Betterave : des parfums pour repousser les insectes ravageurs

De Triple Performance
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Face à l'interdiction des néonicotinoïdes, essentiels pour protéger la betterave sucrière contre les pucerons vecteurs de la jaunisse, des chercheurs explorent une alternative prometteuse : les paysages olfactifs. En collaboration avec Ené Leppik, fondatrice de la start-up Agriodor, et les chercheurs Fabienne Dupuy et Tarek Dardouri, l'étude se concentre sur l'utilisation de molécules odorantes pour perturber le comportement des insectes. Ces composés naturels, diffusés via des granulés biodégradables, agissent comme des répulsifs ou des leurres, empêchant les pucerons de coloniser les cultures. Testée en plein champ avec l'agriculteur Julien Pivard, cette méthode innovante, soutenue par le chercheur Ambroise Garnier, démontre une efficacité réelle pour limiter la propagation du virus. Cette solution compatible avec l'agriculture biologique offre une voie crédible pour réduire la dépendance aux pesticides, avec des perspectives prometteuses pour d'autres cultures comme le colza, tout en illustrant une collaboration fructueuse entre la recherche scientifique et le monde agricole.

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Résumé
Face à l'interdiction des néonicotinoïdes, essentiels pour protéger la betterave sucrière contre les pucerons vecteurs de la jaunisse, des chercheurs explorent une alternative prometteuse : les paysages olfactifs. En collaboration avec Ené Leppik, fondatrice de la start-up Agriodor, et les chercheurs Fabienne Dupuy et Tarek Dardouri, l'étude se concentre sur l'utilisation de molécules odorantes pour perturber le comportement des insectes. Ces composés naturels, diffusés via des granulés biodégradables, agissent comme des répulsifs ou des leurres, empêchant les pucerons de coloniser les cultures. Testée en plein champ avec l'agriculteur Julien Pivard, cette méthode innovante, soutenue par le chercheur Ambroise Garnier, démontre une efficacité réelle pour limiter la propagation du virus. Cette solution compatible avec l'agriculture biologique offre une voie crédible pour réduire la dépendance aux pesticides, avec des perspectives prometteuses pour d'autres cultures comme le colza, tout en illustrant une collaboration fructueuse entre la recherche scientifique et le monde agricole.

Tous les insectes s’orientent et adaptent leur comportement en fonction des odeurs et parfums qu’ils perçoivent. En théorie, il est donc possible de les manipuler, en modifiant le paysage olfactif d’un champ. En pratique, c'est du jamais vu pour l'agriculture. La filière betterave expérimente actuellement un parfum qui repousse les pucerons, vecteurs du virus de la jaunisse. C’est l’une des solutions mises au point par les scientifiques, après l’interdiction des néonicotinoïdes dans l’Union européenne.


Visite dans l’un des laboratoires leaders des paysages olfactifs en agriculture : Agriodor à Rennes. Cette startup prometteuse, spin-off d’INRAE à Versailles, a été cofondée par la scientifique Ené Leppik.


Quelles sont les techniques utilisées pour mettre au point ces solutions innovantes de biocontrôle, en alternative aux pesticides ? Comment les parfums sont-ils expérimentés en plein champ pour vérifier leur efficacité sur les insectes et l’absence d’effet indésirable sur la biodiversité ? J’ai suivi les scientifiques en laboratoire et sur la ferme de Julien Pivard, dans la Sarthe.


Cette vidéo est co-produite par INRAE, l’Institut national de recherche pour l’Agriculture, l’Alimentation et l’Environnement.


Cette vidéo en Bretagne et en Sarthe est la dixième étape de mon « Field Trip », mon tour d’Europe de la recherche scientifique en agronomie.


L’Alliance européenne de recherche vers une agriculture sans pesticides a vu le jour à l’initiative d’INRAE et de ses homologues allemands ZALF et JKI. Elle réunit 34 organismes de recherche issus de 20 pays européens, désireux d’unir leurs forces et de faciliter les échanges de connaissances et d’expertises. Elle vise à accompagner scientifiquement l’objectif ambitieux fixé par la Commission européenne de réduire de moitié l’utilisation des pesticides d’ici 2030.


Le site de l’alliance et des 34 membres :

https://www.era-pesticidefree.eu/About-us


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La liste des intervenant·e·s de cette vidéo (par ordre d’apparition) :


  • Ené Leppik, biologiste, spécialiste des interactions entre insectes et plantes, ex-INRAE, présidente et cofondatrice d’Agriodor
  • Fabienne Dupuy, spécialiste de neuroéthologie sensorielle, responsable de la plateforme recherche et développement, Agriodor
  • Julien Pivard, agriculteur, culture de céréales et de betteraves dans la Sarthe


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Le cerveau des insectes ?

Pour expliquer ce que signifie « neuroéthologie sensorielle » avec des mots simples et compréhensibles, j’ai pris le parti de parler du « cerveau des insectes ». En réalité, les scientifiques ne parlent pas forcément de « cerveau » pour les insectes, mais plutôt de « système nerveux central ». Je me suis autorisé ce raccourci pour ne pas exclure les non-spécialistes.


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Mon impact transport :


Je suis très attentif à limiter mon bilan carbone. Pour cette vidéo, mon impact transport (source : Ademe/monimpacttransport.fr) est de 11,1 kg CO2e pour parcourir 627 km en train et 117 km en voiture, soit 142,9 kg CO2e de moins que si j’avais opté uniquement pour la voiture et 288,9 kg CO2e de moins que si j’avais pris l’avion.



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Une série de Pierre Girard, co-produite avec INRAE


Auteur :

Pierre Girard


Caméra et montage :

Patryk Puchalski


Graphisme :

Otto Stobbe


Traduction et sous-titrage :

Geoffrey Schöning


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  1. FieldTrip_EU


Betterave : des parfums pour repousser les insectes ravageurs

La culture de la betterave sucrière fait face à un défi majeur depuis l’interdiction des néonicotinoïdes par la Commission européenne. Ces produits, bien que nécessaires pour lutter contre les pucerons vecteurs du virus de la jaunisse, ont été proscrits en raison de leur impact néfaste sur les pollinisateurs. Aujourd’hui, la recherche s’oriente vers des alternatives durables et innovantes, notamment grâce à la manipulation olfactive des insectes.

La science des odeurs au service de l’agriculture

Ené Leppik, chercheuse estonienne et fondatrice de la start-up Agriodor, travaille sur la manière dont les insectes perçoivent leur environnement. À l’instar d’une parfumeuse, elle conçoit des solutions basées sur des molécules odorantes émises par les plantes. Le principe est simple : puisque les insectes, qu’ils soient nuisibles ou bénéfiques, adaptent leur comportement en fonction des signaux olfactifs qu’ils perçoivent, il est possible d’utiliser ces odeurs pour protéger les cultures.

Fabienne Dupuy, spécialiste de la neuroéthologie des insectes, étudie la réponse des ravageurs face à ces stimulus. Grâce à des dispositifs de type compensateur de locomotion ou des tests à quatre voies, les chercheurs peuvent identifier si une odeur spécifique agit comme un attractif ou un répulsif, permettant ainsi de perturber le cycle de reproduction ou d’alimentation des ravageurs.

Une solution innovante pour le champ

Tarek Dardouri travaille sur le développement d’halomones, des odeurs de plantes agissant comme des répulsifs naturels. Contrairement à la phéromone d’alarme naturelle libérée par les pucerons lorsqu’ils sont attaqués (comme par une coccinelle), ces solutions visent à éloigner les insectes des cultures de betteraves ou à les empêcher de se nourrir. En occupant des zones avec ces odeurs, les scientifiques cherchent à dissuader les adultes de pondre et de s’alimenter, limitant ainsi la propagation du virus de la jaunisse.

L’un des avantages majeurs de ces molécules est leur faible persistance dans l’environnement. En présence d’ozone ou d’UV, elles se dégradent en une trentaine de minutes, ne laissant aucun résidu toxique.

Mise en œuvre et perspectives d’avenir

Pour diffuser ces odeurs en plein champ, Ené Leppik et son équipe ont développé des granulés innovants, compatibles avec l’agriculture biologique. Ces billes minérales, conçues avec un cœur dur pour résister aux épandages, permettent une libération efficace des molécules sur une période d’au moins 14 jours.

Julien Pivard, un agriculteur de la Sarthe, teste actuellement cette solution sur ses parcelles de betteraves. Le dispositif est particulièrement bien accueilli car il est compatible avec le matériel agricole existant, tel que les épandeurs utilisés pour l’anti-limace, ne nécessitant ainsi aucun investissement technologique lourd.

Ambroise Garnier, impliqué dans le suivi scientifique, souligne l’efficacité prometteuse de cette méthode : les parcelles traitées présentent un gradient de jaunissement nettement plus faible, signe d’une meilleure santé des plantes face au virus. Si les autorités valident l’usage de cette solution, une mise sur le marché est espérée pour 2025.

L’objectif à long terme est ambitieux : intégrer ces “paysages olfactifs” à d’autres cultures, comme le colza pour lutter contre les altises. Cette approche, combinée à la sélection de variétés tolérantes, représente un levier essentiel pour réduire durablement l’usage des pesticides en agriculture.