Agroécologie pour les vignerons : actionner la boîte à outils des végétaux
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Agroécologie pour les vignerons : actionner la boîte à outils des végétaux
Ce webinaire, animé par Robin Euvrard, formateur et vigneron en Loire-Atlantique, propose un retour d’expérience pratique sur la mise en place d’une viticulture agroécologique et régénérative. L’approche développée ne se limite pas à une accumulation de techniques, mais repose sur une posture globale visant à restaurer la fertilité des sols et la santé de la plante.
L’objectif : la qualité par la biologie
Pour Robin Euvrard, la finalité demeure la qualité du raisin et du vin. Le sol, bien qu’il soit le socle du système, n’est que le corollaire de cette ambition. La démarche agroécologique se résume à deux processus fondamentaux que l’agriculteur doit accompagner :
- La photosynthèse : transformer l’air en sol fertile.
- L’interaction plante-microbes : renforcer le continuum sol-plante pour nourrir la vigne.
Toute intervention technique doit être évaluée à l’aune de ces deux processus. Si une pratique ne stimule pas cette biologie, elle est considérée comme contre-productive.
Créer les conditions : le rôle de l’aération
La condition sine qua non de la vie biologique est l’oxygène. Les sols viticoles, souvent compactés par des décennies de [[désherbage chimique]] et de passage d’engins, nécessitent une réoxygénation.
- La fissuration : Contrairement au labour qui retourne et perturbe les horizons, la fissuration permet d’aérer le sous-sol (entre 15 et 25 cm) sans mélanger les strates microbiennes.
- Réglages et précision : Le succès dépend de la vitesse d’avancement, du nombre de dents et du moment d’intervention (idéalement post-vendange pour limiter les dommages racinaires).
La couverture végétale comme culture à part entière
L’enherbement ne doit plus être vu comme une contrainte, mais comme une culture de soutien pour le système :
- Diversité et biomasse : Le mélange d’espèces (graminées, légumineuses, crucifères) permet de varier les apports nutritifs.
- Gestion du couvert : Le semis direct est préconisé pour éviter de perturber le sol. La gestion du couvert (broyage, roulage au Faca, ou pâturage animal) doit être synchronisée avec le cycle physiologique de la vigne pour éviter les risques de gel ou de concurrence hydrique excessive.
- Le pâturage : L’introduction d’animaux (cochons, poules, moutons) permet de gérer l’herbe tout en apportant une fertilisation organique naturelle. Cependant, cela demande des compétences spécifiques en élevage.
La fermentation : une approche systémique
Le travail de Robin Euvrard s’inspire largement des processus fermentaires pour stabiliser et équilibrer le système sol/plante :
- Levains et micro-organismes : L’utilisation de thés de compost oxygénés, de ferments lactiques (EM) ou de préparations biodynamiques (comme la bouse de corne) aide à relancer la vie du sol.
- Fertilisation foliaire : En cas de blocage de croissance ou de stress abiotique, l’apport de tisanes de plantes (ortie, etc.) ou de thés de compost par voie foliaire permet de soutenir la photosynthèse et de renforcer la résilience de la vigne.
Conclusion : vers une vigne autofertile
Le bilan après 6 ans d’expérimentation montre que si la transition n’est pas immédiate et dépend fortement des aléas climatiques (gel, mildiou), l’allègement des itinéraires techniques et le recours aux solutions biologiques permettent de maintenir des rendements satisfaisants.
La clé de cette réussite réside dans une observation fine et une adaptation constante aux conditions locales. L’agroécologie ne propose pas de recette miracle, mais une boîte à outils dynamique dont chaque élément (compost, couverts, outils, préparations) doit être choisi et ajusté selon l’objectif prioritaire : faire le meilleur vin possible tout en construisant un sol durable.