Analyses, réglementation et solutions pour les sols polluées en agriculture urbaine
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Les intervenants rappellent qu'il n'existe pas de seuil universel de pollution, la géologie locale jouant un rôle majeur. Ils recommandent de privilégier des évaluations de risques contextualisées (comme le guide Refuge ou les méthodes de l'ADEME) plutôt que des normes rigides souvent inadaptées. Manon Poncato insiste sur l'intérêt de la phyto-extraction pour régénérer les sols, tout en soulignant les limites liées au temps et à la variabilité biologique.
En conclusion, les experts préconisent une analyse fine de l'exposition réelle, incluant le contrôle des végétaux cultivés et la gestion prudente des apports organiques, afin de concilier sécurité sanitaire et développement durable des projets d'agriculture urbaine.Cette table ronde rassemble - Anne Barbillon - Agroparistech Innovation - Programme REFUGE - Tanguy Latron - Ingénieur Géologue - Bureau d'Étude MONTACHET - Manon Poncato - Phytoremédiation des Sols Pollués - BIOMEDE - Céline Colombier - Conseil Installation de Maraîchers pour les Communes - VDT PROD 00:00 - Présentations 03:29 - Qu'est-ce qu'un sol pollué, qu'est-ce que ça implique ? 08:25 - Comment évaluer la pollution d'un sol ? Quelles méthodologies 22:00 - Comment contrôler/suivre les pollutions en AU ? 36:02 - Quelles solutions pour dépolluer ? 48:32 - Echanges Questions Réponses
Analyses, réglementation et solutions pour les sols pollués en agriculture urbaine
Cette session réunit des experts pour aborder les enjeux cruciaux de la pollution des sols dans le cadre du développement de l’agriculture urbaine. Les intervenants sont Céline Colombier (Biomed), Anne Barbillon (AgroParisTech Innovation) et Tanguy Latron (ingénieur géologue).
Comprendre la pollution des sols
La distinction entre contamination et pollution est fondamentale. La contamination désigne la présence de polluants à des teneurs supérieures à celles naturellement présentes dans les sols (fonds géochimiques). La pollution, quant à elle, implique une notion de risque avéré pour la santé humaine ou l’environnement.
Définir un sol “vraiment pollué” est complexe car il n’existe pas de valeur seuil universelle. La France possède une géologie extrêmement variée : un fond géochimique en arsenic, par exemple, peut varier de 10 mg/kg dans les Hauts-de-France à plusieurs centaines de milligrammes par kilo dans la région nantaise. Fixer un seuil trop bas entraînerait des coûts de dépollution démesurés, tandis qu’un seuil trop élevé masquerait des pollutions anthropiques réelles.
Méthodologies d’évaluation en agriculture urbaine
Face à cette complexité, la démarche nationale repose sur l’évaluation des risques sanitaires.
- Méthodologie SSP (Sites et Sols Pollués) : Elle évalue le risque en fonction de l’usage prévu. Elle ne définit pas de seuils fixes de concentration, mais des seuils de risque mesurés selon des valeurs toxicologiques de référence.
- Guide Refuge et Plan de maîtrise sanitaire : Développés au sein d’AgroParisTech Innovation, ces outils adaptent la démarche nationale au contexte spécifique de l’agriculture urbaine, souvent située sur des sols aux pollutions diffuses plutôt que sur d’anciennes friches industrielles lourdes.
- Contre-expertises : Il existe une variété de normes (normes NFU 055, normes repères potagères/ornementales de l’ARS, normes “iZy”). Le choix de la norme dépend souvent de la prudence du bureau d’études face à sa responsabilité juridique.
Stratégies de gestion et solutions
Les experts soulignent que la gestion de la pollution ne signifie pas toujours “dépollution” totale, mais plutôt une gestion du risque.
- Phytomanagement et phytoremédiation : La phytoremédiation utilise les plantes pour traiter les sols. La phytoextraction (absorption des polluants par les racines) est particulièrement étudiée. Des mécanismes comme la phytodégradation permettent de traiter des molécules organiques. Le phytomanagement englobe la gestion globale de ces dispositifs (études, suivi, récolte, économie circulaire).
- Solutions pragmatiques :
Culture en hors-sol : Indispensable lorsque la pollution est trop forte ou le contact direct risqué. Amendement et dilution : L’apport de matières organiques permet de modifier le pH et de créer des complexes argilo-humiques qui séquestrent les polluants, les rendant moins biodisponibles pour les cultures. Gestion par l’usage : Si l’usage alimentaire est impossible, transformer le site en zone de biodiversité permet de maintenir le couvert végétal, limitant ainsi l’envol de poussières contaminées.
Limites et incertitudes
Le secteur fait face à une part inévitable d’incertitude. La variabilité des résultats entre deux prélèvements de sol proches, la variabilité du transfert sol-plante selon les variétés, et l’influence des conditions climatiques rendent la prédiction complexe.
Il est recommandé de favoriser les cultures expérimentales (tests sur sites) pour obtenir des données réelles sur le transfert des polluants dans les légumes. Enfin, la concertation entre acteurs (propriétaires, collectivités, aménageurs) dès le stade de la conception d’un projet permet d’intégrer intelligemment les contraintes de pollution à l’aménagement urbain, évitant ainsi des impasses techniques en fin de processus.