mécanique.
Il compare alors ce rôle de l’eau à celui des plantes, qui convertissent la lumière en énergie chimique. D’où sa formule symbolique :
- E = H2O
Même s’il précise que les unités ne correspondent pas, l’idée est que l’eau contient de l’énergie potentielle issue de la lumière.
Lien avec la photosynthèse
Pollack rapproche ses résultats de la première étape de la photosynthèse, au cours de laquelle la lumière provoque la dissociation de l’eau.
Selon lui, ce qu’il observe dans un cadre très général — séparation de charge induite par la lumière à proximité de surfaces hydrophiles — pourrait être une version plus générale du phénomène à l’œuvre dans les organismes photosynthétiques.
Il fait remarquer qu’un problème théorique existe dans la description classique de la photosynthèse : si l’eau se sépare en charges positives et négatives, pourquoi ces charges ne se recombinent-elles pas immédiatement, puisque les opposés s’attirent ? Il suggère que ses travaux apportent peut-être un élément de réponse.
Applications possibles à la circulation sanguine et aux plantes
Pollack demande si les organismes animaux, comme les plantes, pourraient utiliser l’énergie rayonnante. Il considère qu’il serait surprenant que la nature ait entièrement abandonné un mécanisme aussi efficace que l’utilisation de la lumière lors du passage des plantes aux animaux.
Il applique cette idée au système cardiovasculaire. Dans les capillaires, les globules rouges, d’environ 6 à 7 micromètres, passent dans des conduits parfois plus étroits, de 3 à 4 micromètres. Ils doivent donc se déformer fortement. Selon un chercheur russe qu’il cite, les résistances correspondantes sont trop élevées pour être entièrement expliquées par la seule pression cardiaque.
Pollack a donc envisagé qu’un mécanisme analogue à celui observé dans les tubes hydrophiles puisse contribuer à la circulation capillaire.
Il rapporte plusieurs observations troublantes :
- des travaux montrant que le sang continue à couler pendant un certain temps après la mort, alors que le cœur est arrêté ;
- ses propres expériences sur des embryons de poulet de trois jours, dans lesquelles un flux post-mortem persiste ;
- l’augmentation nette de ce flux lorsqu’on applique de l’infrarouge.
Pour lui, cela suggère que l’énergie rayonnante participe effectivement à la propulsion du sang dans les microvaisseaux.
Il pense que le même principe pourrait intervenir dans les plantes, notamment dans le xylème. Si des zones EZ se forment dans les vaisseaux végétaux, les protons produits pourraient contribuer au mouvement de l’eau. Cela pourrait aider à expliquer l’ascension de la sève, y compris sur de grandes hauteurs, ainsi que la dépendance saisonnière du flux : davantage d’infrarouge et de chaleur en saison chaude, davantage de circulation ; moins d’énergie infrarouge à l’automne, diminution du flux et sénescence des feuilles.
Le rôle des protons dans d’autres phénomènes
Pollack insiste à plusieurs reprises sur la « puissance des protons ». Selon lui, la répulsion entre protons peut produire des effets mécaniques importants.
Il applique cette idée au frottement. Si deux surfaces hydrophiles sont proches l’une de l’autre dans l’eau, des zones EZ se forment sur chacune, tandis que des protons apparaissent entre elles. Si la concentration de protons est suffisante, leur répulsion peut écarter les surfaces et réduire fortement le contact direct, donc le frottement.
Il relie cette idée au patinage sur glace. La glace, selon lui, fond superficiellement en donnant une couche proche de l’eau EZ et des protons au-dessus. La lame du patin ne toucherait donc pas directement la glace, mais glisserait au-dessus d’une fine couche maintenue par la répulsion protonique, ce qui expliquerait la très faible friction.
Il évoque aussi la taille des pyramides égyptiennes. Lorsqu’on enfonce des coins de bois dans une fissure et qu’on les mouille, l’eau, sous l’effet du soleil et donc de l’infrarouge, pourrait générer des protons. Leur répulsion contribuerait à faire éclater la pierre. Pollack présente cela comme une hypothèse parmi d’autres, mais qui illustre la puissance potentielle de ces effets.
L’eau EZ et la santé
Pollack aborde ensuite les implications biologiques et médicales.
Il décrit la cellule comme un milieu très encombré, rempli de macromolécules dont les surfaces sont hydrophiles. Dans un tel environnement, l’eau intracellulaire devrait selon lui être très majoritairement de l’eau EZ.
Comme les protons sont repoussés vers l’extérieur, l’intérieur cellulaire reste globalement négatif. Pollack rappelle qu’une cellule vivante présente effectivement un potentiel électrique négatif, souvent de l’ordre de -60 à -80 millivolts. Il considère que cette charge négative s’explique plus simplement par la présence d’eau EZ que par les seuls mécanismes membranaires classiques.
Il ajoute que dans de nombreuses cellules pathologiques, notamment cancéreuses, le potentiel est beaucoup moins négatif. Cela signifierait qu’elles contiennent moins d’eau EZ et disposent donc de moins d’énergie potentielle.
Il relie alors cette énergie à l’activité des protéines. Les protéines cellulaires sont entourées d’eau EZ ; cet environnement favoriserait leur état fonctionnel normal. Si l’eau EZ manque, les protéines se replient mal, fonctionnent mal, et la cellule devient pathologique.
Selon lui, la lumière absorbée par l’eau contribue donc, via l’EZ, au fonctionnement même de nos cellules, un peu comme chez les plantes.
Comment construire plus d’eau EZ dans le corps
À partir de cette idée, Pollack énumère plusieurs moyens simples de favoriser la formation d’eau EZ et donc, selon lui, la santé.
Boire suffisamment d’eau
L’hydratation est le premier point. Une partie de l’eau ingérée sera éliminée, mais une autre partie alimentera la formation d’eau EZ. Pour Pollack, cela rejoint l’idée bien connue que boire suffisamment est bénéfique à la santé.
Consommer des jus verts frais
Pollack évoque les recommandations de praticiens de santé naturelle, qui demandent souvent à leurs patients de consommer des jus verts frais. Ceux-ci rapportent que les personnes se sentent souvent mieux après quelques mois.
Son interprétation est que l’extraction du jus de plantes fraîchement cultivées transfère dans la boisson de l’eau provenant de l’intérieur des cellules végétales, donc riche en eau EZ. En la buvant, on apporterait en quelque sorte cette eau structurée à son propre organisme.
Certaines substances bénéfiques
Pollack mentionne aussi plusieurs substances réputées bénéfiques pour la santé, notamment dans la tradition ayurvédique :
- le curcuma ;
- l’eau de coco ;
- le ghee ;
- d’autres composés testés par son équipe.
Dans leurs expériences, ces substances augmentent la taille de la zone EZ. À l’inverse, le glyphosate la réduit à toutes les concentrations testées. Pollack suggère que son action pourrait relever d’un mécanisme de déshydratation fonctionnelle, en diminuant l’eau EZ des cellules.
Il signale aussi que le cannabidiol (CBD) semble accroître l’eau EZ, bien que leurs travaux aient été temporairement interrompus pour des raisons réglementaires.
Le soleil et l’infrarouge
L’exposition au soleil joue aussi un rôle, puisqu’il apporte de l’énergie infrarouge. Pollack prend l’exemple de Seattle, où l’hiver sombre et nuageux est associé chez certaines personnes à une humeur dépressive. Le soleil pourrait améliorer l’état général en augmentant l’eau EZ dans l’organisme.
Le sauna
Il cite aussi l’exemple du sauna, très populaire en Finlande et en Russie. Selon lui, l’effet revitalisant souvent ressenti après un sauna pourrait s’expliquer par la très forte dose d’infrarouge reçue par le corps, qui favoriserait la construction d’eau EZ.
Le contact avec la terre
Enfin, Pollack insiste sur le fait de marcher pieds nus sur l’herbe ou sur la plage. Il affirme que la Terre porte une charge nette négative. En se reliant à elle, on absorberait des charges négatives susceptibles de contribuer à la formation d’eau EZ.
Selon lui, c’est l’une des raisons pour lesquelles le contact direct avec le sol peut procurer une sensation de mieux-être.
La guérison, l’information et la mémoire de l’eau
En réponse à une question, Pollack aborde l’effet du toucher et la question de la guérison par les mains.
Il cite le cas de Bill Bengston, sociologue de formation, qui affirme obtenir des guérisons spectaculaires chez des souris porteuses de tumeurs mammaires agressives, uniquement en plaçant ses mains autour de leur cage tout en maintenant certaines images mentales positives.
Pollack ne tranche pas complètement sur le mécanisme. Il estime que le rayonnement infrarouge des mains peut jouer un rôle, mais il pense aussi qu’une dimension informationnelle est possible.
Cela l’amène à évoquer la mémoire de l’eau, en mentionnant Jacques Benveniste, puis Luc Montagnier. Selon Pollack, l’eau ordinaire, désordonnée, semble mal adaptée au stockage d’information. En revanche, l’eau EZ, en tant que cristal organisé, pourrait en principe stocker énormément d’information.
Il compare cela aux mémoires numériques au silicium. Dans un cristal ordonné, chaque atome ou groupe d’atomes peut prendre plusieurs états. L’eau EZ pourrait donc, selon lui, contenir une capacité de stockage d’information considérable.
Applications techniques envisagées
Pollack termine en évoquant plusieurs applications pratiques.
Production d’électricité à partir d’eau et de lumière
Puisque l’eau EZ et l’eau ordinaire séparées forment une sorte de batterie, il devient théoriquement possible de récupérer cette énergie électrique. Il montre un dispositif expérimental où une LED s’allume grâce à l’eau.
Il évoque même une jeune entreprise destinée à développer cette technologie.
Filtration et dessalement
Une autre application concerne la purification de l’eau. Dans un tube hydrophile, la zone d’exclusion rejette les particules, les microbes et probablement les sels vers le centre. En récupérant l’eau provenant de la périphérie, on obtient une eau plus pure.
Pollack décrit un système à tubes concentriques permettant de séparer eau propre et déchets, avec un rapport de séparation pouvant atteindre 200 pour 1 en un seul passage.
Il y voit une voie potentielle pour le dessalement de l’eau de mer, avec une dépense énergétique potentiellement bien moindre que celle de l’osmose inverse, puisque l’énergie proviendrait du soleil.
Conclusion
Gérald Pollack conclut que l’eau ne possède pas seulement trois phases — solide, liquide et vapeur — mais une quatrième, qu’il appelle l’eau EZ ou eau de la zone d’exclusion.
Cette phase :
- est ordonnée ;
- se forme près des surfaces hydrophiles ;
- exclut les solutés ;
- porte une charge négative ;
- est alimentée par la lumière, surtout infrarouge ;
- peut stocker de l’énergie et effectuer un travail.
Selon lui, ses implications sont potentiellement très larges :
- en biologie animale ;
- en physiologie végétale ;
- en agriculture ;
- en santé ;
- en chimie ;
- en météorologie ;
- en technologie de l’eau et de l’énergie.
Il affirme aussi que l’eau intracellulaire des plantes n’est probablement pas de l’eau ordinaire, mais majoritairement de l’eau EZ, ce qui pourrait avoir des conséquences importantes pour la compréhension des organismes vivants.
Enfin, il termine sur une réflexion plus générale sur la science. D’après lui, les idées véritablement nouvelles rencontrent aujourd’hui beaucoup de résistance, car la recherche est devenue très institutionnalisée. Il évoque à ce sujet la création de l’Institute for Venture Science, destiné à soutenir des projets scientifiques révolutionnaires qui auraient du mal à obtenir des financements classiques.
Il mentionne enfin son livre The Fourth Phase of Water, dans lequel il développe l’ensemble de ces idées.