Mieux connaître le monde sensoriel des bovins, par Pauline Garcia

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Dans cette conférence, Pauline Garcia, éleveuse dans le Cantal et comportementaliste animalière, explique comment mieux comprendre le monde sensoriel des bovins pour améliorer leur bien-être et le travail en élevage. Elle rappelle que la vache ne perçoit pas son environnement comme l’humain : sa vision est panoramique mais saccadée, elle est très sensible aux contrastes, aux bruits aigus, aux odeurs et au toucher. Ces particularités influencent fortement ses réactions, notamment en contention, lors des soins ou du transport. Pauline Garcia insiste aussi sur l’importance de la relation homme-animal : les bovins mémorisent les expériences négatives, mais des interactions positives, réfléchies et régulières permettent de contrebalancer le stress. Grattage, récompense alimentaire, gestes calmes, enrichissement sensoriel et habituation aux soins sont autant d’outils pour construire des animaux plus confiants, plus coopératifs, et pour gagner en sécurité, en confort de travail et en efficacité au quotidien.

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Résumé
Dans cette conférence, Pauline Garcia, éleveuse dans le Cantal et comportementaliste animalière, explique comment mieux comprendre le monde sensoriel des bovins pour améliorer leur bien-être et le travail en élevage. Elle rappelle que la vache ne perçoit pas son environnement comme l’humain : sa vision est panoramique mais saccadée, elle est très sensible aux contrastes, aux bruits aigus, aux odeurs et au toucher. Ces particularités influencent fortement ses réactions, notamment en contention, lors des soins ou du transport. Pauline Garcia insiste aussi sur l’importance de la relation homme-animal : les bovins mémorisent les expériences négatives, mais des interactions positives, réfléchies et régulières permettent de contrebalancer le stress. Grattage, récompense alimentaire, gestes calmes, enrichissement sensoriel et habituation aux soins sont autant d’outils pour construire des animaux plus confiants, plus coopératifs, et pour gagner en sécurité, en confort de travail et en efficacité au quotidien.

Le 22 juin 2021, la Chambre régionale d’agriculture de Corse et Ver de Terre Production organisaient à Pietralba une journée technique dédiée à l’élevage. Au programme : des interventions d’experts, des témoignages d’éleveurs et une visite dans l’exploitation du Président de la Chambre d’agriculture. Tout au long de cette journée, les participants, principalement professionnels de l’élevage, ont pu saisir le rôle qu’ils et elles ont à jouer dans la lutte contre le réchauffement climatique. Dans ce contexte particulièrement sensible à ces dérèglements qu’est la Corse, une approche renouvelée offre un nouvel horizon pour l’élevage insulaire.


Introduction

Pauline Garcia ouvre son intervention en remerciant d’abord les organisateurs, Luis et Mario, ainsi que toutes les personnes impliquées dans l’organisation. Elle explique avoir été invitée pour parler de l’animal, de son comportement, puis de la relation entre l’humain et l’animal. Elle souligne que, même si l’on parle souvent de l’humain, il est essentiel de s’intéresser aussi aux animaux.

Elle annonce le déroulé de son intervention :

  • se présenter ;
  • mieux découvrir le bovin et rappeler quelques fondamentaux ;
  • s’intéresser à la relation entre l’homme et l’animal ;
  • montrer les avantages d’une relation positive ;
  • faire un résumé final.

Selon elle, même dans des systèmes où les animaux vivent dans des milieux proches de la nature et semblent peu voir l’humain, l’interaction existe toujours. Par définition, une relation se construit par une succession d’interactions. Or, en élevage, beaucoup d’interactions sont négatives : soins, vaccins, contention, séparations. Si l’éleveur ne prend pas conscience de cela, la relation finit par se construire principalement sur du négatif. L’animal peut alors chercher à fuir l’humain, alors même qu’il a ponctuellement besoin de lui. L’enjeu est donc de contrebalancer ces interactions négatives par des interactions positives.

Présentation de Pauline Garcia

Pauline Garcia se présente avant tout comme éleveuse de bovins dans le Cantal, en Auvergne. Elle est installée en association depuis sept ans. Sur l’élevage, ils élèvent principalement des Salers, avec quelques Aubrac, pour un total d’environ 130 vaches allaitantes.

Elle insiste sur le fait que la taille du troupeau ne détermine pas à elle seule la qualité de la relation avec les animaux :

  • un grand troupeau n’empêche pas de construire une relation ;
  • un petit troupeau ne garantit pas une bonne relation.

En parallèle de son métier d’éleveuse, elle est comportementaliste animalier. Elle réalise des formations pour les éleveurs et intervient aussi auprès de divers acteurs du monde agricole.

Comportementaliste et éthologie appliquée

Pauline Garcia distingue le rôle de l’éthologue de celui du comportementaliste :

  • l’éthologue est un chercheur qui produit des études, publie et diffuse ses résultats dans des colloques ou des revues scientifiques ;
  • le comportementaliste fait le lien entre la science et le terrain.

Elle se définit précisément comme ce trait d’union entre les connaissances scientifiques et leur application pratique en élevage.

Elle indique être sollicitée par :

  • des chambres d’agriculture ;
  • des lycées agricoles ;
  • la MSA Auvergne ;
  • des vétérinaires ;
  • des ostéopathes.

Elle défend l’idée qu’il est possible de faire évoluer les pratiques. Selon elle, il ne s’agit pas de dire que « l’ancien » était mauvais, mais de reconnaître que l’on peut se remettre en question. Elle critique la phrase « on a toujours fait comme ça », qu’elle juge potentiellement destructrice dans tous les milieux professionnels.

Elle évoque aussi les tensions intergénérationnelles dans les fermes, en particulier lors de la transmission familiale. Son associé est fils d’agriculteur et a repris la ferme, avec parfois des désaccords persistants avec ses parents sur la manière de concevoir l’élevage. Ces tensions influencent le climat quotidien, le comportement de l’humain, et, selon elle, celui des vaches aussi.

Pauline Garcia précise enfin qu’elle travaille sur trois espèces :

  • les chevaux ;
  • les vaches ;
  • les chèvres.

Elle propose des formations partout en France et a également publié un ouvrage de vulgarisation scientifique : Le petit guide illustré du bien-être du bovin, aux éditions France Agricole.

Mieux comprendre le monde sensoriel des bovins

La première grande partie de la conférence est consacrée à l’animal lui-même. Pauline Garcia rappelle qu’un bovin ne perçoit pas le monde comme un humain. Chaque espèce possède une perception sensorielle propre. De la même manière qu’un chien n’a pas la même perception sensorielle que nous, le bovin a lui aussi une manière très différente de voir, entendre, sentir et ressentir son environnement.

Elle insiste sur le fait que beaucoup d’incompréhensions viennent de là : l’éleveur interprète souvent le comportement de l’animal avec ses propres perceptions humaines, alors que l’animal réagit selon sa propre perception du monde.

La vision du bovin

Une vision panoramique avec des angles morts

Le bovin ne voit pas avec les yeux de l’humain. Il possède une vision quasi panoramique, avec des angles morts devant et derrière. Cette configuration influence fortement sa manière de réagir.

Pauline Garcia met en garde contre le fait de se placer dans les angles morts. Quand l’humain entre dans une zone que la vache ne perçoit pas correctement, surtout si cela lui déplaît, la réponse peut être brutale, par exemple un coup de pied.

Elle rappelle aussi qu’un bovin en contention est déjà dans un état de stress. Dès que la tête est bloquée dans un système de contention, l’animal ne peut plus avoir accès visuellement à certaines zones autour de lui, notamment derrière. Si, dans ce contexte, un professionnel intervient dans un angle mort et réalise une action inhabituelle, la réaction défensive peut être immédiate.

Une vision saccadée

Autre élément fondamental : le bovin a une vision saccadée. Là où l’humain perçoit les déplacements de manière fluide, le bovin voit une succession d’images.

Cela a des conséquences très concrètes :

  • il faut marcher lentement devant un bovin ;
  • il faut faire des gestes lents ;
  • il faut laisser à l’animal le temps d’intégrer les images.

Pauline Garcia compare ce type de déplacement à une marche « comme en apesanteur » ou comme dans le tai-chi. Elle sait que cela paraît difficile dans le quotidien agricole, où l’humain est souvent pressé, parle fort et veut que « ça avance », mais elle rappelle que des mouvements trop rapides peuvent conduire à des réactions dangereuses.

Elle souligne aussi que cela vaut pour les chiens de troupeau : il faut régulièrement leur demander de faire des pauses, car leurs déplacements incessants peuvent finir par rendre les bovins très nerveux.

La perception des couleurs et des contrastes

Le bovin ne voit pas en noir et blanc. Pauline Garcia démonte au passage l’idée selon laquelle le rouge traumatiserait les bovins : elle dit avoir de nombreuses photos où ses vaches interagissent avec elle alors qu’elle est habillée en rouge.

En revanche, le bovin serait très sensible :

  • aux couleurs vives ;
  • aux contrastes ;
  • aux reflets ;
  • aux éléments fluorescents.

Elle évoque un effet comparable à un filtre sépia bleuté, qui fait ressortir certains contrastes. C’est pourquoi elle recommande de manipuler les bovins avec des vêtements unis, sombres et mats, en particulier lorsqu’il s’agit d’animaux d’extérieur qui ne la connaissent pas. Une combinaison sombre avec une fermeture éclair blanche, par exemple, crée un contraste mobile qui peut perturber l’animal.

Le temps d’accommodation

L’accommodation correspond au temps d’adaptation de l’œil quand il passe d’une zone sombre à une zone éclairée, ou inversement. Chez le bovin, ce temps peut durer plusieurs minutes.

Cela pose problème dans plusieurs situations :

  • dans les véhicules de transport, quand l’animal doit monter dans un espace sombre depuis une zone lumineuse ;
  • dans les bâtiments ;
  • dans les salles de traite, lorsqu’il existe des contrastes lumineux marqués au sol ou entre deux espaces.

Pauline Garcia explique qu’un bovin a besoin d’avancer la tête, de regarder, de laisser son œil s’habituer avant de franchir la différence de luminosité. Mais l’humain, souvent pressé, force l’animal à avancer. Cela crée des blocages, des refus d’avancer et du stress.

Elle mentionne aussi que, dans les transports, les phéromones de stress laissées par les animaux précédents peuvent renforcer encore le refus de monter.

L’importance des parois pleines

Les couloirs de contention avec des côtés ouverts laissent passer des ombres, des contrastes et des mouvements latéraux qui perturbent fortement le bovin. Pauline Garcia recommande de favoriser des parois pleines, qui limitent les informations visuelles latérales et aident l’animal à se concentrer sur la vision de devant.

Elle fait un parallèle avec les œillères des chevaux d’attelage : on limite volontairement les informations sur les côtés pour éviter les réactions de peur.

Mémoire visuelle et signes de stress

Le bovin a une excellente mémoire visuelle. Il associe des lieux, des situations, des humains et des expériences. Une mauvaise expérience dans un couloir de contention peut être retenue longtemps et ressurgir à la simple vue de cet endroit.

Elle attire aussi l’attention sur l’œil comme indicateur de stress : plus le blanc de l’œil est visible, plus le niveau de stress est élevé. C’est un signe simple à observer pendant la manipulation.

Elle cite également un travail de thèse ayant mis en évidence un phénomène de stress intense : lorsque l’état émotionnel est très élevé, les yeux se rétractent dans les orbites. Dans ce cas, le bovin ne voit plus correctement devant lui. Cela explique qu’un animal très stressé puisse charger sans réellement voir ce qu’il a en face : il fonce, parfois comme s’il cherchait une sortie.

L’audition

Le deuxième grand sens abordé est l’ouïe. Pauline Garcia explique que le bovin est très sensible aux ultrasons. Sa gamme de perception auditive s’étend plus haut que celle de l’humain. Dans les élevages, de nombreux équipements produisent des sons très perturbants pour les bovins :

  • cornadis ;
  • mélangeuse ;
  • pailleuse ;
  • tracteur ;
  • cris humains.

Elle précise qu’il ne s’agit pas de « mettre les bovins sous cloche », mais de prendre conscience de leur hypersensibilité sensorielle afin d’adapter les pratiques.

Les oreilles comme indicateurs

Elle évoque deux éléments à observer :

  • le réflexe de Preyer, qui correspond aux mouvements des oreilles permettant à l’animal de localiser les sons ;
  • la posture générale des oreilles, liée à l’état émotionnel et à l’état de santé.

Une vache en bonne santé, attentive à son environnement, a souvent les oreilles bien portées. À l’inverse, un animal stressé, souffrant, malade ou isolé socialement perd ce tonus et laisse tomber les oreilles.

Vocalisations et réactivité aux sons

Les bovins sont des animaux très communicants sur le plan sonore. Ils utilisent :

  • des vocalisations ;
  • des souffles ;
  • des grognements.

Ces sons varient selon l’état émotionnel.

Pauline Garcia souligne la forte réactivité des bovins aux voix aiguës, et notamment aux cris. Les bruits métalliques sont également très perturbants.

Elle rapporte aussi que des études montrent l’influence de l’environnement sonore dès la vie fœtale : un veau peut être marqué par les sons entendus alors qu’il est encore dans sa mère. Si la mère est exposée de manière répétée à des situations sonores stressantes, cela peut influencer le jeune à la naissance.

Habituer les bovins à des sons variés

Pour limiter la peur de la nouveauté, Pauline Garcia conseille d’exposer les bovins à différents sons quand ils sont au bâtiment. Elle recommande par exemple de mettre la radio ou de la musique une à deux heures par jour avec un programmateur, mais pas en continu.

Le but n’est pas d’associer systématiquement un son à une situation particulière comme la traite, mais de familiariser les animaux à des voix et des ambiances nouvelles, afin de diminuer leur sensibilité à l’inconnu.

L’odorat

Le troisième sens abordé est l’odorat. Pauline Garcia considère qu’il est très important de laisser les bovins flairer l’humain. Il faut aller au contact des animaux et les laisser découvrir ce qu’est un humain : son odeur, la texture de sa peau, sa présence.

Elle estime que cette dimension relationnelle est souvent négligée dans les élevages où l’activité est intense, alors qu’un peu de temps investi à des périodes clés permet ensuite de gagner beaucoup de temps et de sécurité dans les soins.

Le mufle comme organe d’exploration

Le bovin n’a pas de mains pour explorer le monde : c’est son mufle qui joue ce rôle. Il faut donc lui laisser la possibilité de sentir, toucher, explorer l’environnement.

Elle rappelle que, dehors, le bovin dispose de nombreux éléments naturels. Au bâtiment, elle pratique de l’enrichissement pour répondre à ce besoin d’exploration.

Elle conseille aussi de faire découvrir régulièrement de nouvelles odeurs aux bovins, y compris en dehors des soins. En effet, certains produits utilisés ensuite en élevage ont des odeurs fortes ou inhabituelles, qui peuvent être perturbantes si l’animal ne les connaît pas.

Les phéromones et la lecture de l’état émotionnel humain

Le bovin perçoit très bien les phéromones émises par les congénères, mais aussi les signaux corporels de l’humain. Si l’éleveur est stressé, en colère ou dans la peur, le bovin le perçoit :

  • par l’odeur ;
  • par la voix ;
  • par la transpiration ;
  • par les changements corporels.

Pauline Garcia insiste donc sur le fait qu’il faut aussi faire un travail émotionnel sur soi-même lorsqu’on manipule les animaux.

Le toucher

Le quatrième sens est, pour elle, fondamental dans la relation homme-animal. Mais il ne va pas de soi : si le bovin n’est pas habitué à être touché par une main humaine, il ne peut pas considérer cela comme naturel. Le contact peut alors être perçu comme une agression.

Il faut donc l’habituer progressivement au toucher, de préférence pendant des périodes sensibles comme le sevrage.

Différentes sensibilités du corps

Pauline Garcia distingue plusieurs types de sensibilités :

  • la sensibilité tactile, particulièrement forte là où la peau est fine : joues, encolure, attache de la queue, intérieur de la cuisse, mamelles, vulve ;
  • la sensibilité douloureuse, notamment à l’intérieur des naseaux et à la base des cornes ;
  • la sensibilité thermique.

Elle précise que les bovins apprécient beaucoup certains grattages, y compris au niveau des mamelles, à condition d’y avoir été habitués. Elle souligne que cela n’est pas réservé aux vaches laitières.

Le léchage

Le léchage a une grande importance dans la vie sociale des bovins. Il sert à :

  • créer et entretenir les liens d’affinité ;
  • communiquer ;
  • prendre connaissance de l’autre ;
  • apaiser.

Le bovin qui lèche un humain découvre son odeur et la texture de sa peau. Pauline Garcia n’invite évidemment pas à rechercher cela en permanence, mais elle souligne qu’il s’agit d’une interaction importante lorsqu’elle se produit.

Le léchage joue aussi un rôle dans le bien-être général : un bovin isolé socialement ne peut plus lécher ses congénères ni être léché, ce qui augmente le stress et l’agressivité.

Le grattage

Pour qu’un bovin apprécie le contact, il ne faut pas seulement effleurer le poil. Pauline Garcia explique qu’il faut plutôt gratter, stimuler le cuir, car c’est cela qui procure une sensation agréable. Effleurer le poil peut au contraire rappeler la sensation désagréable des mouches sur le bout des poils.

Elle utilise pour cela des mains, des gants, ou des brosses.

Les champs électriques et le « sixième sens »

Pauline Garcia évoque aussi les champs magnétiques, champs électriques et courants vagabonds présents dans certains bâtiments ou installations. Ces phénomènes peuvent se loger dans les structures métalliques et perturber les bovins lorsqu’ils touchent un cornadis ou un tube métallique.

Elle présente cela comme une dimension supplémentaire à prendre en compte dans l’environnement sensoriel des animaux.

Le goût

Le goût est moins étudié, mais Pauline Garcia rappelle que les bovins ont de véritables préférences alimentaires. Cela se voit :

  • au pâturage, avec certaines zones surpâturées et d’autres refusées ;
  • à l’auge, où les animaux peuvent trier.

Elle note que :

  • le salé et l’amer diminuent la consommation ;
  • le sucré augmente la consommation.

Elle évoque également les comportements de léchage de l’environnement chez les jeunes. Une part relève de l’exploration normale, mais certaines déviances comportementales, comme la succion des congénères, traduisent un besoin de succion insuffisamment satisfait.

Elle conseille de faire découvrir des aliments à la main et de proposer parfois des expériences alimentaires variées. Sur sa ferme, elle utilise par exemple des épluchures de carottes, des pommes ou de la banane, ce qui montre que les bovins peuvent apprécier des aliments très divers.

La relation entre l’homme et l’animal

Après avoir présenté le monde sensoriel du bovin, Pauline Garcia aborde la relation homme-animal. Selon elle, la conduite du troupeau dépend fondamentalement de l’humain, qui est « 100 % responsable » du comportement de l’animal dans la relation quotidienne, même si elle reconnaît l’existence de terrains génétiques plus ou moins vifs.

Elle résume les bases d’une relation positive :

  • des contacts réfléchis au quotidien ;
  • l’usage d’accessoires adaptés ;
  • une bonne gestion des émotions de l’humain.

L’importance de la gestion émotionnelle de l’humain

Pour Pauline Garcia, l’éleveur est en quelque sorte le manager de ses vaches. Si ce manager est constamment désagréable, nerveux, impatient et crie sans arrêt, les animaux finissent par fuir, se fermer, ou devenir agressifs.

Elle fait un parallèle avec le monde du travail humain : un salarié qui doit chaque matin retrouver un supérieur tyrannique n’aborde pas sa journée sereinement. De la même manière, le bovin finit par anticiper négativement la présence de l’éleveur si les interactions sont majoritairement mauvaises.

Contrebalancer le négatif par du positif

L’un des messages centraux de l’intervention est qu’il faut injecter du positif autour des situations négatives inévitables.

Elle prend l’exemple d’une piqûre dans l’encolure :

  1. on met la vache en contention ;
  2. on gratte un peu l’animal ou on lui donne un peu d’aliment ;
  3. on réalise la piqûre ;
  4. avant de relâcher, on reprend un moment de contact positif, grattage ou aliment.

Ainsi, l’interaction négative est encadrée par du positif. Si l’on ouvre simplement la porte juste après le soin, la relation reste fixée sur le négatif.

Selon elle, cela ne demande pas forcément beaucoup plus de temps, mais surtout une autre manière de penser.

Les accessoires utiles à la relation

Pauline Garcia utilise différents accessoires :

  • des gants à picots ;
  • des brosses ;
  • des brosses fixes dans les parcs.

Elle explique que les brosses fixes jouent un rôle d’accélérateur relationnel. L’animal découvre qu’il aime se gratter sur un support précis ; ensuite, quand l’humain arrive avec une brosse procurant une sensation similaire, le contact est beaucoup plus facilement accepté.

La récompense alimentaire

La récompense alimentaire peut aussi être un outil relationnel puissant, à condition d’être utilisée au bon moment. Pauline Garcia insiste sur la notion de timing : si la récompense arrive trop tard, l’animal l’associe à autre chose que le comportement que l’on souhaitait renforcer.

L’aliment ne doit donc pas être distribué n’importe quand. Il doit servir à récompenser un bon comportement, une attitude calme, ou une coopération.

Capacités d’apprentissage des bovins

Pauline Garcia insiste sur le fait que les bovins apprennent très vite. Elle utilise par exemple le clicker training, une méthode d’éducation issue du travail avec les mammifères marins, ensuite développée chez d’autres espèces.

Avec ces méthodes, les bovins peuvent apprendre à :

  • attendre sur ordre vocal ;
  • toucher une cible ;
  • marcher en licol en suivant une cible.

Elle veut ainsi montrer que les bovins ne doivent pas être sous-estimés dans leurs capacités d’apprentissage.

Les bénéfices d’une relation positive

Pour Pauline Garcia, construire une relation positive ne relève pas d’une vision naïve ou « bisounours ». Il s’agit d’un véritable levier de travail.

Les bénéfices sont nombreux :

  • facilités de manipulation ;
  • gain de temps ;
  • plus grande sécurité ;
  • confort de travail ;
  • plaisir au quotidien.

Elle explique que, sur sa ferme, cela lui permet d’effectuer seule certains soins sur des animaux en liberté, y compris en montagne, sans avoir recours systématiquement au couloir de contention.

Exemples de soins réalisés en liberté

Elle donne plusieurs exemples de soins qu’elle peut pratiquer en liberté :

  • nettoyer un œil avec une compresse ;
  • appliquer une crème ;
  • poser un masque anti-mouches ;
  • appliquer une lotion sur un espace interdigité.

Elle montre ainsi qu’un travail relationnel construit permet d’aller très loin dans la coopération de l’animal. Elle précise toutefois que tout ne peut pas se faire sans contention et qu’elle ne diabolise pas celle-ci : la contention est utile, mais elle doit être bien associée.

Travailler la docilité et la gestion de la nouveauté

Pauline Garcia explique qu’il est possible d’apprendre aux bovins à mieux gérer la nouveauté. Pour cela, elle les expose régulièrement à des objets insolites ou à des éléments nouveaux.

Ce travail permet d’obtenir :

  • des animaux moins peureux ;
  • des animaux qui sursautent moins ;
  • des animaux plus sûrs.

Elle compare cela à un environnement sensoriellement appauvri : un individu qui n’aurait jamais été stimulé par la nouveauté deviendrait plus craintif et plus agressif. Selon elle, c’est aussi vrai pour les bovins.

Le médical training

Elle évoque ensuite le médical training, c’est-à-dire l’habituation aux soins en dehors des soins eux-mêmes. Il s’agit de montrer aux animaux différents éléments de la trousse à pharmacie hors contexte de douleur ou de stress :

  • flacon de spray ;
  • gants de vêlage ;
  • matériels divers.

Le but est que l’animal explore ces objets dans un contexte neutre ou positif, afin qu’ils ne soient pas systématiquement associés à une mauvaise expérience.

Facteurs qui influencent le comportement

En conclusion, Pauline Garcia rappelle que le comportement de l’animal dépend de plusieurs facteurs :

  • la génétique ;
  • l’environnement ;
  • l’éducation ;
  • l’apprentissage ;
  • l’histoire individuelle.

La génétique

Certaines races ou certains individus ont des tempéraments plus émotifs ou plus vifs. Elle cite notamment la Limousine, qu’elle ne juge pas forcément « plus compliquée », mais plus réactive face à une situation nouvelle.

L’environnement

L’environnement influence énormément le comportement. Si le milieu ne répond pas aux besoins de l’animal et qu’il est stressant, il sera difficile de construire une relation sereine avec l’humain. Pauline Garcia insiste donc sur la nécessité de soigner d’abord l’environnement.

L’influence maternelle

Chez les bovins allaitants, la première année de vie du jeune est très influencée par la mère. Le jeune reproduit ce que fait sa mère. Si la mère fuit l’humain, le jeune fuit aussi.

C’est pourquoi elle se concentre beaucoup sur la période du sevrage, quand le jeune perd ce repère maternel et que l’humain peut devenir un nouveau référent relationnel.

L’apprentissage tout au long de la vie

Le bovin apprend de la vie fœtale jusqu’à la mort. Il mémorise en permanence les interactions et les expériences. Cela signifie qu’il est possible d’éduquer aussi des vaches âgées, mais que cela demande parfois davantage de temps, surtout s’il existe un passé traumatique.

L’individu et son histoire

Enfin, chaque bovin est un individu unique, avec sa propre perception et son propre ressenti. Les généralités sur le monde sensoriel existent, mais il faut rester attentif aux différences individuelles. Certaines vaches sont très sensibles aux reflets, d’autres aux sons aigus, d’autres beaucoup moins.

Le travail de l’éleveur consiste donc à observer, identifier les problématiques propres à chaque individu, puis adapter sa pratique.

Conclusion

Pour Pauline Garcia, l’éthologie appliquée est un complément fondamental de la médecine vétérinaire pour améliorer à la fois le bien-être du troupeau et le quotidien de l’éleveur. Beaucoup d’études existent sur les bovins et les petits ruminants, et il serait dommage de ne pas les utiliser sur le terrain.

Son message final est que la relation avec le bovin ne doit pas être négligée. Le bovin observe, apprend, mémorise. L’éleveur doit donc élever et soigner en conscience, avec des actes réfléchis.

Elle conclut en rappelant qu’elle partage son travail et ses contenus de vulgarisation sous le nom « Étho Diversité » sur différents réseaux sociaux, où elle diffuse son quotidien, des conseils, des conférences, des webinaires et des actualités de formation.