Lucien Séguy et son approche de la globalité, Lydie Deneuville

De Triple Performance
Aller à :navigation, rechercher

Dans cet hommage, Lydie Deneuville retrace la pensée et l’héritage de Lucien Séguy, agronome visionnaire, défenseur d’une approche globale de l’agriculture. Pour lui, il fallait observer les interactions entre sols, plantes, climat et biodiversité, plutôt que cloisonner la recherche en spécialités. Son modèle d’inspiration était la forêt, écosystème abouti, au cœur du semis direct sous couverture végétale permanente (SCV), qu’il a contribué à développer avec Serge Bouchignac. Cette agriculture durable vise à régénérer les sols, limiter les intrants, restaurer la vie biologique et produire mieux, partout dans le monde. Lydie Deneuville souligne aussi la personnalité hors norme de Lucien Séguy : exigeant, généreux, infatigable passeur de savoir, reconnu au Brésil mais trop peu en France. Son œuvre reste un appel à transmettre, expérimenter et accompagner la transition agroécologique avec les agriculteurs.

auto_awesome
Résumé
Dans cet hommage, Lydie Deneuville retrace la pensée et l’héritage de Lucien Séguy, agronome visionnaire, défenseur d’une approche globale de l’agriculture. Pour lui, il fallait observer les interactions entre sols, plantes, climat et biodiversité, plutôt que cloisonner la recherche en spécialités. Son modèle d’inspiration était la forêt, écosystème abouti, au cœur du semis direct sous couverture végétale permanente (SCV), qu’il a contribué à développer avec Serge Bouchignac. Cette agriculture durable vise à régénérer les sols, limiter les intrants, restaurer la vie biologique et produire mieux, partout dans le monde. Lydie Deneuville souligne aussi la personnalité hors norme de Lucien Séguy : exigeant, généreux, infatigable passeur de savoir, reconnu au Brésil mais trop peu en France. Son œuvre reste un appel à transmettre, expérimenter et accompagner la transition agroécologique avec les agriculteurs.

Cette intervention a eu lieu dans le cadre du colloque d'hommage à Lucien Séguy et Hubert Charpentier.

Pour retrouver la vidéo du colloque dans son entièreté : https://www.youtube.com/watch?v=o0Y3qdaK1uk



Une parole pour la transition agroécologique

Cette intervention s’inscrit dans l’engagement de Vers de terre Production pour la diffusion du savoir, la formation agricole, l’accompagnement et la prestation vidéo au service de la transition agroécologique.

À travers ce témoignage, Lydie Deneuville revient sur la personnalité, le parcours et l’œuvre de Lucien Séguy, en insistant sur ce qui caractérisait profondément son approche : la recherche de la globalité, l’attention portée aux interactions entre les éléments de la nature, et la volonté constante de comprendre les systèmes vivants dans leur ensemble.

L’approche de la globalité selon Lucien Séguy

Selon Lydie Deneuville, Lucien Séguy accordait une importance centrale aux choses prises dans leur ensemble. Il s’intéressait aux interactions entre les éléments qui constituent la nature, et son parcours tout entier peut être décrit comme une recherche inlassable, continue, presque infinie, de connaissance.

Lucien Séguy avait accumulé une quantité considérable de données, classées et organisées, afin de comprendre et d’atteindre la performance du semis direct sous couverture végétale permanente, désigné par l’acronyme SCV. Pour lui, cette performance ne pouvait pas être obtenue par une approche réduite à un seul facteur : elle exigeait au contraire de se nourrir de toutes les observations et découvertes faites sur le terrain, dans des contextes extrêmement variés, partout dans le monde.

Cette somme d’informations ne le conduisait pas à l’arrogance, mais au contraire à une forme de modestie devant l’incroyable diversité du vivant et de ses fonctionnements.

Une critique de l’hyperspécialisation scientifique

Lydie Deneuville rappelle que Lucien Séguy regrettait souvent que la recherche scientifique soit orientée vers des domaines trop spécialisés. À ses yeux, il était dommage qu’elle ne forme pas davantage de généralistes, et cela lui semblait encore plus vrai dans le domaine agronomique.

Penser la globalité n’est pas facile dans un laboratoire. Même un très bon scientifique de terrain peut avoir des difficultés à appréhender l’ensemble des interactions s’il ne vit pas constamment au contact du milieu, comme un paysan qui observe chaque jour l’évolution de la nature. Pour Lucien Séguy, les spécialistes sont performants dans leur discipline, mais souvent trop cloisonnés, voire isolés. Ils ne font pas toujours le lien avec les multiples paramètres extérieurs à leur champ de compétence, alors même que ces paramètres peuvent influencer fortement les résultats.

Il considérait que ces spécialistes, même bien formés, ne prenaient pas suffisamment en compte l’ensemble des interactions que le système naturel exerce « tous azimuts ». Face à la puissance incommensurable de la nature, il jugeait prétentieux de se dire spécialiste au sens absolu.

La nature comme meilleur chercheur

Pour Lucien Séguy, la nature, en constante évolution, était le meilleur scientifique. Elle mène depuis des millénaires une recherche permanente, autonome, qui se perfectionne sans cesse. Les expériences de terrain de la nature sont validées depuis très longtemps.

Cette conviction conduisait à un profond respect pour les processus naturels. L’idée n’était pas de dominer la nature, mais d’apprendre d’elle, de comprendre ses mécanismes et de s’en inspirer pour construire des systèmes agricoles viables, productifs et durables.

La forêt comme modèle agronomique

La grande référence de Lucien Séguy au niveau du fonctionnement naturel était la forêt. L’écosystème forestier représentait pour lui le système naturel le plus abouti, le modèle à suivre, celui dont il s’est inspiré.

La forêt est présentée ici comme un système complexe, stable, fertile, capable d’entretenir sa propre dynamique biologique. Nous ne connaissons encore aujourd’hui qu’une petite partie des innombrables fonctions que la nature y engendre. C’est dans cette logique que Lucien Séguy cherchait à bâtir des systèmes agricoles inspirés des performances écologiques de l’écosystème forestier.

Le semis direct sous couverture végétale permanente

Dans la publication La symphonie inachevée du semis direct : la nature au service de l’agriculture durable, Lucien Séguy et Serge Bouzinac montrent que les scénarios d’agriculture durable fondés sur les SCV peuvent atteindre la puissance et la performance de la forêt.

Le « génie végétal », expression chère à Lucien Séguy, devient alors l’outil de choix pour construire des SCV toujours plus performants et écologiques. Avec Serge Bouzinac, il montre comment des associations d’espèces aux fonctions agronomiques complémentaires peuvent tirer parti de la nature tout en la nourrissant, dans sa diversité et sa stabilité.

Dans cette approche, il ne s’agit pas seulement de couvrir le sol, mais de concevoir des systèmes complets où les plantes assurent des fonctions multiples : protection, structuration du sol, nutrition, régulation biologique, stabilisation des milieux, limitation des bioagresseurs et amélioration durable de la fertilité.

Biodiversité fonctionnelle et régulation biologique

L’un des principes mis en avant est que, dans les systèmes SCV, tout se passe comme si la plante disposait d’un « cerveau régulateur », représenté par l’activité biologique intense du sol. Cette activité permettrait à la plante d’équilibrer en permanence sa nutrition, sans excès, notamment en azote soluble et en sucres réducteurs, qui constituent une nourriture de base pour les maladies cryptogamiques et les ravageurs.

Le retour à la biodiversité fonctionnelle est présenté comme la seule voie capable de restaurer rapidement les fonctions biologiques du sol. Dans cette perspective, l’agronome de demain devrait être, selon Lucien Séguy, un « généticien de l’environnement » : quelqu’un capable de sélectionner des espèces possédant des fonctions utiles à l’agriculture, fonctions rendues gratuitement par le vivant, et de les maîtriser au sein de systèmes viables, efficaces et appropriables.

Un paradigme pour une agriculture durable

Selon les auteurs, le SCV constitue probablement le paradigme le plus complet construit à ce jour pour le développement planétaire d’une agriculture durable, préservatrice de l’environnement et gérée au plus près de l’écologie.

Lydie Deneuville souligne qu’il appartient désormais à chacun d’entrer en jeu, en associant toutes les forces disponibles pour poursuivre cette œuvre et répondre plus efficacement aux grands défis du siècle : la lutte contre la pauvreté, c’est-à-dire la capacité à nourrir les habitants de la planète, et la lutte contre le changement climatique.

Les SCV sont ainsi présentés comme des systèmes capables de jouer un rôle de « cultures tampons » dans un monde où les ressources naturelles se raréfient et où se dessine déjà une pénurie alimentaire sans précédent.

Des contraintes multiples au-delà de l’agronomie

Le témoignage rappelle cependant que chaque paysan, dans chaque pays, reste tributaire de nombreux paramètres d’influence : les politiques publiques, la PAC, Bruxelles, le climat, l’hydrologie, le système solaire, le commerce, les goûts, les habitudes, le transport, les clients, les électeurs, l’économie, la formation, les lobbys, les religions, les revenus, le GIEC, l’OMC, les consommateurs, etc.

Autrement dit, la transformation agricole ne dépend pas uniquement de la validité agronomique des SCV, mais aussi d’un ensemble de déterminants politiques, économiques, culturels et sociaux.

Le blocage français face aux SCV

Lydie Deneuville explique que Lucien Séguy était prêt à donner de sa personne pour faire évoluer les agriculteurs français dans ce sens, mais qu’il s’est heurté à un blocage politique et à l’immobilisme d’une grande partie du monde agricole français.

En France, les SCV sont longtemps restés tabous. Selon ce témoignage, Stéphane Le Foll, alors ministre de l’Agriculture, a été l’un des rares responsables politiques français à se montrer sensible au semis direct, notamment à travers l’initiative « 4 pour 1000 ». Malgré cela, l’engouement pour ces nouvelles pratiques est resté faible.

Lydie Deneuville avance une explication économique et culturelle : les SCV n’intéressent pas certains acteurs parce qu’ils impliquent moins de matériel, moins de consommation de gasoil, moins d’intrants. Ils font peur, car ils remettent en cause des habitudes, des sécurités, des organisations techniques et économiques. L’agriculteur français serait habitué à un certain confort de travail, fondé sur des solutions mécaniques, chimiques, économiques, sur les aides de la PAC, les assurances et l’encadrement technique. Dans cette logique, il aurait perdu une part du sens de l’agronomie, des responsabilités et du pouvoir de décision.

La question posée est alors celle de la durabilité de ce confort face aux crises actuelles.

Une solution pour les sols, le climat et l’alimentation

Pour Lydie Deneuville, les SCV représentent pourtant une solution majeure à plusieurs enjeux contemporains : la préservation des sols, le dérèglement climatique, la pluviométrie, et la capacité à nourrir le monde.

Elle rapporte une formule de Lucien Séguy : « Si Dieu nous envoie de l’eau sale, on la lui lave », manière d’exprimer une philosophie de responsabilité et d’action, fondée sur la capacité des systèmes vivants à restaurer et à transformer positivement les milieux.

L’ampleur de l’œuvre de Lucien Séguy

Lucien Séguy est présenté comme un homme ayant consacré sa vie entière à une cause noble : produire, partout dans le monde, quels que soient les continents, les climats ou la qualité des terres, une production saine, de qualité et en quantité, tout en préservant l’environnement et en régénérant les sols.

Docteur en agronomie, scientifique du CIRAD, pédologue de l’ORSTOM selon le témoignage, il est décrit comme l’homme qui, sous tous les climats, a sillonné de ses propres pieds le plus de parcelles agricoles au monde. Ce « record » ne serait pas près d’être battu.

Il estimait que tous les outils sont connus pour produire intensivement, à peu de frais, une nourriture de qualité sur des sols à fertilité améliorée.

Le travail avec Serge Bouzinac

Lydie Deneuville évoque l’ensemble des recherches et publications menées avec son équipier permanent, Serge Bouzinac. Elle regrette profondément que ces travaux, bien que financés en partie par la France, n’aient pas été repris par le ministère de l’Agriculture ni par les autres instances agricoles françaises au bénéfice de l’agriculture nationale.

Elle y voit un immense gâchis, une perte de temps et d’argent pour l’agriculture française, et souligne que Lucien Séguy en a beaucoup souffert.

Une reconnaissance plus forte à l’étranger qu’en France

L’une des grandes frustrations de Lucien Séguy aurait été d’être reconnu comme un père dans son pays d’adoption, le Brésil, ainsi que dans d’autres pays, alors que la France, son propre pays, l’ignorait et n’a pas su tirer profit de l’immense travail accompli.

Lydie Deneuville rapporte cette formule sévère de Lucien Séguy sur la France : « le pays du blablabla ». Mais elle ajoute que sa meilleure reconnaissance résidait dans l’estime de tous ceux qui l’avaient compris.

Un homme de paix au service des peuples

Lydie Deneuville insiste sur le fait que Lucien Séguy fut un homme de paix. Ses avancées ont permis à différentes régions du monde de nourrir leur population. Elle cite notamment le Brésil, capable d’alimenter la Chine, ce qui aurait contribué à éviter des émeutes.

Son œuvre agronomique est ainsi replacée dans une dimension humaine, sociale et géopolitique : au-delà des techniques, il s’agissait de donner aux peuples les moyens de vivre.

Les conférences marquantes

Lydie Deneuville se souvient l’avoir écouté une première fois en conférence à Boigneville lors d’un NLSD en 2001. Elle décrit un homme excité, survolté diront certains, dynamique, provocateur, imposant l’attention et interpellant chacun pour obliger à réfléchir et à se remettre en cause.

Il est intervenu une seconde fois en 2005 au NLSD de Reignac-sur-Indre. Certains n’ont pas jugé utile de l’écouter, pensant qu’il s’agissait de « déjà-vu » ou de « déjà-entendu ». Mais selon elle, c’était une erreur : à mesure qu’on l’écoute, Lucien Séguy a toujours quelque chose à apporter. Son discours n’était jamais répétitif au sens vide du terme ; il s’enrichissait sans cesse.

Une rencontre personnelle déterminante

Au-delà de ses connaissances innombrables sur les SCV et de ses publications, Lydie Deneuville souhaite témoigner de la personne qu’il était. Elle dit n’avoir jamais imaginé pouvoir un jour l’aborder. Lorsqu’elle lui a parlé pour la première fois, elle a été frappée par sa simplicité, sa générosité et son goût des rencontres.

Elle précise toutefois qu’il la mit d’abord à l’épreuve, cherchant à savoir ce qu’il y avait réellement au fond d’elle. Par expérience, il n’avait pas de temps à perdre avec des opportunistes. Lucien Séguy était pressé : pressé de communiquer, de transmettre, de divulguer. Pour lui, chaque seconde comptait.

Le terrain, le Brésil et la transmission

Avec le temps, ils ont parcouru un long chemin ensemble. Il lui a présenté ses avancées au Brésil, lui a fait rencontrer ses partenaires, entrer à l’EMBRAPA, où il était accueilli comme un héros, visiter ses champs, découvrir ses variétés, diagnostiquer les problèmes d’une parcelle et en trouver les solutions rien qu’en observant les alentours.

Lydie Deneuville dit avoir été subjuguée par la rapidité avec laquelle il traversait les champs, notamment de riz pluvial, et par sa capacité à restituer immédiatement ses observations à son collaborateur Serge Bouzinac pour prise de notes et de photographies complémentaires.

Une encyclopédie vivante

Lucien Séguy est décrit comme une encyclopédie ambulante. Il connaissait une multitude de plantes, y compris sous leur nom latin. Il possédait une mémoire immense, capable de relater chronologiquement ses expérimentations et découvertes, avec un enregistrement et une organisation des données sans faille.

Avec lui, tout était intensif. Les journées commençaient à 6 heures et pouvaient se prolonger jusqu’à minuit. Il lui arrivait même d’oublier de déjeuner, non par négligence mais parce qu’il considérait cela comme une perte de temps. Il n’y avait ni répit ni tourisme, même si, au détour d’un chemin, il pouvait s’arrêter pour faire découvrir un arbre à l’écorce exceptionnelle, en donner le nom latin, expliquer pourquoi il poussait là, et montrer en quoi il révélait les caractéristiques du sol local.

Un homme exigeant, drôle et entier

Lydie Deneuville souligne aussi que Lucien Séguy était comique et bon vivant. Il aimait lancer une vanne, répondre du tac au tac, raconter des histoires drôles, notamment avec Hubert. Mais le temps restait pour lui une matière précieuse : pas question de divaguer ou de se disperser.

Elle évoque un homme intègre qui, malgré les sollicitations, a refusé tout au long de sa carrière le profit facile et la corruption. Elle le décrit comme un homme vrai, sincère, qui a fait l’honneur à de simples paysans de la Nièvre de leur faire une place à ses côtés, tout en restant fidèle.

Lucien Séguy était aussi exigeant et perfectionniste. Il imposait rigueur et persévérance dans les essais et les protocoles qu’il confiait à mettre en place. Il demandait régulièrement des photographies lorsqu’il ne pouvait pas être présent, et assurait un suivi attentif, parfois sévère, jusqu’à la réprimande ou l’engueulade. Mais cette exigence a fini par être comprise comme une marque de confiance et de hauteur d’ambition.

Une proximité avec tous les paysans

Malgré sa stature, Lydie Deneuville garde le souvenir d’un homme modeste et accessible à tous, de la plus grande société agricole brésilienne jusqu’aux plus simples et pauvres paysans malgaches ou cambodgiens.

Il aimait particulièrement échanger avec les jeunes, parce qu’il savait que les SCV étaient primordiaux pour leur avenir.

Une pédagogie concrète du semis direct sous couverture végétale

Le témoignage intègre une séquence de vulgarisation montrant de manière simple les principes du semis direct sous couverture végétale permanente. Il y est expliqué que l’on ne peut pas cultiver un sol labouré comme on le ferait avec un sol protégé par des racines puissantes et une couverture permanente. Les racines travaillent la terre mieux que la charrue, et la couverture va chercher les éléments, protège la surface et, lors de la pluie, la paille empêche la terre de se décomposer ou de se dégrader. En se décomposant, cette paille apporte aussi des éléments nutritifs.

Il est également rappelé que cette technique ne se limite pas à une seule culture ou à une seule espèce de couverture : elle peut être mise en œuvre avec différentes plantes, selon les objectifs recherchés.

Des talents au-delà de l’agronomie

Lydie Deneuville dit avoir découvert chez Lucien Séguy d’autres talents encore, notamment pour la peinture, au point qu’il aurait pu devenir l’assistant d’un peintre célèbre. Elle évoque aussi son goût pour la gastronomie, auquel son épouse Jacqueline contribuait par des plats d’excellence.

Elle mentionne enfin sa connaissance des vins. Ayant eu le privilège de découvrir sa cave secrète, elle dit à quel point il attachait de l’importance à la connaissance, à la préservation de la qualité des vins, et à l’honneur fait à ceux à qui il les offrait.

Hommage à Jacqueline, à Serge et à la famille

Au travers de l’hommage rendu à Lucien Séguy, Lydie Deneuville remercie aussi son épouse Jacqueline, toujours discrète, fidèle, présente à ses côtés durant cinquante-cinq ans de mariage, ainsi que son binôme Serge Bouzinac. Tous deux représentaient une part essentielle de lui-même, et ont su l’épauler et le supporter.

Elle rappelle qu’il était dur avec lui-même, car il lui fallait toujours garder la forme, et dur aussi avec son entourage, envers lequel il se montrait souvent exigeant. Elle souligne que cela a représenté le sacrifice d’une vie de famille entière, en pensant notamment à sa fille Sandrine et à son fils Yannick, au profit d’une œuvre tournée vers l’humanité.

Une œuvre à poursuivre

Lucien Séguy, lui qui croyait au génie végétal, a su semer quelques graines humaines. Lydie Deneuville cite plusieurs noms — Stéphane, Florent, Aubin, Noël, Christian, Hélène, Jean-Claude, John Louis, Sandrine, entre autres — ainsi que « ses petits jeunes du Brésil », appelés à assurer l’avenir de son œuvre.

Elle évoque aussi sa « symphonie inachevée », et rend hommage à deux de ses disciples, Hubert et John, partis trop tôt.

Le sentiment exprimé est celui d’un héritage immense et d’une responsabilité collective : les paysans du monde entier avaient encore besoin de lui, et ceux qui restent se retrouvent aujourd’hui orphelins, avec la charge de poursuivre, vulgariser et divulguer ses connaissances.

Une mission transmise aux agriculteurs

Le témoignage se conclut sur l’une des idées fortes portées par Lucien Séguy : le développement de l’agriculture n’existe vraiment que s’il est fait « pour, avec et chez les agriculteurs ».

La mission revient désormais à celles et ceux qui ont reçu son enseignement. Il leur appartient de mettre en pratique ce qu’il a transmis, dans l’honneur de son œuvre et dans la fidélité à sa pensée.

Lydie Deneuville clôt son hommage par un adieu personnel et reconnaissant, en souhaitant que son esprit accompagne l’évolution nécessaire de l’agriculture actuelle, et en remerciant Jacqueline, Sandrine et Yannick.