François MULET - FOOD SCANNER ET QUALITÉ NUTRITIVE - SOUTENEZ-NOUS 🍅 🌿 🚜

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Dans cette intervention, François Mulet, cofondateur du Réseau Maraîchage Sol Vivant, de Vers de Terre Production et de l’association Pour une Agriculture du Vivant, explique pourquoi il faut désormais aller plus loin que les seules techniques de sol vivant. Après dix ans de développement agronomique, il propose de travailler sur un enjeu central : la corrélation entre biologie des sols, santé des plantes et qualité nutritive des aliments. L’objectif n’est pas de trancher tous les débats sur l’alimentation humaine, mais de produire des mesures fiables à partir d’indicateurs de terrain et d’analyses simples sur les sols et les cultures. François Mulet présente aussi le projet de “food scanner” et de “soil scanner”, des scanners infrarouges destinés à réduire fortement le coût des analyses, aujourd’hui trop élevé. Cette campagne de financement vise à accélérer ces recherches et à objectiver enfin le lien entre pratiques agricoles et qualité nutritionnelle.

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Résumé
Dans cette intervention, François Mulet, cofondateur du Réseau Maraîchage Sol Vivant, de Vers de Terre Production et de l’association Pour une Agriculture du Vivant, explique pourquoi il faut désormais aller plus loin que les seules techniques de sol vivant. Après dix ans de développement agronomique, il propose de travailler sur un enjeu central : la corrélation entre biologie des sols, santé des plantes et qualité nutritive des aliments. L’objectif n’est pas de trancher tous les débats sur l’alimentation humaine, mais de produire des mesures fiables à partir d’indicateurs de terrain et d’analyses simples sur les sols et les cultures. François Mulet présente aussi le projet de “food scanner” et de “soil scanner”, des scanners infrarouges destinés à réduire fortement le coût des analyses, aujourd’hui trop élevé. Cette campagne de financement vise à accélérer ces recherches et à objectiver enfin le lien entre pratiques agricoles et qualité nutritionnelle.

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Présentation

Bonjour à tous.

Je m'appelle François Mulet. Je suis l’un des fondateurs du Réseau Maraîchage sol vivant, l’un des fondateurs de la société Vers de terre production, avec sa chaîne YouTube bien connue, et aussi l’un des fondateurs de l’association Pour une agriculture du vivant.

Personnellement, j’ai été maraîcher pendant dix ans. En parallèle, j’ai également travaillé pendant une dizaine d’années au développement de stratégies de sols vivants, principalement en maraîchage, mais aussi dans d’autres filières.

Aujourd’hui, avec l’ensemble des collègues impliqués dans ce développement, nous avons l’impression qu’en dix ans, les agriculteurs ont accompli un travail considérable. Nous avons bien avancé. Nous avons réussi à mettre au point de nombreuses techniques assez abouties dans plusieurs filières :

  • le semis direct sous couvert végétal ;
  • le semis direct sous couvert permanent ;
  • les techniques de maraîchage sur sol vivant ;
  • la reconstruction biologique des sols ;
  • le pâturage tournant dynamique ;
  • le reverdissement des vergers ;
  • le reverdissement des vignes.

Il me semble qu’aujourd’hui, nous avons fait avancer beaucoup de dossiers. Et il est sans doute grand temps d’aborder un autre sujet, un sujet sur lequel nous avons l’impression que le travail reste largement à faire, comme c’était le cas il y a quelques années pour la question des sols vivants.

Ce sujet, c’est celui de la valeur nutritive des aliments.

La question centrale : sol vivant, santé des plantes et qualité nutritive

Le sujet de la valeur nutritive des aliments, en ce qui nous concerne, sera abordé surtout sous l’angle de la corrélation entre :

  • la biologie des sols ;
  • la santé des plantes ;
  • la valeur nutritive des aliments.

La question est la suivante : existe-t-il une corrélation claire entre l’activité biologique du sol, l’équilibre de cette activité, la santé des plantes, et la qualité nutritive finale des produits ?

Autrement dit :

  • si j’ai un sol biologiquement très actif,
  • est-ce que je vais avoir une plante en bonne santé,
  • une plante qui ne sera pas malade,
  • sur laquelle je n’aurai pas besoin d’appliquer des fongicides ou des insecticides,
  • une plante qui se développe correctement, avec des rendements intéressants,
  • et qui, au final, donnera un aliment nutritif pour le consommateur ?

Il nous semble qu’aujourd’hui, le moment est venu de commencer à travailler sérieusement sur cette corrélation entre sol vivant, santé des plantes et valeur nutritive des aliments.

Comme on dispose désormais, dans la plupart des filières, de fermes très avancées, dans lesquelles les productions sont issues de stratégies de sols vivants que nous considérons comme assez bien abouties, nous pensons qu’il devient possible d’établir ces corrélations.

Pourquoi la notion de valeur nutritive est complexe

Un des problèmes, quand on veut répondre à cette question, c’est que la valeur nutritive n’est pas un sujet simple. Il faut faire attention, parce qu’on peut très vite raconter n’importe quoi.

Pourquoi ? Parce qu’il faut déjà se demander ce qu’est réellement la valeur nutritive.

Par exemple, est-ce qu’un aliment dans lequel il n’y a pas de poison, réel ou supposé, est automatiquement un bon aliment ?

Si j’ai une carotte dans laquelle il n’y a :

  • ni métaux lourds ;
  • ni résidus de pesticides ;
  • ni substances naturelles toxiques ;

est-ce que cela suffit à dire que mon produit est bon ?

Les plantes peuvent produire naturellement des substances toxiques. Donc l’absence de toxiques est bien une question importante. Mais est-ce suffisant ?

François Mulet pose alors une autre question : est-il possible d’avoir des produits sans toxiques, mais qui auraient été tellement maltraités durant leur croissance qu’ils ne seraient pas réellement nutritifs pour notre corps ?

Il est même envisagé qu’un tel produit puisse avoir un effet délétère, non pas parce qu’il contiendrait un poison au sens classique, mais parce qu’il présenterait par exemple :

  • des sucres inadaptés à notre organisme ;
  • une composition ou une structure qui poserait problème dans la digestion ;
  • une faible capacité à apporter de vrais bienfaits au corps.

Autrement dit, l’absence de toxiques, réels ou supposés, est-elle à la fois nécessaire et suffisante pour parler d’un produit de qualité ? La question reste ouverte.

Qu’est-ce qu’un aliment réellement nutritif ?

À l’inverse, il faut aussi se demander si un aliment nutritif ne serait pas avant tout un aliment qui contient beaucoup de bonnes choses pour le corps.

Par « bonnes choses », on entend :

  • des vitamines ;
  • des antioxydants ;
  • des sucres très facilement assimilables par le corps.

Mais cela peut aller plus loin. Il peut aussi s’agir d’éléments moins souvent abordés, par exemple :

  • des textures adaptées au système digestif ;
  • des structures de produits plus ou moins bien tolérées ;
  • des aliments parfois difficiles à digérer sans pour autant être toxiques au sens classique.

Sont évoqués, à titre d’exemples :

  • certains glutens mal adaptés au système digestif ;
  • certaines peaux de tomates parfois indigestes ;
  • d’autres caractéristiques physiques ou biologiques des aliments.

Là encore, même si l’on ne parle pas de toxiques comparables à des métaux lourds, cela pose une vraie question : qu’est-ce qu’une bonne texture ou une bonne structure d’aliment pour nourrir correctement le corps humain ?

Toutes ces questions devront être abordées si l’on veut, à terme, répondre sérieusement à la question : qu’est-ce qu’un bon aliment ?

Le périmètre du travail engagé

L’objectif présenté ici n’est pas de répondre à l’ensemble de ces questions.

François Mulet rappelle que leur rôle est avant tout celui de développeurs agricoles. Ce sur quoi ils veulent travailler aujourd’hui, c’est plus précisément la corrélation entre :

  • les sols vivants ;
  • la santé des plantes ;
  • la valeur nutritive.

Et cela, à partir d’indicateurs minéraux et biologiques du contenu de la plante.

C’est là qu’ils estiment pouvoir apporter une pierre utile à l’édifice général.

La question du régime alimentaire

La réflexion ne s’arrête pas là. Un autre aspect complexe est mentionné : celui du régime alimentaire humain lui-même.

Par exemple :

  • l’humain est-il fait pour être vegan ?
  • peut-il être 100 % carnivore et rester en bonne santé ?
  • est-il avant tout frugivore ?
  • peut-il consommer certains types de gluten sans problème ?
  • a-t-il intérêt à manger de la pomme de terre cuite ?

Ces questions sont jugées importantes, parce que dans l’évolution de notre alimentation, beaucoup d’aliments aujourd’hui considérés comme évidents ont peut-être surtout joué un rôle de substitution à certaines périodes de l’histoire.

Ils ont pu rendre de grands services :

  • en assurant la sécurité alimentaire ;
  • en compensant des manques ;
  • en permettant de nourrir la population.

Mais cela ne signifie pas nécessairement qu’ils soient optimaux pour la santé à long terme. Avec le recul, certains aliments courants sont peut-être moins favorables qu’on ne l’a longtemps cru, et cela pourrait avoir un lien avec une partie des maladies dites civilisationnelles.

François Mulet précise cependant que cette question du régime alimentaire ne fait pas partie des sujets sur lesquels son équipe se sent aujourd’hui compétente pour répondre. Mais si l’on veut un jour traiter le sujet dans sa totalité, il faudra aussi passer par là.

Le travail de mesure sur le terrain

Le travail déjà engagé, et que l’équipe souhaite poursuivre, consiste à aller sur le terrain mesurer des indicateurs de santé biologique des sols, puis à les relier à des indicateurs de qualité nutritive et de santé des plantes.

Parmi les indicateurs de sol évoqués :

  • le taux de matière organique ;
  • la quantité de vers de terre ;
  • la porosité des sols ;
  • le pH ;
  • le redox ;
  • les oligo-éléments ;
  • d’autres paramètres de fertilité et de fonctionnement biologique.

Du côté des produits et des plantes, les indicateurs évoqués sont notamment :

  • le taux de sucre ;
  • le pH ;
  • le redox ;
  • d’autres indicateurs simples et classiques.

Pour l’instant, l’idée est de rester sur des indicateurs assez simples.

Des premiers résultats déjà observés

François Mulet explique qu’en 2019 et 2020, un certain nombre d’analyses ont déjà été réalisées :

  • sur des carottes ;
  • sur des tomates ;
  • sur du blé ;
  • sur du colza.

Ces premières observations auraient déjà mis en évidence des corrélations assez claires.

C’est pourquoi l’équipe estime qu’en investissant un peu plus de ressources pour poursuivre ce travail, il sera possible d’obtenir des résultats vraiment intéressants. Il ne s’agirait donc pas d’un investissement fait en vain.

Une campagne d’appel au soutien

Le travail a donc déjà commencé, et l’équipe sollicite désormais une aide à travers une campagne de soutien participatif afin de pouvoir le poursuivre en 2021.

Cette campagne est menée en partenariat avec Bionutrient Food Association (dans la transcription, le nom est très altéré), une structure américaine qui travaille globalement dans le même esprit :

  • développer les stratégies de sols vivants ;
  • établir des corrélations entre activité biologique des sols et valeur nutritive des produits.

Dans ce cadre, ce partenariat permettrait de financer 300 analyses de sols et de valeur nutritive des produits afin d’aider à faire progresser le travail.

François Mulet en appelle donc à la générosité du public pour soutenir cette démarche.

Les résultats attendus

Une première série de résultats est annoncée pour décembre 2020, à partir des mesures réalisées en 2019 et en 2020.

Avec le soutien du public, l’objectif est de pouvoir réaliser beaucoup plus d’analyses en 2021, puis d’apporter de nouveaux résultats à la fin de l’année 2021.

Les « soil scanners » et « food scanners »

Un autre axe de travail important de cette campagne consiste à calibrer ce qui est appelé des soil scanners et des food scanners.

Il s’agit de petits scanners multibandes infrarouges qui pourraient, à terme, permettre de réduire très fortement le coût de la mesure.

Pourquoi réduire le coût de la mesure est décisif

Réduire le coût de la mesure est présenté comme un enjeu central.

Dans le développement agricole, sur le terrain, les outils disponibles aujourd’hui sont encore très limités, en particulier pour mesurer de façon simple, rapide et abordable l’impact réel des pratiques.

Les questions sont nombreuses :

  • comment mesurer la quantité de vers de terre dans un sol ?
  • comment mesurer le taux de matière organique ?
  • le pH ?
  • le redox ?
  • l’ammonium ?
  • la potasse ?
  • etc. ?

Certaines analyses n’existent pas vraiment sous une forme pleinement satisfaisante. Par exemple, pour mesurer précisément la quantité de vers de terre, il faut aller sur le terrain, faire des observations directes, et cela reste compliqué.

Surtout, ces analyses coûtent encore cher. Et les analyses de valeur nutritive des plantes coûtent encore plus cher.

Or, si l’on n’arrive pas à réduire le coût de ces mesures sur les sols et sur la valeur nutritive des aliments, alors on continuera à travailler dans le flou. Chacun pourra continuer à affirmer beaucoup de choses sans les mesurer réellement.

Exemples typiques de discours entendus :

  • « Je fais telle pratique, donc mes légumes sont forcément bons. »
  • « Je fais ceci ou cela avec mon sol, donc mes produits sont forcément très riches en vitamines. »

Le problème est que, la plupart du temps, cela n’a pas été mesuré.

Le verrou économique des analyses

Pourquoi cela n’est-il pas mesuré ? Tout simplement parce que cela coûte cher.

Une analyse complète associant sol et valeur nutritive, sur un produit comme une carotte, peut coûter plus de 1000 euros si l’on veut faire quelque chose de complet.

Pour un maraîcher diversifié qui produit 60 à 100 cultures différentes dans l’année, il est évidemment impossible d’investir des dizaines de milliers d’euros, voire davantage, en analyses pour pouvoir justifier simplement auprès de ses consommateurs la valeur nutritive réelle de ses produits.

Cela constitue donc un véritable verrou technologique et économique.

Tant que ce verrou ne sera pas levé, il sera très difficile de faire progresser sérieusement les démarches de mesure, de comparaison et de validation entre pratiques agricoles et qualité nutritive.

Comment fonctionneront les scanners

Pendant toute la campagne, le protocole envisagé est le suivant :

à chaque fois qu’un produit ou un échantillon de sol sera prélevé et envoyé au laboratoire, il sera d’abord scanné avec l’appareil.

On disposera alors de deux types de données :

  • les résultats du laboratoire ;
  • les résultats du scanner.

Ensuite, grâce à des logiciels informatiques, il sera possible d’établir des corrélations entre ces deux séries de données.

L’objectif, à terme, est qu’en scannant simplement :

  • un fruit ou un légume ;
  • ou un échantillon de sol ;

on puisse obtenir un résultat équivalent à celui du laboratoire.

L’intérêt est majeur : une fois le logiciel calibré, le coût de la mesure deviendrait extrêmement faible, de l’ordre de quelques centimes par échantillon.

L’enjeu de fond : mesurer pour mieux piloter l’agriculture

François Mulet se dit absolument convaincu qu’il faut aller dans cette direction.

Selon lui, c’est uniquement grâce à ce type d’outils que l’on pourra réellement développer une bonne agriculture, dans laquelle on connaît l’impact de ce que l’on fait :

  • l’impact des pratiques culturales ;
  • l’impact de l’usage des produits phytosanitaires ;
  • l’impact du travail du sol ;
  • l’impact de la nutrition du sol ;
  • et leurs conséquences sur la qualité de ce que l’on mange, y compris sur ses qualités organoleptiques.

L’enjeu est donc de sortir des simples affirmations et d’entrer dans un système où les pratiques peuvent être reliées à des résultats objectivés.

Appel final

François Mulet conclut en remerciant par avance toutes les personnes susceptibles de soutenir cette démarche.

Il rappelle que le sujet de la qualité nutritive des aliments est aujourd’hui un sujet de société majeur. Il espère avoir donné les éléments nécessaires pour faire comprendre :

  • la logique de la démarche ;
  • sa cohérence ;
  • et l’intérêt d’un soutien nombreux pour continuer ce travail autour de l’agriculture du vivant.

Merci beaucoup.