L'équation de la vie, par Laurent Schwartz

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À Saint-Amarin, Laurent Schwartz introduit l’intervention de Marc Henry autour d’une idée centrale : le cancer pourrait être compris comme une maladie simple, liée à une fermentation du sucre, dans la lignée des travaux d’Otto Warburg. Selon lui, l’augmentation de pression, l’inflammation et les perturbations du métabolisme cellulaire expliquent une grande part des phénomènes tumoraux. Il insiste sur la nécessité de repenser la maladie à partir des lois de la physique, notamment la thermodynamique, et évoque des pistes comme le jeûne, le régime cétogène, l’acide lipoïque, l’hydroxycitrate, le bleu de méthylène ou le dioxyde de chlore. Marc Henry prolonge cette réflexion en proposant une vision physique de la vie fondée sur l’énergie, l’entropie et l’eau. Il défend l’idée que la santé dépend de la capacité du vivant à faire circuler et évacuer l’entropie, tandis que cancer et maladies dégénératives traduiraient un déséquilibre de cette dynamique. Une conférence ambitieuse, entre recherche, hypothèses et appel à imaginer un monde sans cancer.

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Résumé
À Saint-Amarin, Laurent Schwartz introduit l’intervention de Marc Henry autour d’une idée centrale : le cancer pourrait être compris comme une maladie simple, liée à une fermentation du sucre, dans la lignée des travaux d’Otto Warburg. Selon lui, l’augmentation de pression, l’inflammation et les perturbations du métabolisme cellulaire expliquent une grande part des phénomènes tumoraux. Il insiste sur la nécessité de repenser la maladie à partir des lois de la physique, notamment la thermodynamique, et évoque des pistes comme le jeûne, le régime cétogène, l’acide lipoïque, l’hydroxycitrate, le bleu de méthylène ou le dioxyde de chlore. Marc Henry prolonge cette réflexion en proposant une vision physique de la vie fondée sur l’énergie, l’entropie et l’eau. Il défend l’idée que la santé dépend de la capacité du vivant à faire circuler et évacuer l’entropie, tandis que cancer et maladies dégénératives traduiraient un déséquilibre de cette dynamique. Une conférence ambitieuse, entre recherche, hypothèses et appel à imaginer un monde sans cancer.

On continue notre cycle sur le vivant et l'entropie avec Laurent Schwartz et son éminent confrère que nous connaissons déjà, Marc Henry !


Introduction

Laurent Schwartz ouvre son intervention en rappelant qu’il vient pour la troisième fois à Saint-Amarin, un lieu qui devient pour lui une référence. Il dit le privilège qu’il ressent d’être présent et remercie très chaleureusement les époux Valter, dont il salue l’action et l’engagement. Il souligne qu’ils sont des amis et que c’est en grande partie par amitié pour eux qu’il est là. Même lorsqu’il ne partage pas tous leurs points de vue, il affirme avoir pour leur lutte un profond respect.

Il indique vouloir introduire la conférence que donnera Marc Henry un peu plus tard par deux axes :

  • revenir brièvement sur ce qu’il a déjà exposé récemment au Palais de la découverte au sujet du cancer ;
  • surtout, inviter l’auditoire à rêver d’un monde sans cancer.

Selon lui, cet objectif est atteignable à court terme. Il insiste aussi sur l’idée d’un monde en mouvement, y compris dans le domaine scientifique : les certitudes d’hier ne sont pas celles de demain. Il appelle à l’arrivée de « sang frais », de jeunes générations, aussi bien dans les associations que dans les groupes scientifiques.

Un monde scientifique en mouvement

Laurent Schwartz explique que le monde n’est pas figé et que de nouveaux horizons scientifiques sont en train de s’ouvrir. Il emploie l’image des corsaires : découvrir ce que d’autres ne voient pas encore, explorer de nouvelles terres, faire bouger les lignes. Mais il ajoute que ce rôle a ses limites : les scientifiques savent produire des équations, aider des malades, ouvrir des pistes, mais ce n’est pas à eux seuls de transformer la société. À un moment, dit-il, c’est à la société civile de bouger.

Concernant le cancer, il renvoie aux données de mortalité disponibles sur Globocan, qui permettent de suivre l’évolution de la mortalité par cancer depuis 1950 dans de nombreux pays développés. D’après lui, ces chiffres montrent que la mortalité actuelle n’est pas fondamentalement différente de celle d’autrefois, ce qui justifie selon lui la recherche d’un changement de paradigme.

Il rappelle qu’au Palais de la découverte, une dizaine de membres de son groupe ont présenté leurs travaux, avec une équipe composée pour moitié de mathématiciens et de physiciens, et pour moitié de biologistes et de médecins. Il remercie notamment Olivier Lafitte et Marc Henry pour leur aide dans la tentative de mise en équation du cancer.

Le cancer : de quoi parle-t-on ?

Laurent Schwartz affirme que l’une des premières difficultés est de définir ce qu’est le cancer. Selon lui, l’histoire de cette définition a varié au fil du temps :

  • au début, les malades cancéreux étaient isolés notamment à cause des odeurs liées aux surinfections de certaines tumeurs non traitées ;
  • dans les années 1920, le cancer a été envisagé comme une maladie de la fermentation du sucre ;
  • ensuite, se sont succédé différentes hypothèses.

Il estime que lorsque la science est perdue, il faut revenir aux lois les plus fondamentales, c’est-à-dire aux lois de la physique.

L’effet Warburg comme noyau du cancer

Pour Laurent Schwartz, le point clinique central est le suivant : les tumeurs fixent le sucre. C’est ce qu’il rattache à ce qu’il appelle l’effet Warburg, en référence à Otto Warburg, prix Nobel.

Selon cette description :

  • tous les cancers captent du sucre ;
  • ils sécrètent de l’acide lactique ;
  • il s’agit d’une fermentation.

Il rapproche ce phénomène de deux autres exemples :

  • le coureur qui produit de l’acide lactique lors de l’effort ;
  • la choucroute, dont la fermentation fait également intervenir de l’acide lactique.

Il en tire l’idée qu’un même phénomène physique et biochimique peut relier des réalités apparemment très différentes. Pour lui, l’affirmation essentielle est que le cancer relève d’une fermentation lactique.

Alimentation, graisse et eau métabolique

Laurent Schwartz introduit ensuite la question de l’alimentation et du rôle de l’eau dans la biologie, en faisant le lien avec les travaux de Marc Henry.

Il prend l’exemple du chameau, capable de tenir longtemps dans le désert malgré la chaleur. Il rappelle que ses bosses ne contiennent pas de l’eau mais de la graisse, et que la combustion de cette graisse produit de l’eau : ce qu’il appelle l’eau métabolique.

Il insiste sur l’importance de cette distinction :

  • l’eau bue quotidiennement est rapidement éliminée ;
  • elle ne pénètre pas facilement dans les tissus ;
  • l’eau des tissus serait surtout une eau produite par le métabolisme, issue de la combustion des graisses ou des sucres.

Il relie cela au vieillissement, qu’il associe à une déshydratation progressive des tissus.

Deux modes de fonctionnement cellulaire

Laurent Schwartz présente deux grands modes de fonctionnement de la cellule :

  • soit la cellule utilise le sucre de manière respiratoire ;
  • soit elle ne l’utilise pas de cette manière et produit de l’acide lactique, c’est-à-dire entre en fermentation.

Il affirme que toute la symptomatologie cancéreuse découle de ce basculement fermentaire. Les phénomènes observés, y compris les métastases ou l’activation immunitaire, seraient selon lui des conséquences secondaires de ce processus.

Ainsi, le cancer, loin d’être une maladie compliquée, serait à ses yeux d’une « extraordinaire simplicité ».

Le rôle de la pression et de l’inflammation

Une fois posé que le cancer correspond à l’effet Warburg, il pose la question de la cause de cette fermentation.

Selon lui, un progrès important de la réflexion récente est l’idée suivante : l’effet Warburg serait principalement induit par l’augmentation de pression.

Il associe cette augmentation de pression à l’inflammation :

  • une piqûre de moustique forme une bosse ;
  • dans la polyarthrite, les articulations gonflent ;
  • dans la bronchite chronique, il y a production abondante de crachats.

Il mentionne à ce sujet un travail réalisé à Cochin, à l’Inserm, puis confirmé à Montréal et à l’Institut Pasteur.

Cancer, énergie et entropie

Laurent Schwartz en vient ensuite à une reformulation plus physique du cancer. Il rappelle deux notions forgées au XIXe siècle :

  • l’énergie ;
  • l’entropie.

Il reprend l’exemple d’un moteur thermique : si l’on injecte 100 calories de chaleur, on ne récupère qu’une partie sous forme de travail utile ; le reste est dissipé. Cette dissipation correspond à l’entropie.

Il applique cette idée à la biologie : l’être vivant est un moteur d’efficacité moyenne, et lorsque le rendement énergétique s’effondre, un cancer peut apparaître. Dans cette perspective :

  • l’effet Warburg correspond à une baisse du rendement énergétique ;
  • il s’agit d’une augmentation d’entropie.

Il attribue à Romain Attal certaines de ces formulations, et précise que la perspective plus générale sur l’équation de la vie est due à Marc Henry.

L’équation de la vie

Laurent Schwartz résume l’idée centrale ainsi :

  • toute cellule reçoit une alimentation ;
  • cette alimentation produit de la biomasse ;
  • la biomasse relargue de la chaleur et des déchets.

Cette manière de résumer la vie lui paraît fondamentale. Il y ajoute l’idée qu’en vertu du second principe de la thermodynamique, l’entropie doit nécessairement être évacuée.

Selon lui, cette évacuation peut se faire de deux façons :

  • sous forme de chaleur ;
  • ou, lorsque cela ne se fait pas correctement, sous forme de masse.

Dans ce second cas, cette masse correspondrait au cancer.

Il reformule ensuite cette idée avec le vocabulaire classique :

  • une cellule différenciée, normale, élimine son entropie sous forme de chaleur ;
  • une cellule cancéreuse élimine son entropie sous forme d’anabolisme, c’est-à-dire de fabrication de matière.

Conséquences thérapeutiques

À partir de ce modèle, Laurent Schwartz estime que le traitement du cancer consiste à faciliter l’évacuation correcte de l’entropie, en améliorant le rendement énergétique.

Il mentionne plusieurs approches :

Réduire ce qui entre

Comme pour un moteur qui fonctionne mal, une possibilité est de diminuer l’apport :

  • réduction des sucres ;
  • réduction de l’alimentation en général ;
  • jeûne ;
  • régime cétogène.

Il indique que de nombreux travaux vont dans ce sens.

Améliorer le rendement énergétique

Une autre possibilité est d’améliorer le rendement de la machine cellulaire.

Il évoque ici :

  • la chimiothérapie, qui pourrait dans certains cas agir en réduisant la captation du sucre par la tumeur, même si ses effets sont lourds et son efficacité limitée dans beaucoup de cancers ;
  • des travaux expérimentaux consistant à réintroduire des mitochondries dans les cellules, approche efficace en laboratoire mais peu transposable en clinique ;
  • les traitements métaboliques développés par son équipe.

L’acide lipoïque et l’hydroxycitrate

Laurent Schwartz rappelle les travaux menés avec :

  • l’acide lipoïque, censé redémarrer la mitochondrie ;
  • l’hydroxycitrate.

Il affirme qu’au moment où ils ont commencé ces recherches, il n’existait aucune publication sur l’acide lipoïque dans le cancer, alors qu’il en existe désormais plusieurs centaines confirmant selon lui cette orientation.

Il cite également les travaux de Kévin Lehuédé, de l’équipe de Marc Henry et ceux de Kaisa Lehuédé-Crémer à Gustave-Roussy, qui auraient contribué à confirmer certains de ces résultats. Il mentionne aussi des résultats chez la souris montrant une meilleure survie avec traitement métabolique qu’avec l’absence de traitement ou certains protocoles de chimiothérapie.

Nouvelles pistes évoquées

Depuis la précédente rencontre, Laurent Schwartz dit avoir vu apparaître deux nouvelles molécules ou approches dans les témoignages de patients.

Le dioxyde de chlore

Il évoque d’abord le dioxyde de chlore, déjà présenté par Francis Tolelle. Il dit avoir vu plusieurs patients en parler positivement, tout en soulignant la difficulté pratique d’un tel traitement, qui nécessite des prises très fréquentes du fait de sa demi-vie courte.

Le bleu de méthylène

Il insiste davantage sur le bleu de méthylène, qu’il présente comme le plus ancien médicament de synthèse, utilisé dès 1878 à l’origine comme teinture.

Il retrace brièvement ses usages historiques :

  • antibiotique dans les années 1880 contre des maladies comme la tuberculose, la lèpre ou le paludisme ;
  • source historique des premiers antidépresseurs et neuroleptiques, dérivés de noyaux phénothiazines ;
  • plus récemment, molécule explorée dans les maladies neurodégénératives comme Alzheimer ou Parkinson.

Selon lui, le bleu de méthylène favoriserait l’élimination d’électrons à forte valeur entropique. Il rapporte avoir observé de nombreux témoignages de patients chez qui cette molécule semblait améliorer l’état cancéreux, tout en précisant qu’il ne s’agissait pas de traitements instaurés par son équipe, mais d’usages spontanés par les malades.

Une fondation et une étude observationnelle

Laurent Schwartz indique qu’une fondation a été créée, hébergée par la Fondation de France, et qu’environ 200 000 euros ont été levés.

L’objectif annoncé est de mettre en place une étude observationnelle permettant aux malades de se déclarer sur un site, dans un cadre légal approprié. L’enjeu serait de recueillir des données plus fiables sur ces approches, car il constate selon lui un manque de chiffres, de repères sur les doses et de capacité à conseiller les patients.

Limites du régime cétogène et nouvelles recherches

Il revient ensuite sur le régime cétogène. D’après lui :

  • beaucoup de malades vont mieux sous ce régime, y compris psychologiquement ;
  • certaines tumeurs répondent ;
  • mais les cancers les plus agressifs ne seraient souvent que freinés temporairement.

Il pose alors une question de recherche : les lipides ou les corps cétoniques administrés dans ces régimes ne servent-ils pas aussi de nutriments à la tumeur ? Il suggère qu’il faudrait peut-être trouver des moyens de bloquer leur utilisation tumorale.

Il évoque aussi une autre piste : l’utilisation de champs électromagnétiques pour stimuler le nombre de mitochondries dans les tumeurs. Il cite à ce sujet des travaux anciens, notamment de Georges Lakhovsky, et estime que cette hypothèse mérite d’être explorée.

Un appel à la société civile

Laurent Schwartz conclut cette première partie en disant vouloir partager son enthousiasme : selon lui, un fléau est en train de disparaître, car le cancer commence à être compris comme une maladie simple, liée à une fermentation et explicable par les lois de la physique.

Il reconnaît qu’il ne s’agit encore que de débuts thérapeutiques et de tâtonnements, mais il estime que la société civile doit désormais se mobiliser. Les scientifiques, dit-il, sont dans leur rôle lorsqu’ils cherchent, observent et proposent ; mais ce n’est pas à eux seuls de mener le combat politique et sociétal.

Il termine en affirmant qu’on peut rêver d’un monde sans cancer et que cette perspective avance rapidement. Cela n’enlève rien, selon lui, au merveilleux de la vie : cela déplace simplement ce merveilleux vers une compréhension plus profonde.

Il cède alors la parole à Marc Henry.

Pourquoi relier cancer et eau ?

Marc Henry commence par remercier à son tour Annette et Daniel Valter, dont il salue l’action. Il explique ensuite le point de départ de sa rencontre avec Laurent Schwartz :

  • lui est spécialiste de l’eau ;
  • Laurent Schwartz est cancérologue ;
  • ils se sont rejoints autour de l’idée que le cancer a quelque chose à voir avec l’eau, notamment avec un problème d’hydratation.

Il dit partager avec Laurent Schwartz une même recherche de simplicité. Il critique les explications biologiques qu’il juge souvent trop compliquées, saturées de schémas, et propose de revenir à une question plus fondamentale : sait-on définir la vie ?

Une définition physique minimale de la vie

Marc Henry, physico-chimiste à l’université de Strasbourg, rappelle quelques notions fondamentales :

  • l’espace ;
  • le temps ;
  • la matière ;
  • la lumière ;
  • l’action.

Selon lui, la vie ne se réduit pas au simple fait de bouger, mais implique une évolution. Pour penser cette évolution, il retient trois grandeurs :

  • l’entropie, qui donne la direction ;
  • l’énergie, qui donne la permission ;
  • l’action, qui mesure l’évolution.

Il annonce qu’il ne développera pas réellement l’énergie et l’action, pour se concentrer sur l’entropie.

L’énergie et l’action

Avant d’aborder l’entropie, Marc Henry résume rapidement :

  • l’énergie potentielle dépend des positions spatiales : masse en hauteur, liaison chimique, charge électrique, ressort comprimé, énergie de surface d’une goutte d’eau ;
  • l’énergie cinétique dépend du mouvement : translation ou rotation.

L’action est alors définie comme une combinaison de l’énergie cinétique et de l’énergie potentielle intégrée sur le temps. Il mentionne le « principe de fainéantise maximale », selon lequel la nature emprunte les trajectoires minimisant l’action.

Mais pour lui, le cœur de la compréhension du vivant réside ailleurs : dans l’entropie.

L’entropie comme fluide

Marc Henry propose une définition « opérationnelle » de l’entropie, issue selon lui des travaux du XIXe siècle.

Il présente l’entropie comme un fluide :

  • on peut la transférer d’un corps à un autre ;
  • on peut la créer ;
  • on ne peut pas la détruire ;
  • on peut s’en protéger grâce à des parois dites adiabatiques.

Il donne plusieurs exemples de création d’entropie :

  • le frottement ;
  • le broyage ;
  • la combustion ;
  • les réactions chimiques.

Il insiste sur le fait qu’une fois créée, l’entropie doit être déplacée quelque part.

Comment mesurer l’entropie

Pour illustrer cette idée, il décrit le calorimètre :

  • un être vivant, par exemple une souris, y produit de l’entropie ;
  • celle-ci se manifeste sous forme de chaleur ;
  • cette chaleur fait fondre de la glace ;
  • la quantité de glace fondue permet de mesurer l’entropie produite.

Il distingue alors deux composantes :

  • les phénomènes irréversibles, qui l’intéressent particulièrement car la vie elle-même est irréversible ;
  • les phénomènes réversibles, comme les changements d’état de l’eau entre liquide et vapeur.

Il rappelle qu’au total, l’entropie ne peut que croître.

Critique de l’assimilation entre entropie et désordre

Marc Henry s’oppose fortement à l’idée selon laquelle l’entropie serait le désordre. Il juge cette assimilation fausse, même lorsqu’elle est avancée par de grands scientifiques.

Pour l’expliquer, il compare :

  • un liquide ;
  • un gaz.

Selon lui, la différence essentielle n’est pas le désordre mais le volume que la matière peut explorer. Plus la matière peut occuper l’espace disponible, plus l’entropie est élevée.

L’entropie devient alors, dans sa présentation, une mesure de l’indétermination :

  • indétermination des positions ;
  • indétermination des vitesses ;
  • indétermination de la composition atomique.

Entropie et physique quantique

Marc Henry relie l’entropie à la naissance de la physique quantique et mentionne l’équation de Sackur-Tetrode.

Il en retient quatre idées :

  • l’entropie augmente avec le nombre de particules ;
  • elle augmente avec le volume disponible ;
  • elle augmente avec la température ;
  • elle augmente avec la masse molaire.

Il reformule cela dans un langage plus concret : vivre avec l’entropie, c’est accepter un certain flou. Vouloir tout suivre au niveau atomique serait invivable ; l’entropie permet justement de renoncer à cette précision impossible.

Que se passe-t-il lorsqu’une structure absorbe de l’entropie ?

Marc Henry pose ensuite une question simple : que se passe-t-il lorsqu’une structure matérielle absorbe de l’entropie ?

Sa réponse est : elle perd sa structure.

Plus une structure absorbe d’entropie sans la relâcher, plus elle se désorganise, jusqu’à tendre vers une dispersion complète. D’où, selon lui, la nécessité absolue d’avoir des réservoirs ou des puits dans lesquels déverser cette entropie.

Il fait alors directement le lien avec le cancer : lorsque l’entropie n’est plus évacuée sous forme de chaleur, elle est stockée sous forme de biomasse tumorale.

Refroidissement, vie et extinctions

Marc Henry relie ensuite la vie à la possibilité de refroidir. Reprenant des idées qu’il associe à René Quinton, il affirme que la vie a besoin de refroidissement pour s’exprimer.

À l’aide d’une courbe géologique sur des centaines de millions d’années, il montre une succession d’extinctions de masse. Ce qui l’intéresse, c’est que ces périodes s’accompagnent selon lui de chutes de température. Il en tire l’idée que le refroidissement permet des rebonds évolutifs et l’apparition de formes plus complexes.

Il applique cela à l’apparition de l’être humain, qu’il situe dans un contexte de glaciation relativement récente à l’échelle géologique.

Le Soleil comme être vivant

Marc Henry pousse ensuite son raisonnement très loin en affirmant que le Soleil peut être décrit comme un être vivant.

Il reprend pour cela l’équation de la vie :

aliments = Moi + chaleur + déchets

Selon lui, le Soleil :

  • naît, vit et mourra ;
  • reçoit un « aliment » (l’hydrogène) ;
  • produit une structure ;
  • émet de la chaleur ;
  • produit aussi des déchets, qu’il identifie notamment aux neutrinos.

Il étend même cette logique à l’évolution stellaire : lorsque l’étoile a consommé son hydrogène, elle utilise d’autres éléments, puis finit par rejeter dans l’espace les éléments plus lourds dont nous sommes constitués.

Cette vision lui sert de leçon générale sur la mort, le renouvellement et la continuité de la vie.

Une reformulation de l’équation de la vie

Marc Henry reformule ensuite l’idée sous une forme plus détaillée :

  • les aliments arrivent ;
  • ils servent à construire de la matière vivante ;
  • ils génèrent nécessairement chaleur et déchets.

Il ajoute que chaque substance possède une capacité à éliminer de l’entropie. C’est dans cette logique qu’il lit le fonctionnement mitochondrial : la mitochondrie devrait idéalement éliminer l’entropie sous forme de chaleur. Si elle n’y parvient pas, des déchets s’accumulent, ce qui permet selon lui d’interpréter aussi bien le cancer que certaines maladies neurodégénératives.

Potentiel d’irréversibilité et distinction aliments/déchets

Marc Henry introduit ensuite une notion qu’il dit avoir développée avec Laurent Schwartz : le potentiel d’irréversibilité.

Il classe différentes substances selon ce critère :

  • des matières premières comme le fer, le nickel, le soufre, le carbone, l’hydrogène, l’oxygène ou l’azote ;
  • des « aliments de base » pour la planète comme l’ammoniac, l’hydrogène sulfuré, le sulfure de fer, l’eau oxygénée, le monoxyde de carbone ou la pyrite ;
  • l’eau, qu’il place dans une position particulière, à la frontière entre aliment et déchet.

Cette position de l’eau lui paraît fondamentale, car elle peut à la fois nourrir et évacuer.

Une origine physico-chimique de la vie

Marc Henry présente ensuite un schéma de cycles autocatalytiques mettant en jeu notamment :

  • l’eau oxygénée ;
  • le pyruvate ;
  • le glyoxylate ;
  • l’ammoniac.

Selon lui, ces cycles suffisent à générer spontanément de l’entropie et à produire des acides aminés. Il rattache ce type de mécanisme à des contextes géochimiques comme les sources hydrothermales sous-marines, où la Terre et le Soleil interagiraient de façon à faire apparaître la vie.

Il en déduit une vision dans laquelle le catabolisme et l’anabolisme correspondent à deux volets complémentaires d’un même grand cycle.

Critique de l’ATP comme centre de la biologie

Marc Henry critique ensuite le fait que les biologistes raisonnent souvent en « équivalents ATP » lorsqu’ils parlent d’énergie.

Selon lui, cette focalisation est trompeuse, car l’ATP serait déjà un déchet du point de vue de son potentiel d’irréversibilité. À l’inverse, il met en avant le NADH, qu’il présente comme une molécule à très basse entropie, voire plus basse encore que certains métaux.

Il en tire une critique générale de la biologie contemporaine, qu’il accuse de raisonner à partir de mauvais concepts lorsqu’elle identifie l’ATP comme cœur du vivant.

Le déchet d’une espèce, aliment d’une autre

L’un des thèmes récurrents de l’exposé de Marc Henry est l’idée que les déchets d’une espèce deviennent les aliments d’une autre.

Il en donne plusieurs exemples :

  • l’oxygène, produit comme déchet par certaines bactéries, est devenu l’aliment d’autres formes de vie ;
  • les déchets organiques des humains constituent un festin pour les micro-organismes ;
  • la gestion des déchets est donc au cœur du maintien de la vie.

Il insiste à plusieurs reprises sur l’importance de valoriser les déchets, à la fois biologiques et écologiques.

L’eau, les ions et les champs électromagnétiques

Marc Henry résume ensuite sa conception du vivant :

  • la vie, c’est de l’eau ;
  • cette eau contient des ions ;
  • ces ions circulent dans des tubes organiques ;
  • cette circulation crée des courants ;
  • ces courants produisent des champs électromagnétiques.

Il réalise alors une démonstration de « plante qui chante », à l’aide d’un dispositif branché sur une plante. Le signal électrique mesuré est transformé en sons audibles, qu’il présente comme une manière de faire entendre la vie.

Il cite à ce propos Jean Thoby, dans les Landes, qui développe ce type d’approches avec des plantes et des fougères.

Trop ou pas assez d’eau : deux types de pathologies

Revenant au lien avec le cancer, Marc Henry dit que leur travail actuel conduit à une hypothèse générale sur l’eau :

  • s’il n’y a pas assez d’eau, l’entropie ne s’évacue plus correctement sous forme de chaleur et s’accumule dans le corps, favorisant selon lui des maladies dégénératives ;
  • s’il y a trop d’eau, on favoriserait plutôt le cancer.

Il affirme qu’avant même de consommer du sucre, la cellule cancéreuse « se gave d’eau », ce qui lui donnerait une forme de survitalité et enclencherait une dynamique de prolifération.

Il précise toutefois qu’il s’agit d’une hypothèse de travail.

L’activité de l’eau

Marc Henry introduit enfin la notion d’« activité de l’eau », qu’il rapproche du niveau entropique de l’eau lorsqu’elle contient d’autres substances.

Il distingue différents domaines :

  • en dessous d’environ 0,6, la vie devient impossible ;
  • au-dessus de 0,9, on entre dans un domaine très favorable à la vitalité du monde unicellulaire, donc selon lui aussi au cancer.

L’idée serait alors de rechercher des molécules simples capables de modifier cette activité de l’eau, afin de faire régresser le cancer.

Parmi les pistes déjà évoquées, il retrouve :

  • le bleu de méthylène ;
  • le dioxyde de chlore.

Il insiste sur le fait qu’il s’agit encore d’hypothèses et de pistes expérimentales.

Conséquences pratiques pour la santé

Marc Henry tire de cette vision plusieurs conséquences concrètes.

Évacuer l’entropie

Il affirme qu’il faut favoriser toutes les voies naturelles d’évacuation :

  • les gaz ;
  • l’urine ;
  • les selles ;
  • la sueur ;
  • la pousse des cheveux, des poils, des ongles ;
  • l’entretien des dents.

Il présente par exemple la constipation comme une rétention d’entropie potentiellement délétère.

Faire de l’exercice

Le sport et l’activité physique lui paraissent bénéfiques parce qu’ils génèrent de la chaleur, c’est-à-dire une bonne forme d’évacuation de l’entropie.

Privilégier une nourriture de basse entropie

Il oppose enfin une alimentation de faible entropie, fraîche et peu transformée, à une alimentation industrielle qu’il considère comme déjà proche du déchet. Il cite en exemple positif les légumes du jardin et une cuisine simple, par opposition à la restauration rapide.

Messages de conclusion

Marc Henry conclut son intervention par plusieurs idées fortes :

  • les déchets d’une espèce sont les aliments d’une autre ;
  • l’entropie favorise la jeunesse ;
  • il faut accepter le renouvellement et, à terme, la mort ;
  • l’information elle-même peut être comprise comme une forme d’entropie, ce qui le conduit à mettre en garde contre la surcharge informationnelle permanente ;
  • il faut parfois quitter les écrans, aller dans la nature, écouter les plantes, revenir à des expériences plus directes du vivant.

Il termine en disant que si son exposé a surpris, c’est aussi parce qu’il cherche à penser autrement la vie, l’eau, le cancer et la physique.