Bio-électronique & élevage, par Laurence Gallais
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Cette vidéo a été réalisée par Laurence Gallais, une spécialiste de la bio-électronique. Elle fait ici intervenir deux techniciennes du GDS qui utilisent cette technique pour gérer la santé des troupeaux.
Pour plus d'informations , vous pouvez vous rendre sur son site web, où vous trouverez ses formations et ainsi que ses divers ouvrages : http://www.naturo-pratique.fr/
Présentation des intervenantes
La conférence accueille deux intervenantes du GDS du Lot : **Émilie** et **Charlotte**, venues présenter leur travail autour de la bio-électronique en élevage.
Émilie explique avoir une formation d’ingénieure en agriculture. Elle travaille au sein d’une association d’éleveurs, en lien avec Charlotte, notamment sur l’organisation de formations et sur le conseil en élevage.
Charlotte se présente ensuite : elle a une licence professionnelle, a effectué ses stages au GDS du Lot, puis a travaillé quatre ans en Loire-Atlantique dans un organisme privé de conseil en élevage. Revenue dans le Lot, elle travaille désormais en partenariat avec Émilie, avec un mi-temps au GDS et un mi-temps comme conseillère en bovins viande à la chambre d’agriculture.
Comment elles ont découvert la bio-électronique
Les intervenantes replacent leur travail dans une démarche plus ancienne, engagée depuis une dizaine d’années autour de l’« approche globale » en élevage.
Elles expliquent avoir rencontré **Pierre-Emmanuel Radiguet** au début des années 2010. Il les a formées à une autre manière de raisonner la santé animale. L’idée importante qu’elles retiennent est que, même s’il y a bien des microbes, des bactéries ou des virus, cela ne suffit pas à expliquer pourquoi certains élevages ont des problèmes et d’autres non. L’état de santé dépend d’un ensemble de facteurs, et il faut donc adopter une approche globale.
À partir de 2011, des formations ont été mises en place dans le département, à destination :
- des éleveurs ;
- mais aussi des techniciens intéressés par la démarche.
L’objectif était que, lorsqu’il y a un problème dans un élevage, tous les intervenants puissent travailler ensemble, avec un discours cohérent, en essayant d’être les plus performants possible.
En parallèle, depuis 2006, des formations étaient organisées chaque année avec un thème différent. Les premières années ont porté surtout sur les liens entre alimentation et santé. Très vite, cela a conduit à s’intéresser aussi :
- au sol ;
- aux fourrages ;
- à l’alimentation ;
- à la santé des animaux ;
- et à l’hydratation.
Progressivement, la bio-électronique s’est imposée comme un outil permettant d’aller plus loin.
Une autre vision de la santé
Pour les intervenantes, la bio-électronique n’est pas seulement un outil technique : elle s’inscrit dans une philosophie de travail différente.
Dans l’approche classique, lorsqu’une maladie apparaît, on cherche souvent une solution immédiate contre cette maladie. Dans leur démarche, l’idée est plutôt de comprendre pourquoi l’animal est arrivé à cet état. La maladie en elle-même n’est pas le seul centre d’intérêt : il faut chercher ce qui, dans l’élevage, a conduit à ce déséquilibre.
Cela amène souvent à reposer des questions de fond :
- l’alimentation convient-elle réellement ?
- la manière de faire est-elle adaptée ?
- l’eau est-elle de bonne qualité ?
- le sol et les fourrages sont-ils équilibrés ?
- existe-t-il des stress ou des perturbations dans l’environnement ?
Cette approche peut être plus difficile à accepter, car elle implique parfois une remise en question importante. Mais elle permet de chercher les causes profondes plutôt que de s’arrêter au symptôme.
Laurence Gallais souligne que ce raisonnement vaut aussi bien :
- pour l’humain ;
- pour l’animal ;
- pour la plante ;
- et même pour le sol.
C’est ce qui fait, selon elle, tout l’intérêt de la bio-électronique : une même logique peut être utilisée dans plusieurs domaines.
Mise en place de la bio-électronique au GDS du Lot
Autour de 2014, Pierre-Emmanuel Radiguet commence à faire des formations avec **Laurence Gallais** sur la bio-électronique. Lorsqu’il vient former dans le département, il commence aussi à en parler aux équipes du GDS.
Comme il suit beaucoup d’élevages dans le département, il leur montre concrètement l’intérêt de cet outil. Elles ont la chance, disent-elles, d’avoir une direction qui accepte d’investir. Le GDS achète alors un appareil de bio-électronique et finance la formation d’Émilie et Charlotte afin qu’elles puissent l’utiliser et interpréter les résultats.
Charlotte explique qu’à son arrivée dans le Lot, en 2017, le GDS était déjà équipé. Elles suivent alors des formations, comme elles le faisaient déjà chaque année avec Pierre-Emmanuel Radiguet et Laurence Gallais. Elles réalisent deux jours de formation spécifiquement pour apprendre à utiliser l’outil.
À la sortie de cette formation, elles restent un peu sceptiques : il y a beaucoup de données, beaucoup d’informations, et l’ensemble paraît complexe. Elles se forment alors surtout sur le terrain, en envoyant leurs résultats à Pierre-Emmanuel Radiguet, qui les aide à les interpréter. Peu à peu, elles apprennent à travailler seules et à produire leurs propres analyses.
Une phase d’apprentissage sur le terrain
En 2017, elles commencent à utiliser la bio-électronique dans quelques élevages pilotes :
- bovins ;
- caprins ;
- ovins.
Au départ, la démarche est gratuite pour ces éleveurs, car il s’agit pour elles aussi d’une phase d’apprentissage. Cela leur permet :
- de se former ;
- de tester l’outil ;
- d’essayer d’interpréter les résultats avec le plus de neutralité possible.
Pendant les premières années, elles réalisent plusieurs centaines de mesures.
Aujourd’hui, le service est devenu payant au GDS. Il est facturé environ **500 euros pour deux visites dans l’année**. D’après elles, cet investissement est souvent très vite rentabilisé.
Ce que permet concrètement la bio-électronique
Les intervenantes expliquent que la bio-électronique leur apporte des réponses concrètes qu’elles peuvent transmettre aux éleveurs.
Avant, elles voyaient parfois des élevages où « quelque chose n’allait pas », sans pouvoir l’objectiver clairement. Le fait de mesurer les animaux permet de valider des intuitions et de rendre les préconisations plus crédibles. Même si une ration paraît correcte sur le papier, la mesure montre parfois que cela ne fonctionne pas sur l’animal.
Autre avantage : les résultats sont immédiats. Après plusieurs heures passées dans l’élevage, elles repartent souvent avec des éléments d’interprétation et déjà des pistes de correction, alors que des analyses de laboratoire prennent du temps.
L’outil permet aussi d’intervenir de manière préventive, par exemple trois semaines avant une mise bas, afin de corriger les déséquilibres avant que les problèmes n’apparaissent.
Comment se déroule une intervention
Quand c’est possible, l’intervention se fait avec le vétérinaire de l’élevage. Les techniciens ne réalisent pas eux-mêmes les prélèvements sanguins, puisqu’ils n’en ont pas le droit. Si l’éleveur ne souhaite pas faire intervenir le vétérinaire, elles peuvent tout de même travailler sur d’autres liquides, mais l’analyse est alors moins complète.
Une visite dure généralement une bonne journée.
Les prélèvements et mesures réalisés portent en général sur :
- le sang ;
- les urines ;
- les fèces ;
- le lait.
Selon les cas et les espèces, d’autres mesures peuvent être ajoutées :
- mesure des corps cétoniques ;
- mesure de la glycémie ;
- utilisation d’un réfractomètre ;
- tamisage des bouses.
Les mesures sont interprétées à partir des paramètres de la bio-électronique, notamment :
- le pH ;
- le rH2 / potentiel redox ;
- la résistivité.
Ensuite, les résultats sont partagés avec les éleveurs et les vétérinaires, et des préconisations sont proposées.
Une méthode encore récente en élevage
Il est rappelé que la bio-électronique en élevage est très récente. Son développement dans ce domaine est largement lié au travail de Pierre-Emmanuel Radiguet.
Auparavant, la bio-électronique était surtout utilisée :
- en santé humaine ;
- et, dans certains cas, au niveau du sol.
Il existe encore peu de bases de données sur les animaux. Les espèces sur lesquelles elles ont surtout travaillé jusqu’ici sont :
- les vaches ;
- les chèvres ;
- les brebis.
Les intervenantes disent ne pas avoir encore d’expérience sur les volailles.
Exemple 1 : un élevage bovin allaitant avec problèmes de vêlage
Charlotte présente le cas d’un élevage bovin allaitant de **Cédric Labrousse**, avec environ 180 vêlages groupés de juillet à septembre.
Chaque année, l’éleveur avait des problèmes récurrents au vêlage :
- nombreux vêlages assistés ;
- poches dures ;
- retournements de matrice ;
- vaches qui n’avaient pas de lait au vêlage ;
- problèmes de nombril sur les veaux.
L’intervention est réalisée en cours de période de vêlage. Les mesures portent sur :
- le sang ;
- les urines ;
- les fèces ;
- et même un peu de lait, malgré le fait qu’il s’agisse d’allaitantes.
Interprétation des mesures
Sur le sang, les intervenantes observent un **pH trop élevé**, ce qui traduit, selon les normes utilisées, soit :
- un excès d’énergie ;
- soit un manque de protéines.
Dans le cas d’un élevage allaitant, elles considèrent que c’est le plus souvent un manque de protéines, les éleveurs n’apportant pas toujours de correcteur azoté.
Le pH observé se situe autour de 7,51 à 7,55, alors que la norme annoncée se situe entre 7,34 et 7,45. Comme la fourchette normale est très étroite, cet écart est jugé important.
Le rH2 est lui aussi élevé, ce qui va dans le même sens que le pH. Laurence Gallais rappelle qu’il est important que pH et rH2 « aillent dans le même sens » pour l’interprétation.
La résistivité du sang est également très haute, bien au-dessus de la norme. Cela est interprété comme une mauvaise gestion de l’eau dans l’organisme, avec une hyperhydratation extracellulaire ou, autrement dit, un problème majeur autour de l’hydratation et de la minéralisation.
Les intervenantes précisent qu’un tel profil peut faire penser à une carence minérale, en particulier en sel. Cela rejoint ce qu’elles observent dans l’élevage.
Mesures correctives proposées
Elles proposent :
- de rééquilibrer la ration en protéines ;
- d’ajouter du sel à la ration, à raison d’environ 30 à 50 g par jour.
L’éleveur utilisait seulement des pierres à sel en libre-service, ce qui ne semblait pas suffisant.
Comme il y avait aussi des poches dures et des retournements de matrice, d’autres corrections sont mises en place :
- amélioration de l’abreuvement au pâturage ;
- rééquilibrage des rations avant vêlage ;
- révision du minéral ;
- apport de chlorure de magnésium avant vêlage.
Résultats observés
L’année suivante, les vêlages se passent très bien, puis l’année d’après aussi. L’éleveur est très satisfait et fait désormais intervenir les techniciennes avant chaque période de vêlage, environ un mois avant la mise bas.
Il est souligné qu’auparavant, la ration était déjà équilibrée « sur papier », à partir d’analyses de fourrages et d’un rationnement classique. Pourtant, sur les animaux, cela ne fonctionnait pas. La bio-électronique a permis de montrer ce décalage entre la ration théorique et la réalité biologique.
Exemple 2 : un élevage laitier avec problèmes de reproduction, diarrhées des veaux et manque de production
Un autre cas présenté est celui d’un élevage laitier ayant :
- des problèmes de reproduction ;
- des diarrhées sur les petits veaux ;
- une production laitière inférieure à ce qui était attendu « sur le papier ».
Là encore, des mesures sont faites sur :
- le sang ;
- les bouses ;
- le lait ;
- et l’ensilage de maïs.
Résultats sur le sang
Le sang montre :
- un pH très élevé ;
- un rH2 également élevé.
Cela est interprété comme un **excès d’énergie**, donc une ration mal équilibrée.
La résistivité du sang est correcte, ce qui indique que l’état d’hydratation n’est pas le principal problème ici.
Résultats sur les bouses
Les bouses présentent :
- un pH très élevé ;
- et surtout un potentiel redox positif.
Laurence Gallais rappelle que, dans le rumen, il doit y avoir des fermentations. Pour cela, le redox doit être négatif. Si le potentiel devient positif, cela signifie qu’il n’y a pas les bonnes conditions de fermentation.
Même si la mesure n’est pas faite directement dans le rumen, les bouses donnent ici une image de ce qui se passe dans la digestion ruminale.
Les techniciennes confirment cette mauvaise digestion aussi par d’autres outils :
- bio-laitomètre / réfractomètre ;
- tamisage des bouses.
Résultats sur le lait
Le lait apparaît insuffisamment hydraté, avec une résistivité trop basse par rapport aux normes annoncées. Cela signifie qu’il manque d’eau dans le lait, ce qui n’est pas cohérent avec une bonne production.
Le pH du lait est légèrement trop haut.
Résultats sur l’ensilage de maïs
L’ensilage de maïs est jugé **très oxydé**, avec un rH2 trop élevé. La résistivité est également très anormale.
Pour Laurence Gallais, cela est cohérent avec le trouble observé dans le système digestif : si on apporte un fourrage oxydé à un rumen qui a besoin d’un milieu favorable aux fermentations, on aggrave le déséquilibre.
Suites données
La ration est rectifiée. Le travail porte à la fois :
- sur l’alimentation ;
- sur les fourrages ;
- et même sur le sol, en partenariat avec le contrôle laitier.
Un problème géobiologique important est également évoqué : une faille traversait le bâtiment, ce qui créait un stress supplémentaire pour les animaux. Les intervenantes rappellent que les perturbations électromagnétiques peuvent aussi avoir des répercussions sur les paramètres bio-électroniques.
L’éleveur constate rapidement une hausse de production, en quelques jours. Une autre année, l’effet inverse est observé : trop de protéines dans la ration. La correction permet alors de faire une économie sur le correcteur azoté.
Témoignage de Bruno, éleveur de brebis
Bruno intervient ensuite comme éleveur témoin. Il explique avoir suivi des formations qui l’ont amené à remettre en question sa manière de travailler. Sur sa ferme, beaucoup de choses ont été modifiées :
- les espèces semées ;
- la durée de vie des prairies ;
- différents paramètres autour du sol et des brebis.
Il précise que les résultats n’ont pas été immédiats. Ils n’ont pas tout changé en un an : il a fallu du temps.
Un premier constat : les brebis n’étaient pas hydratées correctement
Lors d’un passage avec Laurence Gallais, ils constatent que les brebis ne sont pas correctement hydratées, notamment en pleine gestation.
Les mesures montrent des déséquilibres qui orientent vers :
- un manque d’énergie ;
- et non vers un manque de protéines, ce qui allait à l’encontre de certaines habitudes de raisonnement.
Ils corrigent alors :
- avec de la mélasse pour apporter de l’énergie ;
- avec du chlorure de magnésium ;
- et en revoyant les minéraux.
Une première amélioration apparaît rapidement.
Le problème de l’électricité dans l’eau
Un autre point important a été mis en évidence : l’eau.
Bruno explique qu’il y avait du courant électrique dans le système d’abreuvement. Sur la ferme, les anciens abreuvoirs obligeaient l’animal à toucher une palette métallique pour faire venir l’eau. Le comportement des animaux a changé après modification de ce système.
Ce changement, ainsi que le travail sur les rations et les prairies, a apporté des effets visibles.
Une forte baisse de mortalité
Au début des formations, Bruno indique qu’il comptait environ **17 % de mortalité** sur les agneaux. Avec le travail engagé, puis l’usage de la bio-électronique, la mortalité a fortement baissé.
À un moment donné, ils ont aussi identifié un problème lié au méteil utilisé. La bio-électronique montrait un déséquilibre, mais cela a mis du temps à être pleinement accepté, car d’autres conseils allaient dans un autre sens. Finalement, ils ont conclu que ce méteil perturbait fortement le système.
Une fois ce point corrigé, les résultats se sont nettement améliorés.
Bruno explique être passé de 9 % à 14 % de mortalité lors d’une mauvaise année, puis avoir obtenu ensuite des résultats bien meilleurs, jusqu’à se situer sous la moyenne départementale. Il a aussi constaté un meilleur équilibre des brebis et des économies sur certains apports.
Pour lui, il est désormais difficile d’imaginer revenir en arrière et ne plus utiliser la bio-électronique.
Le travail sur les prairies et les foins
À une question sur le rééquilibrage des foins, Bruno répond qu’il a modifié ses mélanges de semences.
Au lieu de semer une prairie avec peu d’espèces, il a choisi de mettre davantage d’espèces et plusieurs variétés, avec l’idée d’obtenir :
- plus d’homogénéité ;
- plus d’équilibre ;
- et une meilleure résistance.
Il explique qu’une prairie plus diversifiée apporte :
- de la souplesse ;
- du rendement ;
- et de la qualité.
Il travaille aussi sur la fertilisation, avec des apports de fumier et une réflexion sur l’amendement des sols.
Intervention de Chantal sur les fourrages
Chantal intervient ensuite pour développer la question des systèmes fourragers. Elle travaille beaucoup avec les éleveurs sur les prairies, les foins et l’herbe.
Elle rappelle plusieurs idées fortes.
Les ruminants sont faits pour manger de l’herbe
Pour elle, les ruminants sont d’abord des animaux d’herbe. Leur alimentation naturelle, c’est :
- de l’herbe verte ;
- ou de l’herbe sèche.
Les fourrages par voie humide, comme les ensilages ou les enrubannages, ne sont pas leur fonctionnement de base.
Elle insiste aussi sur le fait que les ruminants ne sont pas naturellement faits pour manger beaucoup de céréales.
L’obsession de la protéine déséquilibre les systèmes
Selon elle, en France, l’importance donnée au maïs et à la production a conduit à une obsession de la protéine. On cherche à produire de la luzerne ou des légumineuses pour faire du lait, mais cela peut conduire à des déséquilibres.
Une prairie équilibrée devrait associer :
- des graminées ;
- et des légumineuses.
Les légumineuses ne devraient pas être là seulement pour « faire de l’azote », mais pour participer à un équilibre du système.
L’importance du foin de qualité
Chantal insiste beaucoup sur la qualité du foin. Pour elle, un bon foin doit rester vert. Un foin brun ou marron est un fourrage oxydé.
Elle utilise aussi le réfractomètre pour mesurer le degré Brix des fourrages. Le jus d’une plante ou d’un bon fourrage doit avoir certaines caractéristiques, alors que les ensilages donnent souvent des jus bruns ou noirs, traduisant une oxydation.
Elle rappelle que, dans certaines régions comme le Doubs, la culture du foin de qualité a été maintenue, en lien avec la fabrication fromagère. En revanche, dans beaucoup d’endroits, la généralisation de l’ensilage a fait perdre ce savoir-faire.
Des prairies très diversifiées pour mieux résister
Elle rejoint Bruno sur l’intérêt de semer des prairies avec davantage d’espèces, afin d’avoir :
- des plantes qui produisent à différents moments ;
- une meilleure résistance à la sécheresse ;
- plus de souplesse selon les années.
Pour elle, le travail sur les animaux ne peut pas être séparé du travail sur le sol et les fourrages.
Eau, qualité de l’eau et bio-électronique
La qualité de l’eau est présentée comme un élément essentiel.
Les intervenantes expliquent que les mesures bio-électroniques de l’eau mettent souvent en évidence des défauts importants :
- eau trop oxydée ;
- eau trop calcaire ;
- eau chlorée ;
- résistivité inadaptée.
Elles constatent que les animaux boivent parfois davantage dès qu’on améliore la qualité de l’eau.
Laurence Gallais rappelle qu’avant de vouloir redresser un terrain, que ce soit chez l’humain, l’animal ou sur le sol, il faut commencer par regarder l’eau de boisson.
Il est également question d’**eau de pluie**, jugée souvent plus intéressante, et de traitements de l’eau permettant de modifier ses caractéristiques.
Mammite et excès de protéines chez les brebis
Un autre cas est évoqué sur des brebis ayant des problèmes de mammites.
Les mesures comparaient des brebis restées à l’intérieur et d’autres au pâturage. Le problème a été mis en lien avec un excès de protéines sur l’herbe, accompagné de signes bio-électroniques cohérents :
- pH sanguins trop bas ;
- rH2 élevés ;
- résistivités basses.
La ration étant difficile à corriger chez des animaux à l’herbe, le travail a porté sur :
- des apports adaptés ;
- du chlorure de magnésium ;
- et la gestion du pâturage.
Les mammites se sont arrêtées.
Un cas en élevage caprin
Un élevage de chèvres est aussi mentionné. Il y avait :
- des diarrhées chez les chevreaux ;
- et un sentiment que la production laitière pouvait être meilleure.
Les mesures montrent là encore un excès de protéines. À l’époque, tout le monde disait plutôt qu’il fallait plus de protéines, mais la bio-électronique indiquait l’inverse.
L’éleveur a fait confiance à cette lecture et a baissé le niveau de protéines de la ration. Il a observé ensuite une amélioration de la production et une réduction des problèmes.
Une année suivante, la situation s’est inversée : cette fois, il manquait de protéines, et les mesures ont orienté dans ce sens. Cela montre l’intérêt de refaire régulièrement des mesures, car les déséquilibres peuvent changer selon les fourrages et les années.
Sur la différence entre ration « papier » et réalité biologique
Une question est posée sur les normes de rationnement et sur le fait que la ration peut être correcte « sur papier » mais inadaptée dans l’animal.
Les intervenantes répondent que :
- les analyses de fourrages ne reflètent pas toujours toute la variabilité réelle ;
- la qualité d’un silo n’est pas homogène d’un bout à l’autre ;
- les tables de rationnement restent des références générales ;
- et chaque élevage a ses particularités.
La bio-électronique permet précisément d’aller voir ce qui se passe réellement dans l’animal.
Aspects réglementaires et positionnement des techniciens
Une question est posée sur le fait que les techniciens n’ont ni le droit de faire les prises de sang, ni celui d’établir un diagnostic vétérinaire.
Il est répondu que les prises de sang sont bien réalisées par le vétérinaire. En revanche, l’interprétation bio-électronique ne constitue pas en soi un diagnostic médical, à condition de rester dans le champ :
- de l’alimentation ;
- de l’équilibre ;
- des préconisations de conduite.
Il est toutefois rappelé qu’il faut faire attention au vocabulaire. Parler de maladie précise ou de carence médicale peut relever du diagnostic vétérinaire. En revanche, parler d’excès de protéines, de trop d’énergie ou de déséquilibre alimentaire reste dans le champ du conseil.
Géobiologie, environnement et recherche
Plusieurs interventions soulignent l’intérêt de faire davantage de recherche, en particulier sur les liens entre :
- bio-électronique ;
- géobiologie ;
- environnement de l’élevage ;
- et santé animale.
Une vétérinaire de la chambre d’agriculture des Pays de la Loire propose de poursuivre ces échanges dans le cadre de projets de recherche.
Jean-Marc rappelle que, d’une certaine manière, tout ce travail mené depuis quinze ans autour de la bio-électronique en élevage est déjà un travail de recherche, puisqu’il n’existait presque rien auparavant dans ce domaine.
Laurence Gallais insiste elle aussi : la méthode existe depuis longtemps, mais elle a peu évolué faute de praticiens. Le champ de recherche reste immense.
La bio-électronique rénovée
En conclusion, Laurence Gallais explique qu’elle ne parle plus seulement de bio-électronique « classique », mais de **bio-électronique rénovée**.
Pourquoi « rénovée » ? Parce que le travail d’interprétation ne repose pas seulement sur les chiffres pris un par un. Ce qui compte, c’est :
- la dynamique du bilan ;
- les corrélations entre les paramètres ;
- les liens entre les différents liquides ;
- et le sens global du déséquilibre.
Par exemple, un pH élevé n’a pas la même signification selon que le rH2 suit ou non, selon que les urines vont dans le même sens, ou selon ce que montrent les fèces, le lait ou l’eau.
Cette approche par corrélations donne beaucoup plus d’informations que l’ancienne lecture purement statique des valeurs.
Conclusion
La conférence montre que la bio-électronique est utilisée ici comme un outil d’observation et de compréhension du terrain, au sens large :
- terrain biologique de l’animal ;
- terrain alimentaire ;
- qualité de l’eau ;
- qualité des fourrages ;
- état du sol ;
- environnement de l’élevage.
Les témoignages d’Émilie, Charlotte, Bruno, Chantal et Laurence Gallais convergent tous vers la même idée : la bio-électronique ne remplace pas l’observation, les connaissances techniques ou le travail collectif autour de l’élevage, mais elle permet d’objectiver des déséquilibres et d’agir plus finement.
Elle sert autant à confirmer une intuition qu’à remettre en cause des raisonnements installés. Elle donne souvent des résultats rapides, mais elle s’inscrit aussi dans un travail de fond, parfois long, sur les prairies, l’alimentation, l’eau et la conduite globale de l’élevage.
Enfin, les intervenants soulignent que cette méthode reste encore peu connue et qu’il reste beaucoup à explorer, tant en élevage que sur les plantes, les sols, les arbres fruitiers ou d’autres espèces animales.