RIAV - Marcel Bouché
![]()
Notre Tipeee si vous voulez nous soutenir :
https://www.verdeterreprod.fr/nous-soutenir/
Présentation de Marcel Bouché
Marcel Bouché se présente comme un spécialiste des vers de terre. Il explique que ces animaux ont longtemps été délaissés, et qu’ils le sont encore souvent, pour une raison très simple : on ne les voit pas.
Selon lui, les vers de terre constituent pourtant la première masse animale de France. Ils représenteraient environ 15 % de la masse totale des animaux, y compris l’être humain. Mais, parce qu’ils vivent dans le sol, le grand public les réduit le plus souvent à leur usage d’appâts pour la pêche, alors que leur rôle réel est bien plus important.
Le rôle majeur des vers de terre dans les sols
Marcel Bouché insiste sur le fait que les vers de terre sont les véritables laboureurs des sols naturels. Les forêts et les prairies permanentes bénéficient de leur action depuis très longtemps, depuis plus de 70 millions d’années.
Il décrit un travail considérable :
- les vers de terre brasseraient environ 300 tonnes de terre par hectare et par an ;
- ils laisseraient sur le sol des agrégats stables pour environ 1 000 tonnes par hectare et par an ;
- ils apporteraient aux plantes entre 800 et 850 kg d’azote par hectare et par an.
Il précise que les plantes leur rendent cet apport, ce qui explique qu’ils puissent contribuer à de telles quantités. Il souligne aussi que ces chiffres sont supérieurs à ce que les humains apportent, par exemple, dans des cultures de céréales.
Pour lui, il s’agit donc d’un travail énorme, longtemps ignoré, mais qu’il dit avoir pu mesurer sans perturber les milieux.
Une démarche d’écologie fondée sur les écosystèmes réels
Marcel Bouché explique qu’il juge les sols, mais qu’il ne s’attache pas à une écologie abstraite. Il revendique au contraire une « vraie écologie », consistant à regarder ce qui se passe dans les vrais écosystèmes et à comprendre comment ils fonctionnent.
Cette approche repose sur l’observation du terrain et sur l’étude des milieux naturels tels qu’ils existent réellement, sans les réduire à des modèles théoriques ou à des expériences trop éloignées des conditions concrètes.
L’intérêt du monde agricole
Du point de vue des agriculteurs, Marcel Bouché dit avoir rencontré un très grand intérêt pour ces questions. Il affirme avoir été stupéfait de trouver un auditoire qui n’attendait que cela.
Selon lui, il existait déjà cent ans de recherche et de connaissances, avec des résultats disponibles par ailleurs, mais qui restaient mal connus, voire pas connus du tout. Il explique avoir été accueilli chaleureusement, et que cet intérêt a été réciproque.
Il évoque alors un travail d’échanges intensifs entre connaissances scientifiques et expériences de terrain, permettant de progresser ensemble. Il y voit aussi un effet dans l’opinion publique, par exemple à travers l’acceptation croissante des produits biologiques par les consommateurs.
Une critique de la science agronomique académique
Marcel Bouché formule en parallèle une critique très sévère de la science académique et agronomique sur ces questions. Selon lui, il existe une ignorance totale de l’agriculture écologique.
Il reproche à une partie du monde scientifique de considérer ces sujets comme des curiosités, plutôt que comme des objets centraux de recherche. À ses yeux, les chercheurs n’ont pas créé les outils nécessaires pour étudier réellement le fonctionnement des sols, alors même que ceux-ci constituent la partie majeure des agroécosystèmes.
Il estime que cette carence empêche de comprendre et de réguler correctement les systèmes agricoles, parce que l’on ne sait pas vraiment comment fonctionnent les sols vivants.
La nécessité d’une recherche agronomique tournée vers le terrain
En conclusion, Marcel Bouché exprime le souhait qu’un jour la recherche agronomique s’occupe réellement d’agriculture en allant voir les sols.
Pour lui, cela suppose de regarder ce qui se passe sur le terrain, dans les conditions réelles, plutôt que de rester dans des théories, dans des boîtes de laboratoire ou dans des écosystèmes purement théoriques.
Son propos met donc en avant une idée centrale : la compréhension de l’agriculture passe d’abord par la compréhension des sols vivants, et notamment par la reconnaissance du rôle essentiel des vers de terre.