Ouvre-paillage: un outil développé pour le MSV
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💧Voici l'outil ouvre-paillage: pour ouvrir un sillon dans un paillage de paille afin de créer un sillon de semis.
🌳L'outil ouvre-paillage est le résultat d'un projet démarré il y a 3 ans par la Chambre d'agriculture de Normandie, en partenariat avec les maraîchers de l'association MSV Normandie.
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Aboutissement du projet ouvre-paillage
Nous arrivons à l’aboutissement d’un projet commencé en 2019, financé par la région Normandie et l’Europe dans le cadre d’appels à projets innovation et coopération.
Le projet a consisté à co-construire un outil ouvre-paillage destiné à des maraîchers travaillant en sol vivant. Ces producteurs sèment dans un paillage épais de paille ou de fumier, et il y avait donc un vrai besoin d’un outil capable d’ouvrir ce paillage avant le passage du semoir.
Les deux partenaires principaux du projet sont les Chambres d’agriculture de Normandie et le lycée agricole de Coutances. Le projet s’est également appuyé sur :
- l’expertise de la MSA Portes de Normandie, par l’intermédiaire de son ergonome Maud de Lescure ;
- l’expertise du réseau MSV Normandie, notamment grâce aux maraîchers qui ont testé et amélioré l’outil.
Description de la machine
La machine est composée :
- d’un bâti ;
- de grandes roues sur les côtés, dont l’espacement peut être réglé ;
- d’une partie indépendante comprenant une aiguille, qui permet de soulever la paille ;
- d’un rotor tournant avec des disques, qui vont trancher le mulch ;
- d’un système qui commence à écarter la matière sur le côté.
L’objectif de cette première partie est de créer une ouverture dans le paillage. Ensuite, la tranchée est reprise sur les bords par deux autres disques situés à l’arrière. Ces disques sont :
- réglables en inclinaison ;
- libres en avancée ;
- réglables en orientation à l’aide de brides ;
- réglables en hauteur.
L’ensemble est entraîné par un moteur électrique. Le choix s’est porté sur des batteries classiques acide-plomb, afin de disposer d’un bon stockage d’énergie à moindre coût. À l’arrière, un brancard réglable en hauteur permet la conduite de l’outil.
Fonctionnement et résultats observés
L’outil a été développé par Antoine. Il est surtout intéressant sur des paillages peu épais. Dans ces conditions, il parvient bien à écarter la paille et à la trancher.
Des essais ont aussi été menés dans des résidus de couvert végétal. Lorsque les pailles sont longues, l’outil parvient à trancher le couvert végétal puis à écarter la paille, ce qui donne de bons résultats sur de faibles hauteurs de paillage.
Limites de l’outil
Les difficultés apparaissent lorsque la hauteur de paillage augmente. À partir d’environ :
- 10 cm de paillage foisonnant ;
- ou 5 cm de paillage bien tassé,
on commence à atteindre les limites d’utilisation de l’outil.
Les principales difficultés sont :
- de bien descendre jusqu’au fond du sillon et de toucher réellement le sol ;
- d’éviter les phénomènes de bourrage ;
- d’éviter le retour de paille sur le rang au moment du passage de l’engin.
Ces limites étaient attendues, car il est connu qu’il est compliqué d’écarter la paille et de la maintenir sur les côtés lorsque les épaisseurs sont importantes.
Intérêt pour le semis
Dès aujourd’hui, l’outil permet d’écarter de faibles hauteurs de paillage et d’envisager le passage direct d’un semoir derrière.
Les essais ont montré que le semoir utilisé derrière ne doit pas être trop large. L’outil ouvre un sillon d’environ 5 à 6 cm. Un semoir dont les éléments roulants correspondent à cette largeur peut donc passer dans le sillon.
En revanche, un semoir plus large, comme un Terradonis JP1, dont la largeur de roue est supérieure, vient rouler sur les bords du paillage. Cela peut provoquer :
- la retombée des bords de paillage ;
- du bourrage ;
- une forte complication de l’opération de semis.
Malgré cela, l’outil ouvre des perspectives pour du semis sous paillage, qui était jusqu’à présent techniquement très difficile à envisager.
Perspectives pour la plantation
L’outil amène aussi à réfléchir à d’autres usages, notamment pour les plantations. Il pourrait servir à ouvrir des sillons avant la pose de mottes, par exemple en salade, à condition que son utilisation soit suffisamment simple et rapide.
L’idée serait de tracer rapidement les sillons, puis de passer derrière pour poser les mottes. Comme écarter la paille demande malgré tout du temps, cet usage doit encore être testé pour vérifier s’il permet réellement un gain de temps.
L’intérêt est d’autant plus fort qu’il n’existe pas forcément, sur certaines fermes, d’outil léger capable de travailler seulement sur un sillon dans le paillage. De plus, comme l’outil est très léger, il pourrait être utilisé au printemps, lorsque l’on ne souhaite pas entrer dans la parcelle avec un tracteur.
Maniabilité et pénibilité
Les roues sont jugées bien conçues et permettent de manœuvrer relativement facilement. En revanche, pour avancer dans le paillage, il faut tout de même pousser assez fort.
Une piste évoquée est l’ajout d’un système de traction, afin de rendre l’outil plus facile à utiliser et de réduire la pénibilité.
Diffusion en open source
L’initiative est de diffuser cet outil en open source, en accès libre. Les plans seront accessibles sur le site internet du lycée agricole de Coutances.
L’objectif est également de faire évoluer ces plans au fur et à mesure des améliorations apportées à l’outil, afin que les futures versions bénéficient des retours d’expérience.
Coût estimatif
Le budget dépend fortement des batteries, qui constituent le poste le plus impactant.
Pour le reste :
- le moteur électrique, d’une puissance d’environ 500 à 750 watts, représente un coût de l’ordre de 200 euros.
Au total, le budget estimatif de l’outil se situe dans une fourchette d’environ 600 à 1 000 euros.
Améliorations envisagées
Parmi les prochaines améliorations envisagées :
- chercher à écarter davantage le paillage ;
- mécaniser l’avancement pour réduire la pénibilité ;
- motoriser l’avancement de l’outil.
Toutefois, vouloir écarter plus largement le paillage soulève plusieurs questions :
- cela implique davantage de matière à travailler ;
- cela peut rendre la poussée plus difficile ;
- cela peut augmenter les risques de retombée du paillage derrière l’outil.
Au-delà de l’ouvre-paillage lui-même, l’objectif à plus long terme serait d’aller vers un système de maraîchage en semis direct, avec un semoir capable de déposer la graine à environ 2 cm de profondeur, sans trop bouleverser le sol, et avec une finesse de passage compatible avec l’étroitesse du sillon ouvert dans la paille.
Ergonomie, sécurité et fiabilité
L’équipe est déjà en lien avec la MSA pour se projeter dans la mise en conformité de l’outil.
Au niveau du projet, les enjeux sont désormais :
- d’améliorer l’ergonomie ;
- de renforcer la sécurité ;
- d’augmenter la fiabilité.
L’ouvre-paillage est ainsi présenté comme un objet encore en devenir, appelé à évoluer grâce aux usages et aux améliorations futures.