Utilisation d'outils numériques au GAEC du Champ Fleuri
Olivia Girbal

Le GAEC du Champ Fleuri, exploitation agricole en bovin viande située dans le nord de l’Aveyron, a mis en place différents outils numériques sur la ferme.
Contexte
Nom de l’exploitation : GAEC du Champ Fleuri
SAU : l’exploitation possède une SAU de 108 ha avec 70 ha de prairies permanentes et une trentaine d’hectares de prairies temporaires
Cheptel : 95 mères Aubrac
Ateliers et productions : bovin viande allaitant en système naisseur, les veaux sont vendus en broutard entre 9 et 12 mois. Les veaux sont issus d’un croisement aubrac-charolais.
UTH : 2 personnes travaillent sur l’exploitation, Olivia Girbal et son mari sont en GAEC depuis 2016
Cultures et rotations : L’exploitation possède environ 5 ha de triticale en rotation avec des mélanges de légumineuses sur 4 ans.
Labels : HVE depuis 2022 et en filière Boeuf Fermier Aubrac
Présentation des pratiques innovantes
Différents outils numériques ont été mis en place sur l’exploitation au cours des dernières années.
Capteurs de détection de vêlage
Principe
Depuis 2022, des capteurs de détection de vêlage sont utilisés sur l’exploitation. Lorsque les agriculteurs constatent que la vache est prête à vêler, en contrôlant la température de son organisme, ils fixent sur sa queue le capteur SmartVel. Ce capteur détecte différents paramètres notamment les contractions de la vache et envoie un SMS aux agriculteurs pour prévenir que la vache va vêler. Au bout de deux heures, si la vache n’a toujours pas vêlé, un nouvel SMS prévient les éleveurs, qui peuvent alors intervenir pour aider la vache.
Éléments déclencheurs de l’utilisation des capteurs
La période de vêlage est éprouvante pour les éleveurs qui doivent continuellement surveiller les vaches en se rendant à l’étable plusieurs fois par jour et par nuit. Cette période dure plusieurs semaines, et les éleveurs ne dorment presque pas. Olivia Girbal avait entendu parler des avantages de ces capteurs via d’autres exploitations. Elle explique que le capteur permet de déléguer entièrement la surveillance des vaches durant cette période, et donc de retrouver un confort de vie durant ces quelques semaines car il y a moins besoin d’aller voir les vaches.
Cela permet aussi de gagner du temps pour le reste de l’exploitation : par exemple pour un agriculteur dont les vaches vêlent au printemps, il est possible de s’occuper d’autres tâches dans la ferme ou les champs car les capteurs ont une portée lointaine et l’éleveur sera prévenu où qu’il soit lorsqu’une vache va vêler.
De plus, les capteurs sont un outil d’aide à la décision pour savoir quand il est nécessaire d’intervenir.
Bilan
Les capteurs sont fiables à au moins 95%. Les rares fois où Olivia Girbal n’a pas été prévenue d’un vêlage c’était parce que le vêlage était trop discret pour être détecté par le capteur, et à fortiori pour être détecté par l'œil humain. A l’exception de ces quelques vêlages très rapides et faciles, Olivia Girbal a toujours été prévenue en cas de vêlage.
Il peut aussi arriver que l’appareil détecte des signes de vêlage et envoie une fausse alerte, notamment l’été quand les vaches sont couvertes de mouche. Mais cela arrive rarement et ce n’est pas très grave que l’appareil appelle pour rien.
Il faut apprendre à faire confiance au capteur pour lui déléguer la surveillance du vêlage, c’est un gain de temps énorme et cela permet de retrouver une vie moins stressante et moins fatigante pendant les périodes de vêlage.
Il y a moins d’interventions pour aider au vêlage depuis que ces capteurs sont utilisés, ce qui limite le risque infectieux.
Colliers de détection des chaleurs
Principe
En 2022, des colliers de détection des chaleurs ont également commencé à être utilisés sur l’exploitation. Ces colliers envoient des alertes à l’éleveur lorsque la vache est en chaleur et prête à être inséminée. Ces colliers sont très utilisés en élevage laitiers mais moins en élevage allaitant.
Éléments déclencheurs de l’utilisation des colliers
La période des chaleurs suit celle des vêlages et est également très fatigante. Il faut aller dans la stabulation plusieurs fois par jour et par nuit pour ne pas rater le moment propice à l’insémination. L’utilisation de ces capteurs est donc là aussi un gain de temps important pour les éleveurs tout en leur permettant de retrouver un confort de vie lors de cette période.
Bilan
L’appareil permet d’être plus fiable que l'œil humain pour détecter le moment où la vache doit être inséminée. Cela augmente les chances de réussite de l’insémination. La fiabilité est d’au moins 70%, ce qui se rapproche des saillies de taureaux.
En cas de chaleur silencieuse, le collier ne fera cependant pas mieux que l'œil humain et ne détectera pas les chaleurs.
Un avantage important de cet outil est aussi de pouvoir avoir accès à un catalogue de taureaux triés et dont les descendances sont testées à un moindre coût. Il faut par contre faire attention à la distance entre le troupeau et le boîtier relais, si elle est trop grande le système fonctionnera mal et risque de ne pas prévenir l’éleveur. De plus, la pose et la dépose peuvent être assez compliquées mais il existe désormais un système de boucles auriculaires clipsables beaucoup plus simple à utiliser.

Sondes à fourrage connectées
Principe
Cet appareil permet de mesurer la température des bottes de foin. Lorsque cette température dépasse un seuil critique, l’exploitant est prévenu qu’il faut sortir voire même appeler les pompiers. Cela permet d’éviter les risques d’incendies liés à un fort échauffement lors de la fermentation des bactéries.
Lorsque la température dépasse 55°C, une première alerte est envoyée à l’éleveur pour le prévenir d’une température dangereuse. Il est alors conseillé de contrôler la température, d’aérer les tas à partir du sommet, de tenir à proximité les moyens d’extinction, de sortir le fourrage uniquement en présence des secours et de ne pas générer d’appel d’air.
Lorsque la température dépasse 75°C, une autre alerte est envoyée à l’éleveur pour le prévenir d’une température très dangereuse et d’un risque important d’incendie. Il faut alors prévenir les secours et ne pas intervenir sur le site de fourrage. Il est également important de ne pas générer d’appel d’air à proximité et d’éloigner les équipements alentour comme les véhicules.
Éléments déclencheurs de l’utilisation des sondes à fourrages
Olivia Girbal a mis en place cet outil en 2020 lorsque le stockage a été construit et assuré. L’objectif était de sécuriser un maximum l’exploitation et éviter les incendies.
Bilan
Les sondes sont très fiables et permettent d’ajouter une sécurité sur l’exploitation tout en évitant de perdre du stock de foin.

Logiciel SYNEL
Principe
Olivia Girbal et son mari utilisent également différents logiciels sur l’exploitation. Le logiciel SYNEL permet de faire les déclarations de naissances et déclarations de tous les mouvements d’animaux et d’actualiser le carnet sanitaire en ligne plutôt que sur papier. Une très grande majorité d’exploitations utilise déjà ce logiciel.
Les informations du troupeau sont enregistrées sur le logiciel ce qui évite les erreurs et fait gagner du temps lors des déclarations. Sur le carnet sanitaire, un même traitement peut être renseigné pour plusieurs animaux en même temps par exemple. Le logiciel permet aussi de donner rapidement une information telle que le nombre de veaux ayant eu la grippe cette année, combien il y a eu de mammites sur le troupeau…
Éléments déclencheurs de l’utilisation du logiciel SYNEL
L’usage d’un logiciel est plus efficace et plus simple que de faire les démarches sur papier. Par exemple à la naissance d’un veau, la déclaration peut se faire immédiatement sur téléphone portable ce qui limite les oublis. Olivia Girbal a commencé à l’utiliser dès qu’il a été possible de faire les déclarations et tenir le cahier sanitaire par informatique afin de gagner du temps. Il est pratique d’utilisation : il n’est pas nécessaire de saisir plusieurs fois les mêmes informations puisque le logiciel les enregistre.
Bilan
L’usage de ce logiciel est très simple et permet ainsi de gagner beaucoup de temps.
Logiciel Mes Parcelles
Principe
Le logiciel Mes Parcelles dépend de la chambre d’agriculture. Olivia Girbal l’utilise pour tenir le carnet de pâturage et renseigner les épandages et traitements effectués sur les parcelles. Ce logiciel, qui centralise toutes les informations au même endroit, est un outil de traçabilité très utile pour les rotations d’animaux sur les parcelles.
Élément déclencheur de l’utilisation de ce logiciel
L’aspect réglementaire a motivé l’utilisation du logiciel Mes Parcelles au GAEC du Champ Fleuri. En effet, tenir le cahier d’épandage et le registre sanitaire sur papier était plus compliqué en termes d’organisation. Lors de la démarche de certification HVE, une vérification du respect des normes est effectuée sur l’exploitation. C’est à ce moment-là que Olivia Girbal a souhaité avoir un outil plus pratique et plus synthétique pour le cahier d’épandage et le registre sanitaire.
Bilan
Ce logiciel permet ici encore de gagner du temps par rapport au format papier, tout en facilitant l’organisation du pâturage tournant. Il permet également de centraliser au même endroit toutes les données de l’exploitation sur plusieurs années (épandage, traitements…), ainsi en cas de contrôle aucune information n’est manquante ou perdue.
Cependant l’inconvénient de ce logiciel est de devoir saisir les mêmes informations plusieurs fois : à chaque changement de parcelle pour les animaux il faut à nouveau saisir toutes les données.
D’une manière générale sur les logiciels, Olivia Girbal explique que c’est bien plus pratique que le papier et qu’il n’y a pas besoin d’être très doué en informatique pour s’en servir puisqu’ils sont simples d’utilisation. Il faut simplement avoir envie de tester !
Logiciel de planification : NéoCuma
Principe
NéoCuma est un logiciel de planification, gestion et comptabilité destiné aux réseaux des Coopératives d'Utilisation de Matériels Agricoles (CUMA). Les objectifs de ce logiciel sont de faciliter les échanges entre les différents acteurs d'une CUMA. Olivia Girbal est responsable salariée au sein d’une CUMA. Ce logiciel lui permet notamment de valider les heures des salariés puis transmettre ces informations pour l’édition des bulletins de paye.
Le logiciel permet également à tous les membres de la CUMA d’avoir accès à un planning partagé pour pouvoir vérifier quand le matériel (tracteur…) est disponible ou non.
Bilan
Ce logiciel permet un gain de temps et une organisation efficace au sein d’une CUMA.
Test du logiciel BAOBA
Dans le cadre du projet ARCHIPELL, porté par la chambre d’agriculture Occitanie et qui vise à promouvoir l’usage du numérique dans l’agriculture, Olivia Girbal a eu l’occasion de tester un nouveau logiciel de gestion des pâturages et cultures : le logiciel BAOBA. Sur le même principe que Mes Parcelles, BAOBA permet de tenir le carnet de pâturage, mais de manière plus simple et efficace selon Olivia Girbal car il n’est pas nécessaire de saisir à nouveau toutes les informations à chaque rotation : il suffit de déplacer un point représentant une partie du troupeau d’une parcelle vers une autre.
Cependant pour le moment le logiciel lui semble moins simple visuellement à utiliser, et moins synthétique en raison du nombre de critères et données à remplir.
Les investissements
Investissements économiques
Coût des outils numériques
Les outils numériques présentés ont un coût, cependant en partie compensé par le gain de temps qu’ils permettent.
- Les capteurs de vêlage coûtent environ 4700€ pour 5 capteurs et une antenne relais en s’équipant chez Innoval.
- Les colliers de détection des chaleurs coûtent 10000 à 15000 € pour 80 colliers.
- Les sondes à fourrage coûtent environ 800 € pour 10 sondes et un relais, et 96 TTC€ par an de frais d’abonnement chez Groupama.
- Le logiciel SYNEL fait payer des frais pour les déclarations de naissances et tout mouvement d’animaux, mais ces derniers coûtent moins cher que la déclaration sur papier. Par exemple, une déclaration de naissance coûte 48 centimes de moins sur informatique et un mouvement coûte 15 centimes de moins. L’abonnement à la partie carnet sanitaire du logiciel coûte 87€ hors taxe.
- Le logiciel Mes Parcelles coûte 358€ HT par an.
Aides perçues
Le GAEC du Champ Fleuri a pu obtenir une subvention de la région pour les capteurs de vêlage.
Les colliers peuvent aussi être éligibles à des subventions dans certaines situations.
De plus Groupama, fournisseur des sondes à fourrage, remboursait 150€ par an pendant cinq ans sur la cotisation des sondes à fourrage pour encourager les exploitants à s’équiper.
Temps de travail
Un temps d’adaptation est nécessaire pour une bonne utilisation des outils. Pour les capteurs de vêlage et les colliers connectés il faut compter au moins un an pour se familiariser à l’outil. A l’issue de cette année le gain de temps est important.
Pour les logiciels, il faut les utiliser pour en voir les limites et avantages et savoir s’ils sont utiles sur l’exploitation.
Les sondes à fourrage s’utilisent quant à elles très facilement, il n’y a pas besoin de temps d’adaptation.
Tableau récapitulatif
| Outil numérique | Coût | Aides perçues | Bénéfice |
| Capteur de vêlage | 4700 € pour 5 capteurs et 1 antenne relais | Subvention de la région Occitanie | Gain de temps
Confort de vie |
| Colliers de détection de chaleurs | 10000 à 15000 € pour 80 colliers | - | Gain de temps
Confort de vie |
| Sondes à fourrage | 800 € pour 10 sondes et un relais, et 96 TTC € par an de frais d’abonnement | Aides de Groupama, fournisseur des sondes : 150 € par an pendant 5 ans | Sécurité |
| Logiciel SYNEL | Prix des déclarations, moins cher qu’au format papier | - | Gain de temps
Organisation |
| Logiciel Mes Parcelles | 358 € HT / an | - | Gain de temps
Organisation |
Perspectives
A l’avenir, Olivia Girbal explique qu’elle utilisera peut-être d’autres outils numériques si leur utilisation semble pertinente ou plus adaptée que les outils en place actuellement.
Conseils pour d’autres agriculteurs
Il faut bien se renseigner sur les différents outils et les tester pour savoir lesquels conviendront à une exploitation. Il est important de ne pas acheter de façon précipitée et de s’informer sur les aides existantes.
Sources
Retour d'expérience rédigé à la suite d'un entretien avec Olivia Girbal en Août 2026.