Produire des vers de terre pour nourrir son élevage de volailles

De Triple Performance
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Dans ce live, Vincent reçoit Laurent Richard pour explorer la production de vers de terre comme complément alimentaire pour les volailles, en particulier dans les petits élevages. L’enjeu est d’autant plus fort en agriculture biologique, avec la fin des 5 % de matières premières conventionnelles autorisées dans l’alimentation. Laurent explique les besoins nutritionnels des poules en énergie, protéines et acides aminés, et montre l’intérêt du ver de terre : source naturelle, très riche en protéines, bien équilibrée en acides aminés, vitamines et énergie. Il compare cette piste au soja, à la féverole, à la farine de poisson ou d’insectes. La vidéo détaille aussi les bases de la lombriculture : différences avec le lombricompostage, conditions d’élevage, reproduction, rendements et modes de distribution aux poules. Les échanges abordent enfin la réglementation, les contraintes techniques, les questions sanitaires et le potentiel agronomique du lombricompost produit en parallèle.

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Résumé
Dans ce live, Vincent reçoit Laurent Richard pour explorer la production de vers de terre comme complément alimentaire pour les volailles, en particulier dans les petits élevages. L’enjeu est d’autant plus fort en agriculture biologique, avec la fin des 5 % de matières premières conventionnelles autorisées dans l’alimentation. Laurent explique les besoins nutritionnels des poules en énergie, protéines et acides aminés, et montre l’intérêt du ver de terre : source naturelle, très riche en protéines, bien équilibrée en acides aminés, vitamines et énergie. Il compare cette piste au soja, à la féverole, à la farine de poisson ou d’insectes. La vidéo détaille aussi les bases de la lombriculture : différences avec le lombricompostage, conditions d’élevage, reproduction, rendements et modes de distribution aux poules. Les échanges abordent enfin la réglementation, les contraintes techniques, les questions sanitaires et le potentiel agronomique du lombricompost produit en parallèle.

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Laurent Richard est coordinateur technique pour une société d’accouvage, intervenant externe à UniLaSalle et rédacteur d'un mémoire intitulé "Une nouvelle source de protéines pour limiter le picage chez la poule pondeuse en production biologique : Le ver de terre".

Vincent Levavasseur de Ver de Terre Production animera les échanges entre l'intervenant et vous.


Programme :

18h-18h30 : les clés pour vous lancer de la production de vers de terre à toutes échelles.

18h30-19h : séance de questions réponses entre le public et l'intervenant.




Introduction

Cette vidéo est un live YouTube consacré aux vers de terre, et plus précisément à leur utilisation pour nourrir les volailles. L’échange est animé par Vincent, en compagnie de Laurent Richard, qui a beaucoup travaillé sur cette question dans le cadre de ses recherches.

Le live est organisé en deux temps :

  • une présentation de Laurent Richard sur l’intérêt des vers de terre dans l’alimentation des volailles ;
  • puis une série de questions-réponses à partir du chat en direct.

Le sujet est présenté comme complémentaire de l’approche habituellement développée autour des vers de terre dans les sols. Ici, il ne s’agit pas seulement de favoriser la présence de vers de terre dans les parcelles grâce à la matière organique, aux racines vivantes ou aux couverts végétaux, mais bien de réfléchir à un véritable élevage de vers de terre, c’est-à-dire à une activité de lombriculture destinée à produire une ressource alimentaire pour les volailles.

Présentation de Laurent Richard

Laurent Richard se présente comme coordinateur nutrition pour une société travaillant sur la relation entre agriculture et alimentation animale.

Dans son parcours, il explique s’être lancé deux ans auparavant dans une validation des acquis de l’expérience pour un diplôme d’ingénieur en agronomie et agro-industrie. Son mémoire de fin d’études a porté exclusivement sur l’utilisation des vers de terre dans l’alimentation des volailles.

Cette recherche est née d’un contexte réglementaire précis : l’évolution de l’alimentation des volailles en production biologique, notamment sur la question des protéines. Jusqu’alors, l’alimentation biologique pouvait comporter 95 % de matières premières d’origine biologique et 5 % de matières premières conventionnelles. Avec la disparition de ces 5 % conventionnels, la question devient : par quoi remplacer ces sources de protéines ?

Laurent Richard précise que sa présentation vise surtout les petits élevages, et non les grandes structures travaillant avec des fournisseurs d’aliments industriels sur de gros tonnages.

Les besoins alimentaires des volailles

Le rôle de l’énergie

Laurent Richard commence par rappeler les bases de l’alimentation des volailles.

L’énergie doit être apportée en quantité suffisante pour couvrir :

  • les besoins d’entretien de l’animal ;
  • les dépenses liées à la production.

Il souligne que l’énergie est indispensable : sans elle, la poule ne peut ni vivre ni produire.

Les besoins énergétiques dépendent notamment de :

  • leur poids ;
  • la température ambiante ;
  • la production journalière ;
  • le gain de poids journalier.

En période hivernale, la consommation alimentaire augmente, car les besoins énergétiques sont plus importants.

La volaille régule sa consommation d’aliment en fonction de l’énergie. Plus l’aliment est riche en énergie, moins la poule en consomme. C’est un point important pour le ver de terre, que Laurent Richard décrit comme très riche en énergie.

Le rôle des protéines

La protéine apporte les acides aminés nécessaires à la production :

  • des muscles ;
  • des plumes ;
  • et plus globalement au fonctionnement de l’animal.

Lorsqu’il y a un déficit en acides aminés, différentes conséquences peuvent apparaître, notamment :

  • le piquage ;
  • le déplumement ;
  • des troubles liés à des carences en méthionine, tryptophane ou arginine.

Laurent Richard insiste sur un point : la poule ne stocke pas les protéines. Les acides aminés doivent donc être présents dans l’alimentation au moment où elle en a besoin.

Il rappelle aussi que tous les acides aminés essentiels doivent être présents. Si l’un d’eux manque, il devient le facteur limitant de la ration, et c’est tout l’équilibre de l’aliment qui est affecté. Selon lui, toutes les formules alimentaires pour volailles sont construites en priorité sur :

  • le niveau de protéine ;
  • le niveau d’acides aminés.

L’évolution de la réglementation en production biologique

Le passage au 100 % biologique

Laurent Richard rappelle qu’en alimentation bio, on était jusqu’alors sur :

  • 95 % de matières premières d’origine biologique ;
  • 5 % de matières premières d’origine conventionnelle.

À partir du 1er janvier 2022, ces 5 % conventionnels disparaissent, et l’alimentation doit passer à 100 % d’origine biologique.

C’est ce changement qui a motivé son travail : il fallait identifier des solutions capables de remplacer ces 5 % de matières conventionnelles, qui servaient principalement à apporter des protéines.

Les matières conventionnelles utilisées jusque-là

Les deux principales matières premières conventionnelles concernées sont :

  • la protéine de pomme de terre ;
  • le gluten de maïs.

Ces matières apportent en moyenne 65 % de protéines. Le problème est donc de retrouver, dans le cadre du 100 % bio, des matières premières avec une richesse protéique comparable.

Les limites des solutions végétales actuelles

Laurent Richard explique que les essais réalisés pour remplacer ces matières conventionnelles exclusivement par des matières végétales ont conduit à des baisses de performances.

Il cite notamment des essais réalisés par l’ITAVI :

  • dans un premier essai, les formulateurs ont cherché à conserver un coût identique de l’aliment, ce qui a conduit à diminuer la teneur en protéines et en acides aminés ;
  • résultat : baisse des performances.

Un autre essai a porté sur l’utilisation de féverole. Or la féverole n’apporte qu’environ 28 % de protéines. Pour compenser, il faut en incorporer davantage dans la ration, ce qui oblige à réduire d’autres matières premières comme le maïs ou l’huile.

La conséquence est une baisse de la valeur énergétique de l’aliment. La volaille doit alors transformer une partie des protéines en énergie, ce qui réduit encore l’intérêt protéique global de la ration. Là encore, cela conduit à une baisse des performances.

Selon Laurent Richard, ces solutions posent aussi la question de la disponibilité des surfaces agricoles nécessaires pour produire davantage de protéagineux biologiques, dans un contexte où les surfaces agricoles diminuent.

Les risques comportementaux

Au-delà de la baisse de performance, ces essais mettent aussi en évidence un risque accru de piquage sur les animaux, lié à un déficit en certains acides aminés.

Cela renforce l’intérêt de chercher une nouvelle source de protéines.

Pourquoi s’intéresser au ver de terre ?

La recherche d’une protéine animale adaptée

Laurent Richard explique qu’il fallait trouver une protéine animale apportant :

  • suffisamment de protéines ;
  • un bon profil en acides aminés.

Il compare plusieurs sources :

  • le soja : 44 à 48 % de protéines ;
  • la farine d’insectes : autour de 52 % ;
  • la farine de poisson : autour de 75 % ;
  • la farine de vers de terre : environ 63 %.

La farine de poisson a l’avantage d’être bien équilibrée en acides aminés. Mais Laurent Richard montre que le ver de terre se distingue aussi par la qualité de son profil en acides aminés.

Une piste cohérente avec le comportement naturel des volailles

Un autre argument en faveur du ver de terre est son caractère naturel.

Dans l’imaginaire collectif, une poule gratte le sol et mange des vers de terre. C’est un aliment cohérent avec son comportement naturel.

Laurent Richard cite aussi une loi du 10 juillet 1976, dont l’article 5 prévoit que tout animal doit pouvoir exprimer les comportements normaux de son espèce. Pour lui, le fait de picorer et d’ingérer des protéines animales issues notamment des vers de terre correspond bien à un comportement normal chez la poule ou le poulet.

Un interdit sur les farines, mais pas sur les vers vivants

Il rappelle que la réglementation interdit aujourd’hui l’apport de farines de poissons, de farines d’insectes ou de farines de vers de terre dans l’alimentation animale dans ce cadre. En revanche, l’utilisation sous forme vivante reste possible.

C’est un élément déterminant dans son raisonnement : même si les protéines animales transformées sont interdites, il reste envisageable d’utiliser le ver de terre vivant.

Les qualités nutritionnelles du ver de terre

Une richesse en protéines

Laurent Richard indique que la farine de vers de terre se situe autour de 63 % de protéines. C’est donc un niveau élevé, inférieur à la farine de poisson, mais supérieur à beaucoup de matières végétales.

Un très bon profil en acides aminés

Pour évaluer la qualité d’une protéine, il propose de regarder le ratio méthionine sur lysine.

Selon les valeurs qu’il présente :

  • la farine de poisson est à 38 % ;
  • la farine d’insectes est à 27 % ;
  • le ver de terre est à 54 %.

Cela signifie, selon lui, que le ver de terre a un profil en acides aminés particulièrement intéressant, meilleur que celui de plusieurs autres sources protéiques.

Il précise aussi qu’en comparaison du soja ou de la féverole, le ver de terre est largement supérieur sur cet aspect.

Une richesse en acides gras, vitamines et énergie

Le ver de terre est également décrit comme :

  • riche en acides gras ;
  • riche en vitamines, notamment B12 et B2 ;
  • riche en énergie.

Laurent Richard donne une valeur énergétique d’environ 4 460 kcal par kilo de farine de vers de terre.

Il souligne qu’au regard de son profil global, il serait tout à fait possible d’imaginer nourrir des volailles avec une proportion importante de vers de terre, à condition de tenir compte de leur capacité d’ingestion et de travailler la formulation de la ration en conséquence.

Peut-on remplacer totalement le soja ?

Laurent Richard s’est posé la question du remplacement complet du soja par le ver de terre.

D’après les formulations qu’il a étudiées :

  • avec une ration à base de blé, on peut supprimer totalement le soja avec moins de 5 % de farine de vers de terre dans certains cas ;
  • avec une ration à base de maïs, on peut également réduire fortement le soja et obtenir un bon équilibre.

Il précise qu’il ne faut pas uniquement regarder la teneur brute en protéines de l’aliment, mais surtout l’équilibre global en acides aminés.

En revanche, il souligne que ces formulations impliqueraient de produire des volumes importants de vers de terre.

Lombricomposteur et lombriculteur : deux logiques différentes

Laurent Richard distingue clairement deux approches.

Le lombricomposteur

Dans un lombricomposteur, la matière première recherchée est le lombricompost. Les vers de terre sont alors un sous-produit, même s’ils sont réutilisés pour continuer la production.

Le lombriculteur

Dans une logique de lombriculture destinée à nourrir des volailles, la matière première recherchée est au contraire le ver de terre. Le lombricompost devient alors le sous-produit.

Cette distinction est importante, car les systèmes de production ne sont pas pensés de la même manière.

Il ajoute que la France connaît surtout le lombricompostage, alors que la lombriculture comme production ciblée de vers de terre reste beaucoup moins développée.

L’intérêt agronomique du lombricompost

Même si son travail est centré sur l’alimentation des volailles, Laurent Richard insiste sur l’intérêt du lombricompost pour les sols.

Il indique que le lombricompost est :

  • très riche en nitrates ;
  • plus riche en phosphore, potassium et magnésium ;
  • mille fois plus riche en activité microbienne qu’un compost classique.

Il présente aussi plusieurs effets bénéfiques sur les plantes :

  • meilleure germination ;
  • meilleure croissance ;
  • développement plus productif des semis ;
  • meilleure rétention de l’eau ;
  • régénération des sols usés ;
  • amélioration de la résistance aux maladies.

Il compare rapidement cette logique au compost d’insectes, en indiquant que celui-ci correspond à un compost classique, mais qu’il pourrait éventuellement servir ensuite de support alimentaire pour produire du ver de terre, et ainsi être transformé en lombricompost.

Produire des vers de terre

Les besoins du ver de terre

Pour produire du ver de terre, il faut une litière ayant certaines caractéristiques :

  • un fort pouvoir absorbant ;
  • un bon potentiel de gonflement ;
  • une faible teneur en protéines ;
  • une richesse en carbone.

Laurent Richard cite notamment :

  • le foin ;
  • le papier ;
  • le miscanthus ;
  • les foins de légumineuses.

Ces matières peuvent être mélangées. Au démarrage, elles sont mises en place puis laissées un certain temps pour permettre le développement de moisissures et de bactéries, qui participent ensuite à l’alimentation des vers de terre.

Le ver de terre a aussi besoin de :

  • oxygène ;
  • humidité ;
  • un pH compris entre 5 et 9, avec un optimum autour de 7,5 à 8 ;
  • une température comprise entre 15 et 25 °C, avec un optimum autour de 25-26 °C.

En dessous de pH 5 ou au-dessus de pH 9, les vers de terre ne peuvent pas vivre.

Les systèmes de production

Laurent Richard explique qu’il existe déjà des machines, mais qu’elles sont surtout conçues pour produire du lombricompost, pas pour optimiser la production de vers de terre.

Dans son raisonnement, l’enjeu serait de faire évoluer les systèmes pour ne plus être sur un rapport de type :

  • 70 % lombricompost ;
  • 30 % vers de terre,

mais sur un rapport plus favorable à la production de vers de terre, par exemple :

  • 55 % / 45 % ;
  • voire 40 % / 60 %.

Il présente des systèmes sous forme de tas avec :

  • des cloisons latérales ;
  • une fermeture par bâche ;
  • une zone d’aération.

Il évoque aussi la possibilité d’utiliser des contenants plus petits, comme des cuves à eau.

Il mentionne enfin des installations décrites dans un guide canadien de lombricompostage et de lombriculture à la ferme, avec également récupération du « thé de compost ».

La reproduction des vers de terre

Laurent Richard présente ensuite quelques repères sur la reproduction du ver de terre.

Dans des conditions optimales :

  • il faut deux vers de terre pour se reproduire ;
  • une semaine après reproduction, on obtient en moyenne un cocon par ver de terre et par semaine ;
  • l’éclosion intervient environ douze jours après ;
  • les jeunes vers issus de l’éclosion atteignent le stade de reproduction vers 35 jours.

Pour démarrer une production, il recommande environ 2,5 kg de vers de terre par mètre carré de surface au sol.

L’optimum se situe à 5 kg par mètre carré. Il précise qu’il ne faut pas dépasser ce niveau si l’on veut conserver une reproduction maximale. Dès que la densité devient trop forte, il faut diviser les tas.

Il montre ensuite que, dans des conditions optimales très stables, la multiplication peut devenir très importante au fil des mois. Il précise toutefois que cela suppose :

  • une température stable autour de 25 °C ;
  • 80 % d’humidité ;
  • pas de variation climatique importante.

Quelle production pour nourrir 500 poules ?

Laurent Richard prend un exemple concret : un élevage de 500 poules.

Il part d’une consommation moyenne de 135 g d’aliment par jour et par poule, en moyenne annuelle.

S’il incorpore 4 % de vers de terre dans la ration, cela représente environ :

  • 5,44 g de vers de terre par poule et par jour ;
  • soit 2,727 kg de vers de terre par jour pour 500 poules.

En reliant cela à la densité optimale de production, il en conclut qu’il faudrait environ un mètre carré de production de lombriculture par jour pour nourrir ces 500 poules avec cette proportion de vers de terre.

Récolte et distribution

Tamisage du lombricompost

La première méthode consiste à tamiser le lombricompost pour récupérer les vers de terre.

Avantages :

  • on distribue uniquement les vers de terre ;
  • on maîtrise précisément le volume distribué ;
  • on peut récupérer les jeunes vers pour réensemencer de nouveaux tas.

Distribution directe du lombricompost

La deuxième méthode consiste à distribuer directement le lombricompost avec les vers de terre dedans, par exemple dans des bacs ou des brouettes mis à disposition des volailles.

Avantages :

  • moins de manipulation ;
  • distribution plus simple.

Limites :

  • on maîtrise moins précisément la quantité de vers effectivement consommée ;
  • on ne sait pas exactement si les poules mangent tous les vers ou non ;
  • les jeunes vers ne sont pas récupérés, ce qui impose de maintenir en parallèle une nurserie.

Questions-réponses

Différence entre lombricomposteur et vermicomposteur

Dans l’échange, Laurent Richard revient sur la distinction qu’il a déjà exposée :

  • le lombricomposteur cherche d’abord à produire du lombricompost ;
  • la lombriculture cherche d’abord à produire du ver de terre.

La différence principale réside donc dans l’objectif du système et dans la manière de piloter la production.

Quelle quantité de matière faut-il apporter ?

À la question de savoir combien de matière il faut apporter pour produire les vers nécessaires à 500 poules, Laurent Richard répond qu’un ver de terre mange à peu près l’équivalent de son poids par jour.

Il estime qu’il faut environ 200 kg de matière première au départ pour lancer le système correspondant à cet objectif, puis gérer ensuite le fonctionnement du tas.

Rôle du rapport carbone/azote

Sur la question du rapport C/N, Laurent Richard reconnaît que ce n’était pas son cœur de spécialité dans ce travail, qui portait davantage sur la valeur nutritionnelle du ver de terre pour les volailles.

Vincent complète en expliquant qu’un ver de terre mange bien des matières organiques plutôt fraîches et plutôt carbonées, avec un rapport C/N généralement supérieur à 15 ou 20.

Vers de farine, mouches soldats noires et vers de terre

Interrogé sur la différence entre les vers de terre et d’autres élevages comme les vers de farine ou les larves de mouches soldats noires, Laurent Richard répond surtout par comparaison nutritionnelle :

  • la farine d’insectes est intéressante ;
  • mais le ver de terre se distingue par un meilleur équilibre en acides aminés.

C’est ce profil qui fait, selon lui, son intérêt particulier.

Production en extérieur ou en intérieur

Sur la possibilité d’élever les vers de terre en extérieur, Laurent Richard répond que cela devient problématique dès que les températures baissent, notamment à partir d’octobre dans le contexte européen.

Si l’on veut produire en continu toute l’année pour viser l’autonomie alimentaire, il faut selon lui produire à l’intérieur d’un bâtiment.

Peut-on produire directement dans le sol ?

La question d’une culture des vers de terre directement dans le sol est évoquée, mais le principal problème soulevé est celui de la récolte.

L’idée de donner progressivement accès aux tas ou aux bacs aux volailles est évoquée comme piste possible, mais cela demanderait une bonne organisation.

Les bâtiments doivent-ils être chauffés ?

Laurent Richard indique qu’il n’est pas forcément nécessaire de chauffer le bâtiment, car une fois lancé, le tas monte naturellement en température après 18 à 20 jours de maturation.

La chaleur interne du système permet ensuite de maintenir un fonctionnement correct, à condition de bien gérer le dispositif.

Température maximale

Au-delà de 29 à 30 °C à l’intérieur du tas, il y a un risque pour les vers de terre. À l’inverse, en dessous de 15 °C, ils travaillent beaucoup moins bien.

Production en climat tropical

À une question venue de Colombie, Laurent Richard répond que dans des climats tropicaux, la reproduction peut être encore plus rapide, et il signale que des références spécifiques existent sur ce point.

Quelle espèce de ver de terre ?

L’espèce évoquée est principalement Eisenia foetida, décrite comme le ver de compost le plus utilisé.

Il indique que d’autres espèces ont été étudiées, notamment des vers de plus grande taille en climat tropical, mais qu’ils sont moins intéressants si l’on raisonne en protéines produites par unité de surface.

La qualité du ver dépend-elle de son alimentation ?

Laurent Richard explique que les essais qu’il a consultés montrent surtout une stabilité de la richesse protéique du ver. Selon lui, ce sont surtout :

  • l’espèce ou la souche du ver ;
  • et non seulement la matière consommée,

qui déterminent le mieux ses caractéristiques nutritionnelles.

Peut-on faire des farines ou conserver les vers ?

Il rappelle que toute transformation thermique ferait entrer le produit dans la catégorie des protéines animales transformées, interdites dans ce cadre réglementaire.

C’est pourquoi l’usage vivant est aujourd’hui la voie la plus simple.

Il mentionne la possibilité du broyage, mais précise que cela poserait ensuite des questions de conservation, notamment avec le recours éventuel à des antioxydants. Il indique qu’il existe encore peu de travaux très poussés sur cette conservation.

Impact sur les salmonelles et les colibacilles

Laurent Richard signale des travaux où des fumiers contaminés ont été lombricompostés, puis où les vers ont été redonnés à des volailles.

Il explique que ces travaux montrent une diminution importante de la présence de salmonelles. Il dit la même chose pour les colibacilles.

Selon lui, le ver de terre ne semble donc pas être un facteur aggravant sur ce plan, et pourrait même avoir un effet plutôt améliorateur.

Quelle ration en pratique ?

Sur la ration pratique, Laurent Richard indique que pour une poule consommant autour de 135 g par jour, on peut envisager autour de 5 à 6 % de vers de terre, soit environ 7 à 8 g par jour.

Le reste peut ensuite être complété par :

  • du blé ;
  • du maïs ;
  • éventuellement du grit ;
  • et d’autres fibres ou matières distribuées à volonté.

Il souligne néanmoins qu’il faut idéalement travailler cela avec un formulateur ou un fournisseur d’aliment.

Différence entre poules pondeuses et poulets de chair

Il rappelle que les besoins ne sont pas les mêmes entre poules pondeuses et poulets de chair, notamment pour le calcium. Les formules doivent donc être adaptées selon les productions.

Effets sur la santé et le comportement des volailles

Laurent Richard dit que tout ce qu’il a vu dans la bibliographie va dans le sens :

  • d’une amélioration des performances ;
  • d’une amélioration du plumage ;
  • d’une diminution des comportements de piquage.

Il insiste à nouveau sur le fait qu’un meilleur apport en acides aminés contribue à cet effet.

Qualité nutritionnelle des œufs

Concernant les œufs, il estime que la qualité intrinsèque d’un œuf reste globalement la même. L’alimentation peut jouer sur certains aspects visibles, comme la couleur du jaune, mais ne change pas fondamentalement la valeur nutritionnelle globale de l’œuf.

Peut-on nourrir les vers avec des déjections animales ou humaines ?

Laurent Richard répond que non, dans le cadre réglementaire actuel, car tout ce qui sert à produire un aliment pour animaux ne doit pas être issu de déjections animales.

Il précise que, techniquement, certaines matières comme le crottin pourraient être très intéressantes pour produire des vers de terre, mais que cela n’est pas autorisé dans ce cadre d’usage.

Conclusion

En conclusion, cette présentation montre que le ver de terre apparaît comme une piste sérieuse pour nourrir les volailles, notamment dans les petits élevages et dans un contexte de renforcement des exigences en alimentation biologique.

Les principaux intérêts mis en avant par Laurent Richard sont :

  • un aliment naturel et cohérent avec le comportement des volailles ;
  • une forte richesse en protéines ;
  • un profil en acides aminés très intéressant ;
  • une richesse en énergie, acides gras et vitamines ;
  • un potentiel pour réduire certains troubles comme le piquage ;
  • une production qui génère aussi un sous-produit agronomique de grande valeur : le lombricompost.

La principale difficulté reste celle de la production à l’échelle nécessaire, avec des systèmes encore peu développés spécifiquement pour la lombriculture orientée alimentation animale.

Le live se termine sur l’idée qu’il serait intéressant de poursuivre les échanges dans un autre épisode pour approfondir la question de l’alimentation des gallinacés à partir des vers de terre.