COUVRIR LES SOLS AVEC UN MULCH DE TYPHA AUSTRALIS au Sénégal
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Cette vidéo a été réalisée par le Centre National d'agroécologie (CNA) https://centre-national-agroecologie.fr/ dans le cadre du projet URBANE https://urbane-project.eu/, financé par l'union européenne.
Les opinions exprimées sont uniquement celles des auteurs et ne reflètent pas nécessairement la position de l’Union européenne ni de l’Agence exécutive pour la recherche (REA)
This video was made as part of the URBANEproject co-funded by the European Union. Website: https://urbane-project.eu/
The opinions expressed are those of the authors only and do not necessarily reflect the views of the European Union or the European Research Executive Agency (REA)
Couvrir les sols avec un mulch de typha australis au Sénégal
Ce webinaire présente les résultats d’une expérimentation agroécologique menée dans le cadre du projet Urbane au Sénégal, en collaboration avec l’Université Gaston Berger de Saint-Louis. Les travaux se sont concentrés sur une rotation culturale incluant l’arachide et l’oignon, deux cultures d’importance majeure pour la région.
Les intervenants, Camille Archambaud (Ver de Terre Production) et Abibbou Mbow (étudiant à l’Université Gaston Berger), ont détaillé les effets de l’utilisation de plantes aquatiques envahissantes, le Typha australis et le Ceratophyllum demersum, comme levier d’innovation agroécologique.
Contexte et objectifs du projet
Le projet vise à repenser l’agriculture comme un écosystème vivant dans une logique “One Health” (une seule santé : humaine, animale et environnementale). Dans la région de Saint-Louis, caractérisée par des sols très sableux (95 % de sable), l’objectif était de tester différents types de matières organiques (compost, fumier, engrais minéral) avec ou sans paillage de Typha.
Le Typha et le Ceratophyllum demersum sont des plantes aquatiques qui prolifèrent massivement dans la vallée du fleuve Sénégal, causant des blocages dans les canaux d’irrigation et favorisant la prolifération de moustiques. Le projet transforme cette nuisance environnementale en une ressource pour l’agriculture, via la production de compost et l’utilisation directe en paillage pour couvrir les sols.
Dispositif expérimental
L’expérimentation suit un dispositif factoriel randomisé avec 16 traitements répétés quatre fois, croisant trois facteurs :
- Paillage (T) : absence (T0) ou présence de Typha (T1).
- Azote (N) : témoin sans azote (N0), 75 kg/ha (N1), 125 kg/ha (N2).
- Fertilisant (F) : témoin (F0), minéral classique (F1), fumier bovin (F2), compost à base de Ceratophyllum demersum (F3), ou pratique paysanne locale (F4 - référence).
Résultats sur l’arachide
- Rendement et biomasse : Le paillage de Typha a un effet hautement significatif sur le rendement et la biomasse aérienne sèche. Le paillage améliore la croissance des plantes, indépendamment du type de fertilisant.
- Fertilisation et azote : Le type de fertilisant seul n’a pas montré de différence significative sur le rendement. De même, le niveau d’apport azoté n’a pas eu d’effet significatif, ce qui s’explique par la capacité de l’arachide, en tant que légumineuse, à fixer l’azote atmosphérique.
- Carbone du sol : Le paillage a un effet extrêmement positif sur le taux de carbone du sol. Les apports organiques (compost et fumier) contribuent à l’amélioration de la fertilité à long terme.
- Gestion des adventices : Le paillage réduit très significativement la biomasse des adventices.
Résultats sur l’oignon
- Sensibilité à la fertilisation : Contrairement à l’arachide, l’oignon est très sensible à la fertilisation et au niveau d’azote pour son rendement et le diamètre des bulbes.
- Rôle du paillage : Bien que le paillage n’affecte pas directement le rendement de l’oignon, il demeure un outil de gestion indispensable pour réduire drastiquement la biomasse des adventices (divisée par 5 dans certains cas), diminuant ainsi le temps de désherbage.
- Qualité et récolte : Un décalage de la récolte de trois semaines permet une augmentation significative du rendement. L’utilisation de biopesticides naturels (à base d’ail, de neem ou de piment) a permis de se passer d’intrants chimiques tout au long de l’essai.
Perspectives et conclusions
Les intervenants soulignent que le Typha représente une opportunité majeure pour la filière agricole sénégalaise en transformant un déchet envahissant en une ressource valorisable.
Les pistes de réflexion pour la suite incluent :
- La vulgarisation : Installer des parcelles de démonstration directement chez les agriculteurs pour leur permettre de constater l’efficacité économique des pratiques (réduction des coûts en intrants et produits phytosanitaires).
- La qualité : Analyser la qualité nutritionnelle et la capacité de conservation des produits issus de ces pratiques agroécologiques, un enjeu crucial pour le Sénégal qui importe une grande partie de sa production d’oignons.
- La recherche : Poursuivre l’étude des interactions sur le long terme (structure des communautés microbiennes, nématodes, enzymes du sol) et affiner les itinéraires techniques selon les conditions édaphiques locales.
En conclusion, l’approche globale adoptée par le projet Urbane permet de “boucler la boucle” en améliorant simultanément la santé des sols, la rentabilité pour l’agriculteur et la réduction des nuisances environnementales locales.