Passage en monotraite avec 120 vaches en Isère
Présentation:
-Luzinay, Isère. 350m d’altitude
-5,5 UTH
-120 vaches laitières
-132ha de SAU
- Agriculture Biologique
- Transformation à la ferme 80 000 L/an
Situé dans les balmes viennoises à 350m d’altitude, le GAEC Mas d’Illins a fait le choix audacieux de la monotraite.
La monotraite comme levier de résilience et de liberté
Installé depuis 1993, le GAEC Mas d’Illins, aujourd'hui géré par un couple d’associés et employant trois salariés (leurs enfants en projet d'installation), a franchi un cap décisif le 1er août 2024 en passant l'intégralité du troupeau en monotraite. Ce choix, mûri depuis une première réflexion en 2004 mais impossible économiquement à ce moment-là. Une seconde réflexion arrive en 2016 à la suite de la conversion en Bio qui a pu conduire à la transition en 2024.
Un choix dicté par le bien être de l’éleveur
Le déclic final est venu d’un manque de main d'œuvre suite au départ de salariés et apprentis. La monotraite a permis de réduire l’astreinte quotidienne, offrant plus de temps libre et plus de souplesse aux éleveurs. Désormais, la traite unique a lieu à 7h le matin et dure entre 2h30 et 3h, permettant d’économiser environ 3 heures de main d'œuvre par jour. Elle s’inscrit ainsi dans une perspective de transmissibilité.
Au-delà du gain de temps, c’est un système “plus sociable” pour la future génération. Côté animaux, les bénéfices sont notables : les 120 vaches laitières (un mélange de races croisées incluant Prim Holstein, Jersiaise, et Brune des Alpes) sont moins sollicitées et ont repris de l’état corporel. L’éleveur observe une meilleure fertilité, des pieds plus sains et la disparition des problèmes d’acétonémie.
Une stratégie basée sur le pâturage et la qualité

La ferme repose sur un système herbager avec une ration à base de foin, d’ensilage et d'enrubannage et où le pâturage représente 50 à 60% de la ration car les vaches sortent du 15 février au 15 novembre. Grâce à l’importance du pâturage, les éleveurs peuvent fermer le silo d’ensilage d’herbe du 1er avril au 1er octobre. Pour déterminer quand changer de pâture les éleveurs mesurent tous les jours les quantités de lait produites et quand celles-ci chutent de plus de 10% alors le changement doit être effectué.
La bonne qualité du fourrage est obtenue grâce à des fauches précoces.
Afin d’obtenir la quantité la plus juste en fourrage, les exploitants achètent entre 15 et 25 ha de foin sur pied.
Pour compenser la baisse de production laitière, l’exploitation mise sur :
-La génétique: L’introduction des races Jersiaise et Brunes des Alpes permet d’obtenir des taux élevés (50 de TB et 35 de TP)
-L’autonomie alimentaire: Une réduction drastique des concentrés et la suppression du soja pendant la période de pâturage.
-La gestion des surfaces: Le pâturage est optimisé, avec notamment l’implantation de sorgho fourrager pour la pâture de nuit en été.
Un bilan Économique et technique équilibré
Même si le passage en monotraite a entraîné une baisse de 30% de la production de lait, celle- ci est compensée par une diminution des charges. Les produits de lavage et de traite ont diminué de 50%. Aussi la diminution des factures d’eau et d'électricité n’est pas négligeable. De plus la qualité du lait (moins de 200 000 cellules après une période de stabilisation de 3 mois) permet d’obtenir des primes de qualité, avec un prix payé avoisinant 630€ les 1000L en novembre 2025 chez Sodiaal.
L’autonomie a été améliorée grâce à la baisse d’achat d’intrant protéique (soja de 15 à 3t) et en énergie (maïs épi 180 à 45t).
En moyenne sur l’année cet atelier arrive à dégager 6,3€/vache/jour de marge alimentaire.
Afin de valoriser encore mieux leur production laitière les exploitants transforment 80 000L de lait en produit frais (lait cru fromage blanc, crème dessert) et vendu en direct. Par le biais de la vente directe, ils commercialisent aussi de la viande en colis.
Des résultats techniques en progression
Avant le passage en monotraite la moyenne de production était à 6700L, aujourd’hui elle est passée à 4700L avec pour objectifs des éleveurs d’aller jusqu'à 5000L/vaches.
Toute la reproduction est faite par insémination avec des vêlages étalés sur toute l’année. Entre 20 et 25% des vaches sont inséminées en séxés laitier et le reste en croisé viande avec une moyenne de 1,4 IA/ vaches. Les génisses sont mises à la reproduction à 2 ans.
Conseils pour une transition réussie
Pour le GAEC Mas d’Illins, la monotraite n’est pas une simple adaptation, mais un système à part entière. L'éleveur conseille à ceux qui souhaitent se lancer de :
- Choisir une exploitation avec beaucoup de surface pâturable proche (moins de 800 mètres du bâtiment).
- Faire évoluer la génétique pour favoriser les taux plutôt que le volume.
- Anticiper les investissements au moins 10 ans à l'avance.
En conclusion, la monotraite au GAEC Mas d’Illins est perçue comme une solution durable qui “résout beaucoup de problèmes”, tout en préparant sereinement la transmission car leur repreneurs souhaitent garder ce système.